SCÈNE X
BLANCHE, BERTHE
BLANCHE
Comme je te connais, hé?... Comme je lis dans tes yeux?... Tu as quelque chose à me dire... Eh bien, quoi, voyons?
BERTHE , 8'asseyant près d'elle et lui prenant les mains.
Ma petite Blanche... Sois autrement, je t'en prie I
B L A N C n E , subitement grrave et sombre.
Ma chère, tu ne sais pas ce que tu me demandes... Si j'étais autrement... je serais pire!... EnQn, qu'est-ce que tu me reproches?
BERTHE
Mais... permets-moi d'être franche... je te reproche les façons vraiment trop étourdies... trop vives... la légèreté, qui peut être mal interprétée... et qui l'est.
BLANCHE
Pas par toi, je suppose? C'est tout ce qu'il me faut, je n'aime que toi, je n'estime que toi au monde, et je ne tiens à être aimée et estim e que par toi 1
Je le remercie, ma cliéi ie, mais •
BLANCHE
Mais quoi? Qu'y a-t-il donc de si coupable dans uia conduite? Je monte à cheval, je vais au spectacle, au bal, aux courses, aux eaux... je suis toujours en l'air... C'est vrai... Mais c'est tout. Quant aux amours qui rôdent autour de moi, tu peux être sûre qu'ils me laissent impassible comme un marbre... et sais-tu pourquoi ?
BERTIIE.
Mais... d'abord, parce que tu aimes ton mari, je suppose?
BLANCHE, la regardant brusquement et d'un ton de mépris amer.
Tu veux rire?... Tu le connais... c'est un second Lajardie... C'est lui qui m'a lancée dans ce train-là... Je suis comme les trois quarts des femmes, ce que mon mari m'a faite! N'en parlons plus!... Non, si, malgré tout, ma vie reste pure... c'est que j'ai le cœur trop haut placé pour le laisser prendre aux sentiments vulgaires dont je suis assiégée... Je m'en divertis, je l'avoue... Ces cœurs d'hommes si hautains, si méprisants pour nous, il y a du plaisir, je t'assure, à voir jusqu'oii on peut les faire descendre d'une parole, d'un sourire, d'un regard... Ah! mon Dieu, la foi, l'honneur, les serments, l'amitié... On souffle... il n'y a plus rien !... C'est très-amusant.
BERTHE, d'un ton de reproche.
Blanche !
BLANCHE
Et pourtant, au milieu de toutes mes distractions, il y a des moments oii je me sens si lasse, si ennuyée, que j'ai envie de demander à mon sphinx son secret. (Eiie regarde sa bague.)