SIX
Le 2 septembre, le maréchal de Saxe destina 59 bataillons, dont 2 d'artillerie et 52 escadrons, pour faire le siège de Namur, sous le commandement de S. A. S. le comte de Clermont, à qui il donna le comte de Lôwendal pour le seconder. Ayant, par des manœuvres habiles, forcé les ennemis à se retirer vers Maestricht, il fit, pour les observer de plus près, prendre position à son armée à Tongres, où M. Filley traça un camp retranché. M. de Lôwendal arriva le 4 à Vedrin, à li kilomètres au nord de Namur, et le 5 la place fut investie. M. de Malezieu, lieutenant-général, commandait l'artillerie. M. d'Aumale, maréchal-de-camp, commandait les ingénieurs, au nombre de 60, formant huit brigades : 1 re brigade, Courdoumer; 2 e , Riverson; 3 e , Filley ; 'i e , Duportal; 5 e , d'Hamouville; 6 e , Lambert; 7 e , Franquet de Chaville; 8 e , Franquct; Artus et Gourdon, chargés de faire le détail; Verville, major ; Du Vignau, aide-major. La garnison de Namur était de 7,000 hommes, parmi lesquels la désertion fit de tels progrès, que, depuis le G jusqu'au 23 septembre, il en vint 1,284 au camp de l'armée assiégeante.
Dès le 5, on travailla à plusieurs batteries destinées
à faciliter l'ouverture de la tranchée, qui eut lieu devant la ville la nuit du 12 au 13, en trois endroits : V en aval sur la rive gauche de la Meuse, cfevant le front de la porte Saint-Nicolas, par une parallèle accompagnée de ses communications; 2° devant la redoute appelée le fort Coquelet, par une parallèle éloignée de 160 mètres au plus de la palissade de ce fort ; 3° sur la rive droite de la Meuse, où Ton fît devant une lunette appuyée à cette rivière, et appelée le fort Bivac, une grande parallèle avec ses communications.
«Ce travail, conduit avec un ordre admirable (1), eut le succès le plus heureux, et fut exécuté par 4,050 travailleurs de nuit. »
Le front de la porte Saint-Nicolas consistait dans un ouvrage à corne dont la branche droite laissait entre elle et la Meuse une lisière de terre, et n'était couverte par aucun dehors. « Comme si l'histoire ne servait à rien, dit Virgin (2), ce défaut qui avait causé la perte de la place dans les sièges précédents n'avait pas été corrigé. »La troisième nuit, on s'empara de vive force du fort Bivac, et Ton construisit à sa droite une batterie pour faire brèche à la branche droite de l'ouvrage à corne. La quatrième nuit, on en construisit une autre à gauche pour faire brèche au corps de place.
(1) Journal de M. Filley.
(2) Virgin, Défense des places, p. 9. Voyez aussi le Mémorial de Cormontaingne pour la fortification, p. 56.
Enfin la septième nuit, du 18 au 19 septembre, les brèches étant jugées praticables, 12 compagnies de grenadiers, suivant la lisière de terre qui régnait sur la rive gauche de la Meuse, depuis la tranchée jusqu'aux brèches, montèrent à l'assaut vers neuf heures du soir et s'emparèrent, sans trouver de résistance, de l'ouvrage à corne qui servait d'enveloppe au corps de place. Elles n'essuyèrent qu'une légère décharge des e:nemis, et la perte que l'on fit ne fut que de 60 hommes tués ou blessés. La ville se rendit le lendemain 19 vers les onze heures du matin, et la capitulation fut signée le 20 à deux heures de la nuit. On eut soin , conformément aux ordres du Roi , de ne pas s'interdire, par une clause spéciale, de pouvoir attaquer ou tirer sur les châteaux du côté de la ville. (Voir, pour le siège des châteaux, l'ouvrage déjà cité : Plans et journaux des sièges de la dernière guerre de Flandre.)
Le maréchal de Saxe avait le 3 octobre, du camp de Tongres, écrit à M. d'Aumale pour lui témoigner combien il était content de la façon distinguée avec laquelle les ingénieurs avaient donné dans cette campagne de nouvelles preuves de leur zèle et de leur intelligence. Craignant que la lettre ne lui fût pas parvenue, il lui récrivit le 8, ajoutant :
Vous n'étiez point oublié, monsieur, dans cette lettre, et je tâchais de vous y exprimer le cas que je fais de vos lumières et de vos talents, et le désir que j'ai de vous être bon à quelque chose, aussi bien qu'au corps respectable du génie.
Le maréchal de Saxe termina la campagne de 1746 par la bataille de Rocoux, qu'il livra le 11 octobre à l'armée autrichienne, et qui est une des plus sanglantes et des plus glorieuses qu'il ait gagnées.
Voulant réparer la perte de Louisbourg, le Roi fit partir dans le mois de juin une brigade d'ingénieurs pour reconnaître sur les côtes de TAoadie (aujourd'hui Nouvelle-Écosse) la baie de Chibouctou , désignée comme propre à rétablissement d'une colonie. Vialis, commandant la brigade, reçut, avec les instructions de Sa Majesté, une commission de colonel réformé, en considération de ses services et particulièrement du zèle avec lequel il s'était porté à se charger de l'expédition. Un mois après son arrivée à sa destination, le 20 octobre, il adressa le rapport le plus satisfaisant sur le choix de cette baie pour l'objet qu'on se proposait. Decaux de Blacquetot confirma cette opinion dans un mémoire postérieur. Le projet n'eut pas de suite. Chibouctou est à peu près sous le parallèle de 44 degrés 32 minutes nord.