SIÈGE DE LA CITADELLE D ANVERS (6 JOURS
Ce siège ouvrit la campagne de 1746. Informé que les ennemis avaient abandonné Anvers, ne laissant dans la citadelle que 1,500 hommes, Louis XV détacha du camp de Lierre, le 20 mai, S. A. S. le comte de
Clermont, avec 100 chevaux, 20 compagnies de grenadiers et 42 piquets pour aller prendre poste, dans la ville et à l'extérieur, devant la citadelle. Ce détachement fut le 21 suivi de 29 bataillons, 16 escadrons, et de () brigades d'ingénieurs, commandés par M. d' Au maie, avec MM. Dupont, chargé du détail en premier, Gourdon en deuxième, Verville, major, Vaubrun, aide-major. Les commandants des brigades étaient Courdoumer, Thierry,Filley père, Chevalier, Franquet et Lambert.
La citadelle d'Anvers, bâtie en 1567, par ordre du ducd'Albe, sur les dessins de l'ingénieur Paciotto (1), a cinq bastions qui portent les noms d'Hernando, de Tolède, de Paciotto, d'Albe et du Duc. Le premier front (bastions d'Hernando et de Tolède) est moitié dans la ville et moitié dans la campagne. Les deux suivants sont tout entiers dans la campagne; l'Escaut coule devant le quatrième, et le cinquième regarde la ville.
Le comte d'Aumale rapporte, dans son journal du siège, que la reconnaissance de la citadelle fut difficile, tous les environs en étant, jusqu'à la distance de 300 et même 360 mètres, couverts de maisons, haies, jardins et charmilles si épaisses que l'on ne pouvait y passer sans se faire jour avec la hache. L'attaque
(1) Dôgen rapporte que Paciotto acheva ses jours en un gibet où l'attachèrent ceux de Flessingue, s'étant imaginés qu'il était homme à distribuer son conseil et son secours à ce qu'une pareille servitude leur fût imposée {V Architecture militaire moderne, traduite en français. In-fol., 1648, p. 286.)
ayant été fixée au front formé par les bastions de Tolède et de Paciotlo, les deux premières brigades d'ingénieurs furent, le 24 mai, chargées de marquer avec des piquets et par des trouées faites dans les haies et les charmilles le chemin que devait tenir la première parallèle ; et la nuit du 25 au 26 on ouvrit la tranchée avec 3, t 00 travailleurs, partagés en trois divisions : la première, de 1,800 hommes, pour la parallèle; la deuxième, de 1,200, pour les communications; et la troisième, de 600, en réserve. Les travailleurs pour la parallèle étaient couverts par 1 2 compagnies de grenadiers, et en arrière étaient 3 bataillons destinés à former la garde de la tranchée. Selon un usage suivi assez généralement à cette époque, et que Cormontaingne blâme, les travailleurs de jour étaient en partie fournis par la garde de tranchée à raison de 200 par bataillon, qui étaient payés comme les autres.
Le siège suivit la marche ordinaire, mais rapide, des attaques en terrain horizontal contre une fortification régulière. La sixième nuit, du 30 au 31 mai, l'ennemi abandonna son chemin couvert, et en capitulant le 31 obtint les honneurs de la guerre.
SIÈGES DE MONS, DE SÀINT-GHILA1N ET DE CHARLEROI , COMMANDÉS PAR LE PRINCE DE CONTI.
Tous les électeurs d'Allemagne ayant, après la mort de l'empereur Charles VII, résolu de rester neutres, le Roi destina la plus grande partie des troupes qui devaient composer l'armée du bas Rhin, renforcées d'un détachement de l'armée de Flandre, à faire les
l w 2 APERÇU SUR LES FORTIFICATIONS
sièges de Mons, Saint-Ghilain et Charleroi sous le commandement du prince de Conti.
Siège de Mons (16 nuits). — La place de Mons est dans la situation la plus favorable pour faire servir les eaux à sa défense. Elle est partout, excepté sur deux points, l'un au sud, l'autre au nord, entourée de marais ou terrains bas qui peuvent être inondés, soit par la Trouille, soit par la Haine. Au sud, le front attaquable de la place était couvert par l'ouvrage à corne do Bortamont, dont les branches s'appuyaient à un glacis coupé, en arriére duquel étaient deux contregardes, à droite et à gauche deux pièces noyées dans les inondations, et dont l'ennemi ne tira aucun parti. Au nord, le front attaquable était couvert par l'ouvrage à corne de Nimy, dont la corne gauche était dans l'inondation dite des petits Bodarts; en arrière de cet ouvrage à corne en était un autre. L'inondation des petits Bodarts était séparée de celle des grands Bodarts, I l'une et l'autre alimentées par la Haine, par une digue que soutenaient trois redoutes faiblement occupées par l'ennemi, et dont on s'empara avant l'ouverture de la tranchée.
Après la prise de la citadelle d'Anvers, le Roi détacha de son armée le duc de Boufïlers, avec 16 bataillons et 2li escadrons, pour aller investir le côté nord de Mons, tandis qu'avec 30 bataillons le comte d'Estrées en investirait le côté sud.
Les ingénieurs formaient six brigades, commandées par Artus, brigadier des armées, avec Gourdon de l'Églizière et Thierry, pour faire le détail. On employa
trois brigades à chaque attaque, savoir : à l'attaque de Bertamont, les brigades Riverseu, Franquet et Tardif d'Hamonville ; et à l'attaque de Nimy, sous les ordres de Thierry, les brigades Filley, Franquet de Chaville et Duportal. Quatre brigades avaient été tirées de l'armée de Flandre, et deux avaient été nouvellement formées. Pour ces dernières, le ministre n'avait nommé que les têtes des brigades (les brigadiers, sous-brigadiers et chefs de brigade) ; il avait laissé au commandant le soin de régler les rangs des simples factionnaires, en ayant égard à leurs services et à leur ancienneté.
La nuit du 24 au 25 juin, on ouvrit la tranchée aux deux attaques : à celle de Bertamont, où Ton employa 5,000 travailleurs, on lit une parallèle qui avait près de 2,000 mètres, et qui fut tracée à 580 mètres de distance du chemin couvert de l'ouvrage à corne; on construisit des batteries en avant pour 50 pièces de canon et 28 mortiers, qui commencèrent à tirer le 28. On fit successivement une deuxième, une troisième et une quatrième parallèle. Sur la droite, où la penie du terrain de la première à la seconde rendait difficile le défilement des cheminements, le chevalier de Chermont, chargé de ce travail, fit les zigzags fort courts, et des recouvrements presque aussi étendus que les zigzags mômes. « Par ce moyen, nous étions parfaitement à couvert (i), et nous n'avions à craindre que les bombes. » Mais ces petits zigzags courts et serrés,
(1) Gallon, Mémoire sur le siège de Mons.
ik APERÇU SUfc LES FORTIFICATIONS
appliqués aux communications de la troisième à la quatrième parallèle, furent reconnus le 2 juillet, jour de l'attaque du chemin couvert, avoir des inconvénients; on eut des peines infinies à y faire les dispositions nécessaires, et il n'est pas douteux que, si nous avions été repoussés, nous n'eussions eu une fort mauvaise retraite. »
La onzième nuit, du û au 5 juillet, on commença les descentes du fossé, et Ton mit en batterie, dans le couronnement du chemin couvert, 14 pièces de canon pour battre en brèche.
La treizième nuit on fit un logement dans la demilune ; la quatorzième, une parallèle dans l'ouvrage à corne et un logement sur le terre-plein du glacis occupé, qui est en arrière, et que les ennemis avaient abandonné. La quinzième nuit on y construisit des batteries pour battre en brèche les deux contre-gardes et partie du corps de place par la trouée qu'elles laissaient entre elles. La seizième nuit, du 9 au 10, on travailla à établir deux ponts sur le fossé, à la gorge de l'ouvrage à corne. Le 10 juillet au matin, l'ennemi arbora un drapeau blanc.
L'attaque de Nimy, plus difficile que celle de Bertamont, et conduite avec moins de vigueur, ne laissa pas que d'avancer rapidement. Le drapeau blanc y fut arboré le même jour, 10 juillet. Par la capitulation qui fut signée le 11, la garnison fut prisonnière de guerre.
Nous eûmes à ce siège 127 soldats et 12 officiers
tués, dont 7 ingénieurs, et 460 soldats et 20 officiers blessés, dont 4 ingénieurs.
Le Roi ayant ordonné la démolition de tous les ouvrag» extérieurs de Mons, Laurens de Villarmont y resta avec 6 autres ingénieurs pour diriger le travail des mineurs.
Siège de Satnt-Ghilain (k jours). — Le poste de Saint-Ghilain, situé à 10 kilomètres à l'ouest de Mons, en est comme une dépendance. Il est traversé par la Haine, dont les eaux, à l'aide d'écluses, produisent des inondations sur presque tout son pourtour : il était occupé par 300 hommes tirés de la garnison de Mons. Le marquis de la Fare, lieutenant-général, fut chargé d'en faire le siège avec 6 bataillons, 1 régiment de dragons, 30 bouches à feu, et la brigade d'ingénieurs de Filley. Le 14 juillet on l'investit. On eut d'abord l'intention de cheminer sur la chaussée d'Ath , mais après s'être emparé d'une redoute qui était près de cette chaussée, à la tète de l'inondation supérieure, on reconnut que l'attaque projetée était impraticable. On résolut alors de cheminer sur la rive droite de la Haine pour s'emparer d'un ouvrage avancé appelé le fort François, auquel s'appuyait la droite d'un grand retranchement qui couvrait ce côté de la place.
La nuit du 21 au 22 juillet on ouvrit la tranchée, et l'on fit 1,200 mètres de zigzags; on s'arrêta' à 260 mètres du fort. La troisième nuit, les ennemis l'abandonnèrent, craignant d'y être forcés, parce que ce fort était accessible par une digue sur laquelle il y avait des estacades de palissades que Ton coupa. La
quatrième nuit, du 24 au 25, on fit une communication en traverses tournantes sur la digue, et Ton commença dans l'intérieur de l'ouvrage deux batteries de canons et une de mortiers. Le 25, les ennemis arborèrent un drapeau blanc; la garnison fut faite prisonnière de guerre.
Siège de Charleroi. — Cette place qui, en 1693, avait soutenu un siège de vingt-six jours de tranchée, se rendit après la cinquième nuit en 1746. Les fortifications étaient les mêmes aux deux époques. Nous rapporterons, sans y ajouter foi, comment Belidor explique la mauvaise défense qu'elle fit en 1746.
Après le siège de Mons, le prince de Conti fit investir la place de Charleroi, établit, le 14 juillet, son quartier-général à Marchiennes, et ordonna des lignes de circonvallation, dont la construction causa pendant quelques jours de grandes fatigues aux troupes.
Le prince, ayant sous ses ordres 48 bataillons et 76 escadrons, résolut, afin de diviser et lasser les forces de la garnison, de faire trois attaques : l'une sur la rivé gauche de la Sambre, en aval, dite attaque de Montignies; l'autre au nord, sur le plateau, dite attaque de Bruxelles ; et la troisième sur la rive droite de la Sambre, en aval, dite attaque de Marcinelle.
La nuit du 28 au 29 juillet, on ouvrit la tranchée aux trois attaques par une parallèle et ses communications. À l'attaque de Montignies, la parallèle était divisée en deux parties par un ravin, et passait à 220 mètres environ de distance d'une redoute dite des Paysans, qui était revêtue en maçonnerie. A l'attaque
de Bruxelles, la parallèle passait à 80 mètres seulement du saillant de la redoute la plus avancée sur ce Iront. Le feu de l'ennemi y fut plus vif qu'aux autres attaques ; il y eut 63 hommes tués ou blessés, et au nombre de ces derniers fut le chevalier de Verville, ingénieur. A l'attaque de Marcinelle, la parallèle ne passant qu'à 160 mètres de la redoute de même nom, fut tracée au gabion, et malgré le feu vif de l'ennemi il n'y eut ni tué ni blessé.
La deuxième nuit, du 29 au 30, on travailla aux trois attaques, à la construction des premières batteries, et, en outre, à l'attaque de Montignies, on s'avança de 150 mètres vers la redoute des Paysans.
La troisième nuit, du 30 au 31, l'ennemi ayant abandonné la redoute des Paysans, on s'y logea. En arrière de cette redoute en étaient trois autres dites de Vauban, avec l'une desquelles elle communiquait par une galerie souterraine de 100 mètres de longueur. À l'attaque de Bruxelles, on continua le travail des batteries. A l'attaque de Marcinelle, on s'empara de la redoute de ce nom l'épée à la main. Le 31, informé par les habitants, sur les quatre heures du soir, que l'ennemi avait abandonné la ville basse, on l'occupa.
La quatrième nuit, du 31 au 1" août, on fit devant la redoute du centre des redoutes Vauban une parallèle passant à 5 mètres de distance du saillant de son chemin couvert, et l'on profita de la communication souterraine citée pour arriver à couvert à un logement dans la place d'armes saillante de la petite redoute Vauban, située à la gauche (à notre égard). A l'attaque
de Bruxelles, on lit des communications derrière les batteries, et Ton se logea le soir dans une des lunettes avancées abandonnée par l'ennemi. A l'attaque de Marcinelle, on fit un bout de parallèle appuyé à la Sambre, et Ton chemina vers une petite redoute dont on s'empara.
Cinquième nuit, du l fr au 2 août. On s'était, à l'attaque de Montâmes, prolongé jusqu'à la Sambre pour se lier à l'attaque de Marcinelle, lorsqu'à la pointe du jour, -25 grenadiers, logés dans le saillant du chemin couvert de la petite redoute Vauban, s'avisèrent de descendre dans le fossé en criant : Tue, tue! Les défenseurs de la redoute, craignant d'être surpris, l'abandonnèrent, etse retirèrent par une digue qui longeait la branche droite (à notre égard) de l'ouvrage à corne de la porte de Namun Le lieutenant qui commandait les 25 grenadiers se mit à leur tête avec 10 sapeurs ou mineurs, marcha sur les traces des fuyards, et entra dans l'ouvrage à corne qui n'était occupe que par UO hommes qui l'abandonnèrent. Il lit baisser les ponts-levis par ses grenadiers, aidés par des travailleurs qui les avaient suivis. M. de Chabannes, lieutenantgénéral, qui commandait la tranchée, fit alors avancer quatre compagnies de grenadiers avec lesquelles il entra dans l'ouvrage à corne. Dans ce moment, M. Duchâtel, lieutenant-général, qui, la veille, s'était emparé de la basse ville, fit attaquer un poste de 50 hommes qui barrait le pont de la Sambre, passa cette rivière, et vint se mettre à la gauche de M. de Chabannes. Toutes ces troupes marchaient en bon ordre vers le pied du glacis de la place, lorsque les ennemis, rassemblés dans le chemin couvert, firent sur elles une salve de mousquelerie ; elles se retirèrent vers les profils de la porte de Namur, d'où elles firent une décharge contre la place, et recommencèrent à marcher en avant; mais le drapeau blanc ayant paru, le feu cessa de part et d'autre.
A l'attaque de Bruxelles, les cris réitérés de : Vive le Roi, qui se faisaient entendre de la porte de Namur, saisirent, comme d'une terreur panique, les défenseurs, et excitèrent, au contraire, les assaillants. Les premiers abandonnèrent leurs ouvrages, les grenadiers firent signe à la tranchée qu'on les suivit, et, dans l'instant,
troupes et travailleurs, tout marcha et entra pêle-mêle dans les ouvrages abandonnés, plusieurs même pénétrèrent dans la ville. Une raine sauta vers une lunette, mais sans blesser personne ; un mineur ennemi se disposait à mettre le feu a une autre, lorsqu'un grenadier le tua.
officier hollandais fait prisonnier rentra dans la place, et dit au gouverneur que tout était perdu, qu'il allait être pris par escalade s'il n'arborait le drapeau blanc, ce qu'il ordonna et fut fait sur le champ aux trois attaques. La capitulation fut signée dans l'aprèsmidi (le 2 août). La garnison tout entière, forte de 1,500 à 2,000 hommes, fut faite prisonnière de guerre et conduite en France.
Belidor explique de la manière suivante (1) cet événement peut-être unique dans l'histoire des sièges :
Le prince de Conti, satisfait de l'avoir chargé du détail des affaires secrètes pendant le siège de Mons, lui donna la même commission pour celui de Charleroi. 11 entra le h juillet dans la place, ût connaissance avec le curé de la ville qui était porté d'amitié pour les Français, et lui dit en confidence, avec un air de mystère, que le prince de Conti avait des mémoires sur Charleroi où il était fait mention de souterrains de carrières qui passaient sous la ville haute, et que le prince devait y faire mettre 7 à 800 milliers de poudre pour faire sauter les fortifications, si le gouverneur ne se rendait pas le troisième jour de batterie au plus tard. Bélidor conseillait au curé, s'il avait des parents ou des amis dans la ville, de les avertir d'en sortir. Ce bruit vint à la connaissance du gouverneur qui ne parut pas y croire, mais, suivant Belidor, il se propagea dans la ville, y sema l'alarme, et causa parmi les troupes un découragement qui dégénéra en terreur panique.
(l) Traité manuscrit de la guerre souterraine.
Charleroi est une des places qu'il eût été le plus utile de conserver par un traité de paix; néanmoins ses fortifications furent aussi démolies.