LE MONOPOLE DES DENRÉES COMMERCIALES
chaient sous l'action du vent et de la chaleur. Les convoyeurs, qui appartenaient généralement à la tribu des Kababichs, devaient cependant présenter à Dongola un poids de gomme exactement équivalent à celui qu'ils avaient reçu à El Obeïd. Ils étaient responsables d’un déchet inévitable et devaient le payer: ilsnerecevaient guère, selon Pallme, qu'un quart de la somme à laquelle ils avaient réellement droit (1). Bref, ils étaient punis d’une faute qu'ils n'avaient pas commise (2).
Cet élat de choses ne fut pas modifié par les conventions, conclues entre le Sultan et les puissances curopéennes, élablissant la hberté de commerce dans toute l’étendue de l'empire ottoman.
Le Soudan égypüen appartenant à l'empire ottoman, ces conventions auraient dû y être respectées ; Mehemet Al se garda de s'opposer ouvertement à leur application. Mais en fait 1l n'y eut pas de liberté de commerce. Des ordres particuliers élaient donnés aux gouverneurs, € qui
se faisaient un plaisir de les remplir (3) », pour décou-
(x) Travels, p. 137.
(2) « La mauvaise foi est toujours la règle des opérations faites par les Turcs, les gommes monopolisées sont pesées à Courdofal | Kordofan], livrées à un chef arabe, qui donne son reçu de Lant de quintaux à porter à Dongolah, où ils sont de nouveau reconnus par le peseur, chaque rotl (440 grammes) de moins est compté 6 piastres sur le total du loyer des chameaux , les Arabes sont solidaires les uns des autres ; les couffes [paniers] tressées de telle solidité possible, certes par une route de désert, où l’on charge et décharge si souvent ne peuvent être assez bonnes, pour ne pas empêcher la gomme de se répandre en farine. Les Arabes payent, le gouvernement ne doit rien perdre. » Tur-
gaur. Notes manuscrites.
(3) Id. /bidem.
rager systématiquement les Européens dans leurs entreprises commerciales ; ceux-ci ne trouvaient pas à louer de chameaux de transport, et les indigènes, qui leur vendaient des gommes, avaient à s’en repentir. « Si par exemple un négociant européen veut jouir de la liberté de commerce, il n’est d'aucun doute qu'il pourra amasser quelques gommes, mais on assommera ceux qui les lui ont fourni (sie) s'ils sont connus et des ordres en secret seront donnés pour empêcher les arabes de fournir les transports (1) >.
C’est ainsi que l'exploitation commerciale du Soudan resta entre les mains de Mehemet Al.
Sous ce régime, la production économique du Soudan diminue. On exporte moins de gommes qu’autrefois (2), moins de plumes d’autruche, d’un entretien délicat, et que les agents du monopole gouvernemental négligents et inexpérimentés laissent dévorer par les insectes (3). On recueille même moins de parcelles d’or que par le passé, et « les frais énormes faits par Mehemet Ali pour exploiter ce métal sont inutiles (4) ». Enfin concluant sur l’exploitation du Soudan par le gouvernement égyptien, Thibaut déclare que : &« C’est un privilège accordé à la puissance turque, que partout où elle porte son gouvernement, elle a
le talent de ruiner les pays (5) ».
(1) Taisaur, Notes manuscrites.
(2) Id. Zbidem.
(3) Rurper.. Reisen in Nubien, p. 137 note.
(4) « J'ai encore trouvé cet article [l'or du Fazoql] en 1823 à 192 piastres d'Égypte, l'once, tandis que dans ce moment à peine si l'on peut se le procurer à 360 et 70 piastres. » Tuisaur. Notes manuscriles.
(>) Taisaur. Zbidem.