CAMPAGNE DE 1746 EN ITALIE
Dans le mois de décembre de l'année 1745, l'infant, obéissant aux ordres de sa cour, se sépara de l'armée française avec toutes les troupes qu'il commandait, à l'exception de trois régiments d'infanterie et un de dragons, occupés au blocus de la citadelle d'Alexandrie. L'armée espagnole se porta dans le Milanais. Cette séparation fut une faute ; les deux armées avaient besoin de rester unies pour le succès de leurs desseins, dont le principal était la conquête de la citadelle d'Alexandrie, qui, bloquée depuis trois mois, était près de succomber faute de vivres. Le maréchal de Maillebois avait son quartier-général à San-Salvatore, et gardait, entre la rive gauche du Tanaro à Asti et le Pô à Casai, tous les points par lesquels l'ennemi devait passer pour jeter des secours dans la place.
Après avoir fait la paix avec le roi de Prusse, la reine de Hongrie avait envoyé des renforts considé-
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rat/es à son armée ditalïe. Ces raiforts mirent Cbaries-Emmanue: en état de prédire l'offensive. Le i mars, les troupes ennemies parurent avec du canon dans les environ d'Asti ; le iieuteiiani-çeneral de Montai, qui y commandait, en d ::ma avis au maréchal, qui ce voulut pas croire d*ab>rd qu'eues eussent le pp -jet d'attaquer Asti: i! pensa qu'elles ouduisaient un convoi a ia citadelle d'Alexandrie, et n^poudit qu il les attendait au passade du d-:ile de Fu: i'ie. Le marquis de Montai avait sous ses ordres neuf bataillons (4 ; et une !.»! :^ade d'irpriiieur* • >■::: mariée par le chevalier de Pinsun. Asti n'était pas une ri. -.ce forte et était un mauvais po>te de campagne: son mur d'enceinte n'était pas terrasse et n'avait ni créneaux ni chemin de ronde. Le 5 mars, les troupes ei rierr.îes. au nombre de •>0 bataillons, cvmmar.des par le barra de Leutnim, lîeutenant-^éneral. investirent Asti de î-us odtés et commerc èrent le même jV>ur une batterie de siège à 2i0 mètres de distance, à l'ouest de la ville. La nuit du 5 au 6, ils la terminèrent et en cvir.merjcerent une seconde à Test, contie la p>rte du faurounr Saint- Pierre. M. de Montai fit rentrer dans Asti tous les postes qu'il avait au dehors. La première batterie commerça a tirer ie au matin, et ouvrit une brèche dans le mur d'enceinte a gauche de ia yone de Saint- Soivr.d. Le ci -.évader de Pir.sun ia S? retrancher aussi îoïtement qu'il ela-t }\«ss : le au moyen de coupures, de palissées, du: -a:. s. et il la regarda; t comme hors
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d'insulte, d'autant plus qu'il y avait en arrière un canal de moulin. Le 7, la seconde batterie de l'ennemi, plus rapprochée du mur d'enceinte que la première, y ouvrit une nouvelle brèche praticable. Le temps manqua au chevalier de Pinsun pour la retrancher; mais il fit les dispositions convenables pour assurer aux trois \ bataillons qui devaient la défendre une retraite derrière la seconde enceinte qui séparait la ville du faubourg.
Les choses dans cet état, vers midi on rappela à la porte Saint-Pierre, et, par ordre de M. de Montai, un maréchal-de-camp y alla conférer avec M. de Leutrum. Vers les cinq heures après midi, le chevalier de Pinsun se rendît dans le faubourg Saint-Pierre pour ordonner ce qu'il conviendrait de taire pendant la nuit. Le lieutenant-colonel qui y commandait lui apprit qu'il avait ordre de battre la chamade et d'arborer un drapeau blanc sur la brèche du faubourg dès qu'il s'apercevrait que les ennemis feraient quelques mouvements, quelques dispositions pour attaquer. Vers les sept heures, il battit la chamade. M. de Montai fit sortir deux brigadiers pour otages vers les neuf heures, et, après bien des débats et des écritures, on convint, le 8 mars, vers les deux heures du matin, des articles de la triste capitulation qui nous rendit prisonniers de guerre (1).
Le 5 mars, le maréchal de Maillebois avait écrit à M. de Montai qu'il marchait à son secours; mais la
(1) Journal de la défense, par Pinsun.
place étant investie, sa lettre ne parvint pas. Il arriva le 7 au soir à Ànnone, à 10 kilomètres au plus d'Asti, et fit tirer à dix heures deux coups de canon pour annoncer sa présence. A cette heure-là, les otages étaient échangés; mais la capitulation n'était pas encore signée. Le 8, n'ayant plus de doute sur la reddition d'Asti, il se retira aux environs de Novi, où il prit avec les troupes qui lui restaient, 17 bataillons et autant d'escadrons, une position convenable pour se lier avec les Espagnols et communiquer avec Gênes.
Après avoir ravitaillé la citadelle d y Alexandrie, dont les défenseurs étaient réduits à l'extrémité la plus affreuse, le baron de Leutrum fit successivement le siège du château de Casai et celui de Valence. Le château de Casai se rendit par capitulation le 28 mars, après quatre nuits de tranchée ouverte. Le chevalier d'Hébert, qui le commandait, n'avait sous ses ordres que 250 hommes et Petit-Thoiiars, ingénieur. Une brèche était ouverte; c'est par la résolution qu'il montra de se défendre à outrance qu'il obtint une capitulation. La garnison de Valence n'était que de 3 bataillons au service de Naples et de 200 miquelets. La nuit du 19 au 20 avril, le baron de Leutrum ouvrit la tranchée en amont de la place avec 1,500 travailleurs, et fit une parallèle accompagnée de ses communications. La treizième nuit (du 1 er au 2 mai), sachant la faiblesse de la garnison, il fit donner l'assaut à trois lunettes qui couvraient le front d'attaque de la place; il s'en empara; mais, avant le jour, il les abandonna, étant impossible de s'y loger sous le feu des défenses encore
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intactes de l'assiégé. Néanmoins, après ce coup de main, où le baron de Leutrum eut 500 hommes hors de combat, la garnison capitula le 2 mai.
Dans le mois de juin, le maréchal de Maillebois marcha au secours de l'armée espagnole, bloquée dans Plaisance par l'armée autrichienne. Il réussit à la dégager, et, malgré la perte d'une bataille, la bataille de Plaisance, livrée le 16 juin, l'armée réunie des deux couronnes atteignit le 10 août Stradella et ne fut plus inquiétée dans sa retraite jusqu'à Tortone. Le maréchal ne laissa point ignorer au ministre la part que Bourcet avait eue aux principales dispositions de la marche des deux armées combinées des bords du Pô et du Lambro à Tortone. Le 24, les troupes françaises et espagnoles évacuèrent le Piémont, et vinrent camper à Ponte-Decimo , sur le territoire génois. Les jours suivants, elles continuèrent leur retraite; le 17 octobre, elles repassèrent le Var, et, dans le mois de novembre, elles prirent position derrière la Siagne. Le maréchal de Belle-Isle, qui, le 20, remplaça le maréchal de Maillebois, jugeant que l'éloignement des renforts qu'on attendait rendait la position de la Siagne hasardeuse, fit rétrograder l'armée jusque derrière l'Argens et môme jusqu'au Puget, à 16 kilomètres de Toulon. Le maréchal de Maillebois se rendit, à la fin de novembre, dans cette ville, avec trois ingénieurs détachés de l'armée et commandés par M. De la Navère. Il ordonna d'abord de relever le retranchement de Sainte-Anne de 1707; mais ce travail ne fut pas poussé avec ad i vite. 11 donna la préférence à un fort
provisionnel sur la hauteur de la Malgue et à une redoute sur celle de Sainte-Catherine. A la fin de décembre, ces ouvrages, dont la dépense fut supportée par la ville, étaient en état d'être armés.
La retraite de l'armée des deux couronnes livra à la merci des Autrichiens la république de Gènes. La ville, n'étant pas en état de se défendre, se rendit à discrétion au marquis de Botta, qui commandait l'armée de la reine de Hongrie. Le 7 septembre, il en fit prendre possession. Trois mois après, poussés à bout par les exactions et les mauvais traitements, les habi tants se révoltèrent, chassèrent entièrement les Ailemands le 12 décembre, et commencèrent cette belle défense de leur ville qui fait époque dans l'histoire.
(La suite à la prochaine livraison.)
AUGOYAT.