‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 5 sur 130 · II. — DES CONNAISSANCES SUR LA VALEUR ÉCONOMIQUE DU SOUDAN, VERS · texte numérisé non relu

II. — DES CONNAISSANCES SUR LA VALEUR ÉCONOMIQUE DU SOUDAN, VERS

Les ouvrages imprimés formaient une première source d'informations sur la valeur économique du Soudan.

En dépit des dangers, plusieurs Européens y avaient pénétré au xvwin° siècle : ils avaient laissé des récits de leurs voyages.

En 1698-99, le Français Charles Poncet remonte la vallée du Nil et traverse le Sennar, pour entrer en Éthiopie (1). De mai 1701 à juin 1702, le Bavarois Krump séjourne au Sennar (2). L'Écossais Bruce suit en 1772 le

même itinéraire que Poncet en sens inverse (3). De 1793

(1) Relation abrégée du voyage que M. Cuarces Poxcer, médecin français, fit en Éthiopie en 1698, 1699 et 1700. Lettres édifiantes et curieuses écrites des Missions étrangères. Édit. de 1780. T. HI, p. 260-387.

(>) Guwrrxour. Die Reise des Pater Krump. Verhandlungen der Gesellschaft fur Erdkunde zu Berlin, VI.

(3) Voyage en Nubie et en Abyssinie, entrepris pour découvrir les sources

à 1796 l'Anglais Browne séjourne au Darfour (1). Tout récemment enfin, en 1814, le Suisse Burckhardt avait atteint la ville de Chendy sur le Nil, puis regagné Souakim à travers le désert (2).

D'autre part des renseignements relatifs au Soudan avaient été recueillis par un des agents français les plus distingués, qui aient résidé au Caire, le consul Benoit de Maillet (3). Ils avaient été réunis pour éclairer la mission Lenoir du Roule, qu'en 1704, Louis XIV envoya en Éthiopie, dans l’espoir d’entrer en relations commerciales avec le négus (4). Mais ils ne restèrent pas inédits. Ils trouvèrent place dans la description de l'Égypte que composa l'abbé Le Mascrier sur les notes laissées par Benoit de Maillet (5).

Enfin cette compagnie d'hommes d'élite, « d'ingénieurs héroïques », de chercheurs aussi infatigables qu'avisés, qui accompagna Bonaparte pendant sa campagne, n’était pas restée indifférente aux contrées mystérieuses du Sud.

Les savants et les érudits qui composaient l’Institut

d'Egypte avaient écrit ou fait écrire plusieurs études sur

du Nil pendant les années 1768, 1769, 1770, 1771, 1772 et 1773, in-4o, 1790, 5 vol. traduction Castera.

(x) Travels in Africa, Egypt and Syria from the year, 1792 to 1798. Londres, 1790.

(2) Travels in Nubia. Londres, 1819.

(3) Consul de France au Caire de 1692 à 1708.

(4) Vicomte de Carx pe Sainr-Aymour. Histoire des relations entre la France et l'Abyssinie chrétienne sous les règnes de Louis XIH et de Louis XIV.

(5) Description de l'Égypte, composée sur les mémoires de M. de Maillet, ancien consul de France au Caire. Paris, 1735.

les relations commerciales entre l'Égypte et le Soudan. Elles sont insérées dans les Mémoires de cet Institut Go):

Le comte Estève, ex-directeur général des revenus pubhes de l'Égypte, avait aussi traité accidentellement des produits du Soudan, dans son admirable Mémoire sur les Jinances de l'Égypte depuis sa conquéte par le sullan Selym [* jusqu'à celle du général en chef Bonaparte (2).

La connaissance personnelle de ces documents échappait complètement à Mehemet Ali. Soldat de fortune illettré, il n’apprit à lire que sur le tard, vers quarante ans, et toute sa science se borna à déchiffrer péniblement les caractères turcs (3). Il est cependant vraisemblable qu’il ne resta pas complètement étranger à toute cette littérature, et qu'il reçut quelques reflets de la lumière, s’il ne fut pas éclairé directement.

La conversation tenait une grande place dans la vie de Mehemet Ali, comme dans celle de tout oriental. On l’abordait aisément. Obtenir ses entrées au palais n'était pas difficile. Parmi les habitués du Pacha figuraient beaucoup d’Européens : consuls généraux (4), attachés de con-

(x) De la caravane de Darfour, Mémoires sur l'Égypte, III, 304. — Laranouse. Mémoire sur la caravane du Sennar, cbidem, IV, p. 89. — Lapaxouse. Mém. sur la caravane de Darfour, ébidem, IV, p. 77.

(2) Description de l'Égypte, V, p. 299-3099.

(3) « Sous l'empire d'un mouvement de défiance que l'un de ses secrétaires lui inspira dans une grande circonstance, il résolut d'apprendre à lire la langue turque... Il a toujours ignoré les premiers éléments de la langue arabe. » La question d Égypte. Rev. Deux Mondes, 1°" novembre 189, p- 8, note. — « Il n'a appris que tardivement à lire et à écrire et fait peu usage de ces facultés. » Enrexgerc. Reisen in Egypt, I, p. 42.

(4) « Après avoir passé une heure en conversation sur ces divers points

H. DcnéRraix. 2

sulats, fonctionnaires, négociants. À ses réceptions paraissaient aussi des voyageurs, fiers de pouvoir dire à leur retour en Europe, qu'ils avaient été admis en la présence de celui qu’on appelait alors le & Grand Pacha » (1).

Dans « cette cour rustique et famihère », la conversation effleurait successivement tous les sujets : politique, affaires commerciales, questions industrielles. On y jasait aussi volontiers sur les petits scandales privés, qui couraient Alexandrie et le Caire, et dont le Pacha était friand.

Or parmi ces visiteurs 1l y avait beaucoup de lettrés et même des érudits. On peut donc supposer que par leur intermédiaire, Mehemet Ali eut quelque notion des études publiées sur le Soudan. Un jour, par exemple, un passage de Diodore de Sicile relatif à un lieu, situé sur les confins de l’Abyssinie, et d’où l’on extrayait de l'or à l’époque pharaonique, lui fut cité par le chevalier Pahlin, chargé d’affaires de Suède : Mehemet Ali fut vivement impressionné par cette communication (2).

Il n'avait d’ailleurs pas besoin pour se bien renseigner d’user de pareils détours. Des caravanes arrivaient en

Égypte de la Nubie, du Sennar, du Kordofan, du Darfour,

de politique qui l'intéressent toujours beaucoup et sur lesquels il s'arrête le plus volontiers, je ne le quittai qu'après lui avoir demandé et obtenu son agrément pour lui renouveler mes visites dans ses moments de loisir. L'accueil : que j'ai reçu m'engagera à user de la permission qu'il m'a donnée. J'y trouverai l'avantage de cultiver les heureuses dispositions qu'il témoigne en notre faveur. » Malivoire au baron de Damas, 6 novembre 1825. Aff. Etr. Le Caire.

(1) Bowring fait de fréquentes allusions à ces conversations avec Mechemet Ali. Report on Egypt., passim.

(2) Cocuerer, consul général de France en Égypte. Bull. Soc. Géogr., 1844, Il, p. 339.

et pour connaître les produits du Soudan, il suffisait de regarder les objets introduits.

Ces caravanes suivaient des directions variées. Celles de Nubie se formaient dans le Mahass et gagnaient Siout par les oasis de Selima et d'El Khargueh (1). Celles du Sennar partaient de Chendy, puis de Berber et aboutissaient à Daraoui, en aval d’Assouan, ou bien encore d'Abou Hamed, elles arrivaient à Korosko et à Seboua. Parties d'El Obeïd, celles du Kordofan atteignaient Vieux Dongola. puis le Mahass et se confondaient avec celles de Nubie. Les caravanes de Darfour enfin se constituaient non au Fascher, résidence du Sultan, fréquemment changeante, mais à Kobbe, la principale ville commerciale et parvenaient également à Siout (2), après s'être arrêtées à Sagout, Legia, Selima, Khargueh : simples points d'eau, ou bien oasis habitées.

Dans tous les pays conquis en 1820 par les Égyptiens, les anciennes habitudes commerciales ont été profondément modifiées. Mais le Darfour n'ayant perdu son indépendance qu’en 1879, le transit de ces caravanes a continué jusqu’à une époque très voisine de la nôtre. Actuellement à Siout, les hommes faits se rappellent encore avoir vu,

dans leur enfance, animés et pleins de mouvement les

(x) En 1813, vu la sécurité inaccoutumée de la Nubie, la caravane suivit les bords du Nil. Burcxnarpr. Travels. p. 4r.

(2) Le point d'aboutissement des caravanes sur la rive gauche du Nil a varié. Au commencement du xvrrie siècle, c'était Manfalout. (Carte de. Le Mascrier dans la Description de l'Égypte). — Sans préciser de date, Thibaut dit que « sous les mamlouks » les caravanes de Darfour se rendaient à Girgeh, de préférence à Siout. Notes manuscriles.

okels, ces entrepôts de marchandises, devenus auJourd'hui déserts et silencieux. Ils ont également souvenir du campement des caravanes, de cette ville temporaire qui s'élevait derrière Siout, dans le désert, à la limite des plantations de palmiers (1).

Or Mchemet Ali était exactement informé sur ces caravanes, car il se faisait donner connaissance des États des sommes perçues sur elles par ses douanes (2).

De la combinaison de ces renseignements divers se dégageaient les notions suivantes : Immédiatement au sud de l'Égypte s'étend le désert. Comme en Égypte même, 1l n’y a de population et de culture que sur les bords du Nil, qui le traverse. Mais au delà de cette zone s’épanouit une région plus fertile et plus peuplée (3).

Il y pousse en quantité des millets comestibles, tels que le dourra et le doukhn (4). Il y eroît aussi des plantes industrielles. Avec les produits du cotonnier, on tisse au

Sennar des étoffes, qui rivalisent avec celles du Baguirmi

(1) Voyez un article sur Siout et son commerce avec le Soudan. La Nature, 28 mars 1896, p. 259-262.

(2) Renseignement oral de M. le comte Benedetti. — En 1813, Mehemet Ali envoya au roi de Sennar une ambassade en apparence tout amicale, en réalité dans des vues d'espionnage. Burcrnarpr. Travels, p. 308. Ce fut cerlainement encore un de ses moyens de renseignement.

(3) « L'ile de Meroë est très fertile... D'après le P. Paulet, jésuite, le pays vis-à-vis de Sennar fourmille de monde. » Derisie. Mémoires de l'Acad. des Sciences, 1708, p. 374. — Le pays est mal cultivé, et « cependant on pourrait y faire croilre sans aucune difficulté toutes espèces d'arbres fruitiers, des grains, des olives, des raisins, en telle quantité que le pays Fungi pourroit être un magasin pour beaucoup d'autres pays. » Gumrrecur. Die Reise des Pater Krump. Verhandl. Gesell. Erdk. Berlin, NU, UE

(4) Burcknarpr. Travels, p. 314, 317 notes.

et dont se revêtent les populations depuis le Darfour jusqu à la mer Rouge (1). Les acacias gommiers du Kordofan donnent en quantité une gomme renommée pour sa limpidité. L'exportation moyenne annuelle s'élève de 15 à 18,000 quintaux (2). Dans ces contrées poussent également l’ébénier, dont le bois noir et lourd se prête à tant d'usage, ainsi que le tamarin, dont les fruits pressés en petits pains noirâtres servent à composer une boisson rafraîchissante.

On yélève des animaux domestiques, des chameaux, des ânes, des bé@&ufs. Les chevaux du Dongola jouissent d’une grande réputation (3). On y travaille non sans habileté les peaux de bœufs tannées. On en fabrique des sacs, des selles, et des sandales, luxe des personnes bien mises puisque en Nubie « une jeune femme porterait plus

volontiers une chemise déchirée que de vilaines san-

dales (4) ».

(x) Zb., p. 300.

(2) « Courdofal est le pays qui produit le plus de bénéfices par ses gommes ; elles sont en grande quantité et d'une très bonne qualité ; année commune, on exportait de 15 à 18,000 quintaux. » Taisaur. Notes manuscrites. —- « On trouve en Égypte deux espèces de gommes. La première est appelée Turique. Elle vient par les caravanes. La seconde espèce de gomme, est appelée arabique. Elle est apportée de même que la première par les caravanes. » D'Amirat à Maurepas, 3 décembre 1736. Af. Etr. Le Caire.

(3) Les chevaux s’exportent de Dongolah et de Chandy par la mer Rouge dans l'Yémen jusqu'à la Mecque où les bonnes races de chevaux sont rares, quoique jadis elles soient venues de là en Égypte. Carzcraun. Voyage à Meroë, III, p. 120.

(4) « À young woman had rather wear a torn shirt than ugly sandals. » Burckuarnr. Travels, p. 314.

Dans ces pays du sud vivent également des animaux sauvages que l’industrie humaine sait utiliser, notamment des autruches, dont les belles plumes blanches et noires recherchées « pour la parure des dames d'Europe (1) » donnent lieu à un important trafic. On y chasse le rhinocéros- et l'hippopotame. De la corne du premier, on fait des manches de sabre et de poignard, et des gobelets (2) ; de la peau du seeond découpée en lanières, des courbaches, ces terribles fouets avec lesquels on flagelle esclaves et bêtes de somme.

C’est aussi des contrées éloignées du sud qu’arrive l'ivoire, cette denrée précieuse entre toutes et qui constitue l’un des principaux objets d'exportation du Sennar vers l'Égypte. Entre Sennar et Abyssinie, il y a autant d’éléphants que de cerfs en Europe (3).

(1) Tuisaur. Aperçu du commerce du Soudan. La plupart des États du commerce qui s’est fait dans les échelles d'Égypte portent à la colonne sortie : « Ballots de plumes d'autruches. » AfF. Etr. Le Caire, passim.

(2) Ces cornes de rhinocéros ont une certaine valeur. « Itis dear ; I have scen pieces about four inches long, and one inch thick, sold for four or five spanish dollars each. » Burckaarpr. Travels, p. 313. — Ces gobelets, ces tasses à café sont nommés fingan ou fingal. « Elles passent pour jouir de la propriété d’annihiler le poison souvent servi sous forme de café dans les harems. » Note manuscrite de M. Chelu bey.

(3) Guurrecar. Die Reise des P. Krump. Verhandl. Gesell. £rdk. Berlin, p. 8o.« Le Courdofal fournit de belles dents d'éléphants. Elles viennent des montagnes de Tekely et les caravanes de Darfour en apportent aussi. » Tuisaur. Aperçu du commerce du Soudan. Nous avons vu en janvier 1896, au bazar de Siout, beaucoup d'objets en ébène, en corne de rhinocéros, en peau d'hippopotame, en ivoire, soit que les industriels de Siout aient conservé de grands stocks de produits du Soudan, soit que ne voulant pas renoncer à leur industrie, ils se procurent ailleurs les matières premières.

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IL en provient enfin des parfums : de l’encens (x), de la civette, du musc dont les femmes se mettent par coquetterie dans les oreilles et dont elles imprègnent leurs toiles légères, en en corrigeant la forte odeur au moyen d’essences parfumées (2).

Mais les richesses par excellence du Soudan sont les métaux et les esclaves.

Il y a du cuivre, dans le Fertüt, très loin au sud du Dar Four (3). Il y a de l'or sur les pentes occidentales du massif éthiopien, dans le Fazoql et dans le Nouba (Kordofan méridional) (4). On ne l'extrait pas de filons miniers: & il se trouve dans les sables des rivières où on va le ramasser après que leurs inondations ont cessé (5). » On renferme la poudre d’or dans des tuyaux de plume, et dans de petites cornes de gazelles. On le fond en lingots qu'on martèle ou bien qu'on étire en fils (6) dont ensuite on fait des anneaux. Si au Sennar, il n’y a pas de monnaie d’or, des morceaux d’or servent aux échanges ; on en fabrique aussi des bijoux (7). On à vu au

Caire des personnes riches venant du sud payer avec de

(x) « Cet encens est une résine que les Baggaras nomades recueillent dans leur course nomade. Il est estimé chez les habitants de la Haute-Égypte. Le commerce le considère pour peu de chose. » Tuigaur. Aperçu du commerce du Soudan.

(2) Tuigaur. Notes manuscrites.

(3) Browxe, cité par Rirrer. Erdkunde, I, p. 250.

(4) L'or du Fazoql se trouvait en abondance à Chendy. Taisaur. Aperçu du commerce du Soudan. Rrrrer, Erdkunde, 1, p. 253.

(5) Le Mascrier. Description de l'Égypte, 2° partie, p. 198.

(6) Werwe. Expedition zur Entdeckung der Quellen des Wecissen Nil, p. 4.

(7) Guurrecur. Reise des P. Krump. Verhandl. Gesell. Erdk. Berlin,

l'or (1). Les marchands de Souakim se servent de la poudre d’or recueillie au Sennar pour acheter à Djeddah les marchandises venues de l'Inde : nulle part au Soudan, la poudre d’or n’est une denrée rare (2:

Les esclaves noirs sont communs en Égypte, et le marché, l’'Okel des Djellabs, voisin de la mosquée d’EI Azhar en est toujours abondamment pourvu (3). Presque pas de maison un peu aisée qui n'ait plusieurs négresses employées au service du ménage (4). Les noirs peuplent les demeures des personnes de haut rang : « C’est une grande marque de richesse et de magnificence parmi elles que

d’avoir un grand nombre d’esclaves. Il y a telle maison

qui en possède des deux sexes pour la valeur de trente

mulle écus (5). »

(1) Un gouverneur de Berber reçu par de Maïllet « fait de la dépense », « achète 300 mousquets ». « Il avait apporté quantité de poudre d'or. » De Maillet au comte de Pontchartrain, 22 avril 17900. Aff. Etr. Le Caire.

(2) « Si vous retirez ces effets (étoffes et coraux confiés à un certain père Justin, pour être remis à Lenoir du Roule et qui avaient été dérobés), vous aurez soin de la troquer contre de la poudre d'or et de la reporter ici. » De Maillet au siour Bayard (un dessinateur accompagnant du Roule, mais resté au Dongola, par suite de maladie et que cet accident sauva du massacre). 1er novembre 1707 .Afr. Etr. Le Caire. — BurckHARDT. Travels, p. 308 note. L'article or dans le Dictionnaire de commerce de Savary des Bruslons donne l'impression qu'il y avait en Afrique beaucoup d’or et d'extraction facile. T. I, p. 1153-5. C'est dans ce dictionnaire que beaucoup de personnes cultivées prenaient au xvir1e siècle des notions de ce qu’on nomme aujourd’hui la Géographie économique.

(3) CarrrrauD. Voyage à Méroë, II, p. 117. Les esclaves noirs se vendent dans la cour d'Okalt el Gellabeh, où ils sont exposés tout nus, filles et garçons pêle-mèêle. Jomarp. Mém. sur l'Égypte ancienne et moderne, VE, p. 372.

(4) P.S. G., membre de l'Institut d'Égypte. De la caravane du Darfour. Mém. sur l'Égypte, LT, p. 305.

() Le Mascrrer. Description de l'Égypte, 2er partie. p. 179:

Non seulement il yen a beaucoup en Égypte même, mais c'est de là qu'on exporte & tout ce qu'il-y a d'eunuques dans le sérail du Grand Seigneur et dans ceux des particuliers, tous les autres noirs hommes et femmes que l’on voit dans le resie de la Turquie(1) ». Les marchands de Constantinople et de Smyrne viennent se pourvoir au Caure (2).

Or c’est du sud, du Sennar, du Dinka, du Kordofan, du Darfour, du Fertit que proviennent tous ces noirs. C’est du Nouba qu'on amène ces serviteurs laborieux, dociles « recherchés pour le bon service de la maison (3) ».

C'est sur les pentes du massif éthiopien qu’on capture ces beaux hommes € qui sont comme parades dans les maisons », et ces Johes filles, au teint clair, au profil régulier, aux lèvres minces sur lesquelles se portait de préférence, naguère, le choix des Mamelouks et dont la réputation date de loin, puisque dans un vieux manuscrit on vante déjà « la prééminence des Abyssines sur les femmes

des autres pays tant au physique qu'au moral(4) ».

(1) Le Mascrier. Description de l'Égypte, 2e partie, p. 196.

(2) BurckaarDr. Travels, p. 326.

(3) Zbid., p. 311. « Les noirs venant du Courdofal sont les plus recherchés pour le bon service de la maison. Pour la plupart fidèles, ils prennent les intérêts du maitre ; les ouvrages les plus rudes ne leur répugnent pas ; c'est sans contredit les préférés, surtout ceux qui viennent de l’intérieur, du Dar Four, Borgou, etc. » Taisaur. Aperçu du commerce du Soudan.

(4) « Livre de broderies au sujet des mérites des Abyssins par l'imam Nuwuwy. » D’Agpanie. Catalogue des manuser. éthiopiens, p. 218. — « Les esclaves abyssins ou gallas sont d'un prix beaucoup plus élevé que les noirs qui viennent du Cordofal ; les premiers sont plus délicats et incapables de grands travaux ; ils servent ordinairement au plaisir des grands ; les

Les caravanes d'esclaves arrivent tous les ans : courant aussi intarissable que celui du Nil (1). Combien il doit en vivre de milliers et de milliers de noirs dans cette immense contrée inexplorée du Sud! Leur existence même la caractérise et ce n’est pas sans raison que les Arabes la nomment Beled-es-Sudan (2) et les Frances : Nigritie (3).

Ces produits divers provoquent un trafic animé entre

l'Égypte et Souakim d’une part et le Soudan de l’autre.

Si le Soudan était dépourvu de ressources, les marchands affronteraient-ils les misères de la traversée du désert entre Korosko et Abou-Hamed, Daraoui et Berber, Souakim et Berber? Risqueraient-ils leur vie même dans des engagements avec les Bicharis, nomades qui battent incessam-

ment la campagne en quête de pillage (4)? Les échanges

femmes estimées au lit, les hommes sont comme parades dans les maisons. C’est obstentation et vanité que de posséder plusieurs Abyssins des deux sexes. » Tuisaur. Aperçu du commerce du Soudan. — Le Mascrier. Description de l'Égypte, 2e partie, p. 175. — « C’est parmi cette espèce d'esclaves que les mamelouks choisissaient les femmes qui devaient composer le harem. » Lapaxouse. Mém. sur les caravanes du Sennar. Mém. sur l'Égypte, IV,

(1) « Le commerce le plus considérable (de la caravane) consiste en deux ou trois mille noirs, qu'elle amène vendre en Égypte, et dont l’un portant l'autre, il n'y en a aucun qui ne vaille deux cents livres à son maître. » LE Mascrier, loc. cit., p. 197.

(2) Pays des noirs.

(3) I est manifeste que vers 1820 on ne pouvait avoir qu'une impression d'ensemble sur la densité de la population de l'intérieur de l’Afrique, puisque cest seulement en 1866 qu Erxesr BEnm tenta de donner sur ce sujet les premières notions scientifiques appuyées sur l’étude crilique des textes dans son Arcal und Bevëälkerung der Erde. Cf. Rarzer. Anthropogeographie, IT, p. 169.

(4) « Les Gellabs ou marchands attirés par l'appät de grands bénéfices

entre les produits du Soudan et les produits de l'Égypte(r), de l’Europe, de l'Inde s’opèrent à Berber, à Chendy, à Metammah (2). Or, ces villes ont un air de prospérité, les habitants y vivent dans l’aisance, les femmes s’y vêissent élégamment et s'y parent de bijoux de prix (3), témoignages de l'importance des affaires qui s’y traitent. Ainsi dominait communément cette opinion que le Soudan avait une valeur économique considérable (4), que bien loin d’être pauvre, il abondait en ressources, et qu'il

y avait, par conséquent, grand intérêt à le posséder.

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