‹ Le Spectateur militaireChapitre 2 sur 82 · SUR · texte numérisé non relu

SUR

Di

de Vaux sortit de Dendermonde avec 9 escadrons, 9 compagnies de grenadiers et 3 bataillons ; le maréchal sortit de Garni avec 34 escadrons, 24 bataillons,

25 pièces d'artillerie à la suédoise et les pontons; le comte de Clermont-Gallerande partit d'Oudenarde avec 27 escadrons et 2 bataillons; M. de Brezé, de Tournai avec l'artillerie de siège, escortée par 9 bataillons et 27 escadrons; enfin M. d'Armentières, d'Ath avec partie de la garnison de cette place. Le 30, Bruxelles était investie, un double pont jeté sur la Senne et sur le canal de Vilvorde (1), pour la communication des quartiers au-dessous de la place. Le maréchal établit son quartier-général à Laeken : l'infanterie occupa tous les faubourgs de Bruxelles, et la cavalerie les villages les plus voisins. « J'en ai fait fortifier les têtes, écrivit le maréchal, et je crois cet investissement solide. »

Les ingénieurs étaient commandés par Gourdon de TÉglizière, et formaient deux brigades : V* brigade, Lambert; 2 e brigade, de Saint-Paul. Bruxelles, alors fortifié, était renfermé dans une enceinte ovale composée de vingt-quatre fronts bastionnés. On avait choisi pour front d'attaque le front de la porte de Schaerbeck, qui était couvert par un ouvrage à corne, et qui était le plus fort. Le maréchal justifie ce choix : « c'est une hauteur sablonneuse, dit-il, où nous pouvons remuer notre canon comme nous voulons, et une fois maîtres

(1) Le canal de Vilvorde est un canal latéral à la Senne sur sa rive gauche.

de cet ouvrage à corne nous le sommes de tous les petits ouvrages en arrière, parce que nous les commandons, ainsi que les remparts de la place. »

La nuit du 7 au 8 février, on ouvrit la tranchée avec 1,600 travailleurs, qui firent la première parallèle et ses communications aux dépôts de tranchée. La parallèle fut tracée à 3*20 mètres de distance du chemin couvert de l'ouvrage à corne.

Ce chemin couvert n'ayant point de traverse, et la fortification étant très rasante, on en chassa Pennemi au moyen de cavaliers de tranchée, et la septième nuit, du 18 au 14, on en fit le couronnement. L'ennemi essaya vainement de le reprendre, et par son feu, chaque nuit, il nous mettait 40 à 60 hommes hors de combat. Le maréchal écrivait le 14 : « S'il y avait eu plus d'intelligence entre les officiers du génie et ceux de l'artillerie, notre opération aurait été, je crois, meilleur train. Les assiégés se défendent vigoureusement; ils font un feu très vif et presque continuel. »

De la neuvième à la douzième nuit, du 15 au 19, on construisit dans le couronnement du chemin couvert quatre batteries, dont deux pour faire brèche aux faces des demi-bastions, une troisième pour contrebattre l'un des flancs, et la quatrième pour faire brèche au corps de place, par la trouée du fossé de la branche gauche de l'ouvrage à corne. Les fossés étant profonds, il fallut en relever le sol* avec des fascines et quantité de sacs à terre pour rendre les descentes praticables. Enfin on fit un nid de pie sur le saillant de la demilune qui n'était pas revêtue, et que l'ennemi avait abandonnée.

Une contestation s'étant élevée entre l'artillerie et le génie sur l'état des brèches, le maréchal donna l'ordre à M. de Brezé, lieutenant-général qui avait la conduite du siège, de faire tâter l'ouvrage à corne. Le 19 février, à quatre heures après midi, M. de Brezé fit monter à chaque brèche 6 sapeurs, précédés de 10 grenadiers, à qui Ton recommanda de rester paisiblement sur le haut des brèches si l'ennemi ne faisait aucun effort pour les chasser. L'ennemi les ayant aperçus et marché à eux, ils sautèrent dans les bastions en criant : vive le Roi! 8 compagnies de grenadiers, qui étaient au pied des brèches, entraînées par leurs sergents ou officiers, les gravirent, suivies des travailleurs, et repoussèrent l'ennemi ; assaillies à leur tour par des forces supérieures, qui étaient en réserve à la gorge de l'ouvrage à corne, elles se retirèrent avec perte de 20 à 30 hommes tués et de 150 blessés légèrement. Après cette tentative, les assiégés reconnaissant que les brèches étaient très praticables, et craignaut d'être emportés d'assaut, arborèrent le drapeau blanc, et à minuit envoyèrent des otages au maréchal avec un projet de capitulation. Il les reçut avec politesse, et leur remit par écrit les articles qu'il voulait leur accorder, leur donnant jusqu'à trois heures pour les accepter.

Il y eut deux capitulations qui le 20 furent signées, 'une avec le général qui commandait la garnison, forte de 18 bataillons hollandais et 8 escadrons, faisant 8,800 hommes, officiers compris. Toute la garnison fut faite prisonnière de guerre; les armes des soldats

appartenant aux capitaines, le maréchal voulut bien ne les recevoir qu'à titre de dépôt. Cette faveur avait du prix pour eux, chaque compagnie étant de 200 hommes. La seconde capitulation fui conclue avec le comte de Kaunitz-Rittberg, ministre plénipotentiaire de l'Empereur pour le gouvernement des Pays-Bas ; elle concert nait la ville de Bruxelles, l' état-major de la place, les 17 officiers généraux qui s'y trouvaient, et 100 autres officiers de tout grade.

Le ministre écrivit au maréchal : « Il n'y a que des grâces à vous rendre d'avoir terminé si glorieusement une entreprise si importante à toutes sortes d'égards. Prenez vos mesures pour vous rendre le plus tôt possible à la cour où vous serez accueilli du public comme du maître. »

Après avoir, dans son rapport, rendu justice à la conduite de toutes les troupes, M. de Brezé ajoute : « Quant au génie, il n'est pas possible de servir mieux qu'il a fait, malgré la fatigue et les périls continuels. » Suit l'éloge particulier de M. Gourdon, qui commandait le corps. Notre perte fut de 302 hommes tués, dont 9 officiers; le nombre des blessés s'éleva à 676, dont la moitié n'entra pas à l'hôpital. Un seul ingénieur fut blessé.

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