‹ Le Soudan Égyptien sous Mehemet AliChapitre 69 sur 130 · UN PROJET DE VOYAGE FRANÇAIS · texte numérisé non relu

UN PROJET DE VOYAGE FRANÇAIS

qui à des usages, des mœurs particulières. Reconnaître ce peuple serait une chose importante. II connaît beaucoup les arabes Bicharis, Refaah, Allinga, Adindao, ete., et surtout les cheyks de ces tribus, qui lui ont donné beaucoup de marques d’attachement, avec lesquels il a vécu près de six mois, et ces gens lui ont proposé de le conduire sur les lieux. Il ne serait donc pas difficile pour lui d’y pénétrer.

« I désirerait surtout remonter le Bahr el Abyad aussi loin que possible pour en connaître les sources, pour découvrir les causes de ses crues, et d’où viennent les eaux qui l’alimentent. Il a beaucoup de raisons de croire que ses crues proviennent du débordement des lacs, causé par les pluies et qui se trouvent au Nord de la chaîne des montagnes dans un pays plat, environ par les 10 ou 11° de latitude. Ces lacs sont grands et nombreux.

« Il a déja remonté le Bahr el Abyad jusques chez les Chilouks par une latitude de 11°30 nord, jusqu'à l’Ile d'Aba, et il serait allé plus haut sans les circonstances des saisons... Il a toujours entretenu des liaisons avec les gens du pays, et avant de revenir de Sennar, il a acquis la certitude de pouvoir pénétrer dans tout le pays des Schilouks.

« Étant dans l’île de Sennar, il se rendit à Obout dont le Cheyk a beaucoup de relations avec les Chilouks, et l’engagea par des présents et des politesses à servir son dessein.

« Celui-ci envoya une personne au roi des Chilouks avec ses présents et des lettres de plusieurs personnesdistinguées de l’île de Sennar. Plusieurs mois après, étant descendu jusqu’à Abou-Ahmed à cause de la saison des pluies, il reçut la réponse du roides Chilouks. On l’engageait à aller sans

‘crainte, l’assurant qu'il serait bien reçu et qu’en faisant savoir d'avance quand il viendrait, le roi des Chilouks l’enverrait chercher avec une escorte pour l'accompagner. On voit donc qu'il peut aller facilement chez ce peuple, qui est la terreur des voyageurs, et qui n’est pas sans doute pire que les Bicharis qui avaient la même réputation.

« Le cheyk de Fasuolo, homme qui est réputé savant dans son pays et très puissant dans le Sud de l’île de Sennar, lui est aussi dévoué. Cet homme lui a proposé de l’accompaguer depuis son pays jusques par une longitude égale à celle de Wara {ou Ouaro) dans le Dar Bourgo et en suivant toujours le même parallèle que Fasuolo.

« Plusieurs cheyks de tribus errantes, qui dans leurs changements de campements, font des courses immenses, l'ont assuré qu'ils le conduiraient de l’île de Sennâr, en passant au sud des Chilouks et des Dinkas, jusque dans le royaume de Bourno, en passant toujours chez les tribus arabes musulmanes.

« Son but serait de donner tous les renseignements possibles en géographie, de faire des cartes {travail dont il a une grande habitude), des observations pour la latitude, et, le plus souvent possible, pour la longitude, à l’aide de chronomètres ou par des occultations d'étoiles, ou par des éclipses des satellites de Jupiter. Il dessinerait tout ce qui aurait rapport à l'antiquité et à l’état actuel, tout ce qui mériterait l'attention, ainsi que les costumes, et tout ce qui pourrait éclairer sur les mœurs, arts et usages, etles productions des pays. Il ferait en géologie ce qui lui serait possible; 1l recueillerait des minéraux et ferait des collections en histoire naturelle : c'est ce qu'il a toujours fait dans tous ses voyages précédents.

« Quant aux instruments, il en a beaucoup et d’excellents; mais 1l lui faut un télescope et un chronomètre de plus, avec quelques autres objets de voyage pour les collecüons.

« Pour un tel voyage, les dépenses sont assez fortes. Il faut, en passant chez toutes ces tribus arabes, faire des cadeaux aux cheyks ; il faut mener plusieurs personnes avec soi, et avoir une barque qui puisse porter les provisions. Il faut aussi acheter des animaux pour porter le bagage.

*aM ER demande qu'une somme de douze mille francs

Page 1