‹ Le Spectateur militaireChapitre 40 sur 82 · LETTRE DE M. LE GÉNÉRAL CADORNA A M. DE LA FRUSTON · texte numérisé non relu

LETTRE DE M. LE GÉNÉRAL CADORNA A M. DE LA FRUSTON

Monsieur,

Profitant de l'offre obligeante que vous avez faite à vos lecteurs d'accepter les remarques qui, dans l'intérêt de la vérité historique, vous seraient adressées sur votre relation de lacampagne d'Italie, je me permets d'y rectifier une phrase qui ne saurait s'y être glissée que faute de documents officiels et d'une connaissance détaillée des événements tels qu'ils se sont passés dans la division sarde commandée par le général Cucchiari, et dont j'avais l'honneur d'être chef d'état-major dans la mémorable journée du 24 juin.

N'ayant eu connaissance qu'aujourd'hui de la livraison du 15 novembre 1860 du Spectateur militaire, j'ai été douloureusemeut surpris d'y rencontrer une assertion à la page 274, qui serait plus qulun blâme, si Ton était autorisé à douter delà vaillante conduite des troupes qui reconquirent, au prix de nombreuses victimes, un champ de bataille qu'elles s'étaient disputé pendant douze heures contre des forces éminemment supérieures.

Il sera utile, à cet égard, de rappeler avant tout les

SUR LA JOURNÉE DU 2ft JUIN 1859

circonstances qui, départ et d'autre, contribuèrent le plus à rendre difficile un succès qui pour nous était au moins douteux, si le courage et l'obstination de l'armée n'eussent surmonté les obstacles sans nombre et de toute nature qui lui étaient opposés.

La faible reconnaissance de la division Cucchiari, partie de Desenzano vers Pozzolengo, rencontra l'ennemi un peu en avant de ce dernier village. Après avoir repoussé ses tètes de colonne, qui se présentaient flanquées de nombreuses pièces d'artillerie, elle commençait sa retraite très lentement, par échelons el en bon ordre. Le gros des 3 e et 5 e divisions (Mollard et Cucchiari) était encore, dans ce moment, très éloigné du lieu du combat. Elles marchèrent pourtant au pas de course vers le canon, et elles le rejoignaient, morcelées par bataillon, par des points différents et harassées de fatigue.

C'est dans ces circonstances tout à fait défavorables

que ces troupes rencontraient un ennemi fort de 5 brigades, avec le grand avantage du nombre et des positions formidables qu'il occupait, défendues par une nombreuse artillerie, et connues dès longtemps par l'armée autrichienne, qui en faisait son camp de manœuvres annuel; un ennemi enfin qui, avec des forces nombreuses et concentrées, se disposait à livrer une bataille prévue et préparée de longue main. A est évident que des attaques partielles et isolées, dans de telles conditions, ne pouvaient réussir, quel que fût d'ailleurs l'élan des troupes qui les exécutaient. Ce ne fut, en effet, que vers le soir, et par une attaque d'en-

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