ROLE DANS L’EXPLORATION. DE L’'AFRIQUE
=. Quelle satisfaction éprouve donc l'explorateur à rencontrer des Européens, ou à entrer dans une de ces oasis de civilisation, qui s'élèvent de loin en loin dans le désert de la barbarie.
Après six années de voyage dans les contrées du Haut Nil blanc, de Bahr el Ghasal, et de l'Ouellé. Junker arrive en juin 1886 dans l'Ouganda. Ilestaffectueusementaceueilli par les missionnaires français et anglais ; 1l prend logis chez ces derniers. Il se sent aussitôt pénétré de la douce chaleur d'intimité qui se dégage du home. Sur la table du salon sont étalés journaux et revues : London news, Graphic, Proceedings of the R. Geographical Society. Les murs de sa chambre qui est meublée à l’européenne, sont décorés de gravures ou de chrislmas cards, reçues par les missionnares à l’occasion du dernier Noël. Comme il se réveillait après une nuit passée dans un vrai lit, un serviteur zanzibarite lui apporta un déjeuner exquis (1). Il se serait cru en villégiature dans quelque petite ville du Devonshire ou du Kent, si la couleur du visage de son serviteur ne lui avait rappelé qu'il était en pleine Nigritie.
Les membres de cette & Conférence géographique de
Bruxelles » de 1876, ces initiateurs de tant de découvertes,
sauvage ici, et si cela continue, je ne saurais plus parler français. Toujours converser en arabe ! Les oreilles frappées continuellement par cette langue peu harmonieuse finissent par se fatiguer et l'esprit s'en ressent, Puis toujours des noirs, rien que des noirs ou des bronzes cuivrés ; car ceux qui ont été blancs ne le sont plus. » Ch. Ricouer. Journal, 12 juillet 1879. (Entre Dara et El Obeïd.)
(1) Juxker. Reisen, IL, p. 615 sqq. — Cf. la satisfaction de Nachtigal arrivant du Soudan occidental à El Obeïd. Sahara und Sudan, HT, p. 512.
avaient une vue claire des conditions de l'exploration, quand ils émettaient le vœu qu'on créât en Afrique des stations scientifiques et hospitalières, qui seraient pour les voyageurs des lieux de ravitaillement, de repos et au besoin de refuge (1).
Khartoum a été l’une de ces stations ; elle servait de point d'étape entre la civilisation ét la barbarie.
On est vraiment joyeux de retrouver des hommes, s’écrie Werne en y terminant un pénible voyage de trois mois (2). Quand on atteint le Nil, dit Kotschy, revenant du Kordofan, on se sent rapproché des pays civilisés, et quand on entre dans Khartoum, on a le sentiment que cette ville pourrait rivaliser avec les premières capitales de l'Europe (3).
Junker arrivant de Souakim par le Taka et Kassala éprouve un vif plaisir à y rencontrer Giegler, directeur des télégraphes, Hansal, consul d'Autriche, Rosett, consul d'Allemagne, à parler allemand avec eux et à s'asseoir à une table de famille, servie à l’européenne (4).
Tout ce qui a acquis un renom dans l'exploration du Soudan oriental s’est reposé sous les ombrages de Khartoum : Linant de Bellefonds, Ruppel, Russegger, d'Arnaud, Werne, von Heuglin, Pruyssenaëre, Schweinfurth, Baker, Nachtigal, Emin, Marno, Felkin et Wilson, Junker.
(1) Emile Baxnixc. L'Afrique et la Conférence géographique de Bruxelles, p. 127-128.
(2) Wsgrwe. Expedition zur Entdeckung, etc., p. 41.
(3) Peterm. Mitteil. Ergänzungsband X, p. 171.
(4) Reiïsen, TL, p. 186-7.