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visage s'épanouit. Il s'avança vers lui d'un air riant et le prit par le bras.
— Grâce au ciel! j'arrive a temps, s'écria-til; je vous tiens et vous ne m'échapperez pas.
Ce ton familier, bien qu'il empruntât les formes de la cordialité, parut froisser les habitudes aristocratiques de M. de Rosemberg, qui fit un pas en arrière.
— Monsieur Jacquet! dit-il avec réserve, je vous salue.
— 31onsieur Jacquet! répéta la fermière
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avec un accent qui n'avait rien d'amical ; d'où nous vient l'honneur...
— Je ne veux pas le voir, s'écria Denise en se cachant derrière sa grand'mère.
Mais Jacquet remarqua seulement la 3ideur de M. de Rosemberg, nières changèrent tout a coup.
froideur de M. de Rosemberg, et ses ma
— Pardonnez-moi, monsieur, dit il respectueusement; la joie de vous revoir m'a fait un moment oublier... Nous autres, bourgeois campagnards, nous sommes tout cœur et nous cédons volontiers à nos impressions. Votre dernière lettre m'avait
annoncé votre arrivée a Châtillon pour aujourd'hui, et je vous attendais avec une grande impatience. Je fifuettais le voiturier au passage; en apprenant que vous l'aviez chargé de retenir un logement a l'auberge du Grand vainqueur et d'y porter vos effets, je me suis mis dans tous mes états. Morbleu! aux termes où nous en sommes, vous n'irez pas loger a l'auberge! j'ai donc pris sur moi d'envoyer vos bagages à l'abbaye, oîi deux chambres sont préparées pour vous et pour monsieur votre fils (il se tourna vers Ernest et salua gracieusement). Sachant encore du voiturier que vous aviez voulu visiter les ruines, j'ai songé que je vous trouverais ici. Aussitôt j'ai commandé qu'on mît le cheval au cabriolet et je viens en toute
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hâle solliciler pour ma. pauvre maison riiouncur de vous recevoir.
Le vieux Roseuiber^ ne pouvait rester indifférent à tant de zèle et a tant d'affabilité. 11 remercia M. Jacquet de son offre obli^'^eante,^ sans toutefois l'accepter encore.
— Allons! n'est entendu, je vous emmène, reprit le petit homme avec volubilité. On vous a préparé la chambre du chapitre^ une chambre dans laquelle a couché, dit-on, un ancien roi de France. Le poulet est cuit a point, le bordeaux chaulTe dans les carafes; tout est prêt... J'espère que raousieur votre ûls, continua*
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t-il en se tournant de nouveau vers Ernest ne dédaig^nera pas non plus mon hospitalité? J'ai une famille qui vous accueillera l'un et l'autre de son mieux, une aimable femme, deux filles qu'on veut bien trouver jolies... Et puis, monsieur de Rosemberg, nous avons beaucoup de choses à nous dire et de grandes affaires à traiter ensemble!
Ernest entrevoyait, sous cette apparente bonhomie, je ne sais quoi d'étudié qui lui déplaisait. Cependant M. de Pvoèemberg ne paraissait plus si éloigné de ée rendre a cette invitation, quand madame Blanchard demanda d'un ton rigide :
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— Monsieur de Rosomber^ esl-il si*ir que le diic de Chafillon, notre maîfre, approuverait cette intimité avec... M. Jacquet?
i}r>~^^'^^^ pas avec lui! s'écria impétueusement Denise, dont les yeux redevenaient hagards; c'est un mécliant!
L'industriel d'abord stupéfait de cette double attaque se remit bientôt.
— Ah! abî madame Blanchard, dit-il en riant, vous ne pouvez donc me pardonner le crime que j'ai commis en achetant des biens du cleriré pendant la révolution? L'état pourtant ne m'a pas fait de
grâce, et j'ai du payer ces masures eu beaux et bons assignats, que diable! D'ailleurs, s'il faut tout dire, je ne vois pas que le pays ait beaucoup perdu au change. Au lieu d'une grasse abbaye de moines, il y a maintenant à Sainte-Épine un établissement utile qui donne du travail et du pain a ceux qui en manquent ; si je m'enrichis, j'enrichis aussi les autres : quant à moi, je n'en suis pas plus fier. Je n'ai pas suivi l'exemple de ces Glaudin, une famille de robins et de garde-notes, qui, parce qu'ils ont acheté la-bas, dans les bois, la ferme du Petit-Châtillon, se font appeler Glaudin de Ghâtillon. On m'assure même que le fils, un élégant de Paris, signe Ghâtillon tout court... Non, je n'ai rien de pareil a me reprocher. Et
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puis, ma chère, était-ce donc plus mal d'acheter des biens du clergé que des biens d'émigrés?
Madame Blanchard devint pâle d'indignation.
— Vous savez, balbutia-t-elle, dans quel but...
— Bon ! bon ! ne nous fâchons pas, madame Blanchard ; vous vous êtes dignement conduite; je ne dis pas le contraire. Mais pourquoi n'aurais-je pas des sentiments aussi délicats que les vôtres? Et si quelque jour les moines de Sainte-
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Ëpine venaient me réclamer l'abbaye, que savez-vous si je ne consentirais pas aussi a la leur rendre pour le prix qu'elle m'a 00 vite ?
Et M. Jacquet, très satisfait de son argument, se mit a rire en se frottant les mains.
— Quant à cette jeune demoiselle, continua-t-il froidement en regardant la pauvre Denise, il est vrai que je l'ai rencontrée plusieurs fois, dans mes promenades, courant seule et avec un costume que je ne saurais permettre a l'une de mes filles. J'ai pris la liberté de lui adresser de légères remontraneeSj et c'est là
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sans doute la cause de ce déchaînement de colère de la fille et de la mère contre moi. Mais j'ai rempli un devoir d'honnête homme et je ne m'en repens pas.
— Non ! non ! ce n'est pas cela, dit la vieille fermière ; mais votre finesse, votre hypocrisie...
— Assez! ma honne madame Blanchard, interrompit Roscmberg avec un sourire bienveillant ; chacun de vous est dans sua rôle et je ne suis pas surpris que vous ne puissiez vous entendre. Sachez cependant que j'ai la plus grande estime pour M. Jacquet, et que le duc connaît et approu^e mes bon? rapports avec lui. Pour en don-
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ner une preuve, j'accepte avec reconnaissance i'Iiospilalité qu'il nous offre, a mon fils el à moi, jusqu'à ce que nous ayons trouvé un logement conv^enable à Châtillon.
Le négociant remercia chaleureusement, tandis que madame Blanchard et Denise paraissaient consternées; cependant, ni l'une ni l'autre n'osait plus élever la voix après la réponse si nette et si précise de M. de Rosemberg. Jacquet voulut partir sur-le-champ et on se dirigea vers la cour.
Comme on traversait un endroit obscur, Denise s'approcha d'Ernest, beau-
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coup plus occupé d'elle que du futur associé de son père, et lui dit d'une voix vibrante :
— Je vous en conjure, monsieur, ne fiez pas a cet homme !
Cet avis avait été donné avec tant d'intelligence et d'apparente lucidité, qu'Ernest se promit de faire tous ses efforts pour détacher son père de M. Jacquet.
On monta en voitifre a la clarté des flambeaux que portaient les servantes.
Madame Blanchard et Denise, debout sur le seuil de la porte, se confondaient en révérences.
5ïS LE SPECTRE DE CHATILLON
Tout a coup la jeune fille, prise sans doute d'un nouvel accès de son mal, poussa un éclat de rire, et, arrachant sa couronne de bleuets, la lança dans la voiture qui partait en ce moment.
Ernest se pencha sur le tablier du cabriolet et vit la pauvre enfant que sa grand'mère et les filles de service enlraîniaient dans la ferme.
— Allons! dit-il en soupirant, je me trompais... ce n'est qu'une malheureuse insensée !
riN DU TROISIEME VOLUME.