OBSERVATION XXVII
Service de M. BROCQ, hôpital St-Louis.
Marie C..., 16 ans. Vient pour la première fois, fin d'avril, pour chute abondante des cheveux, depuis deux ans.
Réglée à 12 ans. Petite taille ; face bouffie, paupières un peu gonflées ; mains chaudes et bleues par moments, frilosité ; céphalée ; constipation ; pas de nervosisme.
Quinze jours après, les sourcils qui manquaient presque totalement, repoussent ; actuellement ils occupent toute la ligne sourcilière, et sont blonds en dehors, bruns en dedans.
De ces observations, il résulte que la pousse des sourcils est, grâce au traitement, possible à tout âge ; à deux ans (obs. vi), à quatorze (obs. vx), à quarante-cinq ans (obs. Xv), à soixante-quatorze ans (0bs. XXV). \
Chez les enfants, il est vrai, la genèse sourcilière peut se faire spontanément après un temps de retard, on pourrait donc mettre sur le compte de la médication ce qui revient à la nature; toutefois étant
donnée la rapidité avec laquelle le traitement peut
agir (obs. vi), en même temps que l'état général
s'améliore, on ne saurait méconnaitre que Chez eux
le corps thyroïde intervient au moins pour hâter
l’évolution naturelle.
D'autre part, il est fréquent de voir les poils dé la partie moyenne du sourcil s’allonger considérablement chez l’homme aux abords de la vieillesse:
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Néanmoins, à l’état naturel, cette hypermégalie fait contraste avec la dénudation progressive des autres territoires pileux, surtout du cuir chevelu. Lors done. qu’au cours du traitement, on verra le cuir chevelu se regarnir (Obs. 11 et 1v, in Lévi et Rothschild, obs. v), la moustache mieux fournie (obs. 11, rv) en même temps que les sourcils s’allonger, on pourra voir dans cette hypergenèse totale, un effet de la médication.
Cette action ressort mieux, quand, au milieu de poils devenus blancs, tant au niveau des sourcils que de la moustache, il en sort des noirs, chez un sujet, par exemple, anciennement roux (0bsS. 1).
D'une manière générale, l'hypergenèse sourcilière est plus intense à la partie interne; on peut s'assurer qu'à l’état normal les poils sont déjà plus fournis, plus longs et plus colorés et à ce niveau. Chez les blonds, il est fréquent de voir les sourcils se développer sur toute leur longueur blonds en dehors, bruns en dedans (obs. vi ; XV). La teinte foncée des poils pourrait donc ètre interprétée comme l'indice d’une plus grande vitalité pilaire ; on sait du reste que les hyperthyroïdiens à sourcils épais sont ordinairement bruns.
Toutefois, si les poils de nouvelle formation sont généralement pigmentés, même chez les sujets âgés, quelques-uns sortent blancs. NS.
Chez une femme de 52 ans, ayant subi deux périodes de traitement, séparées par un long intervalle la croissance des sourcils s’est faite en deux fois ;.
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elle cessait chaque fois que la médication était interrompue (obs. xx). L'observation prend de ce fait une valeur expérimentale.
Cette action, rapide chez les sujets jeunes, est souvent lente chez le vieillard. Chez un enfant présentant de l’arriération physique (obs. vi), en huit jours il s’est fait une repousse appréciable, en six semaines, les sourcils presque absents sont devenus très abondants. Chez une femme de 45 ans, quinze jours suffisent pour arrêter la chute des cheveux, six semaines pour voir repousser les sourcils (0bs. XV). Il faut neuf mois, pour une malade de 31 ans, pour que les sourcils se développent (obs. xvir). Chez un homme de 68 ans, sept semaines suffisent pour faire apparaitre des poils au tiers externe. Deux ans s’écoulent, avant qu’une malade de 74 ans n’assiste à la repousse des sourcils, qui s’est manifestée sur toute leur longueur.
Cette repousse est-elle durable”? Assez souvent,
on voit, plusieurs mois après la cessation du traite-
ment tomber des poils de nouvelle formation; il s'agit en général de-poils ectopiques, développés sur la poitrine ou sur les membres. [’hypergénèse sourcilière se maintient sans changen,ent chez un sujet de 33 ans (obs. vi, in Lévi et Rothschild), après un an et plus d'interruption. D'une manière sénérale, la régénération sourcilière parait stable. Cependant, chez une malade de 51 ans, les sourcils de nouvelle formation sont tombés à la partie externe, au bout de sept mois, ceux du segment in-
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terne se maintenaient quatre mois après (0bS. XVI).
Chez une malade de 35 ans, il se fait, au cours même du traitement, à des moments indéterminés, une chute temporaire des sourcils qui rapoussent quelque temps après (obs. XIII), Comme dans certains cas de surfonction pilaire.
Quand on voit le traitement agir avec rapidité chez les enfants, moins vite chez les adultes, rendre exubérants chez l'homme âgé les poils de la parie moyenne, chez tous agir plus vite et mieux à la partie interne, on peut dire, sans vouloir en diminuer l'importance, que le traitement ne fait que superposer à l’activité pilaire normale une activité de même sens, Cette orientation peut être évidente, même au point de vue qualitatif. Chez une femme de 50 ans, (obS. xIX), les poils qui poussent au tiers externe du sourcil, en un point congénitalement dépudé, se montrent Courts, raides, érigés verticalement comme ceux qui les ont précédés en-dedans.
Le développement opothérapique des sourcils u'est pas nécessairement accompagné d’un changement dans les autres fonctions de l'économie, Chez un homme de 3% ans (obs. XXI), le traitement poursuivi pendant sept mois amène une hypergénèse des cheveux, des sourcils et des poils du corps ; en revanche, il n'a pas d'action appréciable sur le rhumatisme ; de mème chez le malade de l'obs. 11,
Ces faits répondent aux objections, comme quoi la repousse des poils est conditionnée par l'amélioration de l'état général. En réalité, l'hypermégalie,
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si souvent gènante qui se produit chez certains sujets au niveau des sourcils, ne saurait être interprètée comme la marque d'une santé meilleure ; elle prouve seulement que le traitement a prise sur le malade, et qu'on est en droit de le poursuivre dans l'espoir d'un changement plus profitable.
Il y a donc une certaine indépendance entre les diverses fonctions du corps thyroïde. La médication qui peut restreindre son action à l’hypergenèse sourcGilière, n'agit pas toujours dans ce sens, même dans des cas où par la jeunesse des sujets et l’intensité de la déprédation du sourcil, on était en droit d'attendre quelques changements sous ce rapport.
En réalité, la trichogenèse est fréquemment subordonnée à des conditions locales, à des états préalables, qui peuvent varier suivant [a région, chaque territoire jouit à cet égard d’une véritable autonomie ; c’est ce qui explique l’action si différente du traitement au niveau des cheveux, des sourcils et des cils, tous poils qui dépendent étroitement du fonctionnement de la slande thyroïde, à plus forte raison, sur les régions pilaires, où d’autres glandes interviennent.
Les observations,citées précédemment,n’en constituent pas moins un ensemble de preuves suffisamment démonstratives du rôle que joue le corps
thyroïde dans le développement des sourcils.
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