‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 56 sur 130 · V. — MONOPOLE DES DENRÉES COMMERCIALES · texte numérisé non relu

V. — MONOPOLE DES DENRÉES COMMERCIALES

Mehemet Ali crut encore augmenter les revenus qu'il ürait du Soudan en en monopolisant les produits. Un exemple montrera comment 1l restreignit peu à peu à son profit la hberté du commerce.

En 1893, un ancien officier français, Vaissière, vétéran des guerres du Premier Empire, chevalier de la Légion d'honneur, ancien compagnon d'armes d'Ibrahim Pacha en Hedjaz, entreprit le commerce des gommes du Kordofan. Chaque année, il expédiait d'El Obeïd, de 450 à 500 charges de gommes. En six ans, il avait réussi au point d’avoir assez de bénéfice pour payer ses dettes et & se voir un capital de 25 mille talaris (1), lui qui n'avait eu que la bourse de ses amis pour faire ce commerce (2) ».

Cependant Mehemet Ali, jaloux de pareils profits (3) et «trop amateur des innovations qui pouvaient remplir son trésor pour laisser échapper une belle occasion » de le faire décida de monopoliser les gommes (4).

Vaissière demanda alors qu'on lui concédât le privilège de transporter et de vendre en Égypte les cafés expédiés d'Abyssinie au Caire à travers le Soudan. Il l’obtint,

(1) 93,790 ou 125,000 francs, selon que le talari représente une valeur de 3 fr. 75 ou de 5 francs.

(2) Tuisaur. Aperçu du commerce du Soudan.

(3) Horroy», cité par Bowrixc. Report on Egypt, p. 207.

(4) Tuisaur. Aperçu du commerce du Soudan.

H. DEñaÉRaIx. (2

17à L'EXPLOITATION DU SOUDAN

et réussit également dans ce nouveau commerce: une année, 1l envoya même en Égypte quatre cents chameaux chargés de café. Ce succès excita pour la seconde fois la cupidité de Mehemet Ali, qui le priva du monopole et se l'appropria (1).

Toutes les autres denrées, qui alimentaient le commerce du Soudan. l'ivoire, les plumes d’autruche, les peaux de bœuf, le tamarin, le séné furent de même monopolisées par le gouvernement. Mehemet Ali devint l’unique commerçant de la vallée du Nil. Il professait que ces produits, animaux et végétaux, dons gratuits de la nature comme les mines, appartiennent au souverain (2). Seul le trafic des esclaves fut laissé libre et on verra plus bas les conséquences de cette exception.

La récolte et le transport des produits étant devenus affaires d'État, on y apporta autant de rigueur que dans la levée des impôts. « Aujourd'hui, dit Thibaut, le gouvernement contraint à coups de bâton, à recueillir les gommes (3) ».

Dans le transport des denrées à travers le désert, il se produit toujours des accidents et par conséquent des pertes. Le gouvernement ne voulait pas les supporter. Dans le long trajet d'El Obeïd à Dongola, par suite des chargements et des déchargements quotidiens, les gommes se brisaient, se € répandaient en farine » et filtraient à

travers les mailles des paniers ou coufins: elles se dessé-

(x) Horroyn, cité par Bowrixc. Report on Egypt, DS 07e (2) D'Escayrac pe Laurure. Bull. Soc. géogr., 1850, p. 399: (3) Notes manuscrites.

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