ACTE QUATRIEME
pas?... ce que vous alliez dire... ce que vous alliez faire... Votre raison et votre courage dominèrent votre trouble... mais vos forces vous trahirent... vous perdîtes connaissance.. Je puis dire avec vérité qu'en ce moment vous avez sauvé la vie à M. do Savigny ou à moi... Dès cette minute, madame, je vous ai voué dans le secret de mon cœur des sentiments que j'ose croire dignes de vous, ceux d'une estime profonde et d'un respect absolu; ces sentiments, je voudrais vous les prouver par dès conseils suprêmes d'un caractère bien délicat sans doute, bien intime, mais que vous daignerez souffrir, je l'espère, comme le testament d'un ami que vous ne verrez
plus... (sur un regard de Berthe, il conlinue.) VouS traversez unO
épreuve affreuse, madame, et vous la traversez avec un courage et une dignité admirables.,. Jamais une scène, jamais une larme, jamais un signe même de soupçon ou de froideur, vous souffrez le martyre, et vous le souffrez sans unp plainte... Non-seulement cela est bien, mais cela est habile... Dans la vie, comme à la guerre, la vaillance n'est pas seulement le parti le plus honorable, c'est aussi le plus sûr... Le cœur qui a pu vous échapper un instant, et que vous ménagez avec tant de bonté, ce cœur vous reviendra... il vous est déjà revenu peut-être... car ces passions, violentes comme la foudre, sont aussi passagères comme elle. Persistez dans votre sage et fière conduite... Comptez sur l'avenir qui est encore si long pour vous, je le crois... je l'espère... et cependant... (ii hésite, se lève et reprend.) Dounez-moi le courago d'achever, madame, de remplir jusqu'au bout le pénible devoir que je me suis imposé... dites-moi que je ne puis être suspect à vos yeux de me venger d'une femme et de m'en venger par la calomnie? Non... n'est-ce pa*]?... Eh bien, il peut venir tel moment, telle
exirémitéoù voire repos, votre foyer, votre dignité ne seraient plus seuls menacés... Ah! je sais comme vous, je sais trop tout ce qu'il y a eu, tout ce qu'il y a encore de noble, de généreux, de charmant, au fond de cette âme étrange et troublée... mais je sais aussi tout ce qu'il y a de redoutable... Los femmes comme elle, sachez-le bien, sont des astres échappés de leur orbite et qui n'ont plus de lois... ils touchent aujourd'hui à l'héroïsme, demain au crime... Si jamais, elle devenait veuve... gardez-vous!... Adieu, madame... (u
fait quelques pas pour se retirer, puis revenant vers elle.) VoUS me pardon HCZ? (Berthe avance une main qu'il serre avec respect, puis il se dirige '"ers la porte.)