CHAPITRE IV
Valeur séméiologique du signe du sourcil
Ces observations et celles qu'on peut faire journellement à la Polyclinique, permettent d'envisager les principales formes que prend la déprédation sourcilière, et qui toutes, selon la définition posée. par MM. Léopold-Lévi et H. de Rothschild, méritent le nom de signe du sourcil.
Rarement l’alopécie sourcilière est complète, presque toujours il persiste à la partie moyenne quelques longs poils que leur teinte pâle rend souvent peu visibles. D’autres fois, les poils occupent toute la ligne sourcillière, mais sur une largeur assez restreinte.
Un cas banal est celui où le sourcil est uniformément raréfié, plus souvent, la déprédation porte pricipalement sur la queue de l'organe, qui peut simplement épilée, ou même disparaitre entièrement, sur une longueur égale au cinquième, au
tiers, à la moitié de l’ensemble ; quelquefois une zone presque glabre sépare la pointe externe, conservée, du reste du sourcil. On comprend que la déprédation frappe davantage un segment qui normalement est bien moins fourni.
Après la queue du soureil, c’est la tète qui le plus souvent est atteinte ; elle perd ses contours, se réduit, et peut disparaître ; il en résulte un élargissement, facile à constater, de l’espace intersourcilier.
En contraste avec l'épilation des sourcils, à ses extrémités, on note quelquefois l’exubérance de la partie moyenne qui, d’une manière générale, est la plus épargnée, dans la déprédation de ces appendices.
Ces différences s'expliquent en partie par la distribution des vaisseaux. Le corps, plus résistant, . est irrigué surtout par la sus-orbitaire, artère principale de la région, accessoirement, par des rameaux venus de la Palpébrale ; la tête, par la Frontale interne, vaisseau moins important, la queue reçoit à sa terminaison quelques rameaux de la Temporale antérieure.
[l'est certain que la vascularisation joue un rôle important dans le développement des poils, comme le remarque Broca pour l’état pathologique : « Lorsqu'une lésion organique survient, susceptible d’entrainer une congestion des follicules pileux, telle qu'une anévrysme artérioso-veineux, une lésion du squelette, ett., on voit se produire une hypertrophie des phanères ; quand la congestion diminue ou dis-
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parait, l’hypertrophie se modifie dans le même sens, elle se montre à nouveau quand Ja congestion reparait. » (1874).
En application de cet aphorisme, on peut citer le cas d’une malade, portant sur l’arcade orbitaire, à la partie interne, une petite tumeur, certainement vasculaire, Car elle s'accroît au moment des règles; cette saillie est surmontée de poils beaucoup plus longs, que le reste du rebord osseux.
Bien que l’atrichose de la partie moyenne soit rare, on peut citer le cas d’une malade de 16 ans, Suzanne V.., venue la Polyclinique en juin 1911 à pour un goitre volumineux, et divers troubles: céphalées, bouffées de chaleur, changement de caractère, etc. Le sourcil droit présente à sa partie moyenne une zone arrondie, entièrement glabre, qui fait une sorte d’encoche sur le bord supérieur. Il est à remarquér que la mère de la malade, et son frère, plus jeune qu’elle de quatre ans, présente exactement la même malformation. Le traitement agit sur l’état général, le goitre, imprime une poussée aux cheveux, mais ne fait rien pour le sourcil.
La valeur du signe du sourcil tient en partie à son caractère objectif ; alors qu’on peut discuter sur la plus où moins grande sensibilité d’un sujet au froid, sur son degré de fatigue, un coup d'œil suffit pour constater l’état de cet appendice. L'intérêt qui s’attache à cette déprédation tient également à sa fréquence. parmi les autres signes de l'insuffisance
thyroïdienne.