IV. — TROISIÈME EXPÉDITION
La troisième expédition quitta Khartoum, le 27 septembre 1841.
Elle était moins bien pourvue que la précédente. Elle partait contre le gré du gouverneur Achmed Pacha. Il subissait les ordres de Mehemet Ali (2), qui avait écrit à d'Arnaud : « Cette année-ei vous avez élé plus loin que l’année passée, hé bien, j'espère qu'avec l’aide de Dieu, vous atteindrez le but dans cette dernière. Allez et revenez en salut » (3). € Hachmet Pacha était de bien mauvaise humeur lorsqu'il eut lu cet ordre. Son silence parlait pour lui; néanmoins il ajoutait :qu'on fasse préparer les barques. qu'on leur donne 150 soldats comme la précédente fois,
qu'on leur paye ce qui leur est dû (d'avance point), et
(1) D'Arxaun. Journal, 12-13 janvier 1841.
(2) «Il arrive de nouveaux ordres du vice (roi) pour faire une nouvelle expédition sur le fleuve Blanc : il veut, dit-il, que l'on aille jusqu'aux sources. »' D'Arnaur. Journal, 5 juillet 1847:
(C)Ade Ibidem., HI. Préface.
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Fic. VII. — État des connaissances sur le Nil blanc en 1842, après les expéditions égyptiennes.
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qu'ils allent s'ils veulent. Je sais d'avance qu'ils n’arriveront à rien, car Je sais moi où sont les sources (t) >:
Quand, un beau jour, Achmed Pacha, eut décidé, obéissant à un caprice, que le moment du départ était arrivé, 1l fit recruter à coups de bâton des marins dans les rues de Khartoum et les embarqua sans leur donner le temps de faire quelques provisions, s'ils avaient quelques piastres en poche, ni de prévenir leurs femmes de cette avanture. Aussi l’organisation de nos barques fait pitié : l’année dernière, 1l y avait beaucoup à redire sans doute mais cette fois-c1, elle se ressent bien de l’état de genne du pays et de la manie destructive du gouverneur Hamet Pachas. C’est bien comme 1l le dit lui-même, pour ne pas se trouver contre les ordres du Grand Pacha que nous parlons, sans espérance d'aucun résultat, heureux encore s'il ne nous survient aucune affaire avec les naturels. Nous partons sans que le divan ne nous ait même payé le 1/2 mois que nous avançons » (2).
La paye des marins fut diminuée: de 15 piastres (3 fr. 75) par mois, elle fut abaissée à 10 piastres (2 fr. 50) (3). Aussi y eut-il de nombreuses désertions. Dès la première nuit, le 27 septembre, vingt marins s'échappent (4). Le 6 octobre. on constate encore la disparition de cinq ou six autres. Un reis (patron de bateau) est
envoyé à leur recherche et déserte à son tour (5).
(1) D'ArnauD Journal. 3 juillet 18/41, HT, Préface (2) Id. Journal, 28 septembre 1841.
(3) Id. /bid., 8 octobre 1847.
(4) Id. Zbid., 28 septembre 184r.
(5) Id. Zhid. 7 octobre.
Pendant le premier mois, le voyage fut extrêmement lent : « Cette journée (8 octobre) est bien petite, 1/4 mulles environ, si on la rapproche de celles de l’année passée, où nous fesions jusqu'à 75 milles par jour (1) ». Le départ avait été trop précipité. Pendant le mois d'octobre les vents du Nord ne règnent pas encore régulièrement sur le Nil blane (2). Les barques n’avançaient qu’à force de rames.
L'état sanitaire fut des plus médiocres. Déjà dans la seconde expédition, quelques cas de scorbut avaient été constatés. Mais dans celle-ci un grand nombre de soldats et de marins furent atteints de la fièvre et de la dysenterie, quelques-uns même périrent. Les officiers ne furent pas épargnés el le commandant turc, d'Arnaud et Thibaut, les deux seuls européens embarqués (3), tombèrent malades (4). D’Arnaud ne put pas tenir son journal de route avec autant de régularité que précédemment.
D'Arnaud resta fidèle à son système de conciliation à l'égard des indigènes : «€ Je l'ai toujours dit, éerit-1l, 1l vaut mieux faire de la polytique avec les naturels que la guerre : nous ne larderions pas sans cela à être dépécés » (5).
Néanmoins il est visible que les rapports ont perdu quelque chose de leur ancienne cordialité. L'arrivée des
EÉgypüens jela une certaine perturbation dans la vie des
(1) D'Arwau». Journal, 8 octobre.
(2) Le régime des vents sur le Nil Blanc est exposé au chapitre suivant.
(3) Petermann et Hassenstein commettent une erreur (Peterm. Mitt. Ergänzungsband IT) en comptant Sabatier parmi les membres de cette expédition.
(4) D'Arxaup. Journal, LI, 14 janvier 18/2.
(5) Ibidem, 2 mars 18/42.
TROISIÈME EXPÉDITION 265 naturels (1). De son côté, d'Arnaud irrité par leurs demandes répétées les nomme: « peuple voleur, exigeant et familier ». Et quelques-uns s'étant saisis d’un câble de dahabié et ne voulant plus le lâcher, il les cingle avec du petit plomb (2).
L'expédition ne s’avança pas au delà du point qui avait été atteint dans la précédente campagne ; peut-être même resta-t-elle un peu en deçà (3). Résolus à ne point dépasser le point reconnu l’année précédente, nous n'avions l’intention que de rendre correct ce que nous avions déjà faut » (4).
Pendant cette campagne, 1l y eut donc moins exploration proprement dite que vérification des résultats précédemment acquis (5).
Le 28 décembre 1841, l'expédition reprenait la direction de Khartoum, où elle rentrait le 6 mars 18/42, sans avoir
de nouveau pénétré dans le Sobat (6).
(x) D'Arnaun. Journal, 19 décembre 1841.
(2) Id. /hidem, 11 janvier 18/2.
(3) IL y a dans les écrits de d'Arnaud une légère contradiction, La latitude la plus méridionale marquée dans son Journal est 4052" lat. N. D'autre part, il y a sur sa carte du Bahr el Abiad une note ainsi conçue : « Nous atteignons enfin le 4042" de latitude. »
(4) Tarsaut. Bull. Soc. Géogr., 1843, XIX, p. 444.
(5) « Je dus me contenter... des travaux de détail. » D’Arxaup. Carte du Bahr el Abiad.
(6) « Nous sommes de retour à Khartoum après de grandes souffrances avec forte mortalité, le 6 mars 1842. » Id, /bid. — Buchta commet donc une erreur en fixant au 1°" février 1842 la date de retour à Khartoum.
Der Sudan, elc., p. 22.