CONNAISSANCES MEDICO-CHIRURGICALES
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Nous avons laissé l’histoire des auteurs et des écrits . qui traitent des maladies de l'oreille à la fin du seizième siècle, quelques hommes de génie se sont présentés à nous, nous avons trouvé des ouvräges dignes encore aujourd'hui de notre attention, mais en général nous n'avons pu recueillir que quelques vérités au milieu d'une foule d'erreurs. Bientôt‘ nous verrons commencer une ère nouvelle pour la science, déjà la chirurgie a pris un essor vaste et assuré, les lois qu'elle dicte sont désormais bâties sur l'expérience, et la médetiné va reprendre les principes d'Hippocrate. Nous touchons au siècle de Louis XIV,
Cependant l'Italie n'était pas encore éclipaée par Ja France au commencement du dix-septième siècle, Casseni,
né à Plaisance, dans la pauvreté ,-chassé de la maison de son père, sait gagner, à Pavie, l'amitié de Fabrice d’Aquapendente, il se devoue à l'anatomie et publie un traité sur la structure de l'oreille, dont l'exactitude mérite , pour le temps où il fut écrit , toute notre admiration. Je me plais à placer ici à côté du nom de Casseri celui d’un de nos compatriotes , digne d’être cilé comme un modéle d'érudition. C’est Antoine Van der Linden, dont nous possédons un grand nombre d'ouvrages, et parmi eux quelques livres sur le traitement des affections de la tête, sur celles des yeux, des oreilles, des narrines et de la boiche, Presque en même temps, Antoine Van Deusing, également Belge d'origine, fils d'un officier porte-drapeau dans l’armée belge, se distingua par ses vastes connaissances dans les langues orientales; parmi ses nombreux travaux littéraires on trouve une dissertation sur les sourds de naissance, empreinte du cachet de l'originalité la plus bizarre; le titre seul peut nous donner une idée précise de la manière dont les sourds-muets étaient encore considérés au commencement du dix-septième siècle. De morborum quorundam superstitiosa origine et curatione delycanthropia : de surdis ab ortu mutisque ac illorum cognilione: de ratione e£ loquela brutorum animantium. (Certes, les pauvres sourds-muets seraient bien surpris maintenant de se voir ranger à côté des frénétiques qui se croient changés en bêtes et hurlent comme les loups, ce qui constitue la lycanthropie; quoiqu'il en soit, Laurence, enfant et disciple de l’école de Montpelier, premier médecin de Henri IV, ne dédaigna pas de s'occuper de l'étude de l'oreille, pendant qu’Albinus , en Allemagne, dans son chapitre sur ses maladies, .n'ose pénétrer dans l'organe, et s'arrête tout court au tympan; mais Alzar :
à Cruce, à Gènes, donrie bientôt après une consultation médicale pour un jeunè homme privé de mémoire et d'ouie; Acidalius, Banzer, et Benjamin Mussapha, dit Dionis, doivent à peine trouver place ici, on doit remarquer toutefois que ce dernier ayant trouvé dans le tympan d’un individu une ouverture qui établissait une communication entre l'oreille interne et l'oreille externe, prit une exception pour la règle générale , erreur qui fut partagée par beaucoup d’auteurs après lui, tels que Rivinus et Fabrice de Hilden. Tulpius, à Amsterdam, au milieu d’une série d'observations curieuses, cite l'exemple de deux sourds qui recouvrèrent subitement l'ouie sous l’action d’une forte secousse d’éternuement. Cælio Folio donna une nouvelle description de l'oreille interne, et Brehm publia une dissertation sur l'audition en général, et le tintement continu de l'oreille.
Nous connaissons à peine l'ouvrage sur les yeux et les oreilles de Grammeo, la thèse de Zeidler , et les commentaires de Wolf sur le chapitre de Galien qui traite de la surdité. Il suffira de nommer ces auteurs. Meniot, à Paris, mérite d'avantage noire attention, il laissa quelques idées très-pratiques sur toutes les inflammations catharales. Alors fleurissait Willis, dont le nom est cité toutes les fois qu'il s’agit de la description du corps humain et de la pathologie des nerfs. Malheureusement, il n’a fait qu'effleurer la théorie des maladies de l'oreille, mais nous possédons de lui une observation très-curieuse et dont l'importance ne pourra être sentie que plus tard. Je vais la rapporter succinctement, afin de rompre la monotonie d’une revue rapide de noms et d'ouvrages; Willis connaissait à Londres une dame dont l'ouie dure ne lui permettait plus de distinguer aucuns des mots qu'on criait à son oreille,
envain il s'était efforcé d'améliorer son sort , déjà il désespérait pour elle de la médecine, quand un jour des troupes, les tambours en tête, passent avec un bruit étourdissant sous les fenètres de la malade: la malade est bien étonnée, dès que le bruit se fut éloigné, d'entendre pendant assez longtemps, les personnes qui causaient autour d'elle. Willis fut averti de cette particularité , et en praticien profond , il sut en profiter. Aussitôt il fait acheter un tambour, et engage le mari de la personne à faire avec cet instrument le plus de bruit possible chaque fois qu’il desire lier conversation avec son épouse; le stratagéme réussit au-delà de toule espérance. On eut moins de succès d’une opération qui semblait avoir pris alors une certaine vogue , et de laqu'elle on n’espérait pas moins que de rendre la vigueur, la jeunesse même aux corps les plus décrépites, je veux parler de la transfusion du sang. Paul Manfredi se constitua l’apôtre de cette innovation, mais son nom serait peut-être oublié, s'il n'avait écrit d’excellentes observations sur l'oreille, et rapproché par un trait de génie, l'étude de cette partie de celle de l'œil. Vers la même époque, Sieudner , Zavorzir , Schrader et Conrard Victor Schneider publièrent presque en même temps, en Allemagne, des écrits remarquables sur la surdité et Îles affections qui la produisent. Mery, à Paris, Ryckevvaert, à Leyde, firent paraître l’un une description exacte de l’anatomie de l'oreille, que les auteurs de notre temps invoquent encore, l’autre une thèse sur la surdité et la dureté de l’ouie, plus connue au nord que vers le midi. On publia en même temps en Hollande, centre alors de l'imprimerie, les. écrits de Tozzus sur les cinq sens, et Crausius s'occupa d'un symplôme qui fait le désespoir des malades menacés de surdité,
c’est le tintement, le bourdonnement ou le bruissement. continuel des oreilles.. On ne saurait croire , en effet, combien. il est affreux d'être jour et nuit en proie à cette musique aecablante, et le médecin allemand , en tâchant. d'en découvrir la‘cause et le traitement, a bien mérilé de la science et de l'humanité.
Un homme parut alors à Paris, ét s'élevant sur les débris de la:médecine humorale, il s’arma d’un scalpel, et fouillant dans les cadavres, il chercha dans l’homme mort les trates des maladies qui avaient travaillé l'homme vivant, il mit l'anatomie pathologique en honueur et peut étre nommé le père de l’école actuelle, Duverney, médecin à la cour de Louis-le-Grand, homme du monde, mais praticien ingénieux, prit en peu de temps une vogue extraordinaire, Il donnait des représentations publiques de dissections, les dames y accouraïient comme à l'opéra. -
‘ Puis d’une femme morte avec son embryon ‘ I faut chez Daverney voir la dissection. (BoiLrat).
L'anatomie osa se produire dans le beau mondè, présentée de sa main.
| (FonreneLix.)
On: voit jasqu'àa quel point il avait su changer la tendance des esprits; instruit par l'expérience, éclairé par l'ouverture des cadavres, Duverney publia en 1683 un traité de l'organe de l’ouïe. C'est le premier ouvrage véritablement classique que nous possédons sur cette branche, aussi fut-il traduit bientôt en plusieurs langues étrangères. Mappus, à Strasbourg, trouvant dans les maladies de l'oreille, une matière déjà étudiée sous tant de faces, visa encore à la nouveauté, il analysa le cerumen, ou graissæ jaune de l'oreille, le décrivit à l'état de santé et de maladie, et élucida ses usages. Dans ce siécle, nous devons noter encore l'ouvrage sur
Vouie de Schelhammer , et celui de Bauchinus, et de Meisner , tous plus ou moins remarquables, cependant la dissertation de Schmidt ou Le sourd qua juge du son et l'observation de Scheuzer, d'un sourd qui entend, semblent nous mener par une transition facile aux idées et aux écrits du dix-huitième siècle.
Si le nom d'Hoffmann appartient réellement au xvu* siècle, si même il faut le reporter plus haut parce qu'il fut illustré tour-à-tour par les deux (Gaspar, l'un de Turin, l’autre de Brandebourg, par Conrard, les deux Frédéric, Jean Maurice, Laurence, Maurice
et Pierre Hoffmann , il peut cependant étre placé au
commencement du xvnr” siècle, parce que ce ne fut que vers cette époque qu’on apprécia dignement la dissertationsur la surdité de Frédéric et de Conrard Hoffmann : il en est de même de Jean Van Helmont'; le philosophe du feu , comme 1l s’intitulait lui-même , parce qu’il finit ses études en philosophie n’ayant encore que 17 ans , naquit à Bruxelles en 1577, d'une famille noble, fut seigneur de Mérode, Royenborch , Oorschot eic. et par ses écrits
nombreux et ses attaques contre l’humorisme , il se mit
à la tête d’un système médical qui fut goûté jusqu’au
‘xvni siècle. Nous avons de lui une dissertation sur la
dureté de l’ouie qui n’est pas indigne de son auteur. Quelques sociétés savantes commencèrent dés-lors
‘à s'occuper de la surdité, et entre autres nous devons
mentronner les Miscellanea medico physica de l'académie des curieux de la nature; l'Ewropeis ou magasin des phénomènes de la nature, où se trouvent plusieurs expériences curieuses sur les sens; les Æménités de Menage où Engelhard écrivit un article curieux à ce sujet; les commentaires de la société de Gœttingen, le-coup-d'œil mensuel d'Eckard et l’histoire de l'académie des sciences
À' Paris: lé maitre de poste de Versailles, Guyot, avait confié à la célèbre assemblée la découverte qu’il venait de faire d'un moyen nouveau pour rétablir l’ouie, et celle-ci se hâta de consacrer une place dans ses mémoires au cathatérisme de la trompe d'Eustachi, mais Guyot donna lui-même quelques temps après l'histoire et la description des instruments dont il s'était servi avec . tant de bonheur. Quelques années auparavant, Wedel, . Finckenau et Déinérehence de la Conseillère avaient publié des dissertations sur la pathologie de l'oreille. . L'ouvrage de Kennedy sur les yeux et quelques-unes des - maladies de l'oreille est remarquable et se trouve encore rilé comme modèle. Il fut le Duverney de l'Angleterre. . Le célèbre anatomiste Vieussens s’occupait alors de la structure de l'organe de l'ouïe. Valsalva, à qui nous devons tant de faits utiles en chirurgie, en développait la physiologie et la pathologie. Zwinger, dans son Otoiatria, donna un abrégé de la médecine auriculaire ; . et Tschudi en traca les règles pratiques. C’est alors aussi que parut Leschevin ; son ouvrage fait époque dans la science, et la couronne qui lui fut décernée par la première société médicale du siècle, ne s’est pas flétrie par le temps : aujourd’hui encore son mémoire est consulté par tous les praticiens , et nos auteurs classiques les plus répandus ne laissent jamais d’en citer des passages; souvent aussi, Je devrai revenir à Leschevin, quand je donnerai dans Ja suite de cet article une revue sommaire de nos connaissances actuelles sur les maladies de l'oreille. Cependant dois-je oublier Depré, sur les ulcérations du conduit, Schott, dans sa thèse sur l'oreille humaine, Schmid qui s’attacha à décrire la membrane si délicate qui environne les osselets de l’ouïe sous le nom de périoste, et y trouva tout un système de vaisseaux. Fischer, dont l'ouvrage
sur la physique est entre les mains de tuus , et qui traita avec non moins de succés du cancer de l'oreille, .48handlung vom krebse des ohres? Le nom de ces hommes célèbres parle assez haut du mérite de leurs écrits. Il serait trop long de mentionner les ouvrages de Kulm, de Contag, de Rose, de Volckamer, de Schulze, de Hofmeister, de Jantke ; cette époque fut si riche en auteurs de tous les pays. Cependant nous ne pouvons laisser passer inaperçu les écrits de Cassebohm qui publia en peu de temps plusieurs traités sur l'oreille humaine, où l'étude de l'anatomie est portée à un haut point de perfection. Morgagni , disciple et admirateur de Valsalva ‘ dont le nom appartient à cette époque, rapporte une observation de son maitre, qui est assez curieuse pour trouver une place ici. Une jeune femme consulta Valsalva et lui dit que lorsqu'elle était encore fille, un ver était sorti de son oreille gauche; et qu'il y avait six mois environ qu'il en était encore sorti un autre qui ressemblait ‘à un petit ver à soie. Cela n’arriva qu'à la suite d’une douleur aigue que la malade avait éprouvée dans cette oreille. Depuis ce temps elle ressentait encore dans ces mêmes parties des douleurs si vives qu’elle restait quelquefois évanouie pendant deux heures de suite. Lorsqu'elle revenait de cet état, il sortait de son oreille des vers plus petits que les premiers, et cette oreille était actuellement affectée d'une surdité et d’une insensibilité trés-prononcées. D’après ces renseignements, Valsalva ne douta pas un instant que la membrane du tympan ne fut ulcérée; il proposa à la malade de faire dans l'oreille des injections pour détruire les vers qui pouvaient s'y trouver encore. On employa pour cela l’eau d'herbe de St-Jean distillée, dans laquelle on avait agité du mercure. Morgagni conseille en
LR
PT
‘ pareil cas, pour éviter la récidive, de boucher l'oreille * avec du'coton pendant la nuit, durant l'automne et
l'été, san$ cela, dit-il, la suppuration attire les insectes qui s’introduisent dans l'oreille et y déposent leurs larves à l'insu du malade. Cette observation et d'autres du
* même genre fixérent l'attention des médecins sur les
insectes qui peuvent s’engendrer dans les cavités de
‘ l'oreille, aussi Camerarius ne tarda pas à publier un
mémoire à ce sujet, çar l'étude de la surdité avait pris
. pendant les cinquante ans qui venaient de s’écouler
une marche de progrès continuel: les moindres détails n'échappaient pas aux méditations des hommes de l’art, on s’occupa avec constance du rapport de la voix avec
Joreille, et cette étude nouvelle engendra les ouvrages ‘de Comiers, traité de la parole; de Cordemoy; discours physique de la parole de Lieschwitz, Dissertatio de
coce et loquel@, du célèbre professeur Wälther De /arynge
et voce, dé Vogel, De larynge humano et vocis formatione,
de Reverhorst, de Lunge, d'Ebo, de Busch et enfin de
‘Montagnat qui, saisissant une découverte incomplète
dé M. Ferrein sur le méchanisme de la voix de l’homme ; en développa toutes les ressources, et donna une véritable physiologie de cette faculté si belle qui distingue l’étre humain de tous les corps animés que l’environnent. Si nous faisons encore un pas dans la bibliographie des maladies de l'oreille, nous trouvons dans le court espace de dix ans, les écrits de Murray, enrichis d’observations sur les abcès de l'oreille, ceux de Busson qui recherche s'il est possible de porter des topiques dans la conque, dans le cas où le tympan est intact, Pyl qui discute la propagation des rayons sonores par les os de ja tête, Van Swieten qui commente les idées de Boerhaave à l'égard de l’ouie, Baumerus qui donne l'introduction à
une méthode “nouvelle pour rendre l’ôuie aux: souûrds2 muets de naissance , Brendel qui explique les vibrations et les réflexions qu ‘éprouvent les rayons sonoresenglissant sur l'extrémité de la conque ou oreille externe, tandis què Dunert, Quelmalz et Borgers s'occupent de l’hémorrhagie, du polype et des maladies internes et externes de l'oreille, #vt