INSTITUTION DES JEUNES SOURDS-MUETS ET DES JEUNES
AVEUGLES DE BRUXELLES. | { j \
‘Séance publique du 29 Janvier 1857. ne .
L'erreur, situé dans la rue de la Violette, a été fondé le 5 férrier 1855,
et compte aujourd'hui 43 élèves, 22 sourds-muets et 21 aveugles. Ces enfants, moyennant une. minime pension, sont bien logés, bien nourriss' bien vêtus; leurs goûts, leurs penchants sont étudiés avec soin, et leurs études sont dirigées vers le but qu’ils paraissent devoir plus naturellement atteindre.
Ajoutons que M. Alandie Rodenbach s’est constitué avec yrie aëmi. rable bonté, le protecteur, le père de tous ces enfants. Privé de la vue depuis l'âge de onte ans, M. Rodenbach leur a offert le secours d’une longue et doulourense expérience, et s’est établi le collaborateur des Frères de la Charité, qui continuent avec succès l'œuvre du chanoine Priest. :
. C'est dimanche à deux heures qu'a eu lieu la distribution des. prix à l'institut. Cette, soleunité avait attiré un nombreux concours de spectateurs parmi lesquels nous citerons MM. les Ministres de l’intérieur et des finances, ML. le comte de Mérode, ministre d'état, M. le Gouverneur de ld province du Brabant et M. l'Échovin Verhulst Van Hoegarden, représentant ke Bourgmestre de Bruxelles.
- M. A. Rodenbach a ouvert la séange par un | discours que le Moniteur, nant l'Union etc. ont ‘donné, je n'en doute pas, très fautirement; car tel qu'il s'y trouve, il contient ‘beauconp d'erreurs. |
Après le discours de M. Rodenbach, un jeune aveugle a exécuté sur le piano, avec beaucoup de justesse, l'ouverture de la Dame Blanche. Puis un sourd-muet , âgé de 18 ans, qui n'est dans l'établiesement me depuis sept mois, a été amené devant te tableau. : - —--- - -- —-
Ce jeune homme ne connaissait pas une seule des lettres de l’alphabet il y a sept mois, aujourd'hui il écrit avec une correction remafquable et sans la moindre faute d'orthographe. Des questions lui ont été posées, il y a répondu avec une parfaite intelligence. Un moment on a vu l'œil vif de ce jeune homme briller d’un éclat tout nouveau. Cette question avait été écrite par le professeur : Depwis combien de temps Le roi Guillaume at-il été chassé? Rien de plus simple qu'une pareille demande, mais elle rappelait au jeune muet un souvenir de gloire. . Lorsque les Hollendaia
attaquèrent Louvain, son père, ardent patriote, prit les armes et marcha contre eux: il le suivit, et daus le combat le père faisait feu et l'enfant de onze ans chargeait l’arme. Il a été blessé à côté de son père.
A cet élève a succédé un enfant de huit ans, une petite tête blonde frisée, une charmante physionomie pleine de grâce et d’insouciance. On se ferait difficilement une idée de l'intelligence précoce de cet enfant.
Les sourds-muets ne sont muets que parce qu'ils sont sourds, ils ne parlent pas parce qu'ils ne peuvent reproduire lés sons que leur oreille ne saisit pas. Cependant, à force de travail, on arrive à apprendre à un sourd-muet à parler suffisamment pour pouvoir demandèr tout ce qui est nécessaire à ses besoins. Un exemple a été donné. Un jeune muet a répété d’une manière fort claire, de eourtes phrases écrites sur le tableau. Peu habitué au français, il prononce plus facilement les mots flamands. Il à très-bien dit: Monsieur le Ministre. Les mots qui venaient ensuite étaient de l’intérieur; il a fallu les traduire en flamand. On a écrit Mynheer dè Theux, Mynheer d'Huart. I a parfaitement prononcé les deux noms: Enfa M. Rodenbach ayant écrit sur Je tableau, d’une détestable ‘écriture, dune. “écriture d'aveugle : Bonjour, Monéieur, le jeune muèt alueta répété : Bonjour, Monsieur.
. Sont venus ensuite les aveugles , leurs progrès ne sont pas n moins fra pants: Ces: enfants; à l’aide de livres imprimés en relief, lisent du bout des doigts avec une extrême rapidité. Des chiffres aussi en relief sont disposés dans üne sorte de casse d'imprimerie , ils les y ‘choisissent et font tous les calculs dé Parithmétique; placés devant une carte ‘dont les principales divisions sont marquées en broderie, ils parcourent l’Europé
et indiquent, sans jamais errer, les points principaux, les villes, les fleuves, les mers, les lacs. Recutillant, d'une oreille attentive, les inter pellations qui leur sont adressées de tous les points de la salle, on les voit sauter ie extrémité de la carte à l’autre et arriver juste à l'endroit indiqué,
Les éxercices terminés, la distribution des prix a eu lieu (1). Dans la Jonguë liste de noms proclamés, il en est un qui nous a frappés d'üne douloureuse émotion, c'est celui de Tascuer ; cette émotion a rédoublé
(1) M. le ministre de l'intérieur a couronné les lauréats, dont les noms suivent : 10 Jacques Mahy, soutd-muet de Louvain, âgé de 17 pa 2 Güillaume Van Loye, sourd-muet d'Ixelles, âgé de 8 ans.
s Lbs:ayeugles qui se sont les plus distingués sont : Jean-François Pelgrom ; d'Anvers; Antoine De Mulder, de Bruxelles; André Corbusier , de Bruxelles; Henri De Hoey, d'Anvers; Cornéille anne. d'Auvers; Prosper Voglet, de Bruxelles, at le jeune Taschér.
La nous avons enfendu murmurer auprès de nous ; Cef es font est parent l'impératrice Joséphine.
ee cette note aller plus loin que Bruxelles, puisse-t-elle apprendre à l'épouse du prince royal de Suètle, à l'impératrice du Brésil, à la duchesse : de St-Leu, au prince Louis Bonaparte, au comte de Tascher, pair de France, qu'il y a à Bruxelles un pauvre enfant ayeugle, qui est leur parent; que cet enfant n’a d'autre fortune que la preuve de sa parenté arec la bonne impératrice Joséphine ; que la sœur de-cet enfant est, aussi élévég par charité!.et que sans la bonté compatisstnte du gouvernement belge, * ces enfants d’un pauvre officier serdient peut-être morts de misère et de faim!
__ Nousne doutons pas, si notre voix était assez forte pour parvenir si i haut, pour être entendue si loin,-que des secours abondants ne fussent immédiatemient adressés au directeur. de l'établissement de Bruxelles, qu & M. Alexandre Rodenbach, membre de la chambre des représentans de Belgique, et que le sort des deux enfants ne fut promptement assuré.
La séance a été terminée par üh chœur chanté avec beaucoup d'ensemble par les jeunes aveugles. L'élève qui avait au commendement de la séance exécuté l'introduction de la Dame Blanche , s'est replacé. au piano, et a joué des variations assez difficiles sur l'un des airs PESPAS du Pré aux Cliercs.
Les ministres, en se retirant, ant vivement exprimé à I. Rodeubéch, au père supérieur et aux frères ses collaborateurs, tonté la. tisfacton qu ils avaient éprouvée. A
# . uns um À