RELATIVES
Travail individuel. — Tir du fusil et du pistolet. — Remontes. — De
l'ordinaire des troupes.
S. E. le maréchal ministre de la guerre donne en ce moment de nouvelles preuves de son désir d'entraîner la cavalerie dans la voie des perfectionnements où marchent avec une louable rapidité les autres armes.
Déjà nous avons fait connaître au lecteur l'instruction provisoire du 15 novembre 1859 sur le travail individuel et sa mise en pratique dans la cavalerie. Nous avons dit quelle transformation cette méthode doit apporter dans l'éducation régimentaire en douant le cavalier d'une mobilité plus grande et d'une habileté supérieure dans la conduite de son cheval et dans l'usage de ses armes. Une circulaire ministérielle du 23 novembre suivant appelait tous les régiments de cavalerie à formuler avec indépendance leur opinion sur ce système innovateur. Ces corps se sont prononcés.
La persistance avec laquelle le maréchal ministre de la guerre revient sur la question après la lecture de leurs rapports prouve toute l'importance qu'il attache à cette œuvre qu'on peut dire sienne, et que nous
n'avons pas hésité à applaudir comme un progrès réel. Dans une note récente, il réfute les critiques qui se sont élevées sur l'instruction du 15 novembre, et il indique les moyens propres à vaincre les difficultés inhérentes à ce travail, qui n'est encore qu'à l'état d essai, et qui à ce titre surtout ne pouvait manquer de rencontrer des contradicteurs.
Tout d'abord, le ministre constate avec satisfaction que, dans tous les régiments de cavalerie, on avait reconnu l'utilité de fortifier en l'organisant l'instruction individuelle; néanmoins, les succès obtenus n'étaient pas immédiats en raison des changements qui modifient les habitudes des instructeurs, et qui ont besoin pour être couronnés de succès de l'action du temps et d'une laborieuse persévérance.
Il examine ensuite les reproches adressés aux mouvements, qui ont paru trop compliqués ou d'une exécution trop difficile. On aurait trouvé que le temps passé sous l'étendard ne suffisait pas pour une éducation équestre aussi élevée que celle exigée par le programme ; demander, aurait-on dit, à des chevaux de cavalerie de réserve ou de ligne la souplesse du cheval de manège c'est vouloir réaliser l'impossible; leur lourde nature ne se prêterait pas à de telles aptitudes ; ee serait d'ailleurs préparer leur ruine que d'obliger ces mêmes chevaux aux détails d'un exercice en oppo^sition avec leur masse et leur conformation.
« Ces observations ne sont pas sérieuses, réplique le ministre; elles ne se seraient pas produites si l'on avait tenu un compte plus exact des principes sur lesquels
repose l'instruction provisoire sur le travail individuel, et si l'on s'était mieux pénétré des explications contenues dans la circulaire qui raccompagnait. »
Lorsque, par Tordre et sur les indications du ministre, l'école impériale de cavalerie a rédigé le projet d'instruction, elle ne pouvait faire autrement que de prendre pour base les principes généraux de l'équitatioo; ces principes ne peuvent pas varier suivant Vaptitude de chaque cavalier ou suivant la conformation des chevaux ; le soin de tenir tout le compte possible de cette aptitude, de cette conformation appartient à l'instructeur, c'est- là son plus grand mérite comme son premier devoir. Sans nul doute, on ne doit demander au cavalier que ce qui est en rapport avec ses moyens d'exécution et avec ceux de son cheval; s'il ne peut régulièrement exécuter tel mouvement au galop, il doit le faire au trot, cela ne détruit pas le principe du travail individuel, qui a pour objet de mettre le cavalier tel qu'il est aux prises avec son cheval tel que la nature l'a conformé ; de lui faire acquérir par un travail en libre carrière la plus grande somme d'habileté et d'adresse; enfin de lui apprendre à tirer parti de tous les moyens devant l'ennemi.
Le ministre n'admet pas davantage les fatigues excessives, ni l'usure prématurée dont le travail individuel serait l'origine chez le cheval; selon lui, il faudrait plutôt en accuser le travail d'ensemble, les à-coups brusques et fréquents qu'il nécessite dans la passive exécution des commandements, et les nuages épais de poussière dont il enveloppe le régiment, et qui prédisposent les chevaux à certaines maladies.
Quant à l'objection qui résulte de la courte durée du service des cavaliers, le ministre la réduit à néant en annonçant qu'à l'avenir ils accompliront sous les drapeaux le temps voulu par la loi, cela grâce, sans doute, au système de réserve récemment inauguré. Uue importante observation suit cette déclaration très nette, c'est que si les circonstances obligeaient à opter, il serait préférable que les régiments sussent un peu moins bien manœuvrer, et que les cavaliers fussent plus habiles à conduire leurs chevaux.
Cette proposition du maréchal ministre de la guerre rencontrera de nombreuses adhésions dans les rangs de la cavalerie. Certes les manœuvres d'ensemble ont leur but utile, elles mettent en jeu les moyens de l'officier, elles habituent les escadrons à se mouvoir en masses compactes et régulières, à s'avancer à la charge en bon ordre; mais leur emploi trop fréquent réduit le cavalier à l'état de machine; elles possèdent, d'ailleurs, une multiplicité de mouvements d'un luxe superflu , car la plupart d'entre eux ne s'exécutent jamais au moment décisif, c'est-à-dire en face de l'ennemi.
Ce que la nouvelle instruction ministérielle demande surtout à des efforts laborieux et raisonnés, c'est une hardiesse et un aplomb relativement plus grands chez l'homme, des allures plus franches, une obéissance plus absolue chez le cheval, et pour corroborer ces exigences nécessaires, elle résume, en quelques mots, l'avenir de la cavalerie dans les batailles.
o Uue considération, dit-elle, vient à l'appui de ce
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qui précède ; elle se déduit de ce que remploi des armes à longue portée, dans toutes les armées, entraîne des modifications indispensables dans la tactique de la cavalerie.
» Si Tordre mince doit être désormais plus fréquemment employé que Tordre profond devant l'ennemi; si la cavalerie, pour maintenir le grand rôle qui lui est réservé sur le champ de bataille, doit être plus rapide dans ses mouvements offensifs, il faut qu'il s'établisse, si Ton peut ainsi parler, une union plus intime entre le cavalier et son cheval, que le cavalier ait une connaissance plus complète des qualités de celui-ci, qu'il s'abandonne à lui avec plus de confiance dans les allures vives, en d autres termes qu'il ait pratiqué avec plus de soin le travail individuel. »
L'instruction provisoire du 15 novembre 1859 faisait remarquer avec raison que le tir n'était pas en honneur dans les troupes à cheval. Il existe entre cet exercice et le travail individuel une corrélation naturelle, évidente : si le cavalier n'est pas maître de son cheval, il ne peut se servir avec précision de Tarme à feu. Il était donc d'une sage mesure de préparer, par la fréquence du travail individuel, le développement que le tir est appelé à prendre désormais dans l'instruction des régiments de cavalerie.
Le maréchal ministre de la guerre vient de combler l'immense lacune qui existait à ce sujet dans nos règlements par son Projet d'instruction sur le tir du fusil et du pistolet à l'usage des troupes à cheval du 20 janvier
Ce règlement, que nous allons faire connaître succinctement, sans rapprocher, quant aux exercices, la cavalerie de l'infanterie, doit produire une véritable révolution dans l'éducation des troupes à cheval. Gombiné avec le travail individuel, il présage les modifications les plus radicales dans leur manière d'être à la guorre, dans leur attitude au combat, et probablement dans leur tactique.
Nous voudrions pouvoir rapporter ici in extenso le préambule qui fait connaître l'esprit de ce Projet d'instruction; nous n'en reproduirons, en raison de son étendue, que quelques passages saillants :
« L'instruction sur le tir, appliquée à la cavalerie, n'a pas pour objet de revenir à l'emploi d'une cavalerie mixte, ayant à la fois le double caractère d'une troupe à cheval et d'une troupe à pied.
» Aucun changement ne doit être apporté aux principes sur lesquels repose l'organisation de la cavalerie.
» Il est certain qu'en l'état actuel l' usage des fusils, dans nos régiments de cavalerie, est à peu près illusoire, et il n'en pourra être autrement aussi longtemps que, par une progression de travail lente et raisonnée, on ne parviendra pas à triompher des difficultés complexes inhérentes à cette partie de l'instruction.
» Avant la guerre d'Afrique, on pouvait contester, pour la cavalerie, l'utilité des armes à feu devant l'ennemi. L'expérience acquise pendant les trente dernières années a bien changé les idées sur ce point, et les officiers qui ont été appelés à faire la guerre en Algérie ont reconnu que l'utilité des armes à feu, dans
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la cavalerie, ne se bornait pas, comme on Ta prétendu, à signaler l'approche de l'ennemi.
» Ce n'est pas à dire que les tirailleurs de la cavalerie, quelque perfectionnement que Ton apporte à leur instruction, puissent jamais rivaliser avec les tirailleurs de l'infanterie. Les conditions du combat sont trop différentes pour qu' une pareille pensée soit admise ; mais entre des tirailleurs de même arme, l'avantage demeurera toujours à ceux qui, par des exercices progressifs, auront acquis la meilleure pratique du fusil.
» L'adoption des armes rayées pour les troupes à cheval donne à ce travail une plus grande importance, car une arme perfectionnée serait au moins inutile entre des mains qui ne sauraient pas s'en servir. On a cherché à rendre cette étude claire ; on a emprunté à l'instruction de l'infanterie tout ce qui pouvait être applicable à la cavalerie ; mais pour la rendre familière au cavalier il y aura toujours des difficultés spéciales à vaincre, et celle qui aura pour objet d'accoutumer le cheval au bruit des armes ne sera pas la moins laborieuse. Le tir, dans la cavalerie, se lie donc intimement au travail individuel, et devient le complément de l'instruction du cavalier. »
Viennent alors les attributions qui incombent à chaque grade à l'occasion de cette nouvelle instruction, la comptabilité à laquelle elle donnera lieu, les méthodes qui seront suivies progressivement, la théorie du tir, les règles du tir du fusil de dragon et celles du tir à la cible.
La théorie et la pratique de l'appréciation des dis-
tances, d'un usage si important à la guerre, forment le sujet d'un titre tout entier. On ne se borne pas à faire connaître aux cavaliers les moyens pratiques usités pour donner une idée du chemin parcouru dans une certaine période de temps, ou pour évaluer approximativement l'espace qui sépare un Jpoint d'un autre point, on entre dans les plus grands détails au sujet des diverses indications qui servent à apprécier les distances, et à désigner les points qu'il faut viser pour atteindre un but plus ou moins éloigné.
L'instruction s'occupe ensuite du pointage, de la position du tireur à pied, du tir avec des capsules, des cartouches à poudre et des cartouches à balles, et des mtows exercicos répétés à cheval, en recommandant lo dressage préalable de l'animal, dressage qui appelle lo tact, la patience et la persévérance chez le cavalier.
Lo tir du pistolet fait l'objet d'un chapitre spécial. Knfin des notions complémentaires indiquent les causes par lesquelles on peut manquer le but dans le tir, et les moyens de les éviter autant que possible.
Pour compléter son œuvre, S. E. le ministre de la guerre institue des prix de tir. Ils exciteront entre les hommes de troupe une louable émulation, et concourront à féconder les résultats obtenus sous l'influence d'une instruction individuelle bien dirigée.
L'adresse des tireurs sera éprouvée à pied et à cheval.
Pour le tir à cheval, chaque tireur montera en tenue de manœuvre, en paquetage complet, le cheval immatriculé à son nom, ou désigné par le sort s'il n'est pas monté. Les chevaux qui ne seront pas assez calmes
entraîneront pour leur cavalier l'exclusion du concours, ce fait devant être considéré comme décelant un manque d'habileté de la part du cavalier, ou un défaut de soin dans l'éducation de son cheval.
Les prix seront distribués, autant que possible, en présence de l'inspecteur général, et seront, chaque année, mentionnés dans les rapports d'inspection au titre de l'instruction du régiment.
Un tableau récapitulatif précise le nombre des séances et le chiffre des munitions nécessaires à l'instruction des anciens et des jeunes soldats.
Qu'il y a loin de cette théorie aux maigres alinéas que l'ordonnance du 6 décembre 1 829 consacre au tir à la cible, tir dont on hésitait même à faire l'essai à cheval en raison de l'indocilité de l'animal !
Aujourd'hui le travail individuel bien compris et bien exécuté, et la transformation des armes à feu, permettront d'exécuter avec fruit cette partie si négligée de l'ordonnance sur l'exercice et les évolutions de la cavalerie, et nous ne mettons pas en doute l'efficacité des résultats.
Il nous reste, au sujet des dispositions nouvelles sur la cavalerie, à parler du dernier règlement sur les remontes. Il date du 29 décembre 1860.
Deux modifications essentielles ont été apportées aux prescriptions qui régissent le système de la remonte.
C'est l'extension aux marchands de la faculté réservée jusqu'ici aux éleveurs de livrer des chevaux pour l'armée, et la suppression de la déclaration par le vendeur qu'il possède depuis six mois au moins l'animal vendu à la remonte.
Ce système a pour but d'asseoir la liberté des transactions sur des bases plus larges, en conformité des vœux émis par l'administration des haras, qui donne en ce moment les preuves évidentes du meilleur vouloir pour l'amélioration de la race chevaline en France. 11 ne tiendra pas à cette administration que l'élevage n'entre dans une ère nouvelle de prospérité si Ton s'en rapporte à l'activité qu'elle déploie, à la bienveillance qui dicte ses arrêts, et aux encouragements de toutes sortes qu'elle offre à l'éleveur. Il est h désirer que, par ces moyens, elle ressuscite dans nos races en décadence les élémeuts qui constituaient jadis les plus beaux coursiers de l'Europe, et qu'elle parvienne à nous éviter l'humiliation d'être, au moment d'une guerre, les tributaires de l'étranger.
L'instruction du 29 décembre 1860 prescrit de nouvelles et utiles dispositions, que ne comprenait pas celle du 21 septembre 1853 en vigueur jusqu'à ce jour.
Ainsi le commandant de l'établissement de remonte qui opère les achats doit informer le préfet du département dans lequel le comité de remonte fonctionne, du nombre de chevaux qu'il est chargé d'acquérir, et le prie, en portant ce renseignement à la connaissance de ses administrés, d'appeler l'attention des éleveurs sur les avantages que leur offrent les établissements de remonte pour la vente des chevaux reconnus propres au service de l'armée.
Pour encourager l'éleveur, on lui tiendra désormais compte d'un accroissement de prix, lorsqu'il présen-
tera au comité un cheval de cinq ans fait, car évidemment un cheval de cet âge a plus de valeur, à qualités égales, que celui de quatre ans seulement. Cette disposition bienveillante pour le vendeur est aussi un avantage pour l'État, qui ne livre les chevaux de troupe à l'instruction qu'à l'âge de cinq ans, et qui jusque-là est obligé de les nourrir avec tous les risques de pertes, fort nombreux chez l'animal à cette époque de transition. Si le vendeur peut justifier que son cheval a été castré avant l'âge de deux ans, il lui est tenu compte à son avantage de cette utile mesure dans la fixation du prix.
Nous remarquons aussi qu'il ne sera plus acheté de chevaux à destination des officiers. Le commandant du dépôt choisira, parmi ceux qui sont acquis pour la troupe, les animaux qui leur paraîtront les plus propres à monter des officiers.
Les époques des tournées d'achat sont fixées par les commandants des établissements de remonte et doivent coïncider avec les usages adoptés dans les localités pour la mise en vente des chevaux, de telle sorte que le comité ne se déplace qu'avec la certitude de réaliser des achats en nombre convenable, afin de ne pas compromettre les intérêts du trésor en donnant trop d'extension aux frais accessoires.
Le maréchal ministre de la guerre veut que la tournée d'achat ne soit pas seulement une question commerciale, mais qu'elle apporte quelques enseignements dans les campagnes qui se livrent à l'industrie chevaline. Il rappelle au président du comité qu'il doit saisir
toutes les occasions de donner d'utiles conseils aux producteurs et aux éleveurs sur , l'accouplement et l'élevage des jeunes produits, sur la nourriture et les abris à donner au poulain, qui doit cependant se préparer de bonne heure aux fatigues et aux privations que la guerre entraîne avec elle ; cet officier recommandera, en outre, de les faire castrer de bonne heure, de les familiariser dès leur jeune âge à la vue de l'homme, de les façonner progressivement à son joug, de ne les faire travailler qu'avec modération et de renoncer au déplorable système d'engraissage avant la vente. Enfin il agira d'influence pour amener les éleveurs à conserver leurs chevaux jusqu'à l'âge de cinq ans, en leur rappelant que, par ce moyen, ils obtiendront un prix rémunérateur plus élevé.
D'après les évaluations du budget de 1861, le prix des chevaux a été élevé et fixé ainsi qu'il suit :
Garde imp.
Ligne.
Cheval de tête (pour toutes armes). . . .
Cheval de troupe (cavalerie de réserve).
— cavalerie et artillerie.
— cavalerie légère. . . .
artillerie (trait), train.
— Il est un fait hors de doute, c'est que la solde des troupes de ligne n'est plus en rapport avec le prix des objets qui servent à leur alimentation quotidienne. La cherté croissante des subsistances a rendu cette assertion plus positive encore dans certaines garnisons, telles que les ports de mer et les places des provinces
du nord, qui trouvent vers l'Angleterre un écoulement facile et fructueux de leurs produits. Mais cet écoulement est onéreux pour celui qui a besoin de la vie à bon marché, et je ne sache personne qui en ressente autant le besoin que le soldat, jeune, voué aux fatigues du corps et obligé de satisfaire un robuste appétit avec les faibles ressources de la paye la plus modeste.
S. Exc. le ministre de la guerre s'est ému de cette situation précaire et intéressante de l'homme de troupe. Certains chefs de corps demandaient à trancher la question de la façon la plus simple, en augmentant la solde, mesure à laquelle il faudra néanmoins recourir dans un avenir prochain. Des nécessités budgétaires s'opposent probablement aujourd'hui à cette amélioration. En attendant que la force des choses conduise à ce résultat infaillible, la sollicitude du ministre ordonne une épreuve qui ne sera pas sans succès dans certaines garnisons, mais qui, dans d'autres, ne modifiera pas sensiblement la nourriture du soldat, celles, par exemple, qui ne comportent qu'un petit nombre d'hommes.
Le ministre s'est basé sur ce que, pendant que des plaintes très nombreuses et très vives lui parvenaient sur l'insuffisance de cette nourriture, sur Pinfériorité des denrées achetées par les ordinaires, et enfin sur la nécessité de remédier à cet état de choses par des allocations en deniers plus élevées, quelques chefs de corps introduisaient dans le régime et la réglementation des ordinaires d'heureuses modifications qui ramenaient dans cette partie du service une abondance
2 e SÉRIE. TOME XXXIV. 9. 9
relative, amélioraient les denrées et procuraient aux soldats une alimentation plus variée, tout en restant dans les limites du tarif de solde accordé par les lois en vigueur.
Ces améliorations consistent à faire par voie directe les achats en gros, mais en quantités modérées; à s'en assurer la fourniture par des marchés, et à faire profiter les ordinaires de toute la différence du prix en gros au prix de détail.
Ce système, pratiqué avec succès dans quelques corps, a paru tellement avantageux au maréchal ministre de la guerre qu'il a jugé indispensable de Tétendre à toute l'armée, et il a confié le soin de rédiger un règlement sur cette matière à une commission présidée par iM. le général Manèque, composée de chefs de corps de toutes armes, et particulièrement de ceux qui avaient expérimenté les nouveaux procédés. Ce règlement, du 25 février 1861, est approuvé par l'Empereur. 11 comprend de nombreuses dispositions mises en pratique^ depuis le 1 er avril.
Voici les principales :
L'achat, la réception et la distribution des denrées et des objets qui sont à la charge des ordinaires sont assurés dans chaque régiment par les soins d'une commission dite des ordinaires.
Elle se compose d'un chef de bataillon ou d'escadrons, président ; de quatre capitaines membres. En cas de besoin, un officier, désigné par le colonel, peut être mis il la disposition de la commission pour les
opérations de détail, La commission est assistée par un
ou plusieurs sous-officiers.
Cette commission est renouvelée trois fois par an :
le 1" février, le 1" juin et le 1 er octobre. Les chefs de
bataillon ou d'escadrons passent successivement par
rang d'ancienneté à la présidence de la commission,
qui agit pour le corps entier.
En principe, elle procède soit par adjudication, soit
de gré à gré.
Les marchés rédigés à la suite d'une formule ministérielle de cahier des charges sont soumis hiérarchiquement à l'approbation du colonel. Il en est donné connaissance à la troupe par des copies affichées dans les chambrées. Les denrées et objets de toute nature sont livrés à la caserne, où un local servant de magasin est mis à la disposition de la commission. Un membre de la commission, délégué à tour de rôle, et chaque semaine, par le président, reconnaît les livraisons.
Deux modes de procéder, qu'il appartient au colouel de prescrire distinctement ou simultanément, peuvent être employés, savoir : la fourniture simple, la gestion par commission. Quel que soit le mode adopté, la viande est livrée par quartiers entiers .
Les opérations de la commission sont constatées au moyen de registres spéciaux arrêtés par elle, le premier jour de chaque mois, pour le mois précédent ou en fin de gestion.
L'approbation que le colonel donne aux opérations de la commission constitue un droit de contrôle ; aussi l'officier commandant un corps ou un détachement ne