LE SOMNAMBULISME MAGNÉTIQUE
Le cours de Magnétisme du baron du Potet contient des documents en assez grand nombre, pour nous persuader que le somnambulisme artificiel, c*est-à-dire provoqué par le magnétisme, est une vérité. Nous y avons joint d'autres récits empruntés aux autorités de la science magnétique, Charpignon et Lafontaine« mais toujours avec Tappui de procès-verbaux signés par les médecins les plus connus; les faits qui suivent ont donc tous les caractères de Tauthenticité.
Le somnambulisme magnétique est caractérisé, le plus souvent, par une insensibilité entière delà peau ; on peut impunément piquer le dormeur, le pincer, lui faire des brûlures, il ne se réveille pas et ne donne aucun signe de souffrance.
L'ammoniaque concentré, porté par la respira* tlon dans les voies aéricnnes,^ ne détermine pas le moindre changement, et ce qui,, dans Fétat habituel,
iiO LE SPIRITISME DEVANT LA SCIENCE
pourrait donner la mort, reste sans effet dans cette espèce de somnambulisme. Si la sensibilité est éteinte, l'ouïe ne semble pas moins dépourvue d'action. Nul bruit ne peut se faire entendre, la voix, la chute ou Tagitation des corps sonores ne communiquent aucun son aux nerfs acoustiques ; ils semblent être complètement paralysés; des coups de pistolet tirés 4 l'orifice du conduit auditif, tout en meurtrissant les <ihairsy laissent croire encore à la privation de ce sens.
Mais cet état n'existe que pour tout ce qui n'est pas le magnétiseur, car ce dernier peut faire entendre jusqu'aux plus faibles modulations de sa. voix, sa parole se fait comprendre à des distances où toute autre n'entendrait rien et ne pourrait même voir le mouvement des lèvres.
De nombreuses expériences furent faites Dar du Potet en 1820 à l'Hôtel-Dieu de Paris. Il en rend compte de la manière suivante :
(t Vous savez (il parle à ses élèves ) que le somnambulisme s'ofl'rit à notre observation et qu'un grand nombre de médecins incrédules, attirés par la ^nouveauté du spectacle, en furent témoins, et demandèrent à s'assurer par eux-mêmes de la vérité de ce <iue Je leur avançais. Je les laissai faire tant qu'ils voulurent, car pour des phénomènes extraordinaires on ne doit croire que le ténxoignage de ses sens. La présence de beaucoup de monde n'empêcha pas la production du somnambulisme, et une fois cet état produit, les assistants mirenttout en usage pour constater la non-sensibilité des magnétisés. On commença par leur passer dos barbes de plume très légères ourles lèvres et sur les ailes du nez; puis on leur inça la peau, de telle manière que des ecchymoses
LE SOMNAMBULISME MAGNETIQUE ili
«u. étaieat les suites ; puis on inlroduisit de la fumée dans les fosses nasales ; on mit les pieds d'une somnambule dans un bain de moutarde fortement si*napisé et dont l'eau était à un très haut degré de- chaleur,
» Aucun de ces moyens ne détermina le plus léger «changement, pasla plus légère marque de souffrance; ie pouls interrogé n'offrait aucune altération. Mais au moment du réveil toutes les douleurs qui devaient ôtre la suite de ces expériences furent vivement senties et les malades s'indignèrent du traitement qu'on leur avait fait subir. »
Il ne faut pas oublier que toutes ces expériences furent exécutées non par du Potet, mais par des incrédules, il en produit les témoignages écrits. Voici entre beaucoup d'autres un procès-verbal signé du docteur Roboam.
« Je, soussigné, certifie, que le 8 janvier 1821, à la prière de M. Récamier, j'ai mis dans le sommeil magnétique la nommée Le Roy (Lise) couchée au n* 22 de la salle Sainte-Agnès ; il l'avait auparavant menacée de l'application d'un moxa, si elle se laissait «ndormir.
» Contre la volonté du malade, moi, Roboam, je l'ai fait passer dans le sommeil magnétique, pendant lequel M. Gilbert a brûlé de l'agaric à l'ouverture -des fosses nasales et cette fumée désagréable n'a rien produit de remarquable ; qu'ensuite Jf. Récamier a appliqué lui-même, sixvIbl région épigastrique un moxa, qui a produit une escarre de 15 lignes de longueur sur 9 lignes de largeur, que pendant son application la malade n'a pas témoigné la plus légère douleur, âoit par cris, mouvements, ou variations du pouls ;
qu'elle est restée dans un état d'insensibilité parfaite; que, sortie du sommeil, elle a témoigné beaucoup de douleur. »
t. Étaient présents à cette séance, MM. Gilbert Créqoi... etc. Signé HoBOAM, docteur médecin.
Si nous nous sommes étendus sur ce témoignage, c'est pour bien faire voir que le magnétisme est une force et le somnambulisme une vérité, en dépit de tous les corps savants qui ont voulu étouffer cette découverte.
Voici encore une dernière preuve de l'insensibilité des somnambules.
Quelques chirurgiens de l'Hô tel-Dieu ayant changé d'hôpital, un d'entre eux, M. Margue, fut placé dans le vaste hospice de la Salpôtrière. Dans sa nouvelle résidence il s'occupa de magnétisme et bientôt encore le somnambulisme se manifesta, non sur un seul malade, mais sur plusieurs. Esquirol, dont nous avons déjà parlé, ne s'opposa pas à ces études, il souffrit môme qu'elles devinssent publiques, la foule des curieux était grande et les incrédules nombreux.
On renouvela sur ces pauvres femmes les expériences de THôtel-Dieu, ensuite, croyant, sans doute, que jusqu'à un certain point, on pouvait supporter la douleur sans la manifester, que la brûlure la plus forte pouvait être endurée sans aucun signe extérieur de souffrance, on ne crut mieux faire que de leur présenter de l'ammoniaque concentré à respirer. A cet effet, on se procura à la pharmacie de l'hôpital un vase qui en contenait quatre onces, et on le plaça plu-
1. Voir tous les procès-verbaux dans les cours de Magnétisme du baron du Potet.