‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 45 sur 130 · V. — DU ROLE DE KHARTOUM DANS L'EXPLORATION DE L’AFRIQUE · texte numérisé non relu

V. — DU ROLE DE KHARTOUM DANS L'EXPLORATION DE L’AFRIQUE

Quand on visite des ruines, quand on considère par exemple les vestiges de l’une de ces cités antiques du bassin de la Méditerranée, que les laborieuses recherches de nos archéologues éveillent l’une après l’autre de leur sommeil séculaire, on se demande souvent: Que subsiste-t1l de l’activité des hommes qui dorment dans ce sol, dont les doigts ont taillé ces pierres et tracé ces graffili, dont les pas répétés ont poli ces dalles? Se sont-ils attachés servilement aux besognes nécessaires, mais vulgaires? ont-ils été les esclaves de leurs instincts de nutrition et de reproduction ? Ont:ils été uniquement préoccupés de gains et de profits? Ou bien, au contraire, ont-ils accru sous une forme quelconque le patrimoine intellectuel qu'ils avaient reçu en dépôt de leurs ancêtres? Y ont-ils ajouté, dans le domaine de la philosophie ou de la science, des lettres ou de l'art? enfin, pour reprendre la belle expression d'Ernest Renan, leur a-t-1l été donné « d’enchâsser une pierre de prix dans les assises de l'humanité » ?

Si jamais voyageur contemplant la place où s’éleva Khartoum est assailli par ces questions, 1l pourra répondre:

Khartoum n'a produit ni savant, n1 arliste, ni poète. Mais elle a permis de reconnaitre une notable partie de la

H Denérain. 10

terre : elle a facilité l'exploration d’une importante surface du continent africain.

Elle a été vraiment un centre d'exploration. En arrivant d'Égypte. les voyageurs y prenaient physiquementel moralementdes forces, avant de parür pour les régions inconnues de l’est, du sud ou de l'ouest. A leur retour ils s’y refaisaient.

C'est un rude métier que celui d’explorateur. Il consiste proprement à renoncer à toutes les aises de la vie civilisée pour se trouver subitement aux prises avec loutes les difficultés de la vie sauvage. On dormait jusqu'alors en une maison bien close, on couche désormais « à la belle étoile », ce qui signifie souvent € sous la pluie ». On avait des repas réglés, on se nourrit maintenant de ce que procurent les chances de la chasse, et le bonheur de la route: on marchait commodément sur des routes ou sur des trottoirs, 1l faut dorénavant se frayer passage à travers les hautes

herbes de la savane, ou les lianes enchevôtrées de la forêt ; et quand on rencontre une rivière, il faut la franchir à gué ou à la nage au lieu de la traverser sur un pont.

Non moins pénible que les épreuves physiques est pour le voyageur l'isolement intellectuel et moral. L'explorateur africain doit vivre pendant des semaines et des mois au milieu d’arabes et de nègres. S'il a dans ces foules bigarrées qui l'entourent curieusement, surabondance de sujets d'étude, il n'y possède pas un ami véritable. En cas de détresse il n’a aucun reconfort à en attendre. A force de s'exprimer dans des idiomes étrangers, 1l perd peu à peu

l'usage de sa langue maternelle (1).

(1) « Une petite maison, et un peu de société, mon Dieu ! Je deviens

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