RÉVÉLATIONS
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Le numéro du IS octobre était à la veille de paraître, au jour fixé et dans sa forme ordinaire, lorsqu'il nous est parvenu des communications d'une nature si sérieuse et d'un tel intérêt d'actualité, que nous n'avons pas hésité à suspendre le travail commencé, pour faire place aux faits Importants qu'il est de notre devoir de poiler, sans aucun délai, à la connaissance des compositeurs de problèmes engagés dans le dernier concours et de tout le public des échecs. Puis, les documents s'étant trouvés trop copieux pour entrer dans un seul numéro, nous nous sommes vu dans l'obligation d'en faire paraître deux à la fois. De là, le retard dont nos lecteurs sont dédommagés aujourd'hai.
Lorsque nous nous défendions dernièrement de toute participation aux affaires du concours de problèmes, nous avions, pour tenir ce langage, de graves motifs. Nous connaissions déjà les irrégularités criantes qui avaient été commises. Mais nous oons sommes abstenu d'en parler, ne voulant articuler aucun fait sans être en mesure de justifier de son exactitude. Maintenant, les pièces justificatives sont en abondance, la vérité, qu'on avait cherché à comprimer, s'est fait jour avec éclat : la grande lumière va éclaircir cette affaire.
Telle est la force du sentiment de la droiture, telle est, chez les natures honnêtes, la répulsion pour l'injustice, que des hommes même qui professaient des sympathies avouées pour le Palamède^ ou qui faisaient partie de sa rédaction, ou qui se sont trouvés le plus activement mêlés aux opérations du concours, sont venus à nous, les mains pleines de preuves, nous apportant leurs témoignages irrécusables !
n résulte de ces témoignages que la rédaction du Palamâde, après s'être arrogé, avec une suffisance inouïe et au mépris de toutes les convenances, le droit exclusif de juger les envois, a
été de tous points inférieure à cette tâche. Elle ne possédait ni l'autorité, ni la coinpétence, et, il est pénible d'ajouter, ni Timpartialité nécessaires pour remplir une telle mission. C'est à peine si Ton ose écrire cette monstruosité : après avoir adjugé le premier prix à un envoi de problèmes dont deux étaient faux^ reconnus faux par un amateur étranger, la commission a fait corriger ces problèmes, parce qu* elle avait décidé d'avance qu^elle donnerait le prix à leur auteur. Et tous ensemble, juges et auteur, ont travaillé à cette reconstruction, qui n'a réussi qu'à moitié, car un des deux problèmes est resté doublement facx ; de sorte que, encore aujourd'hui, le premier prix est attribué à un envoi incomplet, qui, pour cette raison, doit être hors de concours.
Nous supplions les auteurs de problèmes d'agréer tous dos regrets pour les avoir entraînés dans une opération qui a été si déplorablement conduite, mais que nous n'avons pas eu le pouvoir de conserver entre les mains. Le concours ayant été ouvert dans le Palamède^ ce journal a accaparé l'affaire pour la régler en famille. Avec ses rédacteurs novices, il a improvisé un comité pour juger les maîtres les plus célèbres dans ce genre de compositions. Mais ce comité ainsi constitué fait per^ dre au concours son caractère national. Il ne peut représenter autre chose que la maison Lahure, imprimeur; maison fort recommandable, commercialement parlant, mais absolument dépourvue de toute espèce de titres et qualités pour se constituer en juge des compositeurs de problèmes, de même que son comité n'a pas le moindre droit de parler au nom de l'échiquier français. Nous, qui sommes peut-être bien quelque chose dans l'échiquier français, nous repoussons toute solidarité styee lui, nous le répudions, nous dfeavouons ses actes de tontes nos forces. Ce concours s'appellera simplement, dans les annales des échecs, le concours de la maison Lahure et C^.
Mais, par cela même que c'est à notre appel personnel que les auteurs de problèmes ont répondu, nous avons contracté envers eux l'obligation morale de veiUer à leurs intérêts et de prendre leur défense.
On nous a dit que l'éditeur du Palamêde était décidé à nous intenter un procès, dans le cas où nous ferions ces révélations ; et il peut voir que ses agents ont bien fait parvenir l'averUssement à son adresse. Nous lui répondons ici que nous atteodons
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Teffet de ses menaces avec la tranquillité la plus sereine. 0:î verra lequel a le plus à craindre d'affronter l'opinion publique.
En attendant, voici les pièces du procès : elles en diront plus que tous les discours.
P. JOURNOUD.
LiTTRS DE M. DB BlLOW AU DIRECTEUR DU SphifiX.
Monsieur,
Dans le dernier numéro do Sphinx, après avoir parlé brièvement da concours de Problèmes ouvert et clos par le Palamède, après avoir déclaré hautement que vous étiez étranger aux opératioDs du nouveau comité d'examen, vous avez à peine signalé une inexactitude dans le rapport concernant les prix, mais vous promettiez à vos lecteurs de les tenir au courant de ce qui pourrait sanrenir au sujet du concours et de la décision rendue.
Je pense donc. Monsieur, que vous voudrez bien accueillir le récit suivant, rempli de détails édifiants, qu'il faut absolument porter à la connaissance du monde des échecs. Si vous me refusiez votre publicité, je croirais de mon devoir d'honnôte homme de poursuivre cette affaire par d'autres voies. Pour rassurer pleinement votre conscience, je vous affirme d'abord que je n'avancerai rien que je ne puisse prouver. Je serai donc aujourd'hui moins explicite que je ne voudrais, pour respecter \% scrupule tardif d'un ami, qui m'avait promis son témoignage sur quelques faits des plus graves. Je n'ai pas le temps de le voir de nouveau avant l'impression de votre numéro; mais soyez persuadé que j'achèverai plus tard, avec toutes les preuves à l'appui, l'histoire du jugement rendu par la nouvelle Commission. 11 vous appartient d'ailleurs de ne pas laisser compromettre l'honneur de l'échiquier français par les manœuvres de quelques individus, et de
compléter la répudiation que déjà vous avez tenu à honneur de faire devant votre public.
Reprenons d'un peu haut cette vilaine histoire.
Les lecteurs de votre estimé journal n'ignorent certainement pas que le Palamède français organisa au mois d'octobre, époque à laquelle vous étiez encore à la tête de cette feuille, un concours international de problèmes et de fins de parties. Ce concours devait avoir un grand retentissement dans le monde des échecs, non seulement à cause de Timportance des prix, mais encore par la composition du comité d'examen. Aussi, de toutes les parties de l'Europe, plus de trois cents compositions se présentèrent à ce concours qui promettait de devenir un des plus beaux qu'on ait jamais vus. Huit mois après (ce n'était pas trop, mais c'était as^ses pour bien juger), dans le Palamède de septembre, parut le jugement définitif qui accordait le premier prix à M. Lamouroux, compositeur français, le second à If. Conrad Bayer, compositeur allemand, et ajournait la décision pour les Uns de parties, liais on ne fut pas médiocremeut surpris de voir ce jugement rendu par une commission tout autre que celle qui figurait au programme. Cette commission improvisée (par qui?) se composait de personnages inconnus des amateurs d'échecs. Parmi ces noms, bien entendu, ne figuraient ni le vôtre, ni celui de M. Kolisch, ni celui de M. Laroche, ni celui de M. Devinck, c'est-à-dire que les concurrents restaient sans garanties quant à la justeue des appréciations; nous verrons plus tard pour là justice.
11 ne m'appartient pas d'approfondir les causes qui ont amené ce changement radical; mais je ne puis m'empécher de trouver surprenant que Téditeur du Palamède n ait pas daigné en prévenir les intéressés. Cette mesure, il était nécessaire et juste dâ la prendre, non-seulement par égard pour les auteurs, qui auraient pu retirer leurs compositions, mais pour les membres de l'ancienne commission, à qui on aurait ainsi épargné la mortification de se voir attribuer la décision rendue.
Mais passons. Ce n'est là, vraiment, qu'une misère 1
Comment la nouvelle Commission s'est-elle acquittée de si tâche?... Allons au fait, je ii'ui pas la patience de procéder par ordre. Je veux que vous compreniez tout de suite pourquoi je suis indigné; je veux que vous ne vous demandiez pas plus longtemps pourquoi moi, jusqu'à présent ami du Palamède qui a publié de mes problèmes, et n'ayant aucun intérêt dans cette affaire, je prends ainsi le fouet en main.
Après avoir donné le premier prix à M. Lamouroux , malgré l'opposition de M, Duclos, le seul membre de la Commwton qui se
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fûtiéritusement occupé de Vanalyse des prohlêmei^ après avoir imprimé le rapport de M. Lequesne, il se trouva que M. Rosenthal, un amateur bien connu , demoh'f deux des problèmes couronnés, les no* â et 5. Une pareille mésaventure aurait fait reculer les plus intrépides; elle aurait dû apprendre à MM. Petit et Lequesne qs'il serait impossible de faire triompher leur esprit de coterie. Et en effet, leur prétendu triomphe est une véritable chute... mais (on ne sait ce qui doit le plus surprendre de leur imprudence ou de leur imp... audace 1) ils ne se tinrent pas pour battus. On rend à M. Lamouroux les problèmes fautifs avec invitation de faire de nouveaux efforts de génie pour les rendre justes et corrects... et M. Petit Faide dans ce travail déloyal 1 Cette reconstruction fut faite publiquement au café de la Réagence, avec l'aide de M. Rosenthal, qui ne connaissait pas Forganisation du concours, les règles établies en pareille matière, qui ne se doutait pas alors du rôle qu'on lui faisait Jouer, mais qui n'a pas manqué de protester plus tard contre cet oubli du bien et du mal. Notez que la faute eût été la même en tout temps, mais qu'à la culpabilité elle Joint une sorte d'effronterie grotesque, ayant été commise après Tattribution des prix.
Eh bien ! un des problèmes si péniblement refaits est resté faux!
Ces faits publics arrivèrent à la connaissance de M. C. Bayer, le plus justement célèbre des compositeurs de problèmes. 11 demanda des explications à M. Kolisch, comme ancien ami et comme membre de la première Commission, qu'on ne savait pas avoir été changée* M. Kolisch lui répondit qu'il était tout à &it étranger aux faits et gestes des juges, et lui conseilla de s'adresser à Téditeur du Falamêde pour obtenir de sa loyauté un redressement de ces éuormités. La protestation que M. C. Bayer envoyait fut remise immédiatement à son adresse par M. Kolisch, ainsi qu'une lettre de ce dernier, lettre qui devait éclairer M. Lahure sur les abus commis sous son nom (1). Mais, quoique M. Bayer déclarât vouloir se retirer du concours, à mon arrivée à Paris, je trouvai à mon grand étonnement que les juges, y compris M. Lahure, n'en avaient tenu aucun compte, et qu'ils avaient publié le rapport de M. Lequesne, remanié sans que les juges se fussent de nouveau assembles. Cela, en effet, était assez peu important, puisque M. Duclos, qui ne partageait ni leur prévention, ni leur admiration de clocher pour M. Lamouroux, n'était pas alors à Paiis. Pourquoi l'auraient-ils consulté de nouveau 7 De
(1) Voir plus loin la lettre de H. Kolisch.
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quel front auraiënMli présenté à ce jeuoe homme inexpérimenté les produits de leur habileté ?
Au commeocement d*avril| je fis la connaissance de M. Duclos, dont j'appréciai l'aptitude remarquable pour la compositioa cl l'analyse des problèmes. Je ne fus donc pas surpris qu'on eût une grande confiance en lui, et que la commission d'examen dont ii faisait partie le chargeât à pou près de tout le travail ; mais, dans ce cas, on pouvait s'attendre à ce que son avis fût au moins d'un grand poids. Dans les nombreuses conversations que j'ai eues avec lui, il me (emoigna son enthousiasme pour un envoi qu'il disait être le plus beau de ceux qu'il eût examinés, I.a devise eo était n Trois problèmes • (celui de M. Klett). Encore vers la fin du mois de juin, il n'en avait pas trouvé de meilleur. Mais enfin il me dit un jour (le i ou le 2 juillet) : encore une perle, un envoi supérieur môme à mon favori, devise: « Allez^ enfants! n (celui de M. Bayer). Le 4 juillet, je partis pour rAUemagne. De retour à Paris le 24 septembre, je fus fur( étonné de trouver au Palamède un rapport qui attribuait le i*' prix à un concurrent dont M. Duclos ne m'avait jamais parlé... C'est alors que M. Kolisch me raconta le fait de la reconstruction des deux problèmes de M. Lamouroux; déjà il en avait informé M. Lahure, et n'en avait pas reçu de réponse. Les choses ne pouvaient donc pas en rester là: le jugement était déloyal, et on ne se montrait pas disposé à le mettre à néant. J'allai donc trouver M. Duclos à Fontainebleau. Il m'eût été trop pénible de le croire complice de ces fautes. Mais à peine ui en cus-je ouvert la bouche, qu'il me dit avec indignation : «Je ne veux pas rester solidaire de ce tripotage ; je vous remercie d'ôtre venu me trouver ;» et il écrivit immédiatement la déclaration suivante :
Déclaration de M. Duclos, Examinateur des Problèmis
En présence de M. L. de Bilow, Je déclare :
!• Que le procès-verbal du Palamède français de septembre n*estpas exact en disant que le jugement a été rendu àl'uûi* nimité. J'ai eu plusieurs discussions avec les autres juges; j'ai soutenu que la préférence devait être accordée aux envois aysot
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pour derise : « Àlîe», enfanUI » — et — « Trois problèmes, elc. » J'ai encore maintenu celte opinion ayec fermeté à la séance décisive» et j'ai fini par donner mon Tote en ces termes : Oui ! je cède à la majorité. Celte séance a eu lieu le 23 août 1865 et je sois parti de Paris le soir de ce même jour.
2* Je suis parfaitement étranger à tout ce qui s'est passé depuis cette époque.
On vient de m'informer qu'un acte déloyal a eu lieu, qu'on a reconstruit les problèmes de l'envoi couronné dans lequel on avait découvert des doubles solutions après le jugement rendu. Je proteste vigoureusement contre cette manière d^agir, et déclare hautement que j'y suis tout à fait étranger ; je n'ai qu'un regret (et il est très-vif), c'est que mon nom soit môle à ce con- (Coars.
Fontaineblean, le 26 septembre 1865.