SUR LE CENTRE DE RÉSISTANCE D'UN CYLINDRE DROIT
Nous avons admis, dans la proposition 8 et suivantes, que la résultante de toutes les actions élémentaires exercées par le milieu résistant sur la surface
d'un cylindre droit, passe constamment par le milieu de son axe de figure. Mais peut-être en pratique le centre de résistance ne coïncide-t-il point avec le centre de figure.
En effet, nous trouvons, dans le mémoire de M. Magnus, Sur la déviation due au mouvement de rotation des projectiles , qu'ayant soumis à un courant d'air horizontal un cylindre équilatère droit, suspendu à son centre de gravité, dont Taxe était dans la direction du centre du courant, mais légèrement incliné à l'horizon, il est arrivé que le cylindre prenait toujours la position horizontale. D'où l'on doit conclure que la résultante de la pression exercée par le courant contre le cylindre passait par la partie de l'axe de ce corps située en arrière du centre de gravité, ou, en d'autres termes, par la partie de cet axe située du côté posterieur du cylindre.
Nous nous expliquons ce fait par les expériences du professeur Avanzini (1), sur le centre de pression ou de résistance dans le choc oblique d'une veine fluide. D'après ces expériences, lorsqu'un plan est mû obliquement dans un fluide, le centre de résistance n'est point au centre de figure de la surface ; mais il se transporte vers le côté de la plaque le plus avance dans la direction du mouvement, et la distauce des deux centres est :
1° D'autant plus grande que l'angle d'incidence est plus aigu ;
(1) Nuove richerche sulla resisienza de' fluidi (htitulo nationale italiano, tomo I, parte 1).
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agricoles assez considérables pour soutenir, comme le grand propriétaire anglais, les dépenses considérables que nécessitent l'élevage et l'éducation du poulain de pur sang.
Frappé de la décadence de nos races et jaloux de les régénérer, S. M. l'Empereur, dans les derniers mois de Tannée 1860, mit la question à l'étude au sein d'une commission présidée parle prince Napoléon, et composée d'hommes versés dans la science de la production chevaline.
Cette commission, qui comptait parmi ses membres de hautes illustrations militaires, des ministres, des sénateurs, des députés, des membres distingués du jockey-club, reconnut, dès la première réunion, la nécessité de faire cesser les incertitudes du moment pour marcher résolûment dans une nouvelle voie. Mais à partir de ce point il y eut entre eux une divergence complète d'opinion : les uns voulaient la restriction, les autres l'extension de la liberté de l'industrie chevaline.
« Ceci admis, dit le prince Napoléon dans son rapport à l'Empereur, deux partis très tranchés se sont trouvés en présence, et nous ont divisés presque par moitié : les uns voulaient limiter l'action de l'État à des encouragements indirects et transitoires, pour arriver à mettre la production chevaline dans la même condition que toutes nos autres industries, c'est-à-dire libre et laissée à l'initiative individuelle; les autres voulaient joindre à ces encouragements indirects uue intervention directe, c'est-à-dire l'État possesseur
d'étalons, de juments, et même producteur d'étalons, distribuant et réglant la saillie, soumettant les chevaux étrangers à une patente, choisissant non-seulement les produits, mais les individus auxquels il les achète par l'administration des remontes de la guerre, cherchant à exclure tout intermédiaire, et aboutissant ainsi, par uue réglementation complète, à mettre l'industrie chevaline sous la direction du gouvernement. »
La majorité de la commission, composée de treize membres, vota pour l'intervention directe, et se réunit, sous la présidence de S. Exc. le maréchal Randon, pour discuter et produire l'exposé de ses motifs.
La minorité, composée de douze membres, se réunit dans le même but, sous la présidence de S. A. I. le prince Napoléon.
La majorité, qui voulait conserver les haras impé j riauxet augmenter leurs attributions et leurs moyens, étayait son opinion sur deux raisons capitales et connexes : l'insuffisancedela production nationale, puisque chaque année nous importons, en moyenne, toute compensation faite avec l'exportation, 1 1 à 1 2,000 chevaux, et en second lieu les difficultés qu'éprouve la remonte de notre cavaleriq, surtout quand il s'agit de passer du pied de paix au pied de guerre. Cette transformation ne s'opère qu'en faisant appel aux chevaux de tout âge et de toute origine, et en sollicitant par tous les moyens l'introduction des chevaux étrangers, et encore celte douteuse et dernière ressource peut uous échapper si l'Allemagne, comme en 1859, ferme ses frontières à l'exportation du cheval. Une position
si précaire, si peu flatteuse pour l'amour-propre national, changerait du jour où la France pourrait, nonseulement pourvoir a tous les besoins de la consommation ordinaire, mais encore écouler vers l'étranger un certain nombre de produits indigènes.
Pour arriver à cet heureux et fécond résultat, la majorité de la commission proposait l'intervention directe de l'État, mais une intervention plus énergique et plus puissante dans ses moyens d'action que celle qu'il avait jusqu'alors mise en œuvre.
Forte des idées émises par les comices, les sociétés agricoles et des courses, par les votes pressants de quarante-huit conseils généraux qui sollicitaient une augmentation de reproducteurs en s'imposant eux-mêmes des charges importantes, la majorité réclamait comme éléments de succès trente établissements au lieu de vingt-six possédés par l'État, et 1,500 étalons au lieu de 1 ,300, dont 350 de race pure, en raison du nombre de ceux appartenant déjà à l'industrie privée. Elle voulait aussi la restauration de la jumenterie du Pin, naguère si florissante. Son entretien exigerait, il est vrai, de nouveaux sacrifices du trésor, mais ils devaient être largement compensés ' par de salutaires conséquences. Cette jumenterie comprendrait vingt juments de pur sang anglais, tandis que celle de Pompadour en aurait quarante de pur sang anglo-arabes.
Le rétablissement de l'école des haras, supprimée en 1852, était encore au nombre des vœux formulés par cette partie de la commission. « C'est le seul moyen, disait-elle, d'organiser un corps de doctrines
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qui puisse être professé d'une manière homogène; c'est le seul moyen de créer, pour cette administration, des officiers capables et à la hauteur de la mission qui leur est confiée. Elle aurait l'avantage de vulgariser la connaissance du cheval. Pourquoi d ailleurs refuser à l'étude si complexe de la science hippique ce qui se fait pour l'étude des mines, des forêts et des ponts et chaussées? Pénétré de l'utilité de l'école des haras, le gouvernement russe n'a point hésité à en établir une dans le même moment où celle du Pin était supprimée par voie d'économie. »
Là ne se bornait pas l'application du système tel que l'entendait la majorité de la commission ; elle voulait, au moyen des courses de pur sang anglais et des primes, fournir de larges encouragements à l'éleveur et au propriétaire. Toutefois, le règlement actuel des courses lui semblait devoir exiger certaines modifications, en ce sens que l'encouragement atteindrait les chevaux de quatre et cinq ans plus spécialement que les poulains de deux ans, voués à une usure prématurée.
Pour les chevaux de demi-sang, il y avait nécessité à rétablir les courses au trot et avec obstacles, et à soumettre à ces épreuves les étalons de demi-sang livrés à la production. Quant aux chevaux arabes et anglo-arabes, qui ne participent point aux courses, il y avait lieu de leur donner une compensation par de plus fortes primes, de même qu'il fallait par le même moyen attacher au sol les bonnes juments. Il était désirable de voir augmenter le nombre des étalons parti-
tuiliers approuvés, c'était créer aux haras une utile concurrence, et prouver que l'administration ne marche point vers un monopole absolu.
« Les écoles de dressage, disait la majorité, doivent être encouragées; le meilleur mode est de les subventionner. De cette manière, on associe l'industrie privée à ces institutions, et on diminue les frais à la charge de l'Etat. Du reste, les subventions accordées à celles existantes paraissent suffisantes. Il serait peut-être convenable d'en établir un plus grand nombre, surtout dans les pays où on élève le cheval de service. Ces écoles auraient le double avantage de former les hommes et de ranimer le commerce. »
L'industrie chevaline avait, en outre, besoin d'être réglementée. Tout en respectant le principe de la propriété, il ne fallait cependant pas souffrir que des étalons d'une race déclassée franchissent nos frontières pour infester de leurs produits nos provinces du nord et de l'est.
Enfin la majorité de la commission abordait la question militaire sous le jour le plus satisfaisant pour les remontes de l'armée.
« L'administration de la guerre, continuait-elle, accomplit de la manière la plus complète et la plus favorable le rôle qui lui est attribué par rapport à l'industrie chevaline; elle s'éloigne le moins possible de la fixité et de la permanence des achats, ce qui est tout à la fois pour elle et pour l'éleveur une sécurité; elle est entrée dans la voie que le pays entier lui indiquait; elle paye plus cher; elle a soin de ne pas faire
concurrence au commerce. L'hygiène des chevaux appartenant à la guerre a été soumise aux modifications les plus salutaires, les écuries sont plus spacieuses et plus salubres, le chiffre de la mortalité a diminué d'une manière notable. La commission pense qu'il y aurait inconvénient à changer l'âge pour les achats; elle ne croit pas que l'acquisition du cheval de cinq ans concoure au développement de la castration dans le jeune âge. D'ailleurs la guerre achète de préférence le cheval à cet âge; mais s'il fallait en faire une règle inflexible, la dépense serait d'autant plus considérable que l'État ne trouverait pas la compensation que l'on se croit en droit d'attendre; même à cinq ans, le cheval ne pourrait entrer au rang avant six mois de préparation, c'est du moins ce qui résulte des explications données à la commission par S. Exc. M. le maréchal ministre de la guerre, dont la haute expérience est appréciée de tous, et qui nous a exprimé le désir de prendre toutes les mesures bonnes à maintenir les excellents rapports qui existent entre le corps de la remonte et les éleveurs de chevaux. »
Pour que l'administration des haras, rassurée sur son avenir, consolidée, agrandie, reprenne aux yeux de tous son ancien prestige, la majorité de la commission demandait plusieurs crédits extraordinaires pour dépenses d'achats et d'installation, et concluait à une augmentation normale de 1 ,250,000 francs pour 1803. La création d'une jumenterie, destinée^ dans nos possessions algériennes, à la reproduction d'une race pure complétait l'ensemble de ses mesures. Elle for-
mulait les vœux les plus pressants pour l'accomplissement de son système, attendu par l'agriculture comme un immense bienfait, et en les portant aux pieds du trône elle conviait l'Empereur à cette œuvre de régénération , de progrès et de grandeur nationale.
Les membres de la commission, qui formaient la minorité, appartenaient presque tous au jockey-club. Ainsi que nous l'avons dit, ils ne partageaient nullement l'opinion de leurs collègues. Toutefois, s'ils étaient loin de s'associer à leurs idées préservatrices, c'était mus par une conviction sincère qu'ils préconisaient un système en pleine prospérité chez des nations voisines, mais que l'expérience n'a pas encore consacré dans notre pays.
Selon eux, l'industrie chevaline rentrait dans la loi commune à toutes les industries; ses succès, son avenir reposaient sur les bases d'une liberté et d'une indépendance complètes. C'est de la liberté industrielle que sont issues les plus belles races de chevaux du monde, en Arabie, en Angleterre, en Amérique. Nos espèces de trait, peu favorisées par les encouragements de l'État, ne sont-elles pas les plus florissantes? ne satisfont-elles pas à tous nos besoins ?
Si l'État entretient à grands frais de nombreux haras, c'est surtout dans l' intérêt des remontes de la cavalerie; mais il doit produire d'autres chevaux que ceux de l'armée, et, dans ce cas, ses étalons n'approchent point assez de la perfection. Vis-à-vis de l'éleveur riche, la saillie à bon marché est une perte gra-
tuite à laquelle il a tort de consentir. Pour les éleveurs qui ne possèdent pas les juments indispensables à une bonne reproduction, cette faveur de l'État protège la création d'élèves défectueux. En laissant à F industrie toute sa liberté d'action, l'éleveur ne craindra pas de payer la saillie ce qu'elle vaut en réalité, et il se constituera des produits parfaits. D'ailleurs, quel a été le but de la fondation des haras ? N'est-ce pas de favoriser le développement de l'industrie chevaline. Une fois que ce but sera atteint, ils n'auront plus de raison d'exister.
La minorité entrait alors dans une longue énumération de chiffres pour prouver que l'étalon est une dépense énorme pour le budget, qu'il revient annuellement à 1 ,800 francs, ce qui porte, en y comprenant la rétribution exigée de l'éleveur, le prix de la saillie à 47 francs. Or, elle n'arrive à un taux aussi élevé dans aucun des pays où l'industrie étalonnière s exerce librement.
On objecte les vœux des conseils généraux et les pétitions en faveur des établissements de l'État. Ces manifestations n'ont-elles pas leur point de départ dans les haras eux-mêmes, qui obtiennent facilement de l'industrie chevaline, sur laquelle ils exercent un vaste patronage, des propositions conformes à leur désir? L'administration s'attire des offres de concours en annonçant hautement l'intention d'acquérir des reproducteurs ; mais, avant d'augmenter le nombre de ces derniers, il faudrait prononcer parmi eux bien des réformes.
Et puis quels progrès immenses a fait, depuis quinze ans, la production chevaline. La dernière guerre ne l'a-t-elle pas prouvé, puisqu'on quelques mois la cavalerie a pu trouver 19,000 chevaux pour passer au pied de guerre?
a L'État, en effet, disait la minorité, ne peut tout faire. Ses 1,300 chevaux ne forment guère que le dixième des étalons nécessaires pour le service de la monte dans toute la France. La grande masse de notre population chevaline reste donc en dehors de Tactiou directe de l'administration, et c'est l'industrie privée qui pourvoit à son renouvellement.
» Or, cette industrie ne peut vivre, prospérer et améliorer ses moyens de production que si elle obtient pour les services qu'elle rend des prix rémunérateurs. En rencontrant sur le marché un concurrent comme l'état, qui fournit à perte aux besoins de la meilleure clientèle, elle trouve un obstacle sérieux et d'autant plus nuisible que la concurrence sera plus étendue. Chaque augmentation de l'action directe de l'État ne peut manquer d'aggraver la situation de la masse des éleveurs, auxquels elle ne laisse d'autre ressource qu'une industrie devenue plus impuissante, et d'amener à la suite des plaintes et des réclamations que Ton ne peut satisfaire que par des augmentations nouvelles. Pour ne pas être conduit à tout faire, à assumer tout entière la responsabilité de la production, l'État, loiu d'augmenter l'action de son intervention directe, doit la restreindre et tendre à la supprimer. »
Partant de là, la minorité cherchait à démontrer
que les étalons de l'industrie privée rivalisent, sous tous les rapports, avec ceux de l'État, et elle posait ce principe : que si ce dernier ne devait pas entretenir d'étalons, il devait moins encore en élever. La suppression des jumenteries en était la conséquence.
Une école des haras aurait un but d'utilité d'autant plus contestable que les nations qui produisent les meilleurs chevaux n'ont pas d'écoles publiques où l'on professe l'art de les faire naître et de les élever. D'ailleurs une semblable école a été instituée, et son licenciement a été jugé nécessaire en 1852.
Après avoir aussi combattu l'administration des haras, et mis en doute l'efficacité de son existence, la minorité exposait son système, qui consiste à encourager puissamment les courses de vitesse et non les courses au trot, à accorder aux élëveurs des primes de dressage, à augmenter celles décernées aux étalons approuvés, et à laisser l'industrie libre sans la réglementer. Les étalons rouleurs ne lui paraissaient même pas un danger; il fallait, au contraire, chercher à les rendre meilleurs en les encourageant.
Voici comment elle abordait la question militaire : « L'armée achète chaque année, pour ses remontes, 8 à 9,000 chevaux. C'est une consommation considérable, mais dont l'importance relative varie avec l'espèce de chevaux qu'elle emploie. Nos races de trait sont assez bonnes et assez nombreuses pour satisfaire sans efforts à tous les besoins de l'artillerie. Pour elles, les remontes ne sont qu'un débouché accessoire, et n'exercent sur la production qu'une influence secondaire.
» Il n'en est pas de même pour les chevaux de cavalerie, surtout pour ceux de ligne ou de réserve, qui rentrent dans la classe des chevaux de luxe à deux fins, et se produisent, en général, dans les pays les plus avancés. Grâce à des achats réguliers et permanents, à des prix rémunérateurs, Tannée s'y procure facilement les animaux nécessaires à la remonte ordinaire, mais on ne produit guère que pour elle, et elle est le principal, presque le seul consommateur.
» Quand il s agit de pourvoir rapidement à de grands besoins extraordinaires, l'inconvénient de cet état de choses se manifeste. Après avoir acheté tous les chevaux destinés à son service habituel, la guerre ne trouve plus dans le petit nombre d'animaux élevés en vue de la consommation générale qu'une ressource restreinte et incertaine. L'absence du commerce des chevaux de luxe, ou plutôt la préférence qu'il accorde habituellement au cheval étranger, constitue donc, au point de vue militaire, un grave inconvénient, et la remonte n'a pas d'intérêt plus pressant que de ne pas nuire, par l'action qu'elle exerce sur la production, à une industrie dont le développement est la condition de sa propre sécurité.
» Aujourd'hui les officiers de remonte explorent les pays d'élevage, étudient leurs ressources, visitent les écuries et les herbages, et traitent directement avec les éleveurs, à l'exclusion des marchands patentés. Achetés le plus souvent dans leur quatrième année, et de préférence lorsqu'ils sont entièrement neufs et non dressés, les chevaux vont attendre dans les dépôts de
remonte Pâge d'entrer en service. Cette organisation, appliquée sur une vaste échelle, éloigne le commerce. »
Ainsi, d'après la minorité de la commission, le mode appliqué aux remontes de l'armée apporterait de singulières entraves à la liberté commerciale, en s'emparant du monopole des transactions et en ne laissant à l'éleveur qu'un débouché restreint. Pour obvier à cet inconvénient, le rapport proposait deux modifications dans le système d'achats : la première était de ne faire entrer dans les dépôts de remonte ou directement dans les corps que des chevaux de cinq à six ans, en les payant un prix plus élevé; la deuxième, de les recevoir, sans exclusion ni préférence, de toutes les personnes qui les présenteraient, à la seule condition de justifier de leur origine française. Cette mesure s'adressait aux marchands de chevaux qui n'étaient pas autorisés à vendre leur marchandise à la remonte.
En résumé, la minorité de la commission demandait la diminution successive de l'intervention directe, sa suppression dans une époque rapprochée, et enfin une série d'encouragements destinés à développer les forces de l'industrie chevaline, le tout sous le contrôle d'une commission permanente.
Ces deux rapports si contradictoires ne faisaient pas avancer la question d'un pas. S. M. l'Empereur trancha la difficulté. Le 24 novembre 1860, il rendit le décret suivant :
« Le service des haras est distrait du ministère de l'agriculture, du commerce et des travaux publics,
pour être placé dans les attributions du ministère d'État. »
Le ministre d'État, S. Exc. le comte Walewski, fut chargé de résumer les débats ouverts au sein de la commission hippique, et de proposer un programme et une organisation nouvelle de l'administration des haras.
Le 19 décembre suivant, M. Walewski présentait son rapport à l'Empereur. Après avoir reproduit d'une façon succincte et lucide les arguments contradictoires développés par les deux partis opposés dans la commission, le ministre pensait que chacun d'eux, emporté par l'ardeur de la lutte, exagérait les déductious du principe soutenu.
La majorité, disait-il, en demandant une largé part pour la protection, ne se préoccupe pas de l'avenir de l'industrie; elle ne lui cherche pas de débouché, ne propose aucun moyen d'augmenter sa consommation; en un mot, elle n'ouvre pas de voie au commerce ni à la concurrence.
La minorité, eu favorisant l'industrie par une liberté élevée à sa plus haute puissance, ne remarque pas qu'elle ne tient pas assez compte des intérêts populaires.
« Elle n'a nul souci, continue-t-il, de mécontenter toute une classe d'éleveurs des campagnes dont la jument est la fortune, qui n'élèvent le cheval de luxe et de troupe qu'à la condition que l'État leur fournira les moyens de faire naître des poulains, et qui, s'ils suivaient leur penchant naturel, préféreraient se livrer à
l'éducation plus facile du cheval de trait, du mulet, des bœufs et des moutons.
» D'un autre côté, le gouvernement ne peut, sans se faire tort à lui-même, abandonner au hasard la remonte de sa cavalerie. Il faut qu'il l'assure dans une certaine limite, et c'est pour cela qu'il doit entretenir un nombre d'étalons qui, en servant, pour ainsi dire, de garantie à ses intérêts militaires, soient aussi un moyen d'encouragement certain et un exemple pour l'industrie chevaline.
» La minorité voudrait supprimer les haras. S'ils disparaissaient tout à coup, Ton verrait bientôt la remonte de la cavalerie compromise, la production devenir inférieure, et, comme le dit le rapport de la majorité, malgré les primes les plus séduisantes, Ton verrait se substituer aux étalons de l'État les producteurs les plus défectueux. Bien peu d'étalonniers auraient le courage de mettre une grosse somme à l'acquisition d'un père de mérite, et, s'il s'en trouvait en dehors des éleveurs de pur sang, on les verrait immanquablement vendre leurs étalons au premier acheteur étranger qui leur offrirait un léger bénéfice. Nos meilleurs chevaux seraient vendus à l'Italie, à l'Allemagne, à la Belgique, à l'Espagne, et jamais on ne trouverait d'éleveur assez hardi pour aller en Angleterre ou en Syrie chercher les étalons qui manquent et que les haras leur fournissent aujourd'hui. »
Tels sont les arguments au moyen desquels le ministre sapait dans ce qu'elles avaient de trop hardi les théories de la minorité. S'il pensait que les idées
émises par elle ne pouvaient recevoir une exécution heureuse au sein d'une population agricole .et d'une fortune modeste comme la nAtre, il se ralliait à cette partie de la commission lorsqu'elle réclamait la liberté des transactions et le développement commercial.
11 n'avait pas de peine à reconnaître que les remontes de la cavalerie entravent par des achats prématurés l'action de l'industrie et éloignent des marchés le commerce timide, qui craint de s'y présenter lorsque la remonte a enlevé les chevaux élégants, source de ses plus beaux bénéfices. Si l'armée achetait ses chevaux à cinq ans et non pas à quatre, elle ne ruinerait pas l'avenir en cas de guerre et laisserait à l'éleveur le soin de dresser ses produits, qui acquéreraient entre ses mains une plus grande valeur. L'administration des haras agit d'une façon contraire : elle recherche des étalons trop âgés et laisse entrer dans la circulation des animaux que les propriétaires avaient conservés dans l'espoir de les lui vendre, et qui, castrés trop tard, font un mauvais service et déprécient nos espèces.
En conséquence, le ministre, en donnant une certaine satisfaction à chacune des deux parties de la commission, par l'adoption d'un système protecteur et libéral à la fois, proposait l'organisation suivante, qui a été approuvée par S. M. l'Empereur.
Elle consiste à maintenir l'administration des haras avec 1,250 étalons, dont 50 destinés aux nouveaux départements ;
À supprimer lajumenterie de Pompadour;
A augmenter le chiffre des encouragements, de
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manière à décerner de plus larges récompenses et à étendre considérablement le nombre des étalons approuvés. Parmi les institutions appelées à profiter de cette subvention, on remarque les écoles de dressage et d'équitation, et les courses au trot.
A placer à la tète de l'administration des haras un directeur-général relevant du ministre d'État. Un comité supérieur, choisi parmi de hauts fonctionnaires et des généraux, et composé de dix membres, est nommé par le ministre pour aider de ses conseils le directeur-général. Celui-ci adresse annuellement au ministre un rapport destiné à faire connaître la marche suivie par les haras et les progrès de l'industrie privée. De plus, pour établir une plus grande unité de vues et de direction, il visite les dépôts de remonte et présente également des rapports officiels sur ces établissements.
« De cette façon, dit en terminant le ministre d'État, toute la question chevaline serait, pour ainsi dire, dans une seule main, et les haras et la remonte tendraient également vers le but intelligent qui leur serait assigné : protéger et encourager. La production de luxe, en ramenant le commerce sur nos marchés, mettrait bien vite en vogue et en faveur le cheval français, assurerait, par cela même, des ressources plus larges à la remonte de notre cavalerie et donnerait au commerce l'essor de liberté et de développement auquel toute industrie doit prétendre. »
Un premier décret de réorganisation de l'administration des haras suivait immédiatement le rapport de