LE SPECTRE R0D6B
malheureux qui Fécoutent eneore, et que la crueHe ex* périence des faits n*a pas encore désabusés! Pendant ce temps, il y a toujours eu des hommes qui^ dans leur obatttrité patiente, répétaient, du haut d'une chaire peu entourée, les vraies paroles de la vie: Mortel, tu n'es rien ici-bas: quoi que tu fasses, quoi que tu ten« tes, il faudra mourir La minute qui s^éeoule pour toi, dans ce voyage terrestre, se nommât-elle un siècle^ aura sa lin. Et à ce moment suprême, ce sera comme SI elle n'eût pas duré* Il ne te restera rien de ce cpie tu as dit^ rien de ce que tu as fait — Oit est le PROGRÈS, maintenant?
Les novateurs ont si bien senti l'impuissance de leur doctrine devant ce grand argument de la Mort, qu*il leur a fallu se réhigier dans le panthéisme, c'est-à-dire dans la négation de Tindividu. ils ont été forcés dl« maginer un être, appelé Thumanité, dont chaque homme serait une parcelle, h peu près comme les feull* les sur Tarbre qui les soutient. Les feuiUes tombent; arbre reste et vit. Ainsi de l'humanité, qui malgré les morts individuelles, croît et progresse toujours..» Cela fAt*il vrai, que le progrès n^aurait aucun but, puisque l'heure doit venir où Tarbre lui-même sera réduit en poudre par un de ces cataclysmes dont les gigantesques traces ne sont pas encore effacées. On ne fera jamais passer de telles doctrines dans l'âme des peuples* Chacun se sent individu très -un et très -personnel» Chacun sent que ses pensées, ses méditations, ses joies,
ses amours, ses désespoirs lui appartiennent en propre. Un seul grittid fait a modifié, dans rhomme, non les passions qui seront immuables, mais leur façon d^agir; c'est le christianisme* Dès son apparition, tout a été changé dans les moeurs humaines: au culte de la fçrme, à la glorification des sens, succédèrent tout à coup le mépris du monde visible, et Tamour du monde inconnu* L'homme vivait par son corps; il apprit à vivre par son âme, et à rechercher, en dehors de la volupté terrestre, d^autres voluptés excessives que la terre n'offre pas. L'extase remplaça le plaisir, avec Tintermi* nable joie qu'elle sut donner aux adeptes, et qui ne cessa pas sous l'étreinte des Uons de Famphithéâtre. Ce dut être un étrange spectacle pour ces païens sensuels» qui ne connAiissaient que la mort atoîque, de contempler la mort souriante des martyrs. Et c'est alors que put se faire, en deux mots, la définition de ces temps, où le genre humain prit sa nouvelle voie : ^Deux amours ont fait deux cités: l'une, «terrestre, est née de l'amour de soyusqu'au mépris „jde Dieu; l'autre, céleste, est née de l'amourdeDieu Jusqu'au mépris de soi*),^ De ces deux cités, l'une est en poussière et ne se relèvera plus. L'autre est éternelle, et quoique désertée, se repeuplera quelque jour. Elle seule donne à ceux qui Thabitent le vcri-
*) Feceront itaque civitates duas amores duo; terrenam scilicet amor sui usque ad contemptum Dei; coelestem vero amor Dei usque ad contemptum sui. (Saint Augustin, Dv eitUott Jkis liv. XIV., ch. XXVni.)
table mot du bonheur: Souffrez. Et si ce mot épouvaute les nouveaux venus, le commentaire est facile: Souffrez, parce que rien, ailleurs qui*ci, ne vous consolera de souffrir, et que la souffrance est la condition de la vie. Souffrez ici, car vous y trouverez joie et transport, et qu'en tout autre lieu, vous trouverez désespoir et solitude; souffrez ici, parce que vous en serez béni, qu'on vous y entourera de gloire et d'amour, et qu^en tout autre lieu, vous serez livré à Toubli, au dé^ daln, à la raillerie. Souffrez, car c'est ici la richesse, le luxe, l'éclat, l'honneur, tout l'inverse de ce que la souffrance peut donner en dehors de cette cité radieuse!
Je défie |a raison, entourée de tous ses sectaires qui en ont fait une déesse, faute de pouvoir être sérieusement athées, de trouver jamais pour de pauvres êtres comme nous, destinés sitôt à mourir, à se débattre sans cesse dans les maux et dans les angoisses, un programme de vie plus consolant et plus attractif*
On l'a fui, cependant, mais on y reviendra. Il y a quelque chose au fond de Pâme humaine, qui ne permet pas de si longues erreurs* La grande lumière qui a paru sous le principat de Tiberius César ne s'éteindra jamais* Elle a marqué le seul progrès que Thomme puisse atteindre, c'est-à-dire la science de son néant M. Proudhon, qui a voulu être l'extrême expression de la révolte contre le monde chrétien, mourra aussi à son tour. Et il ne s'occupera guère, à ce moment sérieux, de ce que signifie le mot propriété. Il comprendra,
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si Dieu lui en laisse le temps, que ces recherches sont des niaiseries, et que rsrrangement des choses terrestres est de bien peu de prix. H se dira, sans doute, qull vaut mieux les laisser comme elles sont, en quelque temps qu\>B vive, puisqu'il n'en résulte jamais qu^ua même fait pour chacun: la mort
L'Eurq»e, en vérité, depuis 1789, ressemble k un collège en révolte. On y a brisé les bancs, éteint les quinquets, battu les maîtres, et après ce désordre rtdicule, accompli au nom d^un grief enfantin qu'on a nommé le progrès, on attend, tout penauds et tout contrits, Tarrivée de la force publique A laquelle aboutissent de tels jeux. II est bien temps qu'elle apparaisse, car les jeux vont devoir sanglants!
Il y a toujours, même aux plus mauvais temps, un côté gai dans les choses. De toutes les époques histo« riques, depuis Tirruption ^es Barbares sur Tempire romain, l'époque actuelle est la plus ftinèbre. £t cependant, cehii qui veut rire sous ce ciel chargé d'orages, avant qu'éclate la foudre qui pulvérisera tout, peut encore trouver son quart d'heure, et attendre les événe* ments* Il lui suffit d'aller dans quelques salons et de lire quelques journaux: je veux dire salons et journaux dans lesquels il s'agit de cette plaisanterie qu'on appelle \à fusion des deux branches de la maison de Bourbon.
UB SP£CTiUS ROUGE. 31
Il devait^ se (lasaer quelque chose ée ce genre A ConstantiBopie, lorsque Siahottet II «ssiégeail k viUe« Seuiement c'était sur des points religieux que s'agitaient les eaiwits. Nous rions aigouid%ui de cette imbéetUité byzantine* On rira, plus tard» de raberratimi parisienne*
Au moment où des millions de protétaires, enrégî* mentes par la haine, sont prêts à se ruer sur la société du diK«sep(ième siede, pourrie par le dix-huitième; au moment où les principes conservateurs sont éteints jusque dans le moindre hameau;. où Tenvie furieuse, souCDée au coeur des masses par les sophistes de tout rang, dévore l'enfant dès son berceai^, a Taspect de la maison qui semble faire honte à la chaumière; a ce moment de jacquerie prochaine et de sauvagerie imminente, il y a des gens qui se disent: ,^18, vraiment, tout cet immense désordre aurait son terme, si M. le duc de Bordeaux était admis comme roi par M. le comte de Paris!''
Et ces gens-lé, qui ont gouverné le pays, qui passent pour spirituels et capables, se couchent ie soir avec peine ou plaisir, selon que la journée a été mauvaise ou bonne dans le sens de leurs essais. Je vais leur dire à quoi sert tout ce temps perdu* A faire que cinq ou six dames de la haute société dînent ensemble, après avoir été quinse ans sans se saluer; à faire que M. ua tel^ qui n'allait pas dans certains safams, j puisse eotiw avec arrangement préalable et annoncé de cette conquête ; à faire, enfin, qu'un petit acte, ignoré du public.
se joue 60 quelque coin du faubourg Saiol-Honoré ou du faubourg Saint-Gemnia Et puis, c'est tout Sortes de rbôtel où se passent ces niaiseries, vous trouverez, dans la me, les promeneurs qui u*y pensent guère, et plus loin, les rudes Mousiers sans lesqueb an compte, et qui entendent, cependant, que Ton compte avec eux.
Cehii qui lit ce livre pourrait s*amuser A faire une fusion avec son voêin; le pays en aurait tout autant de profit qu*avec la fusion des deux branches. 11 m'est impossible de ne pas rire aux éclats, tout seul, et comme dans qioii meHIeur temps de gaieté, lorsque je vois ces bouffonnes tentatives sérieusement faites au nom du salut social
Et pourtant, grand Dieu! nous approchons d'un jour où il n'y aura plus à rîre« On trouve, parfois, dans les journaux, de grosses vérités. M. Eugène Pelletan a formulé celle-ci: ^U n'y a pas une femme qui accou- „che, à l'heure qu'il est, qui n'accouche d'un socialiste*).''
M* Thiers n*a pas lu cela dans la Pre$$e, et ne le lira pas davantage ici. Mais k ceux qui le liitmt, je conseille de méditer cet aphorisme* C'est, à mon avis, la plus exacte représentation de notre temps.
C'est le combat de don Quichotte contre les moulins,, que cet essai puéril des arrangements parlemen* taires contre un danger qu'on méconnaît On semble
*) Pre9$e du 1. décembre 1860.
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croire que la luiliDO françane a das godts ou das aati^. paUiîes* La aatibn fi^ançime n*aiLisie pli»* H y a, sur le vieux sel des Saules, des ridies inquiets et deé^ pauvres avides; il n^y a queeela. Les pauvres^ dressés à Tenvie, A la haine, A la soif du pHlage, sont prêts A ravager, par .leurs millions de bras, les chAleaux, lés appartemèola luxueux; A disperser, dans un long cri, tout ce qui leur parirft une insulte* Ce qui les retient, A cette minute oi j'^ris, c'est Farméé* Les phrases de rhéteurs seraient sans force devant ce- déchahieineni qu'elles ont produit eiles^mêmes* Ne cherdiez pas le remède là où s'est fait le mal Voua n*aves plus rien à apprendre au poiqile: il est A bout diîisfructiott. Vous n'avez plus qi^a le contenir, A ce moment suprême de la foreur que vous lui aves inspirée. 11 est ivre, en ce moment, de vos doetrmes et de vos discoura; il n'y a pas A lui parler raison; il n'est plus en élat de vous entendre* Vous vous plaignez de ses folies: pourquoi Favez-vous soûlé?
Sa folie sera ftirieuse, et ce n^est plus de politique, A cette heure, qu'il 8*agit de Tentretenin II ne sait plus la langue que vous partes, 6 petits bommea qui avez conduit la Franee, lorsque ta France doraiail el taissail les salons la repvései^r. EHe est éfeilHe ao^eurd'hui, dans sa niasse immense, grAce A vos ânpruésnlea exh dtatiena» Vous ne le lèret phm retomber dans sa couche, •n prononçant qoriques nomA.
La France nfesl plus ostte coioelian priviégiée qui
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fiytait les législateurs ; c^est 9 luaînteiiânl, la coUeciioo de tout ce qui vous épouvante dans Parisy .aux jours d'émeute^et cdle encore des paysans qui sont prêts k scanner de tauh, cominë les Polonais, no$ ftèreê^ pour saccager la bourgade au nom de l'égalité: Qu'à y ait FUSION, qu'il y ait PneaoGAXiON, qu'esi-ce, je vous prie que feront ces niota?*-*car je ne peux pas dire ces choses -^ Rien de .cela n'a de sens.
Le moment est venu où il faut plus que des mots, plus que des noms, phis que des lois* Le moment est venu où les événements seront les maîtres, et feront, d'eux^-mèmes, la besogne inconnue. C'est par eux que surgira le pouvoir sauveur, qui ne s'inventera pas par i des transactions stériles. Mais que de lamentables calamités avant ce dernier. résultat! et qu'il est triste d'aller si bêtement à la guillotine, où l'on nous conduit avec des gants blancs!
L'école libérale a procédé d'une étrange façon en ce qui touche déplus près l'application de ses doctrines. Elle voulait, en supprimant les préjugée (c'est -à* dire les croyances qui font la stabilité des. Etats en même temps que celle des moeurs), substituer aux vieilles règles de tradition religieuse, l'abstraite algèbre de ses formules philosophiques* - On ne . padait phn, après la
Restauration, que de moraliser le peuple, et Ton y mettait le même zèle qu^\ lui soufRer la haine du prêtre, de jésuite et du confessionnal Le Dieu des bonne» gens était le Dieu en vogue, et le Curé de Béranger, avec sa bouteille et sa servante Suzon, avait seul droit d^orthodoxie. Quel beau peuple on aAait faire là! C'é-> tait miracle, que de voir la raison détrôner le baptême, et créer, d'un seul jet, toute une génération de sages, à laquelle le bon sens (nous a4-on assez parlé, depuis ee temps, du bon sens des masses!) suffirait comme règle de vie, avec une pointe de gaieté épicurienne, comme distraction. Mais il y avait, dans cette école, de rudes professeurs en morale puritaine, qui prenaient la doctrine très au sérieux. Ceux-là ont voulu que le dogme eût sa traduction pratique, et ils ont dit qu'un peuple ainsi moralisé ne devait pas avoir la moindre chance de sortir des bancs où l'on venait de le parquer* 11 lui suffisait, diaprés eux, de se savoir moral, quoique pauvre, et c'était une injure a lui faire que d'offrir k ses appétits Tappât d'une fortune qui ne serait pas le prix du travail. Ce sermon a été écouté, applaudi, sanctionné. On a supprimé la loterie.
De toutes lés fautes que notre siècle imbécile a commises, la plus lourde est celle-là* J'aurais compris, une telle mesure dans un temps chrétien > lorsque la misère avait le paradis comme richesse future; maïsdémolir, de la même main , . l'espérance du ciel et l'espérance de la terre; ôter aux affamés d'ici-bas la lueur
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du bien-être naatériel, lonqa*on avait éteint pour eux celle de Paiilre vie; c'était une si cruelle alupidité> quW en devait voir bientôt la vengeance. Nous la voyons maintenant. L'aboliKoD de la loterie a été une des causes du socialisoie, non à l'état de tiiéorîe, mais à Fétat de sentIroenL
Autrefois, iorsqu'uB de ces hommes en blouse qai vous effraye pw préviaîon, regardait une riche voilure, passant fringante avec ses deux chevaux; lorscpi^il «pereevatt derrière les places une femme jeune et jjoUe, portant un chAle dont le prix aurait nourri deux familles pendant Tannée entière, il ne se sentait pas pris de haine et d'envte féroce; il se disait: J'aurai peut-être tout cela demain. H rentrait dans son froîd grenier sans fiel et sans colère; il y faisait, sans doute, de& pro^^ de comparaison pour son luxe è venir; la femme et les enfants écoutaient son récita et Pon ne se disputait que sur l'emploi du quaterne prochain.
La pièce de vingt sous perdue avait payé plus d'un bon moment de soirée, et il n'y avait, mi lendemain, qu'un nouvel espoir comme conséquence du jour pasâé. Aujourd'hui, quelles sont les réflexions de ce même homme, lorsque passe la voiture devant lui? Il se dit: «Jamais cela ne m'appartiendra. Quels que soient mon „ordre et mon économie, jamais je n'mim ce que je «vois et ce qui m'insulte.
«La prostituée que j^apergoia a gagné cela dans
„tme nuit, et tous mes jours, à moi, s^accumuleront ^sans que je puisse atteindre au millième de ce luxe!*
Dites si cet homme ne maudira pas i'otàre soéia^ et si M. Louis Blanc n*a pas dû le séduire?
L'expérience, qui généralement ne sert jamais A rfei^ commence pourtant a faife revenir sur cette sottise. On encourage aujourd'hui les loteries, sous prétexta d'oeuvres de bienfaisance, ou de projets, tels quels, d'utilité publique. On a raison. Il n'y a pas une pauvre fille, dans Paris, qui n'ait pris un billet des Lingots d'or. Soyez assurés que les ouvriers qui en ont se tiendront fort tranquilles à la première émotion de rue. Aucun d'eux ne voudra compromettre les 400,000 francs qu'il espère. Puisqu'on ne sait plus parler au coeur, qu^on parie du moins aux intérêts.
En supprimant la loterie, on a créé la rage maté* nnlistc qui anime les prolétaires, et qui éclate A toute occasion. Le mot û*arisfo, si fréquemment employé dans les tumultes de rues, ne s'applique plus aiix classes, mais aux habits. Quiconque a Pair de ne pas mourir de faim, quiconque est a cheval, quiconque descend de voiture, quiconque a des gants aux mains, quiconque tire un louis de sa poche, quiconque a dea brodequins vernis, quiconque, pour en finir, n'a ni s'a* bois ni blouse, que celui*la ne sVrrète pas, dans une foule, sur le boulevard du Temple: il serait insulté, fût -il du meilleur sang plébéien. On ne lui demande pas son origine; on ne veut rien savoir de ses idées
DÎ de sa praffession. GVst à son costume, A ses habitudes présumées que Ton s'attaque, tant la haine et Fenvie soht deveuues, pour cesi masses athées, de vrais articles de foi. Je trouve cela très-naturel, ^ ce n^est pas les masses qqe je blAme. Je blâme nous tous, qui avons été leurs professeurs. Mais je hidme encore plus rUniversité, qui nous a fourni les nôtres.
Ici un mot sur l'Université. Aima parens, comme disent les maîtres d'étude. Je me souviens des soins de cette bonne mère. Januus, pendant les dix années que j'ai passées dans ses bras, elle ne s'est enquis ni de mes penchants, ni de. mes idées, ni de mes moeurs; elle s'enquérait, avec grande anxiété, de mes dispositions au thème, au vers latin, à la version grecque; eUe me plaçait, de temps en temps ^ sur le front, et avec fan* fares, des couronnes de chêne lorsque j'avais réussi, en un certain quart d'heure, à écorcher un peu moins que d'autres les langues perdues de la Hellade et du Latium^ Elle me contait, en se pâmant, le meurtre de César, et me faisait pleurer sur les Gracques. Mais, en revanche, à la chapelle, on riait fort. J'avais, pour former mon coeur à la verty, un aumônier de quatre-vingts ans, presque en enfance, qui, toutes les semaines, se chargeait d'égayer quatre cents drôles, ceux du moins
LE SPECTRE ROCGE. 39
qui ne dormatenl pas k ses élpiDges semons» Vers la fin de cette édcMiicMi, feus- même le bonheur de trou^ ver, jiarmî nos surveillants, un aimable garçon qui m'ai* dait à composer des opéras oomiqiies«. Quelques pro» fesseurs fréqventaieBt les coulisses, et le goût du théâtre m'avait pris.
Ainsi dressé, et destiné, sans donte (puisque j'avais été réUfve de l'Etat), a soutenir tout cô qui faisait la force de l'Etat, e*€3i*à«-dire les principes monarchiques^ religieux,* conservateurs, ma logique me pouss# dans une vente de carbonari; c'était la .première et la plus naturelle application do ce que 'l'Université avait. hien voulu m'enseigner, ou me laisser apprendre sous ses yeux. J'étais alors élève de PEcol» polytechnique, où Pon espérait que je pourrais recruter des adeptes. Je dois dire, en passant, que mon essai depropagande^mè dégoûtai du. prenûer coup: ja fis des ouvertures mysté» lieuses, et d'un air de franc -juge, l\ mon camerade MontaKvel; qui eut le bon sens de me rire au nez.
QueS de |ttus? Votre début dans la vie, à vous qut me lisez, n'a4«il pas été,* A peu près, le même? Et si vous n'avez pas conservé, au fond de l'Ame, ce désordre traditioDnel d'où- sont sorties nos révolutions, n'est* ce pas par le &it d'une seconda éducation qui vous est propre, et qui, au spectacle des événements, a effacé la première? Vousn^v'ez pas maudit vos maîtres, car* vous n'en avez jamais eu; mais vous comprenez maintenant qu'il eAt été heureux d'^n avoir. Au lieu do:
40 us SFSGTRB ROUG&
profesieun oBouyéc» qoi v«n«ieiit vous taire reciter Taeite» avec le vif étsit d'enteodfe b cloche qui les délivrait; au lieu do «aitrea d'étudea, (Miuvraa jeunes geos à peiae nourris» dont voas rendiea Texisteoce aï dure fMir VoS-aaroasmesi que vous seaios heureux d'avoir eu de graves et affectueux instituteurs! Que voua séries heureux d'Avojr éàmâè- de bons avia, de teèdrea tooseils, sortant de bouches honorées; d'avoir aperçu toujeuia, chat ceux qui- pour vous cemplaçaioiit la famille, UBo vooation et non un Initier! .
Mais il fallait que tœtivre Met plus loin encore. Ce n'était pais aaaes que les classaa tto}'eanes lussent gangrenées de ce mal nouveau de rinêtruoHam 9m^ éducation; il fallait qUll gagnât jusqu'aux villages, et ce fut un des sages du temps que la Providenee marqua desoh doigt pour accossplir l'extrême désordre* M* Guixot, celui de tous les enfanta de la Révolution qui lui a le plus, résisté, celui que, pendant dixrbuit années, l'opinion frappa comme réacteur opiniàtrov eut la. mission de jeter des écoles dans toutes, les communes, et de déposer, dans ia loi fatale de 1833, sur l'instraction primaire, le germe- de cette universelle menace qui gronde ai;|jourd'hui dans le moindre hameau. Nul n'a pkis.f^iit, et certes sans le voufoir, pour la rapide propagatitm du comuiup nisme; une armée d*ap6tl«s obscurs a reçu^ de FEtat, commission officielle peur prêcher les doctrines de ré* vofte qu^engendre si facilement la pauvreté. Un adver» aaire à éié donné au prêtre à coté de chaque bénitier.
LE SPECTftB ROUGE» 41
Le mal a été prompt et humenâe. J^ai pu le suivre et en apprécier la marche, lorsque j'étais préfet. Tout le nMDde aujoufd'huî peut conteoiplçr la plaie béante, que DuUe main ne saurait fermer. Lès pouvoirs don* nés k f admintsiniiion, de suspendre les instituteurs, sent de ces demi^mesul^s dont Pesprit révolutionnaire est si prodigue: il sent, à chaque pas, le péril de sa route; il se Tavoue et recule un instant; mais Dieu lui a défendu de se retourner jamais. D faut, de toute force, quH avance sans cesse, tremblant et consterné, jusqu'au gouffre sans fond où il entraine les peuples.
Les logiciens hâtifs de 1793 avaient cependant bien montré le but Allant droit à la conclusion des prin^* cîpes, ils avaient instaKé, sans plus attendre, la déesse Raison sur l'autel du Christ. Le monde eût dû être averti, si jamais il pouvait Télire. Mais après avoir sifflé riiioie, il en a galtlé le culte, et c'est en son nom que tout s'est accompli. Dans ce paganisme idéal ont grandi deux générations tout entières; celle qui natt y joindra le paganisme nalériel, et c'est de la déesse Envie qu'elle fait déjà la consécration»
Il y a démence à vouloir fonder le repos chez une nation ainsi dépmvée, et il faut dire, avec Pécrîvam anglais, qu'un gouvernement n'y serait populaire qu'A la condition d*ètre le plus mauvais possible»*)
*) A good and stable government of a depraved people |6 impossible; the more popular the ^vemmeni, the VfQTBt it is. [Sophiama qffree traàk tgfamMd» ch« V1II«).
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Je vous dis, ô Bourgeois, que votre rôle est linî* De 1780 A 1848, il n*a que trop duré. Vous l'avez mené si follement et si vile^ ifue la oomédie n'a pas eu son terme, et que le parteire s'est insurgé avant Fheure probable du dénoûment^ Vous, vous êtes hâtés' en enfants, de revêtir trop de coslntnes; vous avez ramassé trop kài les manteaux d'hermine que vous veniez de jeter par les fenêtres de Taristocraiie; vous vous êtes rués, en gloutons^ sur les armoiries qui vous dégoûtaient chez d'autres; vous vous êtes chamarrés de cordons et de plaques; vous avez refait, k votre usage, tout ce que vous aviez détruit à coups de phrases, tout ce que le théâtre, le journal, la chanson,. la tribune, vous avaient aidés à démolir. Cet arsenal de vos guerres égoïstes est resté formidable et s'emploie .aujourd'hui contre vous. Il est aux mains du peuple, à qui vous en avez enseigné l'emploi.
L%eure approche; au moment du péril, où sont vos ressources? Vous vous interrogez les uns les autres: 9,Qui ndus sauvera? quelle sera la solution? ne se- „rait^l pas temps de s'unir? ne pourrait«on trouver des „ministres? quelle loi imagmer? quels changements serraient utiles dans le personnel administratif?" Girondins! ô niais enfants de la rhétorique et du baccalauréat, écoutez donc le tocsin qui brise vos oreiUes; il n*est ni loi, ni ministère, ni préfet, ni garde cham-
pètre qui puisse rien k ce cataclysme imminent J'ai ¥u, je m*en souviens, une effroyable inondation de la Loire; les digues allaient disparaitre; toute la plaine était menacée; chacun fuyait, vidant le logis de tout ce qui s'en pouvait dter; et, au milieu de ce trouble immense, deux gendarmes qui représentaient Tautorité, se promenaient i\ cheval aux bords du fleuve fiirieux* Ils étaient là, pour y être, et parce qu^on le leur avait ordonné» Ces gendarmes sont Pemblème de la société en présence de Touragon qui commence* Pas plus qu'eux elle n'a pouvoir d'empêcher Tirruption qu^elle observe, et dont elle semble n'être que la sentinelle d'honneur» Cest que la société, telle que Ta faite la bourgeoisie, n'est pas capable de plus. Cette société-là doit mourir. Sans nul doute, quoi qu'il arrive, la famille et la propriété surnageront dans la tempête; mais cela seul» L'ordre bâtard établi par les sophistes, à savoir le gouvernement d'une nation par des médecins, des avoués, des maîtres de forges; les questions de paix ou de guerre livrées à des sous-amendements d'avocats de village; les grands services publics de l'Etat mis en question, chaque année, sur b chance d'un chiffre d W sistanls au débat; le repos d'un grand pays livré au caprice de quelques mécontants ou de quelques jaloux; cela doit tomber en poudre pour no se relever jamais, du moins de nos jours. Non, bourgeois, vous ne régnerez plus, ni sous forme* de ministres, ni sous forme de juges, pas même sous forme d'écrivains. Il vous
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faudra renoncer bienidi k cette contrefaçon de Tancien régtoie que vous avies si mal arrangée a votre profit. Gomment ponvies^vous espérer que le temps n'arrivât pas, où la comparaison se fit entre vos paroles et vos actes? qu'on ne se souvint pas, par exemple, des parlements abattus, en présence de votre magistrature inamovible, tellement disposée qu'un Perrtn-Daoditi de bourgade peut tenir en échec le gouvernement tout entier sur un simple accès de sa mauvaise humeur? Voos avez inventé la division des pouvoirs, dont vous avec fait une arche sainte, afin de mieux établir votre omnipotence en tous lieux où se trouve un clocher, afin d'abaisser au niveau de vos petits instincts ce grand mot qu'on nomme la Justice. Vous aver voulu qu'un derc, sorti de vos rangs, pût être toujours inattaquable, et placé en dehors des renversements politiques; vous avez sacré, en quelque sorte, les fils de votre Eglise, TEcole de droit, inconnue à saint Louis sous son arbre de Vincennes.
Vous avez, ô Bom^geois, souillé de sang le début de votre oeuvre. Ce sont vos avocats, Robespierre et Danton^ qui ont appris le meurtre nu peuple. Leurs successeurs ont achevé cette éducation, qui maintenant est devenue universelle. Mats le peuple ^s'y prendra, lui^ k sa manière. Il fera les choses en grand, sans souci des formes, et surtout sans souci des principes i)ue vous lui avez ôtés. A votre Béranger, tombé dans l*oubIr^ il a substitué son Pierre Dupont, que vous ne connaissez
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pas, peut-être, et dont les refrains éclatent chaque jour dans ua million de cabarets. CTest le tamtam de la révolte du pauvre; c'est la tempête des appétits soule^ vés; c'est ce noir orage qui écAiappe à vos yeux au milieu de voire demi-luxe, où vous croyez tout voir dans le cours de la rente et dans les articles de vos journaux.
Le peuple sera terrible, soyes-en sûrs. Vous aves semé le gland; il faut que le chêne pousse. Pleurez^ criez, lamentez- vous: peine inutile* La loi des temps est immuable; ce qui a été commencé doit avoir son cours, et vous voilà bientôt à l'issue de vos oi^vres*
Ce (pn se passera sera une lutte en dehors de vous, peut-être sur vos cadavres et sur les ruines^ de vos maisons, mais doi^ vous ne serez que les spectateurs consternés. C'est entre le délire furieux des masses ef la discipline vigoureuse de Tarmée que sera le conffil. Vos livres, vos discours, vos Constitutions, vos principes, doivent disparattre évanouis dans la fumée de ce grand eomlmt. Le duel est entre Tordre et le chaos. Ce A^eat pas vous qiii représentez Tordre, d bourgeois de^ la Révolution! C'est la force seule qui en est le sym« bole. L'ordre, que vous avez sans cesse attaqué, et qui vous est insupportable dès qu'il parait s'affermit; Tordre que vous n'aimez qu*«u jour 06 vos vanités, vos envies |alouaes, vos turbi^ntes ambitions, vos traditions de collège l'ont mis en si sérieux péril que votre existence même est menacée; Tardre soetal a pour unique et véet sontîen, non votra ridicule amas de Cou
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dis, niAÎs le fort rempart où TAutorité reste avec son drapeau, ce rempart vivaQt de robustes coeurs, hérissé de baïonnettes et, d'artillerie, qu'on appelle rarmce« Là est Tordre, et c'est la seuieitient qu'il vous sera permis de vous abriter. Mais, sachez-le: pour jouir en paix, sous ce pouvoir protecteur, de tous vos biens aujourd'hui menacés, et du doux repos qui commence i, vous sembler désirable, il vous faudra jeter au vent, et pour jamais, le catéchisme menteur de vos philosophes. H vous faudra renoncer k gouverner, ou plutôt à bouleverser TEtat, pour apprendre à élever vos enfants et à les rendre un peu moins ibus et moins malheureux que vous-mêmes. Entre le règne de la torche et le règne du sabre, vous n'avez plus que le choix» Grâce à Dieu,* le sabre du dix-neuvième siècle n*est plus celui de Ta-> merlan. H ne sort pas du fourreau pour détruire, mais pour protéger; il est devenu Félément civilisateur, car il combat la barbarie. Les Barbares comprennent si bien ce que je vous dis là, qu'ils font tout haut des 'Voeux pour avoir, à eux seuls, cette souveraine ressource. Vous avez lu le dernier manifeste de M. Blanqui? „Qui a du fer a du pain.^ Il a raison, et ce cH, qu'on a dit sauvage, est le premier éclat de bon sens qui soit sorti d^une bouche française depuis soixante ans. De nos jours, la logique est dans la mitraille. M. Bianqui n'a tort qu'en un point: c'est lorsqu'il donne aux masses, en les supposant victorieuses, le conseil de désarmer les gardes bourgeoise». Eh! quel inu-
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Be souci! N'ont-elles pas toujours servi à faire la pa* rouille des révolutions d^ la rue?
Dons la grande bataille de Juin, beaucoup de braves (ens, sous Thabit de garde national, on foit preuve Tun vrai courage. Beaucoup ont succombé, beaucoup mt marqué de leur sang ces pavés, qui en seront rougis eucorei» Mais je m*adresse à ceux-U mêmes qui seraient prêts à reparaître sur le champ de bataille, et le leur demande ce qui fût advenu, si la garde natio^ laie était restée seule en présence de Tinsurrection. Tous répondront que Paris eût été mis à sac, et que leurs généraux efforts fussent restés stériles sans le concours des régiments, et de cette jeune Garde Mobile, le glorieuse mémoire!
Je me souviens trop bien de ces temps. Ma compagnie, envoyée k la barrière Rochechouart, comptait i peine le tiers de son effectif; et je dis trop, si je parle de la première journée. Ce qu^il y avait le plus i redouter pour nous, e^était la. maladresse mutuelle de les rangs. Il nous fallut, dans la rue Lepelletier, où Ton tous avait rangés au point du jour, expulser un de nos camarades, dont le fusil chaîné était parti deux» bis, tandis qu'on avait Terme au pied. Ce compagnon iangereux de notre expédition n^était pas le seul qui Ittt k craindre.
De bonne foi, comment veût-on que des mafchandSy les banquiers, des notaires» des huissiers^ des commis* Baires-priseursj deviennent subitement soldats, parce
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qu'il leur pifttt de revMk un umbrine? Ce jeu piiéril|| auquel la bourgeoisie s'anuae, et dont elle s'est servti^ cotBoie menace, depuis te règne de Louis XVI, vis-àj vis de tous les gouvernements, n*est bon qu'aux jour^ paisibles qu'il s'agit de troubler; mais aux jours dV>rage| populaires, lorsqu'on voit sortir de leurs antres inconnu^ oes hideux visages des révolutions, ces fantômes d^ septembriseurs, dont la race, pendant si longtemps, nou^ avait semblé morte, la garde nationale n*a plus d'autr^ but que de les regarder tristement dans leurs orgies» et de les aider au semblant de police que veut établir tout vainqueur après le combat M. Caussidière» Tor*^ ganisateur du dernier chaos, celui qui foUait de Vardrt mec le désordre ^ a obtenu, par la Garde NatioDale, IHncroyable majorité qui le fit entrer k TAssemiilée constituantew
Mais cela est oublié, surtout de ceux qui s'y om» ployaient de la plus chaudo besogne. Et, en dehoni de la Garde Nationale, je sais de grands hommes d'Ë* tat, qui seraient bien honteux d'être nommés ici, dont la louange était incessante, à ces rudes moments, pour ce hon^ M« Gaussidière.
Bourgeois! songez k ces temps^! Peu s'en est fàKu qu'ils ne vous engloutissent; et sans Pheureuse maladresse des escamoteurs de Février, voua ouasies vu de terribles scènes. Do ce que vous voua éles trouvé^ en présence de gens étonnés, qui nV>nt pas eu Taudaee de leur vidoive, ne oondMe» paa^ à une ehanca
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^reiUe lorsque viendra le second bouteverae^ifnt. Ce9 komoies aont mmulenatit averijs, et je vous jure qu^ fexpériaice kjur sorvicait
' Renoncee A vos pr«teoMoo6 npilitaires, ajMssi bien Ijtt'à V09 préientiotis légldatives. Vous oe pouvez ph^ tien, par votre part de force, cootre le géant qui marche bur voius» Re^E dans vos nuusons, aongei^t chacun I ce qui vous intéresse; à votre magasin, a votre étude^ I votre atelier» à voire cais$e; jetez au grenier votre Qnifonne gênant; jetez à l'oubitt vos opiniçns d'ei^fances; Vivez heureux» si vous le pouvez, dans votr<e intérieur; riez ensuite, et délassez -vous dans les spectacles et dans les Cètes, et laissez à la véritable Force le sojn de vous proté^r d^ns vos loisirs.
Cette force est dans Tarmée; là, et non pas .ailleui;^^ Quiconque espère en dehors de cet unique secours, se trompe, il faudrait, pour qu'il en fût autrement, ^e la croyance existât, ebe^ le peuple, aux lois ,et A la manière dont on les fait. La risible iiction des jna* jorités ne troiQi>e pec sQiine. L^iirithruétique est mh pco* cédé trop sec de gouvernement* Il nV a moyen ni de s'y séduire, ni de Vy eutbovQiasmer; le simple bon lens BuQit A w p«s Tadmettre. Il laut chercher ailleucp la fm des crises*
On pense A réviser la .Çoo^titutioa, £t c'est là une les grandes inquiétpde^ On se demapde quel sera
Teffet d*uii tel ade, s'il s^aceomplit. On s*agite, oo s préoccupe k ce siijet; on se demande si une portioi de TAsseoiblée législative ne se retirera pas, et si, d cette protestation, ne naîtra pas la catastrophe immi nente. On pense aussi A reviser ta loi du 31 mai, su le suffrage universel. Je ne sais si Ton pense encon & autre chose, tant je me tiens peu informé de ce mou vement puéril.
Mais tandis que de tels projets se forment, et tan* dis que des hommes sérieux y appliquent leur intelli gence, leur parole et leur habileté; tandis qu'à côti d'eux une foule de propriétaires, de rentiers, de spécu* lateurs, observent avec anxiété la stratégie de ces saui veurs connus, il se fait un travail universel qui esl bien autre.
Jamais on ne songe, ni dans les salons, ni à la Bourse, ni même au Palais législatif, — si ce n'est sui les bancs qu'on appelle la Montagne, — A ce qui se passe dans les sociétés secrètes; on croit avoir remporté une grande victoire pour la cause de Tordre, lorsque la dix -septième ou la dix -huitième Commission dinitieUiee (je me sers de la langue qui existe} a re* poussé une proposition entachée de socialisme. On s€ frotte les mains après la séance, et l'on se félicite sur ramélioration des temps.
Mais, A ce moment même, des appels réguliers se
font, dans des antres inconnus, où se recrute et s'organise la horde du pillage, La police y a des amis»
sans dilute; mais ce n'est qu'à Paris, Les lettres marchent vile, en ce temps de chemins de fer, et la province, où nul moyen de surveillance efficace n'est établi, peut à loisir organiser les soulèvements. Croyez bien que tout est tracé, combiné, arrêté, dans le plan de conflagration que vous verrez mettre en oeuvre. Croyez que l'organisation s'est glissée au sein du désordre, et que ni discours, ni votes parlementaires n'y auront d'effet.
Les chefs insensés de la révolte social, qui les dévorera, suivent la pente fatale où leurs doctrines et leurs ambitions les ont lancés. Il en est plus d'un, j'en suis sûr, qui déjà comprend, à l'heure où j'écris, que le jeu terrible où il s'est engagé lui coûtera sa tête; mais tel est l'orgueil humain, qu'il force aux plus extrêmes sacrifices. Peu d'hommes savent avouer tout haut qu'Hs ont longtemps vécu dans l'erreur; à peine sait-on se l'avouer \ft soi-même. Ces chefs sont, d'ailleurs, débordés. Leur frayant mot d'ordre, qui est l'appétit, n'est pas de iture à laisser paisible la foule immense de leurs solï\s, rassemblés aujourd'hui dans les derniers hameaux la France. H n'y a guère de soumission lente à tendre, après avoir trop alléché les gens que l'on veut ^mmanden Mais fussent-ils assez puissants^ ces chefs, pour conlir la multitude affamée à laquelle ils ont donné un ipeau, rien n'empêchera qu'en 1852 la grande agim électorale ne mette sur pied, et en armes, toutes
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kurs troupes, il B*y aura plus, & ce jour, de paix poss9>le dans le moindre village. C'est là le doo fatal que nous a lait, en se retirant, l'Assemblée oonstituante. Et puisque nous Toisons accepté &k. le maudissant, il faut le prendre avec tout ce qu'il apporte.
Je crains qu'il n'attende pas jusqu'à la date marquée. Le premier prétexte suffira pour mettre le feu aux poudres* £t c'est alors que vous verrez à quoi servent les commissions et les votes. Il n'en Siera plus question à cette heure suprême.
Une autre phase s'ouvrira. La Igtte ne se fera plus par les arguments, roai^ par les armes* Quels que soient les moyens essayés pour sortir de ce dédale où nous a jetés un demi •siècle de folies, le seul qui pourra réussir sera celui qu'on n'invente pas, mais qui natt tout naturellement des circonstances, ea quelques pays et en quelques iemps que s'accomplissent les désordresi humains* C'est ia phase mtfitaire, qui suit inévitable» ment la phase révolutionnaire* L'histoire le dit partoiA Et lorsque l'épée entre en scène, la parole s'en v^ M. de Lamartine lui-même en convient: .^Les camff apprennent a mépriser la tribune.^*) j