IX
C'est donc l'armée, et Tarmée seule, qui nous vera. Et quand je dis nous, je ne veux pas dire]
*) Les ^rondins^ t Vlll.
LE SPECl'RE ROUGE. 53
société telle qu'elle existe; je veux dire la société telle qu'elle doit être: 1» société ne se mèlaiit de rien, qu9 ëe ses affaires de famille, d'intérêt et de plaisir; la so» ciété vivant au beau soleil de Dieu, vivant des sciences et des arts, qui font sa gloire; de la guerre, qui fait sa grandeur: de l'amour, qui fait son paradis sur la terre; la société oubliant J.-J. Rousseau et renonçant aux folies risibles on sanglantes dont le honteux règne de Louis XV lui a laissé le legs empoisonné.
Alors i^eut-étre lui viendra t-il a l'esprit d'admettre
et d'adorer Dieu.
Le temps est bon potjr que l'armée ait ce magni»- (Ique rote. Plus tard, c'eût été trop-tard. La loi du recrutement ne manquerait pas de produire une armée socialiste. Je m'étonne que les chefs du mouvement sauvage n'aient pas la [latience nécessaire pour attendre cet infaillible résultat.
J'ai présidé, comme préfet, pendant seize ans, des conseils de révision. J'ai vu, nus et tremblants, cent mille jeunes gens dont pas un seul n'aurait voulu être reconnu propre au service. C'était à qui simulerait le mieux une infirmité, jusqu'au point de dépasser, en io* vention, les plus invraisemblables scènes de comédie. H y aurait un volume à faire sur les ruses de ce moment solennel, où la liberté de l'homme est en jeu pour sept ans.
£t eependant, arrivés à la caserpe, t<ius ces maU heureuxy qu'on croirait poltrons, deviennent^ sous l'uni-
forme, de véritables héros. .Le paj'sao n'est plus le paysan: c'est le soldat; un être à- part» un moine armé, soumis avec abnégation et orgueil à la. discipline des cloîtres; ier, au dehors, de Thabit qu*il porte, et prêt a le faire respecter partout; ce n'est ni un homme, ni un citoyen, c'est un soldat; grand nom qui, depuis les débuts de Thistoire, signifie mcâire des événemenU historiques. Car c'est à l'épée qu'aboutissent tous les débats humains. On aura beau créer des théories de gouvernement; on aura beau chercher a éclairer, civiliser, moraliser (je me sers des plus beaax mots d'invention moderne), on ne fera pas que les hommes changent de nature, et qu'un jour ne vienne où, à bout d'arguments, ils ne prennent la force pour juge dans leurs conflits. Là seulement est la conclusion de toute querelle; soit que la force agisse paisiblement au nom d'un texte, comme dans les assemblées, où le nombre plus grand écrase le plus petit; soit qu'elle agisse violemment et en son propre nom, comme dans les guerres, où le courage habile établit le droit.
Au milieu des divagations de notre siècle, il est curieux que nul ne se soit insurgé contre ce grand fait de la force, ap|4iqué aux batailles gagnées. C'est qu'eu effet rien n'«st plus inattaquable qu'un succès de cet ordre. Il est si naturel et Si bien danis la donnée de la création^ qu'au milieu môme du désordre moral où tie plongent nos sophistes, le fait du succès militaire est resté le seul en dehors de toute atteinte.
LE SPEGTRE ROUftE. 55
Geux«IÂ méines qui prêchent le phis haut en faveur de thumanUé savent que la force leur serait nécessaire, et vous savez s^ils.en useraient à t'occasioa!
Que de caresses n*ont-îls pas faites à l'armée , et queUe joie c'eût été pour eux que d'y créer des prosélytes! Ib n'ont pas réussi; les dates dliumiUation étaient trop récentes pour que les baïonnettes expulsées se rap» prochassent sitôt.
^ Mais M mesure que vous renvoyez dans les villes et dans les hameaux des hommes habitués au métier des armes; à mesure aussi que vous appelez, du sein de ces villes et de ces hameaux, des jeunes gens infectés du principe démagogique lajjourd'hui sucé avec le lait, vous arrivez, a un double résultat, dont une grande part est déjà faite: bandes aguerries pour les insurrections,
— c'est ce qui commence, . — ^ et régiments peu sûrs contre elles, — c^esl qui pourrait être dans cinq ans.
— Il iaut, en ce pays volcanisé, une armée à part, comme est l'armée anglaise, où le soldat a sa carrière faite pour ta vie, sûr d'une retraite a la fin de ses jours, et ne rêvant jamais a son clocher. Il n'y a pas, en Angleterre, un seul homme du peuple qui sache manier le fusil Quelles que soient, dans un avenir possible, les émeute» sérieuses de Birmingham ou de Manchester^ quels que soint les tumultes des districts manufacturiers, au début d'une crise industrielle, Fappa* rition d'une compagnie de grenadiers sufBra toiyours pour rétablir .l!ordre. C'est ainsi seulement que la force
i<èste doftiplète, et qu'elle [t^sté in» maHèê itinind des l^onTehi^mentof. Ils n*<en dnt que trop besénîtt «iijoiifd'hui, et doivent le comprendre,' 8*ils se souviéiinent <Fuif passé récent.
Tout esf te, en éffct. Compare^ dèm spucttieleâ: iXkt à r Assemblée lé^slaitiVé, qui repHi<seiite ^e qtf^ il<lris le jargod tfetiiel, en tfpptUe ridétf^/ voyez dé haut, — comme est placé le public, -^ ces crânes chauves ou Manehfs <(uè sembleraiefi! detoir recouvrir )a sagesse; vous n'entendrez que bruit, murmures, ex* cfcimations, ihjures: vous assisterez A un tel tapage, A un tel échange de lazzis grossiers; à une séance de collège en rumeur, si peu digne de Fége et des précé* dents de eevfx qui s*y montrent, qu'il vous nérttra dans f Ame une dédaigàéUse tristesse en Songeant aux instU tutions qui iKius régissent. Allez, au contraire, visiter quelque citHdcfllé, cefle dé Vificennes, par exemple, qui est si près de Paris: voud serez saisi, fen suis sâr, d'un sôlenoëi respect, au premier coup d*oeil jeté sur cette haute tour, qtii représente les vielix temps de ftiree. Elle est encore debout, avec ëes solides assises, tout comme an temps de Philippe le Hardi, semblant dire A tiôs maîtres, l(3d avocats, qbe leurs paroles ne fonderont rien d'aossi durable. Puis pénétrez dans les tours, et voyez cette longue file de canons, ces ran* géés de boulets, iées gardes silencieuses qUi veillent aux portes, ces saluls chacun aux chels qui passent, cet ordre enfih, dohtvous avez tant soif ai^'oMi'htri dans
LE SPECTRE HOUOEl 57
ta vie mîie, parce que te désordre s^y est jeté avec voire éduealioft, |Mir«e voo» en souffres e4 que vous en prévoyez PépouvimUiMe suite; et si voos feites^ de sang froid ^ la comparaison, vous conviendres que le faux est thés tous, et lé vrai dans la forteresse. Le vrai, c'est le Simple, partout et toujours. Ccst Punité, qui est rextrèfue du simple^ l\inité, foiidement du dof om catholique, fondement du dogme milttaire. Aussi, TEg** lise et Parmée Ofit*ellês résisté &' tout les assauts de la démence furieuse suscitée par le dogme absurde de ^ Raison. L'une et l^autre vivent encore et se rajeunis* sent, au milieu du vaste cimetière où s^entassent les systèmes politiques et philosophiques, dont s'épuise, j'en ai l'espoir, la dernière génération. Oh! Foi et Force, leviers uniques des mouvements humains, il n'y a rien, en dehors de vous, que d'impuissant et de factice!
Mais la Force, dans nos temps^ est seule maîtresse. On peut toujours l'oi^niser, quelles que soient les croyances et les mœurs* C'est eHe qui décidera toutes choses, jusqu'à la fin de ce siècle maudit.
Si rapide que soit la secousse imminente, si long que puisse être son prelongement, un jour viendra où, même en Tabsence d'une armée, vingt hommes se réu>niront pour résister aux cannibales du monde nouveau. Ces vingt hommes seront déjA une armée, comnM te fut^ il y a soixante ans, le premier rassemblement vendéen.
On comprend la suite.
58 l'B SP£G1»E ROUGE.
Le combat matériel, en défNt des id^ologiues, ne eeseera jaiMis d*âtre lu sufiréoie suactioii de» faits.
Le fléau passager de Pldé^ se diasippe à rimmuabie i4)parttioQ de la Foroe* Et, « voirce qqî arrive en fiés jours, où ridée libéride aceoroplit son derttier ravage, on a plaisir a se rappeler tes paroles de M* de Galonné, écrivent, a la noblesse fraUçéisi», au moiseiii oii com« mençait eette guerre. gigantesipie de la Bévoluiton: JVe ,,voUs dîsetnulel pas qu'il existe une lutte terriUe. entre J'impriàkerie et rartillerie^ Quel on • sera le fruit pour ^le triste genre huiUain? La Provideece^ qui place à ,,la même date ces deux inventions dons la marche des ^temps et des événeoietits» a-t«4elie voulu proportionner le remède au mai?'' ..
Il est bien temps que le remède Opère! et ce sera justice. Je ne rei§^etterai pas d'avoir vécu dans ce triste temps, si je puis voir, une bonne fois, châtier et fustiger la Foule^ cette béteimmonde et stupide, dont j'ai toiyoùrs eu rhorreur* Reg^rdex^la, quelque soit son costume, blouse ou habita quelles que soient ses moeurs, son éducation, ses croyances: «tans un selon, ou Ton se pressé pour voir et entendre mieux; a la porte d'un théâtre où; Ton veut entrer; dans le théâtre mémcy où IHm S'imprttienfce, et où l'esprit consiste a lirappec des pieds et. des cannes, sur le parquet» diuis cet ignoble rhythme qui est de^'eim presque Jûstorique, sous le nom de Vair des lampions; sur la place publique, a Taube du jour, lorsqu'une tête va tomber sous le couteau de
I gvilloiioe; r^ardez la foule, partout et toujours, et <ous ia trouverez, oon pa$ folle, mais iofibécile, mais ^ruiale et niaise à faire voitair. IlsenùMe, dès que les lommes sont réunis en masse, qu'un oiagnétisot^e de lèiise et de v^ilgartté se développe, et change subitement d^honnêtes gens en crétins ou en furieux»
Et la foule gouverne, et c'est son gouvernement qu^on a voulu!
Ce ne sera pas trop, potir la revanche de nos déceptions, que d'assister à la dêch<^iice de ce s^le empire, proclamé paf nous tous dès notre jeunesse, et dont nous avons été les prétoriens; pauvres soldfits aveugles, dressés au tapage et n la révolte par ceux qui devaient nous enseigner Tordre et la Soumission. Mais, hélas! ils avaient reçu ces leçons eux-ntèmes de nos grandspères, les amis de J.-J. Rousseau! Ce rhéteur sinistre n'eût pas fait grand mal, s'il n'eût écrit que son Discours sur l'inégalité des conditions, pour prouver que la vie sauvage est TËden réel. Mais sa' malfaisante éloc|uence n'a que trop tôt quitté ce thème U'écolier |»aradoxal ; elle s'est jetée, a^'^ le presaeniiment du succès, à la conquête des idées contemporaines* Nul, à coup sûr, ne se fût empressé, sur la parole du Genevois, à retourner dans les forêts pour y vivre de glands et d'herbes. Mais lorsqu'il vint à parler d'un contrat social, dont la tradition se retrouvait en son esprit, et qu'il en formula, dans ce style sonore dont le retentissement n'est pas éteint, les menaçants articles;
lorsqifH vint lire h la société assoupie Tacte étrange J nooTeau qui refaisait un droit perdu, ce fut un cri uni versel, et un «iiiTersel bonteversement h la voix de c terrible notaire.
Un siècle entier s'en est suivi, dont nous savons I démence. Il a fallu Tépreuve de ces théories iippliqués,| pour qu*on ose aujourd'hui proclamer leur néant. Laj minute est proche où le fatras philosophique ira rejoindre, dans la poussière des bibliothèques, le fatras scolastique dont s'émerveillèrent nos aïeux.
Nous verrons donc, je Tespère^ finir les saturnales au milieu desquelles nous sommes nés, Ce sera dans des flots de sang que se fera cette rénovation de la marche humaine. Mais le mouvement sera prompt, si terrible qull doive être. BlenUU surgira le chef pour apaiser ce tumulte immense. Qui est-il, et peut*on le deviner? Non ce soir, ni demain sans doute; mois il existe, et nous Tnvons vu passer: quelqu'un de ces hommes devant lesquels on se range, et devant lesquels, par instinct, en se lève, comme était Stilicon, obscur encore avant que Glaudlea le chantât *).
Quel qu^l soit, son rAle est simple. Prendre, d'une main ferme, la dictature la plus absotue, et se substi-
*) ...Quacumque alte gradereris in Urbe, Gedentes spatiis, assurgentesque videbas.
Quanivis miles adhuc.
(G I a u d i e n. De Umdibus StiKekùm.)
\ LE SPËGTAE ROUGE. Ç|
)* èk tous les Uxtes i|ui noua ont gouvernés depuis kante aos.
^ Car ce sera plus tard une curieuse rei-hercbe pour » penseurs, que d'expliquer comment, dans la durée ^ sièele, l'Europe s'est prise de soumission et de Bpeet pc^r des morceaux de papier. L'Mstoire, depuis )r premiers 4ges, nous a?ait montré, jusqu'à nos jours, liocoaie dirigé par l'homme; quelque héros, quelque lage, quelque habile, avaient gouverné les naiious, La
t inquête «rmée changeait, par intervalles, les distif» , ij^ions d'empires. C'était eoBo rintervention binmaine qui agisamt sur les événements. Nous venons d'assister a un étrange phénomc&e: ce n'est plus l'homme qui agit; c'est une phrase iflaprimée, qu'on nomme J^^, après qu'elle a subi toute sorte d'injures hautement profénées par la moitié — moins un — des -législateurs* Dduc, A Itieure suprêsie du coaibat, que l'imprévu peut faire soooer demain , celui qui sera vainqueur, — qu'il soit le chef actuel de l'Etat, OU qu'il naisse des circonstaQces, — celui qui, survivant a la mort des chefs, ou faisant mieux qu'eux-mêmes, général, colonel ou sergent; cejui eoHu» qui le dernier essuiera son sabre après rinsurrection terrassée, pourra marquer sa plaee dans la liste des hommes utiles et grande. H n'aura qu'à souffler sur le chMeau de cartes de d789, iA à dire, à son tour: l'Etat c'est 4n«i. Cielui«l& pourra donner i la France le seul igouvemeraent q«i lui mi propre, et le seul qu'elle puisse aimer, en dépit jdoe