RÉSULTATS FINANCIERS
Ce document est peu explicite. On y voit bien que de 1830 à 1838, les impositions du Soudan se sont montées à 3,129,000 francs, et à 5 millions de 1838 à 1842. Mais il ne nous apprend ni quelles ont été les rentrées réelles du gouvernement, ni à combien se sont élevées les sommes non perçues par insolvahilité ou refus de paiement des contribuables. Or les décrets sur le Soudan promulgués par Saïd Pacha en 1857 prouvent qu'il y avait d’une année sur l’autre un important arriéré qui alla toujours croissant.
Mais surtout les notes laissées par d’Arnaud sont incomplètes. Elles présentent un état de recettes, mais il y manque la contre-partie nécessaire, un état de dépenses. C'est seulement de leur comparaison qu'on pourrait sûrement conclure que le budget du Soudan s’est soldé en son ensemble par un déficit ou par un excédent.
IL faut donc se contenter des apprécialions des voyageurs européens au Soudan. Ils constatent à l'unanimité que les dépenses du gouvernement dépassaient les recettes. Selon Ruppel: & La puissance actuelle des Turcs ne peut ètre considérée que comme une occupation provisoire vu que les revenus ne couvrent pas les frais d'occupation (1). » D'après Werne, Churchid Pacha répélait constamment que sa caisse élait vide, el il recevait régulièrement de l'argent d'Égypte (2). Holroyd est plus précis encore: « Les dépenses du Soudan, dit-1l, dépassent de 1/,000
livres sterling ses recettes (3). »
(1) Reisen in Nubien, p. 24.
2) Expedition zur Entdeckung, elc., p. 29.
E 8 > P: 26 (3) Cité par Bowie. Report on Egypt, p. 210.
L'argent manquait dans les caisses du gouvernement, les fonctionnaires avaient de la peine à se faire payer leurs appointements (1) et d’Arnaud parle de l’état de « gêne » du pays.
Remarquons en outre qu'aucun paragraphe intitulé : « Recettes du Soudan », ne figure dans les chapitres du budget de l'Égypte pour 1833, publié par Bowring (2).
L'impression donnée par ces textes est encore fortifiée par ceux-ci.
En 1838, Achmed pacha, pour faire sa cour à son beau-père Mehemet Ah, lui offrit en présent une grosse somme d'argent. Mais d’Arnaud et Werne prennent soin l'un et l’autre de faire remarquer qu'il ne s’agit pas là d'un envoi régulier de fonds du Soudan en Égypte, mais d'un versement extraordinaire. «& La 1" année de son gouvernora (sic) S. E. Hamet Pacha a envoyé au Caire pour se faire bien venir de S. A. Mohammed Aly 16,000 bourses (2 millions de francs) en annaux (sic) d'or, impol extraordinaire (3). » De plus, Werne avertit qu'on se tromperait fort si on coneluait de cette plus-value ap-
parente à la prospérité réelle du Soudan (4).
(1) « Je pars pour aller demander au gouv'e (gouverneur) comment va sa mâchoire (voy. pour cette allusion p. 163) et surtout mes 13 à 14 mois d'appoint{ement]s, qui sont restés en arrière. » D'Arxaun. Journal, 13 mai 1847, — « Reçu du Casnet (trésorier), de Gartoum, après des difficultés inouies de toutes parts, 610 piastres, acompte de mes appointements. De plus, on ne donne pas d'avance pour cette 3e expédition sur le fleuve Blanc. » Id. Zbid.. 2 septembre 1847.
(2) Bowxixc. Report on Egypt, p. 44.
(3) D'Anvau». Journal, IL, fol. 148.
(4) Expedition zur Entdeckung, p. 29.