LEVER DE CARTES
Pendant les campagnes des années 1746 et 1747, Cassini deThury suivit le Roi, par ordre du ministre, avec un dessinateur et trois domestiques, pour constater avec précision les positions principales du théâtre de la guerre, en même temps que Masse l'aîné, Villaret et quelques autres ingénieurs géographes en levaient les détails, en les rattachant à la triangulation. C'est ainsi que furent d'abord dressées la carte du pays entre l'Escaut et la Lys, celle du pays entre l'Escaut et la Dendre, et en 1747 celle du pays entre la Dendre et la Senne.
SIÈGES DE L'ÉCLUSE, DE SAS DE GAND , DE PHILIPPINE, D'HULST ET D'AXEL, DANS LA FLANDRE HOLLANDAISE.
Par une fiction singulière, Louis XV ne voulait pas se croire en guerre avec la Hollande, malgré tous les secours que cette puissance fournissait à ses ennemis. N'ayant pu par des voies conciliatrices déterminer les États-Généraux à se déclarer neutres, il résolut en 1747 de faire entrer ses troupes dans la Flandre hollandaise. Le comte de Lôwendal fut chargé, avec M. Gourdon, commandant la brigade d'ingénieurs de Biscourt, de faire les sièges de l'Écluse, de Sas de Gand et de Philippine; le marquis de Contades, lieutenant-général, de faire, avec les brigades d'ingénieurs de Thierry et de Filley, ceux d'Hulst et d'Axel, qui devaient être précédés de la prise des forts la Perle et
Liefkenshoek, sur la rive gauche de l'Escaut. La Flandre hollandaise présente une multitude de polders ou terrains bas qui peuvent être inondés par la mer, l'Escaut ou leurs affluents, et qui sont séparés par des digues nombreuses. Le profil de ces digues est divers : du côté des polders, leur talus est généralement à 45 degrés; du côté de la mer ou de l'Escaut, ce qui est la même chose, il a 3, ft, même quelquefois 6 mètres de base sur 1 de hauteur. L'on peut, avec plus ou moins de difficultés, conduire des cheminements et construire des batteries sur de semblables talus. Le sommet des digues est quelquefois aigu , mais le plus souvent il présente un plateau de 2 à 3 mètres au plus de largeur.
Siège de l'Écluse, 2 jours.
L'Écluse, autrefois place forte, est située sur la côte méridionale d'un bras de mer qui la sépare de l'île de Cadzand, qu'on occupa. Elle était entourée d'inondations et n'était accessible que par une digue de mer défendue par une redoute avancée, dont on s'empara le 19 avril. La nuit du 19 au 20, on ouvrit la tranchée sur le talus de la digue du côté de la mer, et l'on fît 400 mètres de zigzags. La nuit du 20 au 21 , on chemina semblablement. Le 21, à six heures du soir, le gouverneur fit rappeler et se rendit prisonnier de guerre avec 1,660 hommes. Cette reddition étonna; mais les officiers envoyés à M. de Lôwendal dirent pour leur raison que tout leur manquait dans la place, n'y ayant point de provisions.
Àl'liRÇU SUR LES FORTIFICATIONS
Sivge de Sas de G and, û jours.
La place de Sas de Gand est traversée par le canal de Gand, qui, eu sortant de la ville, débouche dans un bras de l'Escaut occidental. Elle était accessible par les deux digues du canal et par la digue de Philippine. Les deux premières étaient défendues par le iort Saint- Antoine, dans lequel il n'y avait que 28 hommes, qui se rendirent le second jour. En venant de l'Écluse, le comte de Lôwendal avait visité le polder d'Autriche, sur la rive droite du bras de l'Escaut, et fait établir sur la digue de ce polder 12 canons et 6 mortiers, qui tirèrent le 28 avril, et prenaient à revers Sas de Gand. La 3 e nuit (du 29 au 30), après la reddition du fort Saint-Antoine, on conduisit une seconde attaque par la digue de Philippine, en cheminant sur son talus du côté de l'Escaut. La h* nuit, le 30, à onze heures du soir, la place se rendit ; la capitulation fut signée le l* r mai à onze heures du matin, et la garnison faite prisonnière de guerre.
Siège de Philippine, h jours.
La place de Philippine est un grand ouvrage à couronne composé de quatre fronts bastionnés, et dont la gorge s'appuie au grand bras de l'Escaut occidental, appelé le Hond. Elle était accessible par deux digues : la digue de mer, qui conduit à Sas de Gand, et une digue dite du milieu, sur laquelle était le bureau de l'octroi de la place, et qui était interrompue. L'attaque se fit par la digue de mer, en cheminant sur son talus
du côté de l'Escaut, qui était peu incliné. On ouvrit la tranchée, la nuit du 2 au 3 mai, avec 400 travailleurs ; on fit 400 mètres de zigzags en avançant vers la place, et une parallèle de 56 mètres dans laquelle on établit une batterie. Les 2 e et 5 e nuits, on s'avança de 204 mètres vers la place. La 4° nuit (du 5 au 6), à l'approche de deux compagnies de grenadiers, les ennemis abandonnèrent le saillant du chemin couvert de la place, sur lequel on se logea. Le 6, à onze heures du soir, ils se rendirent prisonniers de guerre.
A tlaques du fort Saint- Philippe et du fort Liefkenshoek.
Ces deux forts étant situés sur la rive gauche de l'Escaut, il était important de s'en rendre maître pour ôter aux ennemis les moyens d'inquiéter le siège d'Hulst. Il suffit d'une batterie, qui tira le 24 avril au matin avec vivacité, pour faire rendre le soir le fort la Perle. On n'avait que le choix de la digue de l'Escaut en amont ou en aval pour conduire une attaque contre le fort Liefkenshoek. On choisit la digue d'aval comme offrant des sinuosités favorables pour l'établissement de batteries, sans prêter le flanc au fort Lillo, situé sur la rive droite. Le 23 avril, on fit une communication jusqu'à un coude, où Ton construisit trois batteries qui ouvrirent leur feu le 25 après midi, et firent rendre le fort le même jour.
Sièges de Zantberg et d'Hulst, 1 1 nuits.
La place d'Hulst et le fort Zantberg, unis par une ligne de retranchements, fermaient presque entière-
ment un vaste territoire appelé le pays d'Hulst. Par l'inondation que les Hollandais avaient formée, on ne pouvait attaquer directement Hulst que par la digue étroite de Sainl.-Jean-Steen, et Zantberg que par une longue digue plus large sur laquelle étaient les deux forts Kykuit. Le marquis de Contactes vint reconnaître cette dernière le 27 avril, accompagné de MM. Thierry et Vallière fils, commandant l'artillerie, et résolut l'attaque de Zantberg, dont la prise lui ouvrirait l'entrée dans le territoire d'Hulst, et lui permettrait d'investir cette place et de lui ùter la communication de la mer, par laquelle elle pouvait recevoir toutes sortes de secours. Pour ne pas donner à l'ennemi le temps de la réflexion, il fit immédiatement, la nuit du 27 au 28 avril, attaquer les deux forts Kykuit par six compagnies de grenadiers, qui, après des prodiges de valeur, s'en emparèrent.
Le 28 avril, le marquis de Contades établit son quartier-général à la Clinge espagnole, et le parc d'artillerie, ainsi que le grand dépôt de tranchée, furent mis dans le fort ruiné de Bedmar. La distance de ce fort à celui de Zantberg, mesurée en suivant les digues, était de 5457 mètres, et sa distance au grand Kykuit était de 4329 mètres. Le 28, 3,000 pionniers furent employés à convertir en chemin pour le service de l'artillerie et de la tranchée le talus de la digue qui part du fort de Bedmar, sur une longueur de 329G mètres. 11 restait encore 1033 mètres de chemin ou communication à ouvrir pour arriver au grand Kykuit; ce fut l'ouvrage des deux nuits du 28 au 30, pendant les-
ËT LES INGÉNIEURS, 17Û7. 175
quelles on employa de 6 à 800 travailleurs. Le talus de la digue était de 5 mètres de base sur 2 de hauteur, et le chemin qui y était creusé n'avait que 3 mètres de largeur; des espèces de niches y étaient pratiquées pour se retirer au passage du canon. La 3 e nuit fut encore employée à l'élargir, et en même temps à trois batteries le long de la digue au delà du grand Kykuit. Le sommet de la digue avait 2 mètres 54 centimètres de largeur. Ces trois batteries, deux de mortiers et une de canons, regardaient le fort Raep, situé sur la ligne des retranchements de Zantberg à Hulst. Enfin on travailla aussi la même nuit, sur la digue de ceinture du polder hollandais de Kildrecht, à deux batteries éloignées de plus de 1200 mètres du fort Zantberg, dont elles devaient contre-battre quatre pièces situées dans la place d'armes de l'avant-chemin couvert du fort, et qui nous barraient le chemin sur la digue. Ce ne fut qu'à la suite de deux coups de main sur cette place d'armes, les nuits du 3 au 4 mai et du 5 au 6, que l'on parvint à se débarrasser de cet obstacle.
La nuit du 1" au 2 mai, on ouvrit la tranchée dans le talus droit de la digue, à 140 mètres au delà du fort Kykuit ou à 893 mètres de distance du fort Zantberg, suivant deux alignements différents jusqu'à un coude qui les couvrait. La nuit du 2 au 3, on s'avança de 260 mètres par une sape dans laquelle on fut obligé de faire huit traverses, parce qu'on allait debout à la batterie ries ennemis.
La T nuit (du 7 au 8), M. Filley, brigadier d'ingénieurs, homme de beaucoup de mérite, dit M. Thierry,
qui faisait le détail, ayant jugé que M. Foucault, ingénieur ordinaire qui se trouvait seul à la tranchée, aurait besoin d'aide, y passa la nuit en entier et y fît un très bel ouvrage qui était difficile.
La 8 e et dernière nuit du siège de Zantberg, ou transporta des fascines pour travailler au passage du fossé, dans lequel il y avait tant d'eau qu'elle montait jusque sur le terre-plein du chemin couvert. Le pont fut commencé le 9 au matin ; il eût été long à construire par la grande quantité de fascines qu'il eût consommées et par le grand éloignement du dépôt d'où il fallait les tirer. Sur les six heures du soir, le coinmandant du fort Zantberg demanda à capituler et se rendit prisonnier de guerre , ainsi que G autres officiers et 86 soldats qui restaient d'un plus grand nombre.
Dès que nous fûmes maîtres du fort, les troupes ennemies qui le soutenaient s'éloignèrent précipitamment. Le 10 mai, le fort Raep se rendit; les lignes des assiégés se trouvèrent par là abandonnées, à l'exception du fort de Moerschans, où ils avaient encore du monde.
Le 9 mai commença l'attaque directe d'Hulst. Pour préliminaire, on enleva un poste sur la digue de Saint- Jean-Steen, par laquelle on voulait cheminer. Ce poste enlevé, on y fit une traverse, et, la nuit du 9 au 10, les ingénieurs mirent à la besogne, sur le talus gauche de la digue, 500 travailleurs depuis la traverse en revenant sur leurs pas. Le 10, 400 travailleurs perfectionnèrent le travail de la nuit, et Ton s'en tint là, le mar-
quis de Contactes ne voulant pas s'approcher davantage d'Hulst par cette digue.
Le il, le duc de Broglie investit Hulst parla partie septentrionale, s'approcha de la place et vit si peu de monde sur les remparts qu'il crut pouvoir faire sommer le gouverneur de se rendre. Toute la journée se passa en pourparlers; le gouverneur proposait de remettre la place, à condition d'en sortir avec les honneurs de la guerre et trois pièces de canon. Le maréchal de Saxe, qui vint le même jour de Bruxelles à Zantberg, lui fit offrir de dessus les glacis de ce fort les honneurs de la guerre pour lui et ftOO hommes seulement et 3 pièces de canon, et que le surplus de la garnison serait prisonnière de guerre. La capitulation fut enfin acceptée à ces conditions et signée pendant la nuit du 11 au 12, avec quelque répugnance de la part du gouverneur.
Le 15, la partie de la garnison qui était prisonnière de guerre sortit d'Hulst pour être conduite à Gand. Elle était composée de 96 officiers et de 1 ,509 hommes. On trouva dans la place et les forts qui en dépendent 97 pièces de canon et 38 mortiers ou obusiers.
Reddition d'Axel, 1 nuit.
Axel est une place en terre composée de huit fronts bastionnés ; elle donne son nom à une grande île de l'Escaut occidental, qui était le seul endroit de la Flandre hollandaise qui restât à soumettre. Elle est séparée du continent au midi par un bras de mer ou de
l'Escaut qui est plus ou moins large, suivant que la mer est haute ou basse.
La nuit du 15 au 16 mai, on commença une batterie; la nuit suivante, le comte de Broglie, accompagné de M. Filley, passa dans l'île, et proposa au gouverneur de sortir de la place avec tous les honneurs de la guerre et même avec h pièces de canon, à quoi il consentit. Le 17 au matin, 8 compagnies de grenadiers en occupèrent les portes.