‹ Le sphinx; drameChapitre 21 sur 68 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Ah! tais-toi doncl... qu'est-ce que c'est encore que cette nouvelle folie-là?... Ce poison dans cette bague?... Ce n'est pas sérieux, j'espère ?

BLANCHE

Très-sérieux... C'est môme un poison terrible, à ce qu'on dit.

BERTHE, avec chagrin.

Pourquoi as-tu cela?... Comment t'es-tu procuré cela?

BLANCHE

Est-ce qu'on me refuse rien?... C'est un savant qui me l'a donné... un savant illustre... un homme très-grave, trèsauslère... (souriant.) mais un homme, enfin!

BERTIIE, sévèrement.

Ahl écoule. Blanche... je ne puis te cacher plus longtemps que ton langage m'afflige et me choque au suprême degré... ce n'est plus là le ton de la simple étourdie... c'est celui d'une coquetterie froide et perverse, d'une indifférence complète au bien et au mal, c'est le ton d'une véritable dépravation... et, si tu étais décidément entrée dans cette voie-là, je te le dis franchement, mon amitié ne pourrait pas t'y suivre.

BLANCHE, se levant, très-aècheoient.

Tu es libreî... Je crois, ma chère, que le temps nous presse

un peu, et que nous ferons bien... (Revenant brusquement à Berthe et •'agenouillant à ses pieds, elle reprend avec effusion.) Oh ! nOn, non, tiens I

je t'en prie! Ne m'abandonne pas! Je suis si malheureuse! Je n'ai que toi... ne m'abandonne pas!... Je sais bien... je ne vaux rien... mais, si tu m'abandonnais, je vaudrais moins encore! Eh bien, écoute, je te le promets... j'essayerai d'être autrement... de devenir meilleure... de te ressembler un peu... Je prendrai exemple sur toi... tu m'apprendras à aimer le bien, le devoir... je partagerai ta vie... je ferai ce que tu fais... j'aimerai ton fils... puisque je n'ai pas le bonheur d'en avoir un... car cela m'aurait sauvée... mais j'aimerai le tien... je m'occuperai de lui... comme s'il était à moi... Tu veux bien, •Jis?

BERTHE, émue et embarrassée, l'embrassant.

Ma pauvre chérie, certainement, je le voudrais bien... seulement, il faut que nous ajournions un peu nos projets... car... je n'ai pas eu le courage de te le dire jusqu'ici... mais on m'a conseillé de passer cette saison à Nice... et nous devons partir un de ces jours.

BLANCHE, se dressant brusquement.

Partir!... Tu vas partir... quand j'arrive! Ahl ce n'est pas toi qui as eu cette idée-là... c'est ton maril

BERTHE

Je t'assure...

BLANCHE

Oh î n'essaye pas de mentir... tu ne sais pa&l... c'est ton mari ! Mais enfin, que lui ai-je fait?... Pourquoi cette persécution? Envoie-le-moi... je veux lui parler! laisse-moi lui parler I

(EUe remonte avec agitation vers le fond.) Il OSt là, SUr la tcrraSSe...

Appelle-le, je t'en prie.

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