L. DE BiLOW
Lettre de M. Kolisch au Directeur du Palamède
Monsieur,
J'ai reçu, il y a quelque temps, une lettre de M. Conrad Bayer, l'auteur des six problèmes dont l'envoi vous a été fait aous la devise:
fOS LB SPHINX
Ailes, enfants ! dans laquelle il se plaint de certains ae^es de déloyauté commis par la Commission du Concours.
Je lui ai répondu que j*étais tout à fait étranger aux faits et gestes de cette Commission et je l'engageai à vous transmettre directement ses plaintes et 5 s'en rapporter à votre loyauté bien connue. En réponse à ces lignes, ^M. Bsyer m'envoya une lettre à votre adresse, que je me suis empressé de remettre, en votre absence» à votre représentant et que vous aurez sans doute reçue exactement.
Permettez-moi maintenant, Monsieur, d'ajouter quelques réflexions personnelles. — Il y a huit mois, M. Journoud, alors rédacteur en chef du Palamède, avait mis mon nom en tète de la liste delà Commission, sans toutefois se préoccuper de moi| assentiment (i); d'un autre côté, les nombreux rédacteurs qui lui ont succédé, quoique n'occupant qu'une place très-médiocre dans le monde des échecs, ont toujoursagicomme sije n'existais pas, de sorte que, lorsque M. Bayers'adressa à moi, comme ancien ami et comme membre de laComminion, je fus obligé, pour avoir des informations, de me rendre à la Régence. Je vous laisse d'abord, monsieur, le soin de juger celte façon cavalière d'agir à mon égard.
Le premier groupe que je rencontrai au café de la Régence, se composait de MM. Lamouroux, Rosenlhal et Petit, occupés tous trois à reconstruire un problème que j'ai reconnu plus tard comme fai>ant partie de l'envoi de M. Lamouroux. Mon premier mouvement fut d'interroger M. Rosenthal, dont la loyauté m'est parfaitement connue, et j'ai obtenu les renseignements suivants qui vous éclaireront sur la valeur de la Commission à laquelle vous avez confié la rédaction d*un journal qui porte votre nom honoré sur sa couverture.
Il est hors de doute que la commission de ce tournoi international^ au lieu de juger sur le mérite intrinst'.que des différents envois, avait décidé d'avance de donner le premier prix à un Français, C'est d'ailleurs ce qui m'a été affirmé par M. Duclos, qui me racontait que MM. Petit et Lequesne ont fait tous les efiiorts imaginables pour le faire voter pour l'envoi • Bonno chance » de M. Lamouroux, en se servant surtout de l'argument, peu équitable à mon avis, qu'il fallait faire gagner le premier prix à un français.
(1) La mémoire de M. Kolisch Ta mal servi, quand il a écrit celte lif^ne. Nons lui avons rappelé dans quelle circooslance, en octobre dernier, au Cercle du Divan Le Peletier, nous lui fîmes Toffre d'être membre de la Commission du Concours; et il se souvient parfaitement aujourd'hui qu'il l'a acceptée, ce qu'il nous autorise à déclarer de la manière la plus formelle. P. J.
JOUBNAL DIS iCHBCS t03
Mais, après avoir satisfait à leurs intérôls de coterie, après avoir soi-disant jugé, après avoir imprimé le rapport de M. Lequesne dounant le premier prix à M. Lamouroux et le second à M. Bayer, il arriva, quelques jours avant la publication du numéro, un incident fâcheux : M. Rosenlhal, à qui H. Petit avait communiqué les positions, démolûsait encore deux problèmes du premitr prix ! — Un tel contre-temps aurait fait reculer les plus obstinés, mais il n'eut aucun effet sur les membres de votre commission. Au lieu de se déjuger (*) , au lieu de s'incliner devant la vérité, M. Petit trouva plus simple de remettre les deux problèmes à leur auteur, et de travailler nuit et jour, de concert avec lui et avec M. Rosenthal, pour reconstruire ces deux problèmes malencontreux.
Un pareil manque d*équité, une pareille maladresse •* car ceci s'est fait publiquement à la Régence — n'ont pas d'antécédents dans les annales des échecs-
Les faits que je vous signale ici ont été d^abord, en partie, surpris par moi, au café de la Régence; mais ils pourront vous être confirmés intégralement, à la première réquisition de votre part, par M. Rosenthal qui, évidemment, ne soupçonnait pas le rôlo qu*on lui faisait jouer dans cette circonstance. Voilà ce que je tenais à vous faire connaître quant à la valeur morale de ce jugement.
Je vous communiquerai maintenant un fait qui vous mettra à môme d'apprécier la valeur scientifique de celte Commission. — Le Prix de Fins des parties a été donné à l'envoi de M. Kling, après huit mois de recherches minutieuses et scrupuleuses!!! et j'ai vu, de mes propres yeux, les positions imprimées sur une épreuve, avec Tentète : Prix des études d'Echecs^ deux jours avant la publication du numéro de septembre. Mais un quart d'heure de méditation suffisait k M. Rosenthal pour anéantir le jugement laborieusement enfanté par la^ Commission, démolir presque toutes les positions et entraîner la suppression complète du Prix des fins de parties. Il est vrai que le lauréat n'était pas Français !
J'ai pensé, monsieur, qu'il était du devoir de tout amateur impartial de ne pas laisser passer sous silence de semblables faits qui me paraissent de nature h attirer toutd votre attention; et j'ai surtout tenu à vous prévenir à temps, afin que vous puissiez vous mettre en mesure d'éviter le scandale qui en résulterait nécessairement, s'ils venaient à êtr^ rendus publics dans le monde des échecs, ce qui ne manquerait pas d'avoir lieu
Agréez, etc.