ACTE DEUXIEME
B E R T H E , arec une grâce émue.
Eh bien, oui... j'aime mieux être franche... c'est vrai... Jamais pareille idée ne m'était venue... mais, ce soir, je ne sais pourquoi, votre attitude à tous deux, vos mystères... ces lettres... enfin, tout cela m'a paru bizarre tout à coup... Mais je suis honteuse qu'une telle pensée ait pu m'entrer dans l'esprit... je me sens si déraisonnable... si coupable envers toi et envers elle... Aussi, je te jure que c'est bien fini... Va, mon ami, va... je t'en priel...
SAVIGNY
Non... je n'irai pas... car je neveux pas, entends-tu, que tu sois jalouse, même à tort, même sur de vaines apparences...
(n s'assoit près de sa femme ; au même moment, Blanche parait sur la terrasse extérieure, derrière la fenêtre. Elle voit Savigny presque aux pieds de sa femme; l'instant d'après, elle arrive au fond d'un pas rapide, s'arrête soudain, puis, après quelques secondes de sombre oontemplatioD, elle se masque derrière la grande tapisserie de la porte. Sarigny poursuit arec émotion.) Je Comprends si bien, ma chérie, ce qui doit se passer dans le cœur et dans la tête d'une honnête créature comme toi, quand la jalousie et la défiance viennent la torturer... Je comprends si bien tout ce qu'un tel sentiment doit avoir pour vous de douloureux, de profondément troublant. Vous vous demandez alors, n'est-ce pas?... vous qui avant tout voulez être aimées... vous vous demandez avec amertume si les autres ne le sont pas plus que vous... si leur coquetterie et leurs vices mêmes n'ont pas plus d'attrait et de puissance que vos douces vertus... si, pour être aimées enfin, vous avez pris le vrai chemin»., si vous ne vous êtes pas trompées?... Eh bien, non... tu ne t'es pas trompée, vai
BERTHE, très-émne»
Non, n'est-ce pas?
SAVIGNY
Non... c'est bien toi... c'est bien vous qu'on aime véritablement, c'est vous que les autres doivent envier... car c'est a vous seules que nous donnons tout ce qui mérite le nom d'amour, tout ce que nous avons dans le cœur de vraie tendresse, de passion sincère, de sentiments profonds... éternels... Voilà ce que je veux que tu saches bien, ma chérie... ce dont je veux que tu ne doutes jamais, entends-tu?
BB RTHE , pleurant de tendresse.
Non... jamais!...
SAVIGNT.
Jamais, n'est-ce pas?... (u rembrasse.) Et c'est pour cela, vois-tu bien, que mon projet était sage, et qu'il faut nous y tenir... Mon Dieul comprends-moi bien... je ne me défie ni de ta cousine, ni de moi-même... Mais enfin, ce qui arrive ne manquerait pas de se renouveler... Tout honnête qu'elle est, je veux le croire, elle est agitée et agitante... tu t'inquiéterais... je m'irriterais peut-être... Enfin, crois-moi... prends tout ton courage et annonce-lui décidément notre départ.
BEETHB.
Ce que tu voudras.
SAVIGNY, te lerant.
Tiens-tu beaucoup au cotillon?
BERTHE
Pas du tout.
SAVIGNY
Eh bien, va la trouver... dis-lui que je suis inflexible.