SIÈGE DE BERG-OP-ZOOM, 64 JOURS
Après la bataille de Laufeld, que le maréchal-général (1) gagna le 2 juillet sur les alliés, le Roi résolut le siège de Berg-op-Zoom. Ce siège est remarquable par la résistance longue et opiniâtre des défenseurs, favorisés par les circonstances les plus heureuses. Le comte de Lôvvendal écrivait le 16 juillet : « J'attaque une place qui est un chef-d'œuvre de fortification et que je ne peux investir; dont la garnison est nombreuse et qui a derrière soi une armée pour la soutenir, joint à ce qu'elle peut recevoir toutes sortes de secours de la Hollande. »La place de Berg-op-Zoom était liée à celle de Steenbergen, qui en est éloignée de 11 kilomètres par une ligne de retranchements soutenus par trois forts et devant laquelle était tendue une inondation. A la faveur de ces retranchements, que défendait un
(1) Le 12 janvier 1747, Louis XV avait élevé le maréchal de Saxe à la dignité de maréchal-général, juste récompense des uombreux et éclatants services que ce guerrier avait rendus à la France.
ET LES INGÉNiEURS, 1747. 17Q
corps de troupes de 9,000 hommes, la garnison était assurée de pouvoir se retirer à sa volonté.
Le Zoom, qui donne son nom à la place, est un très petit cours d'eau qui a son embouchure dans l'Escaut oriental et forme le port de la ville. Les fortifications de Berg-op-Zoom consistent dans quinze fronts qui déterminent un polygone assez irrégulier. Un côté regarde Test ; le côté contigu à droite (par rapport à la place) regarde le sud-est ; le côté suivant, qui fut le front d'attaque, regarde le sud. Le bastion de droite porte le nom de Cohorn, qui a construit une partie des fortifications. Le bastion de gauche est le bastion Pucelle. Le système de fortification que Cohorn a fait exécuter est infiniment plus simple que ceux qu'il a décrits dans sa Nouvelle fortification.
A Berg-op-Zoom, le corps de place est bastionné avec des flancs concaves partagés en place haute et place basse, et retirés de 14 mètres en arrière de gros ori lions. L'escarpe est a demi-revêtement, de 5 mètres 30 centimètres de hauteur, avec une large berme plantée d'une haie vive. Le fossé, large de 28 mètres, était sec, avec une cunette dans le milieu. En place de tenaille devant la courtine il y avait une place d'armes. La demi-lune, sans réduit, avaiî 62 mètres de saillie sur le côté extérieur du front, les faces hO mètres de longueur, les flancs 30 mètres en deux parties, l'une droite, l'autre concave, retirée en arrière de la première, sous laquelle était une casemate pour trois canons, qui avait son entrée dans le profil au niveau du fossé. On communiquait à la demi-lune au moyen de deux escaliers à sa gorge, voûtés.
Le chemin couvert avait dans tout son développement une largeur égale, '20 mètres. Les places d'armes rentrantes étaient vastes fit occupées par des lunettes sans flancs qui étaient revêtues et précédées de fossés peu profonds pris sur la largeur du chemin couvert. Les profils des faces des lunettes étaient dans l'alignement des
crêtes des chemins couverts, et les intervalles restants jusqu'aux contrescarpes, qui étaient à demi-revêtement, étaient fermés par des traverses en terre, les seules qu'il y eût. On communiquait au chemin couvert par deux escaliers, à chaque angle rentrant de la contrescarpe. Ces escaliers débouchaient dans une tour angulaire peu élevée, masquée par un redan qui, dans chaque lunette, en était le réduit. Aucun escalier n'était apparent dans toute la fortification. Les deux lunettes qui, avec les mines, ont tant contribué à prolonger la défeuse portaient les noms, celle de droite par rapport à la place, de lunette de Zélande, et celle de gauche de lunette d'Utrecht.
Le système de mines qui existait sous le front d'attaque était très simple : il consistait dans une large galerie magistrale construite solidement par voûtes en berceaux perpendiculaires à la contrescarpe et reposant sur des pieds droits épais. De cette galerie, qui était crénelée, partaient quatre écoutes de Û2 mètres de longueur, une sous la capitale de chaque angle rentrant du chemin couvert. On y communiquait par des portes ouvertes sur le fossé, et par les casemates des flancs de la demi-lune au moyen de deux galeries qui passaient sous son fossé. Il y avait dans la magistrale et dans les écoutes des amorces de rameaux que l'ennemi construisit en bois pendant le siège.
Le stathouder envoya à Berg-op-Zoom, pour diriger la défense, 1* officier-général hollandais qui avail le plus de réputation, le général Cronstrôm. Cet officiergénéral arriva le ik juillet et prit le commandement, laissant au gouverneur, le prince de Hesse-Philipsthal, le détail du service de la place, et celui des lignes au prince d'Hildbourghausen.
Le comte de Lflwendal arriva le 12 juillet devant
Berg-op-Zoom, avec 28 bataillons d'infanterie, 26 escadrons de cavalerie et 1 bataillon d'artillerie, suivi à quelques jours d'intervalle de 48 pièces de 24 et de 30 mortiers, escortés par 10 bataillons et 2 régiments de cavalerie. Le maréchal-général renforça plus tard l'armée de siège. Vallière fils commandait l'artillerie. Gourdon de l'Églizière, qui commandait les ingénieurs, n'avait alors sous ses ordres que la brigade de Biscourt, avec laquelle, le 13, il reconnut en détail les différentes parties de la fortification, et, sur le compte qu'il en rendit à M. de Lôwendal, ce général détermina l'attaque sur le front contigu (à droite à notre égard) à celui de la porte d'Anvers,
Peu de jours après arrivèrent trois autres brigades d'ingénieurs commandées par Clairac, Desvallons et Franquet, et plus tard, le 11 août, la brigade d'ingénieurs de Filley ; enfin, le 29, pour réparer les pertes que le corps avait faites, celle de Lambert. Verville remplit en même temps les fonctions de major et celles de détailleur, avec Ducaurel pour aide-major.
Les compagnies de mineurs qui devaient être si nécessaires étaient celle de Delorme, celle de Biet de Lépinoy et celle de Boule, qui arriva sur la fin du siège.
La nuit du 14 au 15 juillet, la tranchée fut ouverte par 2,400 travailleurs conduits par M. de Biscourt, et soutenus par i 5 compagnies de grenadiers et 15 bataillons. On embrassa le front d'attaque par une première parallèle de 1 600 mètres d'étendue, à environ 400 mètres du chemin couvert, distance moyenne, avec 1 200 mètres de communications.
Les nuits suivantes, on prolongea la première parallèle par la droite et par la gauche ; on en fit une seconde, on s'avança en zigzags vers la place. Le 20, notre artillerie, consistant en 10 batteries armées de 42 canons et de 1 !\ mortiers, commença à tirer.
La 8 e nuit (du 21 au 22), on commença la troisième parallèle, dont on fît environ 600 mètres, à 150 mètres de distance du chemin couvert. On la continua le jour à la sape pleine. La nuit suivante, on chemina sur la capitale de la demi-lune et sur celle du bastion Cohorn, le bastion gauche à notre égard. Le travail, devenant périlleux, ne put se faire qu'à la sape pleine pendant la nuit, sans pouvoir le continuer de jour, attendu la supériorité de l'artillerie de la place.
La 11 e nuit (du 26 au 25), on exécuta une parallèle devant le fort Rovers, à 160 mètres de distance de son chemin couvert. Nous ne suivrons pas les progrès de cette attaque secondaire.
Les 13 e et 14 e nuits (du 26 au 28) furent employées à construire à la sape pleine une quatrième parallèle à 30 mètres des saillants du chemin couvert, et à élever dans cette parallèle cinq cavaliers de tranchée. En même temps nos mineurs s'établirent sur les trois capitales des bastions et de la demi-lune. La 23' nnit (du 5 au 6 août), après qu'ils eurent fait jouer trois fourneaux, 10 compagnies de grenadiers, partagées en 5 divisions, attaquèrent le chemin couvert et en chassèrent les ennemis. Les travailleurs, au nombre de 1,000, conduits par 15 ingénieurs, formant également 5 divisions pour les cinq saillants du chemin couvert,
en exécutèrent le couronnement, à l'exception de celui du chemin couvert du bastion droit, qui ne put avoir lieu ; le canon de l'ennemi détruisant à chaque instant le travail sur ce point, il fut réservé aux mineurs.
Le grand feu que firent les assiégés pendant cette attaque la rendit très meurtrière. On compta 400 soldats blessés et environ 100 de tués, 23 officiers blessés et 4 ingénieurs, savoir, MM. de Biscourt et Delajaille, blessés à mort; Chermont et Masse, blessés grièvement, et 4 sergents attachés aux ingénieurs.
Le 42 août, il arriva d'Angleterre dans la place 77 canonniers et 7 artificiers, et de la grande armée 30 mineurs autrichiens, <*->0 canonniers et 30 mineurs anglais, ainsi qu'un grand nombre des uns et des autres hollandais, et plusieurs officiers ingénieurs et d'artillerie autrichiens et anglais qui étaient nécessaires. Par le manque de mineurs on n'avait pas pu noûs disputer le glacis; mais, à dater de cette époque, commença une guerre souterraine dont on n'avait pas eu d'exemple.
Après s'être logé sur l'arrondissement de la contrescarpe des places d'armes saillantes, il importait surtout de se rendre maître des lunettes situées dans les places d'armes rentrantes.
La 31 e nuit (du 13 au 14 août), le mineur qui s'était établi dans le logement du chemin couvert de la face droite de la lunette gauche (ou de Zélande), ayant poussé son rameau à 36 mètres en avant de son entrée en galerie, se trouvait, suivant son estimation, derrière la maçonnerie du revêtement de cette pièce, à laquelle
il s'agissait de faire brèche, tandis que celui qui s'était établi clans le logement du chemin couvert de la face gauche de la lunette droite (ou d'Utrecht) n'était encore qu'à 14 mètres de son puits.
32 e nuit (du 14 au 15). Vallière fait prolonger par la droite la première parallèle jusqu'à un point où l'on construit une batterie qui, malgré son grand éloiguement du front d'attaque, contribue puissamment à en éteindre les feux.
33' nuit (du 15 au 16). On ouvre une brèche par la mine dans la lunette située à notre gauche. Aussitôt 60 volontaires, soutenus par 2 compagnies de grenadiers, attaquent l'ouvrage et s'en emparent ; 200 travailleurs qui les suivent y font une communication et un logement sur la brèche. La communication est bouleversée par une mine de l'ennemi; on la rétablit. Nous eûmes dans cette attaque 20 soldats de tués, 1 1 7 de blessés et 9 officiers blessés, au nombre desquels fut M. Delorme, maréchal-de-camp, ancien capitaine de mineurs, blessé légèrement, et qui fut tué le 16 au matin d'un coup de fusil. Sa mort fut regardée comme une grande perte. C'était son trente-huitième siège. Il fut regretté par M. de Lôvvendal, qui l'avait fait venir de Metz, où il vivait retiré, âgé de soixante-douze ans.
35 e nuit (du 17 au 18). On attaque le réduit de la lunette ; mais on y trouve l'ennemi en forces, soutenu par les feux de la place, et l'on est repoussé avec perte de 22 soldats tués, 131 blessés, 2 officiers tués et 6 blessés, desquels Boiïillard, ingénieur distingué.
37 e nuit (du 19 au 20). On fait brèche par la mine à l'angle flanqué de la lunette située à notre droite, et sur-le-champ 70 volontaires, soutenus par une compagnie de grenadiers et par un piquet de dragons, montent à l'assaut et forcent les assiégés à se retirer derrière un retranchement de gabions fait en avant du réduit de la gorge et traversant la lunette d'une face à l'autre ; d'où ils font un feu des plus violents, soutenu de celui du bastion droit et de la demi-lune. Les grenadiers se retirent, et, malgré le feu de l'ennemi, Desvallons, brigadier d'ingénieurs, le chevalier d'Aumale et Durevest, ingénieurs, couronnent l'entonnoir et font le logement en nid de pie sur la brèche avec les communications nécessaires.
38 e nuit (du 20 au 21). Les ennemis font jouer dans les vingt-quatre heures cinq mines qui renversent les logements sur les contrescarpes de la demi-lune et des bastions, et détruisent partie des logements du chemin couvert.
Toutes les nuits, sans exception, on est obligé d'employer 2 ou 300 travailleurs à réparer les communications ou les logements endommagés par le canon, par les bombes et les mines des assiégés.
46« et 47 e nuits (du 28 au 30 août). Les officiers d'artillerie commencent deux batteries de cinq pièces chacune, l'une dans le logement de contrescarpe du bastion situé à notre gauche pour ouvrir ce bastion près du saillant, et Pautre dans le logement de contrescarpe de la demi-lune pour faire brèche à sa face gauche (à notre égard).
Le 30, les mineurs ennemis avaient abandonné la galerie de contrescarpe, qui n'était plus tenable, ne conservant que le réduit d'Utrecht et quelques fourneaux.
49 e nuit (du 31 août au 1 er septembre). Nos mineurs ont des puits derrière la contrescarpe de la face gauche du bastion situé à notre droite pour la renverser, ce qui nous mettra en état de faire le logement de contrescarpe destiné à la batterie de brèche.
50 e nuit (du 1 er au 2). On travaille à une descente de fossé souterraine, à droite de la batterie de brèche de la demi-lune, et à deux descentes, Tune souterraine à gauche, l'autre à ciel ouvert, à droite/ de la batterie de brèche du bastion situé à notre gauche.
52 e nuit (du 3 au â). On achève les deux batteries de brèche sur la contrescarpe devant le bastion gauche et devant la demi-lune, et deux autres batteries de brèche sur les logements du chemin couvert de droite et de gauche du saillant de la demi-lune, chacune de trois pièces, pour ouvrir par les trouées de son fossé les bastions près des angles d'épaule.
53 e nuit (du 4 au 5). Trois mines contiguës jouent le matin derrière la contrescarpe du bastion situé à notre droite et la détruisent; l'établissement de la cinquième batterie de brèche est par là assuré.
On travaille à sa construction et à deux descentes de fossé, l'une souterraine à gauche, l'autre à ciel ouvert à droite de la batterie.
56 e nuit (du 7 au 8 septembre). Le feu des bombes,
du canon et de la mousqueterie de l'ennemi est plus violent qu'il n'a jamais été.
Le 9, à cinq heures du matin, on commence à battre en brèche. La 58 e nuit (du 9 au 10), on est obligé d'abaisser partie du terre-plein du chemin couvert pour faire voir aux batteries le pied des revêtements, tant de la demi-lune que des bastions.
Vallière écrit le 12 au comte de Lôwendal : « Les brèches sont en bon train, et la journée d'aujourd'hui les avancera fort, quoique nos batteries soient extrêmement tourmentées par les feux de l'ennemi, surtout # par ceux des lunettes collatérales. L'on monterait à présent à la brèche de la demi-lune ; celle du bastion de la gauche sera bientôt dans le même cas; la droite est la moins avancée, par le grand feu qui lui est opposé qui en retarde le service; mais cela n'empêche pas qu'elle ne tire encore à présent. »
Le comte de Lôwendal écrit du 1 3 : « Nos brèches ne voftt pas si vite que je l'avais espéré. Le feu continuel des bombes et des grenades des ennemis et des canons qu'ils ont placés dans les ^bas- flancs et lunettes collatérales interrompent souvent notre opération et nous obligent au silence pendant quelques heures. »
62* nuit (du 13 au lû). Le mineur ennemi fait encore jouer deux fourneaux : l'un enterre l'ingénieur Montfort; mais, secouru dans le moment, il est déterré et en reste contus dans tout son corps ; l'autre fait sauter le saillant du réduit de la lunette d'Utrecht, à quoi notre mineur n'avait pu réussir. On fait dans
l'entonnoir un logement qui voit parfaitement dans le fossé et en impose à toute la droite.
L'eau vient dans les fossés; mais elle ne remplit que les cunettes, que l'on comble la veille de l'assaut.
(>3 C nuit (du i/j au 15). On ne fait autre chose que d'élargir les logements et communications qui conduisent aux descentes du fossé, et rétablir les logements de chemin couvert et de contrescarpe dans toute leur étendue.
On avait fait un dispositif pour donner l'assaut à la pointe du jour; mais des sapeurs qu'on a fait monter à la brèche de la gauche, ne l'ayant pas trouvée assez écrétée, on juge à propos de différer l'assaut.
64 e et dernière nuit (du 15 au 16 septembre). On commanda pour le travail de la nuit 300 travailleurs pour-ouvrir les cinq débouchés des descentes et en adoucir encore les rampes.
L'assaut général fut livré le 16, à quatre heures et demie du matin, par trois colonnes de troupes disposées dans l'ordre suivant :
Première colonne, pour le bastion droit : 6 compagnies de grenadiers; immédiatement après, 3 bataillons, I ollicier d'artillerie avec 20 canonniers et 8 ouvriers armés de haches, de pinces et de masses; 3 brigades de sapeurs et 300 travailleurs conduits par M. Filley, et avec lui 6 ingéuieurs pour faire le logement de la gorge du bastion; et enfin 3 bataillons. La colonne marcha dans cet ordre jusqu'au débouché des rampes du fossé, où elle attendit le signal.
Deuxième colonne, pour le bastion gauche, sem-
blable à la première; M. d'Aymé, chef de brigade, commandant les ingénieurs et les travailleurs.
Troisième colonne, pour la demi-lune : 100 volontaires, suivis de 4 compagnies de grenadiers, d'un bataillon, de 6 canonniers, de 2 brigades de sapeurs et de 300 travailleurs commandés par M. Lambert, brigadier d'ingénieurs, et avec lui 3 ingénieurs pour faire le logement de la gorge de la demi-lune. Cette colonne marcha dans cet ordre jusqu'au débouché de la descente du fossé de la demi-lune, où elle attendit le signal.
Le tout ainsi disposé, et le comte de Lôwendal rendu à la tranchée, ainsi que M. Gourdon, avec Verville et deux aides-majors, à quatre heures et demie du matin le signal fut donné par une bombe seule suivie d'une décharge générale de tous les mortiers de la tranchée, ensuite une autre bombe seule suivie d'une décharge générale de tous les mortiers de la tranchée, dont les bombes avaient des fusées longues et n'étaient chargées que de terre pour donner l'épouvante à l'ennemi, et le temps à nos grenadiers de monter les brèches des bastions, ce qui fut exécuté dans l'instant. Nos grenadiers trouvèrent peu de résistance, l'ennemi étant en désordre partout et n'ayant que des retranchements informes ou inachevés, tant dans les bastions que dans la demi-lune, d'où il fut chassé ou qu'il abandonna. A l'attaque de la demi-lune, les volontaires et grenadiers se jetèrent dans le fossé de la place, attaquèrent la communication de la demi-lune avec la courtine et s'en emparèrent, en sorte que les défenseurs se rendirent prisonniers de guerre.
L'ordre fut d'abord parfaitement observé; mais l'ennemi, poursuivi de près, s'étant jeté dans des maisons d'où il fit feu sur nos troupes (1), le désordre commença; la ville fut mise au pillage, et il s'y passa tout ce que la fureur du soldat effréné peut produire. A dix heures du matin, le comte de Blet, maréchalde-camp, fit battre la générale pour rassembler les soldats, qui, quoiqu' ivres de vin et chargés de butin, se rendirent à leurs drapeaux; mais Tordre ne fut parfaitement rétabli que sur le soir. On a reproché avec raison au général Cronstrôm, ne soutenant pas l'assaut, d'avoir abandonné la place sans faire une capitulation pour la ville, qu'il réduisit à subir toute la fureur du vainqueur.
« Si on avait pu prévoir, écrivit le jour même M. de Lôwendal au maréchal de Saxe, que M. Cronstrôm eût pris si peu de précautions, on aurait pu le prendre, ainsi que les princes de Hesse et d'Anhalt, qui se sont sauvés précipitamment. Ils en ont été quittes pour ne rien emporter avec eux.
» Comme dans mes dispositions j'avais voulu obvier à l'éparpillage des troupes, j'avais ordonné que les bataillons restassent en bataille sur les remparts, c§ qui a donné le temps à beaucoup de monde de se sauver par la porte de Steenberg. Tout ce qui était dans les ouvrages a été tué ou pris. Jusqu'à présent, j'ai environ 1,500 prisonniers entre mes mains, outra une centaine d'officiers, sans compter les blessés.
(1) Les auteurs des Plans et journaux de sièges font retirer le prince de Hesse sans confusion et combattant depuis la grande placé Jusqu'à la porte de Steenberg, où ce fut un sauve-qui-peut.
ET ^ES INGÉNIEURS, 1747, 19i
•Peu de places avaient autant d'artillerie.
»J'aurais voulu exempter cette pauvre ville du pillage; mais il était humainement impossible d'y réussir.
«J'avoue que je dois une grande partie du succès de cette expédition à l'intelligence supérieure de M. de Vallière et au secours que j'ai eu généralement du corps de l'artillerie.
» La déroute du corps qui était dans les lignes a été si complète que tout leur camp a été pillé sans qu'ils aient pu sauver une tente. Plus de 20 bataillons, tant de ceux de la garnison que de ceux qui étaient dans les lignes, ont laissé leurs armes en faisceaux. »
La perte que nous fîmes dans l'assaut se réduisit à 6 officiers et 132 soldats tués. Il y eut, en outre, 40 officiers et 260 soldats de blessés.
La perte faite pendant toute la durée du siège fut de 55 officiers et 707 soldats tués, et de 324 officiers et 4,162 soldats blessés, dont un grand nombre légèrement.
Le 17 septembre, le Roi nomma le comte de Lôwendal maréchal de France, MM. Vallière et Gourdon de lïglizière maréchaux-de-camp.
11 y eut 10 ingénieurs tués et 15 blessés, dont
6 grièvement ; 2 officiers de mineurs tués et 2 blessés,
7 officiers d'artillerie tués et 52 blessés.
M. Filley fut proposé dans les termes les plus honorables par M. Gourdon pour le grade de brigadier d'infanterie, Lebeuf père pour une commission de colonel réformé, Desvallons et Chermont pour commissions de lieutenant-colonel, 5 ingénieurs pour commissions de capitaine, de Verville et de Saint-Paul pour une pension,
12 ingénieurs pour la croix de Saint-Louis et 16 pour des gratifications.
La dépense des travaux de sape s'éleva à la modique somme de 100,791 livres, savoir : 86,056 gabions à 1 livre 10 sols l'un, 7,504 claies à 5 sols l'une, 12,789 toises courantes de sapes à des prix divers, depuis 1 livre 10 sols jusqu'à 5 livres la toise, faisant 49,034 livres; 1,596 journées de sergents d'ordonnance attachés aux ingénieurs à 2 livres 10 sols l'une; enfin 2,863 livres de menues dépenses.
Le développement extraordinaire (t>5 kilomètres) de sapes exécutées ou rétablies sur un seul front de polygone provient de la multitude d'entonnoirs qui furent couronnés et de la réparation incessante des communications et logements bouleversés par le canon, les bombes et les mines de l'assiégé.
(La suite à la prochaine livraison.)
AUGOYAT.