‹ Le Sphinx: journal des échecsChapitre 129 sur 259 · SUR LES PROBLÈMES · texte numérisé non relu

SUR LES PROBLÈMES

(kilt 4).

Après avoir exposé la loi, Je crois pouvoir me permetlre un commentaire improbatif, et j'^ déclare absurde le paragraphe ou il est exigé que Tattaque n'ait Jamais qu'un bon coup à Jouer en réponse à chaque coup j'iste des Noirs. Si Je suis hérétique, je serai condamné avec les meilleurs juges qui ont couronné maini problème défectueux (ne point confondre avec faux); Je serai condamné avec Conrad Bayer lui-même dont je transcris les paroles : fl Je ne connais pas un seul problème véritablement compliqué, écrivait-il à M. Journoud, qui soit tout à fait pur dans toutes ses variantes... C'est assez d'éviter des doubles coups dans les variantes principales qui contiennent l'idée ou les idées de la composition... Mon envoi de Londres (concours de 1862) contient un seul problème sans aucune tache dans les variantes les plus longues, et je le considère comme le plus faible. »

Assurément, si l'on pouvait éviter toutes les taches ou défectuosités en conservant toutes les qualités de la composition, cela u'en vaudrait que mieux; mais lorsqu'un chef-d'œuvre n'esi p<ii absolument pur, on doit néanmoins louer l'auteur de ne point avoir renoncé à produira le résultat de son travail et de ne point l'avoir amoindri en l'arrangeant. Tout le monde sait que, dans les œuvres d'art, il faut s'arrêter à temps sous peine d'enlever les qualités avec les taches. 11 en est ainsi des problèmes d'échecs : là aussi, le mieux est l'ennemi du bien.

Hais laissons de côté la question de goût ; passons à la logique. Si vous appliquez l'analyse critique au point de vue du règlement, du commencement A la fin d'un problème, vous devez exiger, même pour le mat, un coup unique en réponse à chaque coup juste de la défense. Or, au dernier coup, la question de Justesse n'existe plus.

Prenons pour exemple le problème de M. Ménendez n* XL.

(1) Voir les n»» 10 et 12.

Voici la posilion apr(>s le 3« coup des Blanc ï

^. Il

Uy/

Sî^i^^/-./»

Les Noirs pcuvcot jouer ainsi :

3 Cpr T

4 C. 4Fn,mat.

Le Cavalier prend la Tour j^our uirrancliir dos cnses de l«i Ihm sièir.e ligne des Noirs au cas cù la Dmiic ferait échec d 7 Fil.

3 P. 7 F ou T. 4P

4 D. 7 FB, mat.

Les Noirs joiienl id de ma.-îiêro à empr-chef le mal par C. 4 W\ en imrm)bilisa:)! le Catalior ou en afTranchisKirU fci case 3 Fli Ma's^i lei > )ir^ j )Jivr, p ir exoiTiple

ils sont, au ch )ix. inilijs co:niiie suit :

4 C. i Fil mal ou ïl. 7 Frt, uaaL

El cela ii*emp(3c;ie pas la bcarJé du problème.

Or, dira-t-o:i que jouer le pion n'est pris un coup juste? Je réponds : lorsqu'on ne peut emprîcher le mat immédiat, tous les coups sont aus-i jui^liîs L's uns que li*s aulns puiï^qu'il n'y en a aucun d'efficice Si une bil'.»* doit m'entrer dans le co»ur et me tuera coup sûr, peu nrimporle qu'elle soit empoisonnée et q'ic je sois, eu mi'^fue te:nps me;i icé de la cîuitj d'une cheminé'? «ni de la mornire (iun ehi- ii enrai^é ; ou ne meurt qu'une fjis. De plu-ie;irs ma x, c\itez le jure; d'acord, mais, comme Ks mort» snbilr'p, ton? 1 s ium'p :e Nah'nt.

Diins un piol)l( n i . \î «tinci cci.p u'tH pis i i<c ncnhi s ru-

légique; c'est le résiillat des combinaisons précédentes^ et U défense ne pouvant se prolonger, toute habileté est inutile, et tous les coups des Noirs sont égalemen justes. Il ne s'agit pas de mourir avec grâce, mais de passer à un autre exercice. C'est ce que je vais faire, me réservant de dire encore quelques mots à cesujel lorsque, très-prochainement, je parlerai des qualités des problèmes.

Des €onmonrm.

Les concours relatifs aux problèmes et fins de parties sont de deux sortf^s. Dans les uns, le prix est obtenu parla personne qui, la première, a trouvé la solution d'un ou de plusieurs problèmes; dans les autres, le prix est décerné au meilleur envoi de problèmes on fins de parties. La récompense à ob'cnir est donc soit un prix d analyse soit un prix de composition.

Emoi des solutions. Quelques-uns sont d*avis qu*une solution est suffisante lorsqu'elle donne les variantes principales, c'est-à* dire celles au maximum des coups, et que Ton peut négliger les sous-variantes. Je ne partage pas cette opinion, surtout s'il s'agit d'un concours. Celui qui prétend avoir résolu un problème doit prouver qu'il a prévu toutes les marches possibles de la défensOi et que tel ou tel coup des Noirs rend le mat plus ou moins pro* cbain; il doit prouver qu'il a analysé, c'est-à-dire décomposé non tout le travail de l'auteur^ mais le résultat définitif de ce travail.

D'abord, cela lève, dans certains cas, la difficulté de choisir pour attribuer le prix, entre deux solutions Justes, envoyées i la même heure, mais différant entre elles par une légère lacune. La solution complète, répondant à tous les coups possibles de la défense, seule mériterait le prix.

Mais mon opinion se fonde sur une raison plus importante en* core. A tort dirait-on que les variantes principales résolvent tout le problème. Cela est vraisemblable, mais n'est pas toujours vrai. U y a des problèmes qui présentent leur principale difficulté dans le second coup des Blancs, joué après un premier coup faux des Noirs. !,e problème est en cinq coups; les Noirs ont joué de façon à pouvoir être matés au 4« coup; mais comment faire ? C'est là le cas<e-tOt'}. Souvent une des variantes est plus visible qu'une autre variante plus courte.

D'ailleurs, quand on pose des règles, il faut tout prévoir... autant que possible. I.e législateur qui ne connaîtrait que son propre cœur ferait des lois impraticables; il doit au moins avoir entendu parier des faiblesses qu'il n'a pas, des besoins qui lui sont étran*

MO LX 8FBINX

gers, et môme des vertus qui lui manquent. Je prévois donc que tel coup, facile pour mon voisin, sera difficile pour moi; et réciproquement, que ce coup se trouve dans une variante plus ou moins langue, et je ré; ète : la seule bonne solution est celle qui donne toutes les marches.

Envoi des problèmes. Les conditions principales des concours sont :

Tant de problèmes justes non édités à recevoir de chaque concurrent.

Quelquefois, nombres maximum et minimum des coups pour chaque problème.

Époque à laquelle les envois ne seront plus admis.

Envoi d'un pli cacheté contenant, avec le ncm de Tautciir, le duplicata delà devise inscrite en tétc des prub!ùmes.

Cette condition suppose la suivante.

L'auteur ne devra point venir dans un café, à la Régenre, par exemple, où Ton examine les envois, sourire ou se gratter le nez d'un doigt significatif lorsqu'on tient une de ses compositions, et laisser comprendre ou dire avec impudence : c'ist moi qui al fait cela. A plus forte raison, si le problème est faux ou défectueux, ne devra-t-il pas otTrir ou accepter de le retoucher, surtout en collaboration avec quelqu'un des juges. Si l'auteur n'a pas été se révéler lui-même A IdiRégencey mais si, reconnaissant son écriture, quelqu'un des juges est allé chez lui dans des intentions do to:ich3 ou de retouche, il doit, s'il en a la force et s'il demeure au quatrième étage, le jeter résolument par la fenêtre. Le suborneur est-il plus grand et plus fort que lui 7 Que du moins il lui montre la porte avec un geste plein de dignité, et qu'il se mette au plus rite en mesure de lui jeter quelque chose sur la tête.

La liste des juges est publiée. Si la composition du jury d'e\;imen est changée plus tard, les auteurs doivent en élre informés, non pas nominativement puisqu'ils ne sont pas ccnnus, mais par la voix qui a publié la première liste, car il peut ne pas convenir à des compositeuis de mérite d'ôlre jugés par dos gens dont la capacité et la bonne foi leur sont inconnues.

Les prix et mentions étant décernés à la mojori'ié des voix, il est inutile et maladroit de simuler l'unanimité.

Si, par aventure, le prix avait été adjugé à un compositeur qui n'eût pas fourni le nombre exigé de problèmes justes, et si, par impossible, le second prix t^'était retiré du concours, la couronne

JOURNAL DBS ÉCHECS W

resterait. an premier accessit, à la première mention honorable. Un prix promis au public ne peut rester entre les mains de son éditeur ou de son donataire, que lorsque le public n'a pas satisfait aux conditions sine qud non. Or, il n'y a dans les concours df problèmes que quatre conditions de celte nature : arrivera temps^ envoyer tant de problèmes justes, non édités, ne pas se faire conmrt<re jusqu'à ce que la décision du jury ail été prise et publiée.

La faiblesse d'un concours ue saurait faire annuler ou ajourner l'attribution du prix, si, dès le commencement, on n'a prévu cette hypothèse et publié cette restriction.

Qiinlltés de» Problème».

Vetiibu^e. Donnez-moi le temps, je vous prie, avant d'entrer en madère, de me rc\ètir du manteau de la modestie. La situation est grave : me voici donnant des conseils aux compositeurs et à messiiîurs les juges de concours. Il est vrai que...

Dans la plupart des phrases françaises ou étrangères que je connais, la modestie, si elle est franchement formulée, est une ligure de rhétorique, et, lorsque, sans se déclarer formellement, elle parfume tout le discours, elle entre dans les mœurs des lettres plus que dans les mœurs du littérateur : c'e^t encore un moyen oratoire. Cela fait si bien I Combien J.-J. Rousseau ne s'est-il pas nui pfir le défi à ses lecteurs d'être meilleurs que lui! Les pharisieos se sont sentis blessés de cette insulte; les gens véritablement humbles Tont condamné dans sa superbe peu charitable ; les hummes de bon sens ont taxé de folie ce pauvre paradoxeur qui s'attribuait la science et la prescience de Dieu, pour sonder les reins et les cœurs présents, passés et à venir.

Je serai donc modeste, et je déclarerai que j'ai entrepris une tâche au-dessus de mes forces. C'est très-adroit, cela .. Je m'attirerai ainsi des démentis flatteurs de la part de ceux qui seront ocntents de mes réflexions, et les autres mu sauront gré d'avoir su me rendre justice.

Pourtant, on pourra me faire cette question : pourquoi donc entreprendre un travail au-dessus de vos forces? La réponse est facile ; ce travail était à faire ; de quelque manière que je m'en acquitte j'aurai ouvert la voie, et je ne suis d'ailleurs pas modeste au point de croire que je ne dirai absolument rien de profitable.

TemiivAogie, Les mots le plus généralement employés pour qualifier les problèmes sont : tin, correct, pur, élégant, savant, profond, beau, joli, léger, habile, gracieux... on a môme dit : splendide, tel qu'on ose à peine en rêver. Sur ce ton on pourrait

LE spinix

encore dire : inoui, inénarrable, divin, parftinié, audacieui, plein, nombreux, yigoureux, insalubre ou stomachique.

Assurément, il doit y avoir une limite à ce déborden^ent, si l'on veut conserver la propriété de l'expression; mais cette liberté de langage à l'endroit d'une combinaison exacte n'est pas si ridicule qu'elle pourrait le paraître aux gens qui ne so sont jamais occupés des échecs que pour faire éternellement la même partie. La recherche et la dissection d*un problèm^^ produit sur nous, amateurs aimants, l'impression née de l'examen attentif d'une œuvre d'art, et nous ne pouvons la résumer que par les mots qui indiqueni vaguement les sympathies ou les antipathies du goût.

Je brave donc la critique d3S proHincs et je me servirai peutêtre du dictionnaire comme bon ne leur semblera pas.

lENOIST.

{La ^ite jprochaintment.)

PARTIES

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