‹ Le sourd-muet et l'aveugleChapitre 55 sur 128 · L. À. Van Den Duiesscue, 47, D · texte numérisé non relu

L. À. Van Den Duiesscue, 47, D

LETTRES SUR L'INSTRUCTION DES SOURDS-MUETS * PAR M HYPPESLEY TUCKFIELD.

Me Tucxrrein appartient à un rang élévé de la société. Animée d’un pieux dévouement aux sourds-muets, elle commença, vers 1824, à instruire une petite sourdemuette dont l'état de dégradation lui inspira la plus vive compassion. Elle eut le bonheur de voir ses soins couronnés de succès. Alors, d’autres sourdes-muettes réclamèrent ses leçons, le petit troupeau s’accrut et enfin , pour donner à son école une existence permanente, elle forma un instituteur pour continuer une entreprise à laquelle sa position sociale ne lui permettait pas de ‘donner tous ses moments. En 1826 ïl se forma une association de souscripteurs pour soutenir l'établissement qui à présent est dans une situation florissante.

Mwe Tuckfield, voulant en même temps étre utile à ceux qu'elle ne peut recevoir dans l'établissement d’Exeter, a publié dans un ouvrage mensuel intitulé : The Cottager's monthly visitor, « Le visiteur mensuel des campagnes , » une série de lettres adressées surtout aux mères de sourds-muets, afin de les engager à commencer l'éducation de cette classe d'infortunés dans le sein de leur famille.

Une femme seule était capable de les écrire ; elle seule pouvait entrer dans des détails aussi minutieux et cependant si intéressants; elle parle à des mères, elle les dirige, elle les redresse, elle les encourage , elle leur cherche pour ainsi dire le temps nécessaire pour

l'instruction spéciale de ces infortunés; « s'il vous resle quelques moments libres, dit-elle, après le travail du jour, vous prendrez votre enfant sur vos genoux etc. Ne vous chagrinez pas, dit-elle au commencement de la première lettre, si vous avez des enfants sourdsmuets, ils peuvent devenir trés-utiles et très-heureux, car je ne crois pas qu'on puisse trouver un être qui, étant utile, ne soit pas heureux. Je parle d'expérience, ajoute-t-elle, car j'ai sous ma direction plusieurs enfants sourds-muets et jamais je ne vis de créatures plus heureuses. »

Elle suit lss parents dans leurs travaux journaliers, soit dans les ateliers, soit dans les champs et elle montre comment toules ces situations peuvent concourir au développement intellectuel du sourd-muet, elle utilise toutes les circonstances dans lesquelles les mères peuvent se trouver. Dans les ateliers l’enfant observera les différents métiers, les travaux des ouvriers, les outils, les produits etc. À la campagne, il verra les animaux, les productions de la terre, les travaux des champs et dans son langage il trouvera des signes pour tous ees objets, pour toutes ces actions. L'enfant sourd-muet, a peut-être un frère ou une sœur qui fréquente l’école; utilisez, dit-elle, ce frère, cette sœur , pour exercer votre élève à écrire les mots. » Elle tire parti de tout: mais animée d’un profond sentiment de religion , c’est surtout à la connaissance de Dieu-qu'elle s’attache de faire arriver ses élèves et elle saisit toutes les occasions pour parler de Dieu et le montrer comme notre pére et le témoin de toutes nos occasions. |

Les lettres de M" Tuckfeld ont été accueillies en Angleterre avec le plus vif intérêt et elles le méritaient. Ilest impossible de trouver rien de plus naïf, de plus

simple et de mieux à la portée des parents, que ces lettres. Elles se trouvent jusqu'ici noyées dans une grande collection de numéros. Une dame anglaise qui est allée en Grèce, les a traduites en grec moderne, et je crois être agréable à mes lecteurs, en Îles traduisant dans mon Jouaxa. Plusieurs passages exigeront des notes et des explications que j'y joindrai.

À l'Éditeur. de Coftager's monthly visiter.

Moxsraur ,

Je pense que dans ce royaume il se trouve un grand nombre de pauvres enfants sourds-muets qui ne peuvent obtenir leur admission dans les hospices consacrées à leur éducation et je crois que quelques notions tréssimples pourraient mettre les instituteurs de village ou même les parents de ces malheureux enfants, à même de leur donner assez d'instruction pour contribuer à leur bien-être , et pour en faire des membres utiles de la société,

Si les idées préliminaires suivantes vous paraissent dignes d'attention, Je vous communiquerai successivement par le moyen de votre Coftager’s visitor quelques instructions ultérieures qu'un. certain nombre de vos lecteurs, je l'espère, voudront bien mettre en pratique,

Je suis, Monsieur, votre lecteur constant,

PREMIÈRE LETTRE, Mes 3oNs Amis,

Ne vous chagrinez pas parce que vous. avez un enfant qui est sourd-muet.. De pareils enfants peuvent devenir

— ‘939 — tès-utiles et très-heureux en même temps, car je ne crois pas qu'on puisse trouver un étre qui, étant utile ne soit pas heureux. — Je parle d'expérience, car j'ai sous ma direction plusieurs enfants sourds-muets et Jamais je ne vis de créatures plus heureuses. — Dans l'espoir de pouvoir être utile à ceux que je ne puis pas instruire moi-même, je vais tacher .de vous donner quelques avis courts et faciles , afin de vous guider dans l'éducation de votre enfant sourd-muet et dans le commencement de son instruction; et si vous voulez essayer de commencer de la manière que je vais vous dire ,. vous trouverez plus de détails à cet égard dans le prochain numéro du Cottager’s visitor. — D'abord je vous engage à étre doux et caressant à l'égard de votre pauvre sourd-muet. Que jamais personne ne se hasarde de le frapper ou de l’effrayer, ensuite encout ragez-le à remarquer tout ce qu'il voit dans la maison, dans le jardin, dans les: champs; puis, si vous en agissez ainsi, vous verrez bientôt, que vous et votre enfant, vous aurez trouvé des moyens de vous commurmiquer beaucoup de chases sur ces objets, et que vous n'êtes pas loin de pouvoir converser ensemble par des signes au lieu de mots; et vous n'aurez pas beaucoup à hésiter sur ces signes, parce que, j'ose le dire , l'enfant sera le premier. à choisir ceux qui lui eonviennent. Supposez, par exemple, que vous vouliez causer par signes touchant le soleil, il est probable que l'enfant montrera le ciel et placera sa main au-devant de ses yeux, comme s’il était ébloui par sa lumière. — Quant au feu, il pourra étendre les mains comme pour les chauffer, et ensuite les frotter ensemble. — Pour un arbre, il portera doucement sa main du sol en haut, pour montrer comment la tige pousse hors de la terre , alors il étendra

sa main en tout sene autour de la tige, pour figurer les rameaux et les feuilles. — Pour une vache, il montrera comment les cornes s'élèvent de sa tête, et il fera avec sa main le mouvement comme pour traire son lait. — Pour un cheval, il se mettra à trotter et ainsi de suite, De cette manière amusante, il vous montrera bien des signes, qui dès-lors seront l'expression de ces choses, dans la conversation que vous tiendrez à leur sujet. Aussitôt que l'enfant aura éprouvé que vous êtes plein de bonté, de gaieté et de vie avec lui, et que vous le portez à observer des objets, il sera encouragé à inventer d’autres signes, de sorte qu'il pourra vous exprimer ses besoins , et vous raconter ce qui est arrivé en votre absence. Il sera d’un grand secours pour vous dans l'instruction d'apprendre , par cette voie , des signes qui remplacent les noms. Si vous pouvez vous procurer quelques gravures communes, telles que celles qu’on vend un sou le paquet, ou si quelque bonne dame ou monsieur veut vous donner un petit livre de dessins, pour lors , s’il vous reste quelques moments libres après le travail du Jour, vous prendrez votre enfant sur vos genoux , et vous regarderez ensemble les figures , en faisant remarquer particulièrement chacune d'elles. Je dirai davantage touchant cette manière de regarder les figures , dans ma prochaine lettre. Je crois en avoir dit assez maintenant, pour vous engager à commencer, et si vous voulez suivre mes conseils, pas à pas, sans vous décourager , j'ai l'espoir que votre enfant n’en sera bientôt plus à faire des signes, mais qu’il pourra épeler de ses doigts et écrire des mots sur une ardoise et en comprendre le sens. Dans quelques années, si Dieu bénit vos peines, je suis persuadé que votre enfant connaîtra quelque chose de ses devoirs, qu'il pourra être amené à la econ-

CS

| — 2 — naissance de Dieu et d'un monde meilleur, que vous serez récompensé de vos soins à son égard, et qu'il sera pour vous un objet de bénédiction au lieu de

malheur.

Je suis votre sincère ami, D. D.

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