SOI
D, nn” "HONVSSIVN | aq |
-(YA08 Na
+ "STNIAOMd waod4
SLNVLIAVH
°QS8I 1M4F. 1 nv 095h01p onbbpg 8p ounohos np son JU -sp4n0S sp onbijs11016
°°°" sxoauy
ORIGINE DE L'ART D'INSTRUIRE LES SOURDS-MUETS, ; Fe Ly e) ‘6 !: D Are (opte. ): 3 4 > é Fra
© TaeNre-sik ans aprés la mort de P. de Ponce, un autre prêtre , Jean-Paul Bonet, publia en espagnol un ouvrage sur l’art d'instruire les sourds-rhuets , le premier de ceux qui aient été composés sur cettè maticre. 1 porte pour titre : Reduccion de las letras, y arte pard énseinar a hablar las mudos. Mudrid, 1620, in-4°. Bonet fut conduit, d'aprés ce qu’il raconte lui-méme dans le prologue de l'ouvrage, à s'occuper de cet art | bar Tffection qu'il portait au connétable de Castille, dont il était le secrétaire, et par le désir de donner des soins au frère de ce connétable, qui était sotird-inuet dépuis l'âge de deux ans. 11 n’annonce nulle part qu'il ait eu éonnaissance des essais de Pierre de Poncéi il sé présenté mêmé comme l'inveñiteur dés procédés qu'il décrit. | | ON ‘ M. De Gérando ne discuté pas la question dè savoir # Bonet a été rééllement inventeur, où s'il ‘n’à fait que recueillir et appliquer la découverte de Ponce. Mais il me paraît trés-probable qu'il 4 ëu connaissänce des procédés de Pedro de Ponte. En effet, l'élève de Bonet était le frére cadet du connétable de Castille, dont Ponce avait instruit la sœur et les deux fréres aînés, Il est donc h présumer que , soit par des conversations avec lés élèves He Ponce eux-mêmes, qui vivaient peut-être ‘encore, soit par la tradition restée dans la famillé du coninétable, Bonet aura entendu parler de l& méthode de Ponce: Ambroise Moralés , que j'ai eité dans le précédent article sur l’origine de cet ärt, assure qu'il conservait de l’un Le Sourn-Murr r7 L'Avauczr. 8
nn ep
des disciples de Ponee, don Pedro de Vélaseo., un éerit dans lequel il disait que c'était au père Ponce qu'il avait l'obligation de savoir parler. Il y iraitait. sans doute de la méthode dont Pedro de Ponce s'était servi pour lui apprendre à parler et à lire; un pareil écrit ou des notes des disciples de, Ponce, ont pu guider Bonet. D’ ailleurs, Nicolaus Antonio, dans sa Bibliotheca Hispanica, assure posilivement que Bonet n’a fait que publier la découverte de son prédécesseur. Quoique probable, la chose ne peut pas être décidée; car nous ne savons pas si les deux méthodes étaient en effet semblables. Quoiqu'il en soit, Pedro de Ponce. a eu évidemment la priorité dans cette découverte, mais Bonet est le premier qui a décrit la méthode qu'il a suivie et les principes qui l'ont dirigé.
Le succès étonnant qu’il obtint est attesté par le chevalier Kenelm Digby, ambassadeur d'Angleterre à Madrid, dans un récit fort intéressant qui se trouve en entier dans la Revue d’'Edimbourg: « J'ai connu, dit-il (1), en » Espagne un noble, le frère cadet du connétable de ». Castille , qui avait appris à entendre les mots par ses » yeux, Sil est permis de parler ainsi. Ce seigneur » espagnol était atteint d'une surdité de naissance telle- » ment absolue qu'il n'entendait pas même un coup de » fusil lâché tout près de ses oreilles, il était par consé- » quent muet. Les agréments de son visage , la vivacité de » ses yeux, et les formes grâcieuses de toute sa personne » furent des signes certains de la bonne trempe de son » esprit. Tous ceux qui Je connaissaient, regrettaient » qu'il fàt impossible de cultiver cette intelligence: et
(1) Treatise of bodies, chap. xxvin, À 8. |
» de l’orner de conhaissances , poûr lesquelles il paraîissait ». avoir tant de dispositions. Les médecins et les chirur- » giens avaient épuisé inutilement sur lui tous les genres » de ‘remèdes. Un prêtre, à la fin, entreprit de lui » enseigner à comprendre les discours des autres, et à » parler lui:même pour se faire entendre; on s'en moqua » d'abord, mais quelques années après, on cria au » miracle (1). En un mot, par une rare patience et des » peines infinies, il parvint k le faire parler aussi dis- » tinctement qu'un autre homme doué de tous ses sens, » et à lui faire comprendre si parfaitement ce que les x autres disaient , qu'il ne perdait pas un seul mot dans 3: les plus longues conversations. J'ai souvent raisonné » avec ce prêtre (Jean-Paul Bonet), quand j'étais à » Madrid avec le prince de Galles, à présent notre » gracieux souverain Charles I, ét sa majesté, je n’en ». doute pas, se souvient encore de ce que j'ai dit de lui; » car sa majesté attachait une grande importance. à » bien examiner ce fait. Il y avait, il est vrai, un 4 grand défaut dans son articulation ; elle man- » quait d'uniformité; sa voix n'étant pas contrôlée par » l'oreille , il parlait tantôt haut, tantôt bas; mais
(1) Je ne m'explique pas cette incrédulité‘et l'étounement qu'excite ca succès. Ce fut en 1625 (Hist. d'Angl. Lingard, tome 1x, page 253$, édit. Louvain) que Digby vit ce frère du connétable, et il parle de son éducation comme étant déjà achevée depuis quelque temps. Supposons donc que Bonet eût commencé l'instruction de ce sourd-must en 1609 ou 1610; Pedro de Ponce n'étant mort qu'en 1584, il y avait à peine 25 ans que Ponce avait obtenu «une juste célébrité Fo tout l'univers en enseignant » aux.sourds-muets à parler, » et les disciples de Ponce furent, selon’ l'Edinburgh review et M. De Bébian ( Essai sur les sourds-muets, page 7), les frères du disciple de Bonet. Avait-on oublié, après un quart de siècle d'intervalle, dans le même pays, dans la même famille, les succès de Pedro De Ponce? .
— 38 — ñ presque toujours il finissait dans le méme ton dans » lequel il avait commencé ..... Il répétait tous les mots # qu'on pründnçait dévant lui, quelque difficiles qu'ils » fussent. Le prince en'faisait souvent l'expérience non #' Séulémént en-prononçänit des mots anglais, mais encore + des mots du dialecte pallois. L'élève de Bonet les répétait "si exactement que j'admirais ceci plus que tout le restes #'Son: instituteur avouait que son art ne s'étendait pas » jusqu'à pouvoir donuer des règles positives et produire » cet effet avec certitude. Il en concluait que ce succès » était dû aux règles que son élève s'était iracées à tui- » même par une observation constante, ét que la subtilité » des sens, dont la nature l'avait doué , lui permettait de » faire avec habileté et sagacité , ce que n'aurait jamais pu » faire un homme doué de l’ouie, Il le prouva évidemment “ par son exacte imitation de la prononciation gallique ; » car cette langue, comme l'hébreu, se sert souvent de » lettres gutturales, dont l'œil ne peut juger autrement » que par l'effet qu'elles produisent. par accident sur » d’autres parties de la bouche , exposées à la vue; c'est » ce qu'il fit; quoiqu'on parlât doucement, il conversa » couramment avec eux, et je l'ai vu souvent répé- » ter les mots qu'un homme, séparé de lui par toute » la largeur d’une grande salle, prononçait d'une ma- »'"nière si douce que je ne l’entendais pas moi-même, » quoique je fusse très près de lui. Mais dans l'obscurité, » ou quand on détournait la face, il ne comprenait » plus rien (1). » ‘ L'ouvrage de Bonet étant extrémement rare, et le premier qui ait élé-écrit sur cette matière, on sera bien aise d'en avoir une idée.
(1) The Edinburgh reriew, vol. 41, 1835, art, ve
Dans le premier livre Bonet réduit les lettres à leurs éléments les plus simples.
Dans le ‘second il s'occupe du Si et des
moyens de l'instruire. « Le sourd-muet n'est ordinaire” » ment muet que parce qu'il est sourd; c'est -envain » qu'on s'efforcerait de lui rendre, par des moyens » violents, la faculté d’audition dont il a été malheu- » reusement privé. Mais on peut lui donner, par le sens » de la -vue, les connaissauces qui ne peuvent lui par- » venir par. celui de l'ouie. Cette voie est.indiquée par » la nature. Le langage d'action est une langue naturelle ; » des sourds-muets qui’ne se seraient jamais vus, s'en- » tendraient. entr'eux, s'ils se trouvaient réunis , en » usant des mêmes signes. .… », Les sourds-muets ont une extrême habileté à saisir » tout ensçignement qui leur est donné à l'aide de la » vue, et à y chercher les moyens de suppléer au défaut » de l'audition; c'est de cet instrument qu'il faut s'emr : x, parer, pour leur enseignement. »
A cet effet, Bonet fait concourir deux moyens à la fois , la prononciation qu'on nomme faussement artificielle et l'alphabet manuel. « Pour obtenir la premiére, on » exerce le sourd-muet à disposer sa langue, ses dents, » ses lèvres, dans la situation convenable pour l'émission » de la lettre, et on lui fait ensuite exhaler le souffle » nécessaire pour produire la voix. Quant à l'alphabet » manuel, déjà connu des anciens, son emploi est aussi » simple que facile. »
Celui que Bonet propose est à peu près l’alphabet adopté par l'abbé De L'Épée , et en usage à présent dans la plupart des institutions (1).
(1) J'ai fait graver cet alphabet, et MM. les Souscripteurs en recevront, avec un des plus prochains numéros, chacun deux exemplaires.
. ‘« Ces deux .aïphabets seront mis en rapport de ma. » nière à ce que le sourd-muet sache pranoncer la lettre » ‘que la main lui montre, et désigner avec la main ». la lettre proférée. EH sera facile alors au: sourd-muet » d'apprendre à lire; on lui montrera du doigt la lettre » écrite, qui. correspond à celle de l'alphabet manuel à et de la -pronpneialion artificielle : ces “diverses exerci- » ces se serviront mutuellement d'épreuves. Les person. »-n€9. ‘qui vivront- avec le sourd-muet apprendront » l'alphabet manuel pour s'entretenir avec lui, pour le ». questionner. On réformera sa prononention quand »-elle sera vicieuse ; ‘on lui.fera retrouver sur un kyre n les mêmes caractères ar ps et Raul Es » avec ses doigts. » . Et :
‘ A son alphabet manuél, Bonet joint donc une A
Er des positions et des mouvements de Vorgané vocal, nécessaires peur la prononciation de chaque detre. Il a soin de prévenir que cet exercice présente de nombreuses difficultés , et exige une extrême patience.
On a exagéré quelquefois l’utilité de l'articulation dans Y'éducation d’un sourd-muet, mais plus souvent encore on en a exagéré la difficulté. J'essayerai plus tard de déterminer nettement le rôle, qu’à mon avis, elle est destinée à jouer, et les avantages réelles qu'on en peut attendre. J’exposerai aussi, dans un article spécial, en analysant les ouvrages de ceux qui ont traité de la manière de faire parler les sourds-muets , les principes de cet art, et je ne désespère pas de convaincre les lecteurs du Sourr- Mur, que souvent une mère serait bd de’ rendre à son enfant l'usage de la parole.
" Mais revenons à Bonet : après avoir muni le sourdmuet de cet instrument, il s’occupe de lui donner
2.44 l'intelligetiée de la langueret de lüi eneeiguer tes règles de la grammaire.
* I réduit à trois genres principaux les: éléments ‘du discours: les noms, c’est-à-dire les mots qui recoivént un genre et un nombre; les verbes, c’est-à-dire ceux qui recoivent des modifications de persoïnes , de temps et de nombre , et les coxjonctions ou ceux qui ne reçoivent aucane espèce de-modification. A 1. « Les noms des objets reéls, extérieurs , ni ». qui affectent la vue, s'enscigneront en montrant ces » objets eux-mêmes, et exécutant en.même temps les “ mots qui les expriment. Quant aux noms des objets “qui ne peuvent se-montrer à la vue, à exception dé # ceux qui appartiennent à Pordre moral et aux affections » de l'âme’, te maître en fera connaître la valeur , 2: » l'aide des signes du langage d'action , les plus capables » de les expliquer par l'analogie sas Mais tout ce qui appartient à l'ordre des idées morales et religieuses j » demande un soin plus particulier « et une exposition # plus rigoureuse » etc.
- C'est à l'usage répété, nrais à un usage drigé avec ättenlion, que Bonet recourt pour enseigner du sourdruet l'emploi de ce qu'il: appellé les conjonctions c ‘est: ire , les conjoncitons proprement dites , les préposltions, les adverbes, les irnitergechons.
C'est encore à l'usage répété et bien dirigé qu'il 'sè confie pour enseigrier les genrés , les nombres , aïrisi Que les terminaisons: dont ils affectent les noms; maïs en appliquarit toujours les exemples à des objets déj connus de l'élève, et en les rétraçant sous les yeut.’
“ Les vetbes désignent des actions qui's exécütènit par » une’ ou plusieurs personnes , qui ônt lieu dans le temps x passé, présént ou à venir. Pour faire corinaitre: au
» .saurd-muct l'action que la verbe exprime ,.on l'imitera » en sa présence, si elle appartient à l’ordre des choses » visibles; on s’adressera à sa propre expérience ipté- » rieurg, gi elle est du ressort de l’ordre moral, Du ». reste, les eonjugaisons s'anseignerant à peu prés en, » la.manitre usitée par les grammairiens. Les temps, y &ront d'abord rapportés aux.trois temps absolus , » dont la notion peut étxe donnée .avec précision et. ».certitude. À.cet,effet, on recourra. à la. distinction * des jours qui. somposent. la semaine; on lui montrera. x le contraste du joyr.et de la nuit : on lui fera remar- » quer les journées qui s'écoulent et se. succédent; plus » tard , le sourd-muet apprendra par l'usage l'emploi. des. » divers, temps secondaires ou relatifs qui viennent. se » joindre aux premiers. Le.temps futur se désigne en. » projetant la main en avant. Les pronoms s'enseignent x“ en indiquant du doigt les interlocuteurs, les auteurs, » les témoins de l'action; le:verbe étre exige une vas x stration particulière.
Dans les trois derniers chapitres, l'auteur montre comment l'élève doit être.exercé par une suite de comparaisons méthodiques, à, remarquer exactement. les différençges et les analogies des objets, de manière à les faire ressortir par le contraste, à les classer avec ordre, à se faire des idées justes et exactes des termes quil expriment, , : 5 je 1:
7 ] repommande d’inferroger ba soir le PR ur ç6 qu'il a fait et.vu dans la journée, de puiser ainsi: das sa propre expérience , dans sgn expérience récente ,. les notions: qu'an veut lui apprendre à fixer ; de l'inter-, roger aussi sur ce qu'il se propose de faire, da l'accoutumer: à se rendre. compte de ce qu'il pense, de ça qu'il éprouve; enfin de lui faire saisir, par des rappra=
D (ee chaments bien entendus, les nuarices souvent délicates qui distinguent entr'elles les valeurs des Nes a ae ou réputées synonymes.
. Il prescrit l'exercice de la lecture, en indiquant comment le choix des livres doit être gradué suivant la. capacité et les progrès de l'élève, et’ comment le maître doit venir à son secours, en lui expliquant les passages qu'il ne peut comprendre, etc. etc. . ù
L'ouvrage de Bonet ne contient que des germes, mais il contient les germes des principaux procédés qui Li tard ont été dévéloppés et régularisés.
En 1629 ; Ramirez de Carion publia un ouvrage
intitulé : Mararvillas de naturaleza, etc. Ramirez ensei-
gnait aussi aux sourds -muets à ‘parler, et son’ élève, Emmanuél Philibert, prinoe de use ; ces et ose Li langues, | :
, ” A 7 ue
. Laousc de ces deux est le plus à plaindre? C'est une de ces questions, comnse il y en a beaucoup, qu'on discute sérieusement, et dont la solution n'offrirait que fort. peu ou. point d'utilité. La discussion cependant devient intéressante pour le chrétien, lorsque ce sont ces ‘malheureux mêmes qui. agitent cette. question, et
qu'ils la décident chacun en sa faveur, Que la Providence
de Dieu est admirable! Chacune de ces deux classes d'infortunés , résignée à son sort, est également incitée à en tirer le meilleur parti possible, et ne voudrait pas l'échanger contre celui de son confrère en malheur. Le gourd-muet s'eslime très-heureux en comparaison de
D 'iE l'aveugke ; tt l'avouglo plaint profondément le soi: met et préfère’ de beaucoup son sort. :
C'est ce spectacle que nous. avons sous les yeux; et je tappprte d'autant plus volontiers les arguments avancés de: part «et d'autre. que telu.me procurera l'éctasion:de triettee sous les yeux.-des lecteurs du $ouxo- Mérr un ébciment, qui: co#vainora les plus incrédules’ que les facultés intellectuellés des sourds-muets dépassent ' de beaucoup celles. qu'on leur & attribuées jusqu'ici. ‘M. AY Rodénbach, dans son Coup-d'oni? d’un aveigle sur les sourds-muets exaiminant cette question, se pro: hohce pour ses confrères d’infortune. 11 résume , pour étayer s#on'‘opinion ,:les traits ‘principaux: du daraciète mibral'des aveugles et'il les-oppose à ceux que présente à Pobservateur a condition du. sourd-muet. mes
« Les aveugles, dit-il, sont naturellement gais,.:e$ » peuvent éviter l'isolement ; les plus pauvres mêmes trouvent toujours à qui püfler , ils se recherchent les » uns les autres, et en se communiquant leurs peines » ils les ditninuent.et.les. rendent plus lépèrés ; mais les » sourds-muets sont toujours dans l'isolement , même au » milieu de la société ils se tibuvent dans lebéadon +-et seuls avec eux-mêmes... Leurs idées acquises à vec ». beaucoup de peine ne peuvent jamais parvenir. à un » grand perfectionnement ; ainsi, tandis qu'au milieu » d’un cercle le. sourd-muet est ‘triste et souffrant ; » l'aveugle est rayonnant de joie «et il vues son malheur » dans le chærme de la conversation... L'aveugle es? »
commuñicatif et social , son cœur a ben de s'épahs cher par ce qu'il est sensible, il'jage les personnes % qui l'entourent sur l comparaison de leurs paroles » avec leurs actions et si cela le rend parfoïs il » malique , c’est tonjours avec: bonhomie.
.»$Sa-mémoite se -éonsiste pas à: relenir.des noms'et. » des dates, mais plutôt des idées , des comparaisons ,. x "des jugements: L'aveugle-né doit periser davantage ».dans l’âge où l'on ‘séfléchit si rarement, par ce que. »+ ses-idées ne:s’offrent jamais sous des formes matériel » les, ses pensées sont toujours distinctes; une:image. », ne sévrait Jui-tenir Keu:d'un. raisomnement ‘où: as
»,, Sentiment. jo É LAS :
, » Les. atoigles: sont. susceptibles ‘d'une ateee x » toula épreuve, d’une cpnstance inébranlable qui les », read capables de.;rompre tous les obstacles. .Ils ont, » au plus haut dégré la haine de toute domination , le » goût dé la plus pasfaite indépendance ; cette passion ». portée aussi: loin que possible chez. eux, éclate de læ «+ manière la plus admirable dans leurs opinions poli« »'fiques: la: leciure:des papiers publics .6st. poux la ». plupart d'eux l'occupation :la plus ibtéressente de -la. 2: wie... La mémoire paodigieuse des ayeugles ne nuit. »* pas comme on le. prétend ; à leur jugément.:.:....Ik ». œuste pour :les aveugles un: beau idéhl qui ne le cède. »: en: rien aux. heautés régilés .….. Les aveugles mon- »-irent plus. d'intelligence que. les sourdsmuiets, : : : m: Les élues lès plus prolongées, pour ‘un, sourd-y» must d'une: capacité ordinaire, pourraient à peine. »,le; mettre en état de comprendre une question epm- » pliquée, ou l'instruire. au point de lui. faire aimer la. »- hilérature; qu'il faut comprendre. pour pouvoir appné- »’gier; Presque aucun sourd-æuet n'a publié d'ouvrages, » et peut-être qu'en ce genre Qn ne: pourrait citer qu'un. »" discours daiLaurent Clerc'et.de Massieu (1), au, tieu »que parmi:les aveugles on trouve: non seulément de;
(1) L'autour se trompe, il en existe beauqoup'd'antrem. ; : :;.
# Tiétraction , mais une ‘aptitude partioulitre pour » l'étude des mathématiques.
” »"Les’avéugles réussissent également dans la littérax'turé la poësie, la. musique, et l'on compte parmi r'eux de savahts dsl ét de À nur: méta- $ physiciens. »
1-1 Gailhé, drettour-péér et médecin a chet de Pinstitution royale des jeunes aveugles de Paris, publia en 1817, un Essai sr l'instruction des aveugles, dans lequel À trace un portrait dé ‘ceux qu'il appelle cependant :$6s - “enfants PEER un pou différent de colui de M. Rodënbach.
ex, La pudeur!, dit-il, ss %, qui est une des des » ‘dela ‘jeunesse, est presque pour eux un être imagi« » maire. — Ïls ne connaissent que très imparfxitoment #cés' étions qui nous entraînent les uns vers les » autres, et décident de nos affections et de nas atia« »#:chements. Ea sensibilité n’a pas pour eux Îles charmes #'qui nous la font placer au rang des plus: douses ».vertus. Leur situation leur fait suuvent ranger dans » la' même catégorie leurs:bienfuiteurs et leurs ennemis; » et sanis le vouloir, peut-être, ils se montrent ingrats: sels sont peu éxpansifs, page 54. On a eu grand wto de taxer gériéralement les aveugles d’athéisme ; s'#éänmoins, je ne’ les justifierai pas entitremeni: de 5# réprothe d'impiété qu'on leur a fait avec quelque s ‘fondement , page 57. La conscience n’a pus sur leürs »-äctiohs l'influence qu'elle &' sur nous. L’'amour-propre “est le plus saillant de leurs défauts. x 2.
s: Quoiqu'il en soit de ces deux portraits tracés l'un par un aveugle distingüé et l’autre par un homme qui avait été à même de les observer longtemps; voiei le lettre qu’un sourd-muet, M. Berthier; professeur à l'institution
des sourds-muets, a adressé à M, Dufau, sur ce sujet.
«Il n'est pas un seul parlant, que je sache, qui * n'aimät mieux être sourd-muet qu'aveugle. Effective- ».ment,. comment se défendre d'un saisissement dou- * loureux en jetant un :coup-d'œil sur l'extérieur de » l'aveugle? Le sourire a beau voltiger sur ses lèvres, » l'incarnat briller. sur ses joues, le sentiment vient » s'ensevelir dans le silence de cette figure; tout en » lui offre la triste image du tombeau. Son existence », est enveloppée de ténèbres éternelles; pas un rayon »* de himière ne saurait percer ses paupières engourdiez, » C'est une malheureuse victime que la mort accompagne » au miliéæ des vivants et rbôême au milieu.des plus » vives clartés. Le sourd-muët, au contraire, jouit comme » tous les hommes de l'éclat des cieux, des brillantes » couteurs des fleurs, des richesses nouvelles de, la » campagne, de ce qui fait enfin 16 charme le plus » attrayant de la nature et de la vie. Chez lui .on voit » la pensée comme dans une glace transparente. .Sa » figure n'est pas seulement parlante, elle perte le scaau » de ‘la dignité humaine, Son attitude, est celle de l'in, » dépendance; ses,yeux, c'est le sentiment dans toute » sa délicatesse, dans toute son énergie, avec plus de » vivacité même que chez l’homme qui parle ;, c'est enfin » l'âme à désouvert, à nu, car nous ne savons pas, ».nous; l'art de farder-et de dissimuler; nous ayons » beau nous instruire, la nature première garde plus » chez nous son empreinte que chez les parlants. Quel » œil sera jamais assez pénétrant pour décpuvrir chez » nous au premier aspect l'infirmité qui nous aflige? . ‘x À l'aveugle, il faudra toujaurs pour conducteur * un enfant ou un chien et pour appui un bâton. Le » sourd-muet n’a besoin ni d'un guide ni d’un soutien,
YŸ SSI Es + 2 53 =
D'peut se suffire à luimême et poürsuîvre sa roule sans un indispensable ami avec lequel Dieu sait s’il sympathisera. Si l'aveugle domine le voyant, que
deviendra celui-ci? un esclave. Si c’est le contraire; ‘plaignons ‘le pauvre aäveuglé, il peut, au ‘premier
moment de contrariété, étre abandonné seul sur k bord de tous les précipices. Le ‘sourd-muet ciroule tout seul dans nos rues, sur nos places, dans nos promenades , il voyage fout seul par terre, par mer, Son œil est bon, car on comprend que, dès qu'un sens manque, les autres acquiérént aussitôt plus d'énergie, plus d'activité. Cet œil. est sans cesse aux aguets; il épie le moindre danger, il est à la fois partout ; la fréquentation des lieux publics est devenue pour lui une habitude sans péril, D'ailleurs, l'ébranlement du sol annonce au sourd-muet qu'une voiture approche, et il ny a pas d'exemple qu'un : seul ait dé écrasé. + » Si dans un concert hatnbaies le ordre n'est pas aussi heureux que l’aveugle, il l'est rhile fois plus sur la scène du monde. Nature! quelle plume peut réussir à te décrire dans toute ta beauté, dans toute ta poésie! L’aveugle ne pourra jamais avoir la moindre idée de cette harmonie qu'aucune langue, pas même celle du geste, ne peut peindre, de cette harmonie aussi supérieure à celle de la musique, que l'œuvre de l'homme est inférieure à l’œuvre de Dieu.
» S'agit-il d'envisager la question sous les rapports sociaux, et de déterminer lequel, du sourd-muet ou de l’aveugle , peut le plus utilement servir son pays?
» Si le sourd-muet ne peut pas , comme M. Rodenbach,
siéger dans les chambres de son pays, il peut du moins l’éclairer de ses conseils, et lui transmettre des
ue
réflexions écrites dont l’absence de la-vue n’enchaîne ‘pas l'essor rapide. DES » Lorsque l'ennemi est aux portes, le sourd-muet peut » tirer son coup de fusil comme s’il parlait. Demandez-en » autant à l’aveugle, N'est-il pas à craindre qu'il a » sur les siens?
» Le sourd-muet peut sauver la vie à son semblable » qui se noye ou qui se voit menacé d'un incendie, » Demandez-en autant à l’aveugle qui ne voit ni.la » rivière qui coule, ni la maison qui brüle!
. » Veut-on savoir lequel possède le plus de moyens » d'étendre ses connaissances? Si l’aveugle a sur le » sourd-muet l'avantage d'accroître le domaine de ses »
idées par l’ouie qui l’initie à toutes les pensées hu-
maines , le sourd-muet n’a-t-il pas presque exclusiver » ment pour lui les livres, les manuscrits, les médailles, » les tableaux, ces vastes archives des connaiïssantes » accumulées par les siècles? Les arts libéraux, l’histoire » naturelle, l'anatomie , la chimie, sont interdits à » l'aveugle; il n’est pas une seule science, un seul art, » la musique excepiée, que le sourd-mmet ne pue “acquérir. »
. M. Dufau, après avoir comparé ees deux de terminait un article, qu'il inséra dans le journél Le Temps, par des conclusions moins absolus que l'opinion: de M. Berthier.
Ces conclusions ont provoqué de sa part de nouvelles explications dans la lettre fort remarquable que nous nous empressons de réproduire.
À. Monsieur le Rédacteur du ue MoxsIEur ,
« En appelant l'attention de vos lecteurs sur l'imtéres-
x sant ouvrage de M. Dufau : Æssai sur l’état physique,
su 50 1
#-Mmoral et intellectuel des aveugles-hés, ete. , Vous avéz » eu la bonté de reproduire dans votre numéro du 3-80 décembre mon sentiment sur le parallèle des deux # conditions exceptionnelles qui résultent de la cécité #'et du inütisme. Je voudrais n'avoir que des remer- » ne à vous faire pour cette marque aussi flalteuse ÿ qu ‘imprévué de voire bienveillance; maisles arguments » tirés de la parole que ‘l’auteur met en avant en faveur #'des aveugles ont ‘tellement lieu dé me surprendre » que je serais coupable de les laïsser passer sans ré- # ponsé ,‘ t moi , .sourd-muet. dont la- vie entière a été #:cônsadréé à l'éducation de mes frérés ‘d'infortuné."
» Céperddant, ami avant tout de’ ma modeste obscurité , 3 ‘je ie séréis résigné à m ’abstenir de toute controvétse » s'il ne’ sagissail. ‘de l'opinion puissaite d'un écrivain » distingué, et si éette opinion’ n'avait ‘trouvé’ place
s dans un journal aussi grave, ‘aussi conscientiéut, s aussi généralement apprécié que le vôtré. Dins Ph
#: térêt de la vérité, vous me permettrez donc ; Monsieur ,‘ » prouver aussi brièvement me possible. en quoi l'auteur s'est trompé. Fo
» D'abord M. Dufau pense que, pour former la rai n:son et pour développer l'intelligence, rièn ne remplace sde langage; comme pour les relations sociales, pour) n des. nécessités de la vie positive, rien non pres ne » saurait remplacer la vue. An ::» Cetteerreur, partagée par fa plupart des philosoplies : » est suffisamment réfutée par les succès que nous ob- » tenons journellement de nos éléves, privés de ce » que M. Dufau regarde comme un instrument indis- » pensable. On parle, dit-il, parce qu’on pense; on » pense parce qu’on parle. Le premier membre de célte ». proposition est parfaitement juste; le second me paraît
». l'être beaucoup moins. Il faut bien distinguer ici ce » qu'on entend par parole,
» La parole n’est pas seulement l'art de prononcer des __».mots. C’est encore celui de reproduire la pensée humaine » par tout autre moyen, par la peinture, par l'écriture, » par Je langage du geste. surtout, langage puissant, » trop peu connu, qui embrasse les pensées les plus » abstraites et qui résout enfin, comme je l’ai proûvé » ailleurs, ce grand problème si longtemps Con ‘en x vain d'une langue universelle. 6
» Si c'est par Fouïe que vous autres parlants receyez » l'instruction, qui s'oppose .à ce que, grâce à cétte » langue universelle, nous autres sourds-muets, nous » me la recevions aussi nette, aussi complète .par1les yeux? Cet axiome: les idées n’ont pas de rapport » plus naturel et plus intime avec des sons articulés >» qu'avec des caractères tracés par écrit, était souvent . » répélé par un excellent professeur de philosophie, à » limmortel abbé De l'Enée, alors son élève; qu'on » mie maintenant, si. on l’ose, .que cette conviction » n'ait. pas donné naissance à la plus.belle création », du génie, à la:langue des sourds-muels ; à la réha- » bilitation de tant d'infortunés enfants déshérités , de » dl nature?
# Quelques théologiens: se stars encore, dit-on, + reconnaître le pouvoir du geste sur l'intelligence du » sourd-muet, quand il s'agit de l'élever à la. connais- » sance de la religion. Cette gpinion est. partagée par » un des prédicateurs les plus renommés de notre époque, » M. l’abbé Lacordaire, qui, en avril 1836, au mor ». ment de clore ses conférences de Notre-Dame de Paris, » a prétendu que l'intelligence .du ‘sourd-muet est en
», rapport seulement par les autres sens aveg le monde Le Souan-Muer gr L'AVEUGLE. 4
visible, qu'il peut recueillir, combiner des images, mais qu'il ne possède pas d'idées générales et tue ee n'est que par l'intermédiaire de la parole que les idées éternelles descendent de Dieu dans l'intelligencé humaine.
» D'aprés ce raisonneémeñt, lé sourd-muet serait-il donc. condamné aux ténèbres de l'ignorance? Son intelligence. étincelierait-elle vainement dans ses yeux, sur sa physionomie? Son âme brûlante: ferait-elle d'inutiles efforts pour démentir un arrét aussi rigoureux, hussi injuste? Est-ce pour interdire au malheureux jusqu’à l’espérance de. la béatitude céleste, que. l’orateur sacré s’est autorisé de la parole de l’apôtre: Fides ex auditu, la foi vient par Pouie? Dans une autre circonsiance, il ne fut pas difficile à l’abbé De. l'Epée de prouver combien ést fausse l’intérpré: tation qu'on prétend donner à ce texte. Sahs douté l'abbé De l'Epée ne fut jamais un aussi puissant orateut : que M. Lacordaire; mais il fut un bien plus puissant instittieur des urdemuets. et sa parole doit être
-préférablement crue que celle de l’orateur de Notre-
Dame. Je me hâte de quittér un si grare sujet qui m'entrainerait trop loin.
» La question de savoir lequel est le plus à plaindre de l’aveugle ou du sourd-muet serait certainement tranchée à l'avantage du dérnier, si elle était soumise à un atéopage de femmes. Malgré leur aïméür-pout là ‘parole, demandez à celle qui s’offrira la ptèmiière à vos regards, jeune et jolie, si elle sacrifierait volône üers le sens de la vue aux autres: jé sais d'avance ce qu’elle vous répondra, car J'ai fait cette ‘question à plus d’une. Allez donc parler à un aveugle des
beautés de la nature, de la beauté plus séduisante
» encore peut-être d’une de ces heureuses physionomies » où une belle âme se réfléchit sur un beau visage, » parlez-lui de la grâce, de la tournure , de l'élégance, » de la noblesse de la démarche, de tous les mille » attraits qui brillent dans les mouvements et viennent » saisir doucement les yeux et le cœur. Mais non, x n0n, gardez-vous de lui en parler, il ne vous com- » prendrait pas, et ne le plaignezs pas de cette privation . » car sil lui était possible de vous comprendre, il 8e. » sentrait bien plus malheureux de ne pouvoir goûter ».Ces jouissances si variées, si rayissantes . si délicates. » que nous devons au seus de la vue,
» D'ailleurs je comprends parfaitement que l’aveugle. » me Consenürait pas à changer son sort contre celui x du sourd-muet. Ne sommes-nous pas tous disposés. » à tre contents de notre lot et à le préférer à celui x des autres? Grâces en soient rendues à la Providence! ‘x la situation du sourd-muet inspire de l'intérêt, ça » métamorphose d’être brute à homme intelligent excite x de l'admiration. Il s’accoutume à être regardé com- » me une merveille, comme un prodige. Eh! bon » Dieu, qui de nous, quelque maltraité qu'il soit de » la naturp, n’a pas ici-bas sa petite dose d'amour- » propre? .
-» M. Rodenbach, dans son Coupdœil sur les aveu- » , gles, prétend que les aveugles sont habituellement » gais, tandis qu’en général les sourds-muets sont tristes.
» Erreur bien excusable, si l’on considère qu'elle est » d’un aveugle de naissance (1). Mais nous en appel- » lerons à tout Paris qui voit journellement les élèves
(1) Ceci’ est inexact, M. A. Rodenbach est devenu aveugle à l’âge de onze ans.
MA
‘ des deux institutions royales des aveugles et des sourds-
muets se rendre en corps aux campagnes dès environs
‘pour s'y livrer à leurs ‘jeux. Que l'on compare im-
partialement les physionomies des uns et des autres! que de vivacité chez les uns! quel morne visage chez les autres! -Que l'on compare donc et qu’on juge!
- » L'auteur de l'article du Temps conclut que s'il est
préférable d’être aveugle comme homme, il est pré-
férable d'être sourd-muet comme citoyen.
‘ » Sans doute le sourd-muet peut être aussi bon citoyen
que les parlants, car il a, comme eux, à sa disposition tous les écrits des publicistes pour S'instruire des
‘ droits et des devoirs du citoyen. ;
» Mais qui l'empêche de s'instruire également ‘des : devoirs de l’homme, comme parlant et mieux que
l’aveugle? Qui l'empêche de transmettre le résultat dé
ses lectüres aux sourds-muets , ses frères, par le langage des gestes ; aux parlants, par l'écriture et par les gestes
quelquefois ?
* » Îl est donc aussi préférable d’être sourd-muet comme