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professeur ait jugé digne de parler, dans les Æcta curiosorum des soins qu’il donne à une jeune sourdemuette, lorsqu'il sait pertinemment que M. Ettmuller connaît les travaux de Pedro de Ponce et des auteurs qui. orit traité cette branche de l'éducation. Il avoue qu’il a eu beaucoup de peine à apprendre à parler à son élève, à cause des difficultés particulières à la langue allemande. Voici les principes qu'il a puisés dans son
expérience et qui le dirigent dans l’enseignement de la langue.
1° Les noms des choses, qui ne tombent point sous les sens, mais qui sont purement iniellectuelles, ne peuvent être compris du sourd-muet, que quand il connait déjà un grand nombre de termes qui expriment des objets sensibles , alors seulement on peut en montrer la valeur par les rapports, les contrastes, les négations, les comparaisons et les autres circonstances propres à y porter la lumire. |
2° Les substantifs les plus usuels peuvent être enseignés en montrant leur dessin dans l'orbis Pictus etc.
3° Les adjectifs et les participes peuvent être compris par les substantifs auxquels ces qualités conviennent le plus communément.
4° Les verbes les plus familiers, qui souvent sont irréguliers et les verbes auxiliaires peuvent leur étre expliqués par les gestes,
6° Pour faire saisir la valeur des pronoms, des adverbes, des prépositions, des conjonctions et des interjections, om peut recourir à la synonymie. Par exemple fu, vous, votre; et, ainsi que, aussi; non, ni, pas.
6° Les constructions grammaticales, les propositions
etc. peuvent mieux être montrées par des exemples que par des règles,
Kerger se proposait de développer davantage les principes qu'il venait de poser, d'écrire sur la pantomime et sur les avantages qu'elle offrait : mais il paraît que le loisir lui aura manqué. Peut-être la mort, dit Petschke dans une note sur ce passage, ou toute autre circonstance l’auront empêché d'exécuter ses desseins.
On cite, après Kerger, plusieurs autres personnes qui donnèrent avec succès l'instruction à des sourds-muets : le plus remarquable fut M. Georges Raphel, professeur à Rostock. Il expose, dans la préface de son {ré d'apprendre à parler aux sourds-muets (1), d’une manière touchante le malheur qui l'avait forcé d'étudier cette branche de l'instruction. Il avait six enfants, et, dans leur nombre, trois filles sourdes-muettes. Son petit ouvrage est le résumé des procédés qu'il a suivis pour l'instruction de l’aînée. « Il avait plu à la Divine Providence dont les jugements sont incompréhensibles et les voies impénétrables, de me donner une fille qui, quoiqu’ayant tous ses membres et doué d’inielligence, fut privée de l’ouie. Tout prouve que ce malheur fut congénial, car avant que nous eussions acquis la triste certitude, de son infortune, elle n'avait été sujette à aucune maladie, aucun changement n'avait été rémarqué en elle. Dans sa tendre enfance elle avait donné quelques signes qui nous confirment dans cette opinion, car elle ne regardait pas ceux qui l’appelèrent de son nom. ‘Alors on s'en étonnait, car la vivacité et l'expression de sa physionomie prouvèrent assez qu’elle n’était pas idiote , et son bégayement continuel nous faisait toujours espérer que bientôt elle parlerait, jusqu’à ce qu’enfin
( (1) M. Georg Raphel's kunst taube und stumme reden su lchren. Leipzig, 1801.
| — 146 — le retard prolongé nous fit supposer qu'elle était privée d'ouie. » Le tableau qu'il trace des vives sollicitudes qui le préoccupaient sur la situation de cette fille chérie est très-touchant, principalement dans les efforts qu'il fait pour se convaincre qu'il n’y avait pas de sa faute dans le malheur de son enfant, mais mo était née sourde. | Cette jeune personne mourut à vingt ans. Mais déjà elle avait appris si parfaitement à prononcer, qu'elle ne se distinguait presque point des autres. personnes en parlant; elle lisait constamment les livres imprimés et les écrits tracés à la main; elle eùt pu fort bien composer elle-même par écrit: ses connaïssances en fait de réligion excitaent l'admiration générale, et à peine, dans la société, s’apercevait-on de l'infirmité dont elle était atteinte. | Dans le petit ouvrage qui nous reste de Raphel, il s'occupe surtout de la description des moyens à procurer au sourd-muet la prononciation.
C'est dans la quatrième partie seulement, ou la con- . Clusion, que Raphel aborde la portion philosophique de l'instruction du sourd-muet, celle qui concerne l'intelligence de la langue. Il fait observer que l’instituteur . doit avant tout, étudier les dispositions de son élève, #y conformer, qu'il doit motiver sa manière de procé- . der, lorsque ses premiers essais n’ont pas réussi. Après avoir imposé des noms aux objets qui peuvent être désignés à la vue, il tente de faire saisir la valeur des termes exprimant des idées à légard desquelles cette désignation n'est pas possible, par le rapport et la liaison qui existent entire ces termes nouveaux et ceux qui étaient déjà connus. Il présente à son élève une suile de queslions composant comme de petits
| 147 — problèmes dans lesquels figuraient, comme autant de données, les circonstances de la chose dont il voulait faire éclore l’idée, pour la revêtir de son expression.
Il a dù, d’après ce qu'il annonce, renoncer bientôt à l'essai qu'il avait tenté de faire conjuguer réguliérement les verbes.
L'enseignement religieux était le premier objet des sollicitudes du pieux instituteur. Il observa avec soin ce qui se dévoilerait dans l'âme de sa fille, lorsque, pour la première fois, le nom de Dieu lui’ serait présenté, ce qui eut lieu à la fin de sa huitième année, ou au commencement de sa neuvième; il vit avec joie qu’elle avait déja quelque idée où quelque sentiment de la divinité. Il suppose du moins que, lorsque l’image de la divinité est offerte au sourd-muet, elle se montre à lu: comme tellement conforme à. sa nature, qu'elle ne peut donner lieu au moindre doute; que, sans voir l’auteur invisible de toutes choses, le sourd-muet croit dès-lors en lui pleinement et sans effort.
Pendant tout le cours du dix-huitième siècle, une succession non interrompue d'écrivains continua à répandre ou à perfectionner Ja théorie et la pratique. de l’art d'instruire les sourds:muets. fe me contenterai d'en indiquer quelques-uns. |
Othon-Benjamin Lazius a publié le récit d'une éducation particulière. | :
Ce qui caractérise essentiellement la méthode de cet instituteur, c'est qu'il semble avoir réduit l'art d’instruire les sourds-muets à son expression la plus simple. I] s’est contenté d'enseigner à son élève à lire, à écrire et à comprendre le sens des mots et des phrases, par une association directe des idées aux mots écrits.
Sa jeune élève, après deux ans d'instruction, avait
fait des progrès assez marqués pour qu'on put sentretenir avec elle par écrit, et elle repondait aux questions les plus importantes sur les matières religieuses.
L'histoire offre ensuite l'exemple du pasteur Arnoldi, qui entreprit l'éducation d'un sourd-muet avec un succès complet.
Ce qui caractérise surtout la méthode de ce pasteur, c'est l'emploi qu'il a fait du dessin. C’est par une suite de figures qu'il représente à son élève les images des objets absents : c'est avec des dessins qu'il exprime une proposition ; il remarque, toutefois, qu'il n'est pas aisé de représenter exactement dans un dessin le sens d’une proposition , et je l'en crois. C'est encore avec une suite de cent cinquante dessins, qu'il a cru pouvoir commencer l’enseignement religieux. (Cependant, ce m'est point par une image sensible qu'il a essayé de faire concevoir à son élève l’auguste notion de Dieu. C'est. en présence de ses bienfaits, des magnifiques témoignages de sa sagesse et de sa bonté, répandus dans tout l'univers, que l’instituteur conduisit son élève à cetie majestueuse pensée; il vit avec joie qu'elle s'introduisait naturellement dans son âme, et que le nom de Dieu réveillait toujours dans le cœur du sourd-muet les émotions les plus profondes.
C’est donc plutôt l'histoire de l'ancien et du nouveau Testament qu'Arnoldi exposait dans une suite de figures. Il suppléait à leur insuffisance par des descriptions mimiques. Il ne parait pas que cet inslituteur ait eu des idées trés-claires sur la nature dé la langue , car il à peine à croire qu'on puisse procurer au sourd-muet une instruction complète avec le secours de la lecture et de l'écriture.
Arnoldi suppléait par son zéle à ce que sa méthode a d'imparfait. 11 exerçait continuellement l’activité de
son.élève, le faisait écrire, cherchait avec lui, l’excitait à chercher par lui-même. Il s’appliquait, avant toutes choses, à s'emparer de l'attention de son élève, il le conduisait à la promenade, dans les lieux publics, en société, partout où-il y avait pour lui des objets nouveaux à observer, pour les lui faire remarquer, pour lui apprendre à les exprimer ; il lui montrait des tableaux, des gravures, et la récréation devenait aussi instruclive | que les heures mêmes de la classe.
Atuoldi tenait un journal où il annotait les observations dont ses élèves lui fournissaient le sujet. « L’humeur des sourds-muets, dit-il, est naturellement colère , parce qu’on les comprend difficilement; qu'on ne peut s’en faire comprendre que plus difficilement encore et qu'ainsi on a peine à les convaincre de la légitimité des motifs qui commandent la résistance qu'on leur oppose , ou la
contrainte qu'on veut leur imposer. Ils se figurent que
leurs signes sont aussi intelligibles pour nous , que notre propre langue maternelle. Leur irritation s’accroit en raison de la dureté avec laquelle on les traite, parce que, ne pouvant se justifier à leurs yeux, elle ne leur paraît plus que de la violence. » Aussi conseille-t-il de ne rien négliger pour obtenir la confiance et l'affection du sourd-muet, pour pénétrer jusqu’à son intelligence, d’user, envers lui d'indulgence et de douceur et d’une inaltérable patience. Arnoldi , au reste, joignait l'exemple au conseil, et son écrit tout entier respire la bonté la plus touchante. .
Samuel Heinicke, .saxon, d'abord cultivateur, puis militaire , puis instituteur et enfin chantre à Eppendorf, prés de Hambourg, annonça dans les papiers publics que, dans le cours de six semaines, il avait mis un sourd-muet en état de répondre par écrit à toutes les
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questions qu’on lui proposait. (Cette exagération était un peu dans le caractère de Heinicke. À moins de croire que les sourds-muels ne soient des êtres privilégiés et que la privation qu'ils souffrent ne:soit pour eux .un avantage, on ne peut croire à un résultat, qu'on n'obtiendrait pas chez un FRIARS doué de tous .ses sens. |
On ne peut cependant le nier, Heinicke donne bien des preuves de son talent, c'était un esprit aclif, infatigable mais d’une humeur susceptible et d'un caractère fâcheux. C’est. ce, qu'il a montré AU dans ses démélés avec ses rivaux. |