CHAPITRE H
Dans notre courte revuedes différents systèmes philosophiques, nous avons omis de parler de deux écoles importantes : les phalanstériens et les fouriéristes qui ne nous importaient pas directemerft, leurs théories étant plutôt sociales que purement philosophiques. Il faut cependant noter que Saint-Simon rendit un véritable service à l'esprit humain, en montrant avec sagacité que Ton doit faire àTâme une place plus large que celle que lui avaient accordée les philosophes du xviii® siècle.
Fourier, lui aussi, au milieu du sensualisme de son époque, croyait à Tâme et à son immortalité; ses continuateurs se distinguent dans le mouvement moderne par l'allure de leurs écrits qui tranchent sur les travaux plus matérialistes de la fin de notre siècle.
A part ces deux grands hommes, nous signalerons une pléiade de penseurs d'élite tels que: Pierre Le-
roux» Jean Reynaud, Lamennais, etc., qui relevèrent brillamment le drapeau spiritualiste ; et Ton aurait pu penser que la victoire était définitivement acquise à ces derniers, quand se révéla parmi les disciples de Saint-Simon, un philosophe de premier ordre : Auguste Comte.
D fonda un système nommé le positivisme, qui eut pour mérite d'opposer à l'imagination par trop vagabonde de ses prédécesseurs, les froides et rigides doctrines de la tradition baconienne. Comte essaya de ranimer le sensualisme en lui appliquant Tidée du progrès, mais il échoua dans sa tentative et fut forcé, après avoir voulu tout expliquer par Texpérience et l'observation, de reconnaître qu'il existe en nous une faculté : le sentiment, qui ne peut être impunément méconnue. Il finit par inventer une sorte de religion qui se perdait dans les nuages d'un mysticisme incompréhensible. C'était suivant Huxley « un catholicisme avec le christianisme en moins. »
Ses disciples ne le suivirent pas dans cette voie ; ceux qui firent dissidence donnèrent dans l'excès contraire et sont actuellement de vrais matérialistes, bien qu'ils veuillent s'en défendre.
Un des plus illustres représentants du positivisme est Littré. Toute sa vie ce travailleur infatigable défendit la nouvelle conception, en retranchant ce que son esprit rigoureux y trouvait d'inutile ou de superflu. Ce sont ces suppressions qui le déterminèrent à se séparer d'Auguste Comte vieillissant, et à réduire les doctrines de son maître à leur véritable utilité; mais il accentue encore la tendance matérialiste que renferme en germe le positivisme, et nous mettrons cette grande intelligence en contradiction avec elle»
même, quand eUe prétend rester neutre entre les deux systèmes qui se partagent les esprits : le spiritualisme et le matérialisme.
Exposons d'abord ce que Ton appelle la conception positive du monde, c^est-à-dire « la philos(^hie qui résulte de la coordination du savoir humain. » C'est plutôt une négation qu'un dogme. Les positivistes ont pour objectif Tétude de la nature par les sens, l'observation et l'analyse. Tout ce qui sort de cet ordre de choses est pour eux l'inconnu, le pourquoi qu'ils renoncent délibérément à chercher.
Les réalités des métaphysiciens et des théologiens peuvent exister, on ne les nie pas, mais comme elles n'entrent pas dans le domaine des faits sensibles, il est inutile et dangereux de vouloir les définir; en un mot, elles sont inconnaissables, c'est-à-dire tout à fait hors de la portée do l'entendement.
ot Aussi le fond môme de TétaL positif de l'esprit humain, le caractère essentiel de la mentalité positive, c'est d'écarter toute imagination dans l'explication des choses et de n'y procéder que par constatation réelle, par observation; c'est d'éliminer toutes les suppositions indémontrables et invérifiables, et de se borner à observer des rapports naturels, afin de les prévoir pour les modifier à notre avantage lorsque cela devient possible, ou à les subir convenablement lorsqu'ils ne sont pas accessibles à notre action. *»
Au delà de la sphère des phénomènes constatés, démontrés, il existe un inconnu que l'esprit cherche vainement à pénétrer; aussi Littré, en traçant le programme de l'école, recommanda-t-il une absolue neu-
i. Docteur Robinet, Philosophie positive^ page 17.
LE MATCKIALISME POSITIVISTE 41
tralîté sur toutes les questions dogmatiques relatives à Tessence des choses. Il affirme nettement cette marche dans la page suivante :
« Ne connaissant ni Torigine, ni la fin des choses» il n'y a pas lieu pour* nous de nier qu'il y ait quelque chose au delà de cette origine et de cette fin, (ceci est contre les matérialistes et les athées,) pas plus qu'il n'y a lieu d'affirmer, (ceci est contre les spiritualistes» les métaphysiciens et les théologiens...) La doctrine positive réserve la question suprême d'une intelligence divine, en ce sens qu'elle reconnaît être d'une ignorance absolue, comme, du reste, les sciences particulières qui sont ses affluents, de l'origine et de la fin des choses, ce qui implique nécessairement que» si elle ne nie pas une intelligence divine, elle ne l'affirme pas, demeurant parfaitement neutre entre la négation et l'affirmation, qui, au point où nous en sommes, se valent.
»Ilva sans dire qu'elle exclut le ma^ma/wme qui est une explication de ce que nul ne peut expliquer. Elle ne cherche pas non plus ce que le naturalisme a d'exoiv bitant; car elle dit comme M. de Maistre, en parlant delà nature : « Quelle est cette femme? *»
On le voit, c'est bien net, bien tranché, le vrai positiviste ne doit incliner dans aucun sens; il lui est absolument interdit de méditer sur les problèmes qui ne peuvent se résoudre parla méthode directe de l'analyse et de l'observation.
Cet équilibre dont parle Littré peut-il être maintenu? Est-il possible, lorsque les lois delà nature décèlent un enchaînement admirable de phénomènes,
!. Revue de PfMoiophie positive, jSinYier 1880.
de se renfermer dans Tétroite limite des faits connus, sans tenter de s'élever jusqu'à une cause première, quelle qu'elle soit d'ailleurs?
Non, il n'est pas naturel de s'arrêter en route et de se dire : nous n'irons pas plus loin. L'invincible curiosité humaine nous pousse à franchir les bornes que Ton veut lui imposer, et, volontairement ou non, les hommes de science sont appelés à se prononcer soit dans un sens, soit dans l'autre. Hâtons-nous d'ajouter que l'état suspensif recommandé comme l'expression de la sagesse, est violé par Littré et ses partisans, ils se déclarent franchement matérialistes , ainsi que le prouve le passage suivant que le maître a écrit dans la préface du livre de M. Leblais sur le matérialisme :
« Le physicien reconnaît que la matière pèse ; le physiologiste que la substance nerveuse pense, sans que ni Fun ni l'autre aient la prétention d'expliquer pourquoi l'une pèse et pourquoi l'autre pense. »
Nous ne nous arrêterons pas à signaler l'impropriété de la comparaison entre la pesanteur, phénomène physique, et la pensée, action spirituelle, laquelle ne peut être assimilée à aucune propriété de la matière. Ce qu'il importe de remarquer, c'est cette affirmation: la substance nerveuse pense, que nous avons vue reproduite par tous les matérialistes.
Un philosophe de l'école de Comte devrait cependant être d'une ignorance absolue quant aux faits psychiques; pour lui les phénomènes de la pensée ne doivent pas être le produit de la substance cérébrale, puisqu'il n'a jamais pu constater expérimentalement qu'une certaine quantité de phosphore, par exemple, ajoutée à la masse du cerveau, rendait la pensée plus
active, ou que la môme quantité enlevée à cet organe annihilait la pensée. Il sort de la neutralité qu*exige son programme pour se prononcer négativement. Donc nous avions raison de dire que les positivistes n'étaient que des matérialistes déguisés.
En veut-on encore une preuve? Nous la trouvons facilement lorsque Littré examineTunivers et cherche ]es lois qui le dirigent. Voici ce que nous lisons dans les Paroles de philosophie positive.
« L'univers nous apparaît présentement comme ayant ses causes en lui-même, causes que nous nommons des lois. — Uimmanence est la science expliquant Tunivers par les causes qui sont en lui... L'immanence est directement infinie ; car, laissant les types et les figures, elle nous met sans intermédiaire en rapport avec les éternels moteurs d'un univers illimité, et découvre à la pensée stupéfaite et ravie les mondes portés sur l'abîme de l'espace, et la vie portée sur l'abîme du temps. »
On ne peut nier dans ce passage l'établissement d'une doctrine très nettement formulée. On oppose à l'idée d'un créateur, celle de l'immanence, c'est-àdire la propriété qu'aurait l'univers de se mouvoir en vertu des lois qu'il possède en lui-même. Comme le fait remarquer M. Caro, c'est une affirmation qui dépasse singulièrement « la sphère des faits vérifiables eldes vérités démontrées », dont Littré prétendait ne pas s'écarter.
En somme, le plus illustre représentant de la science positive est matérialiste, sinon en principe, du moins efiectivement. Contrairement à son programme et à la réalité^ il affirme que la matière pense, et il croit que la nature se gouverne seule. C'est contre ces con-
clusions que nous nous inscrivons en faux, en vertu des raisons que nous avons exposées dans le chapitre précédent.
La méthode positive rejette tout instrument d'étude autre que les sens; mais il existe en nous cette propriété de nous connaître que Ton nomme sens intimCj qui a bien sa valeur, puisque c'est par lui que nous sommes informés de Texistence de la pensée. Sans doute, on ne peut préciser en quoi il consiste, il est impossible de trouver d'organe qui lui corresponde< et cependant personne ne révoquera son témoignage qui s'at'ûrme par un exercice journalier. Citons une belle page du père Elie Méric, tirée du livre: La vie dans l'esprit et dans la matière,
« MM. Littré et Robin n'ont pas exposé le positivisme plus clairement que Broussais. Les uns et les autres nous accusent d'expliquer un comment mystérieux: la pensée, par un arrangement mystérieux, insaisissable : l'âme.
» Il Faut donc prouver que nous avons la perception claire de l'âme, de la pensée, du jugement, de la volonté, et d'un rapport nécessaire entre l'âme et ses facultés. Il faut démontrer que nous avons une perception aussi réelle de ces choses que de l'existence des phénomènes matériels.
» Par une propension invincible et une conviction raisonnée, je sais et je sens que je pense, que j'imagine, que j'aime, que je raisonne. Je sais que des pensées se succèdent et se révèlent en moi, que des idées se présentent à moi sous forme d'images, que certains objets, certaines créatures éveillent en moi un sentiment d'amour, d'autres un sentiment de haine. Je sais et je sens que, par un retour de ma pensée,
LE MATEUIALISME POSITIVISTE 45
par un retour de ma volonté je peux réfléchir sur ces idées, ces images, ces désirs, ces sentiments, les observer, les décrire, les analyser, que je raisonne enfin.
» Et je peux renouveler ce phénomène, rappeler un souvenir parla mémoire, réveiller l'amour et la haine, évoquer une image disparue au gré de ma volonté. Voilà une expérience que je peux renouveler aussi souvent que le chimiste et le physicien renouvelleront une expérience de physique et de chimie. Voilà un fait aussi certain que la circulation du sang, et la transformation des éléments en ma propre substance.
» Sous peine de faire violence au sens intime, de désavouer le témoignage de la conscience universelle, ou de céder à des préjugés fâcheux et coupables, ^oilà des réalités que le positiviste doit reconnaître, affirmer; et cependant ces réalités, ces phénomènes ne sont pas matériels ; on ne les connaît pas par le témoignage des sens. »
La pente sur laquelle glissent les positivistes doit les amener fatalement au matérialisme, dont théoriquement ils ont la prétention de s'écarter. Le dédain qu'ils montrent pour tout ce qui n'est pas directement mesurable, dénote la négation anticipée de toutes les réalités spirituelles. Malgré toute leur science, ils ne peuvent expliquer la pensée, elle se produit dans des conditions déterminées qui ont sans doute un certain rapport avec des états spéciaux du cerveau, mais pas plus que Moleschott, il ne leur est possible d'affirmer qu'elle en est le produit.
Le cerveau, sa composition, son mode de fonctionnement, tel est le champ de bataille actuel où se concentrent les efforts des partis opposés. C'est en pé-
nétrant dans les profondeurs de sa constitution intime, en scrutant avec ténacité les replis les plus secrets de cet organe, qu'un savant physiologiste, M. Luys, espère donner gain de cause aux positivistes. Il veut montrer que l'activité intellectuelle est produite simplement par le jeu des forces naturelles des cellules deTécorce cérébrale, stimulées par les excitations du dehors, amenées par les nerfs centripèdes.
Il est conséquent avec ses doctrinee, car aujourd'hui la plus grande partie des disciples de Littré professent une horreur injustifiable pour l'ancienne philosophie ; ils repoussent en bloc tous les faits certains auxquels on était arrivé par l'étude attentive des états de conscience, pour adopter une psychologie nouvelle qui ne fait point partie d'une philosophie quelconque, plutôt que d'une autre science.
Cette psychologie ne s'occupe point de l'âme et de ses facultés considérées en elles-mêmes, mais des phénomènes par lesquels se manifeste l'intelligence, et des conditions invariables des lois de leur production. Elle ne demande pas à la conscience seule de lui faire connaître l'esprit, elle ne se borne pas à Taction interne, qu'elle prétend trop souvent illusoire, mais elle fait appel à la méthode des sciences naturelles, disposant parfois, malgré la délicatesse de son sujet et la crainte respectueuse qui la maîtrise, de l'expérimentation elle-même, grâce à la pathologie.
Son premier principe, son point de départ est ce fait, admis depuis peu par la science otïîcielle, que le cerveau est l'organe de la pensée, de l'esprit, ou plus exactement que l'intelligence, l'âme, si Ton veut comprendre sous ce mot l'ensemble des idées et des sentiments, est une fonction du cerveau.
D'autres exagérant encore ce système, espèrent ar* river un jour à déterminer à quelles vibrations de la masse phosphorée correspond, par exemple, la notioa derinfinil
Reprenons encore une fois l'étude du cerveau, non plus en l'envisageant avec Moleschottau point de vue de sa composition chimique, mais dans sa struc* ture anatomique et dans sa vie physiologique. Nous suivrons pas à pas le livre de M. Luys, Le cerveau et ses fonctions^ et là encore, nous mettrons en évi» dence tous les artifices employés pour fausser les conclusions naturelles de ces investigations, qui sonttou* tes en faveur des spiritualistes.
S II. Le cerveau et ses fonctions.
Pour bien comprendre la discussion, il est indispen-
sable de s'engager à la suite de Fauteur dans l'analyse
détaillée qu'il fait des différentes parties du cerveau»
^ en résumant d'une manière succincte ce qui est en
rapport avec notre sujet.
M. Luys est un expérimentateur de premier ordre; il a perfectionné les méthodes d'investigation delà substance cérébrale, en employant une série de coupes méthodiquement espacées de millimètre en millimètre, soit dans le sens horizontal, soit dans le sens vertical, soit dans le sens anléro-postérieur; et ces coupes ayant été pi^atiquées suivant les trois directions de la masse solide qu'il s'agit d'étudier, ont été reproduites parla photographie.
Les opérations ainsi régulièrement conduites, ont permis d'avoir des représentations aussi exactes que .
possible de la réalité, et de conserver les dispositions mutuelles des parties les plus délicates des centres nerveux. On a pu en comparant les sections soit horizontales, soit verticales, suivre tel ordre de fibres nerveuses dans sa progression vers son point de départ ou son point d'arrivée. On a étudié millimètre par millimètre la marche naturelle et les intrications «successives des différentes catégories de fibrilles nerveuses, sans rien changer, sans rien lacérer, en laissant en quelque sorte les choses dans leur état normal. De plus, les portions qu'on avait observées ^u microscope ont été agrandies au moyen de la photographie, ce qui a permis de voir certains détails anatomiques qu'on n'avait pas encore remarqués.
Le système nerveux de l'homme présente trois grandes divisions :
!• Le cerveau et le cervelet,
2« La moelle épinière,
3« Les nerfs.
Nous n'avons pas à considérer la moelle épinière, non plus que les nerfs ; ce qui nous intéresse c'est le «erveau. D est constitué par deux hémisphères A et G
Figure 1.
È Couche corticale grise du cerveau.
B Fibres blaDcheM qui fout commuaiquer deux parties semblables de chaunt {léfflisphère.
réunis aU moyen d'une série défibres blanches transversales B qui font communiquer les parties sembla-^ blés de chaque lobe, de façon que les deux moitiés ne fessent qu'un corpsy dont toutes les molécules sont en rapport les unes avec les autres.
Chaque lobe pris séparément présente à son tour:
1<* Des amas de substance grise.
2® Des agglomérations de fibres blanches*
1® Les amas de substance grise, composés de mil« lions de cellules qui sont les éléments essentiellement actifs du système, sont disposés :
D*abord à la périphérie du lobe sous forme d'une courbe mince, onduleuse et continue; c'est l'écorce cérébrale A figure 1.
D'autre part, dans les régions centrales sous forme de deux noyaux gris accolés et qui ne sont autre chose que la substance grise des couches optiques et dea corps striés « G figure 2. »
2" La substance blanche, entièrement composée de
, A Couche Mrtieala crise.
B Fibres blanches eommissurantes.
'C Conèhes optiques.
J) Fibres blanches faisant communiquer les eouches optiques aree chaque hiinit* f Bère, et entre elles.
SO LE SPIRITISME DEVANT LA SOlEiNCE
tubes nerveux juxtaposés occupe les espace-^ compris entre Técorce des lobes et les noyaux du centre. Les fibres qui la constituent ne représentent que des traits d'union entre telle ou telle région de Técorcè cérébrale et telle ou telle région des noyaux centraux. Ils peuvent être considérés comme une série de fils électriques tendus entre deux stations, et dans deux directions différentes. Ceux qui réunissent les divers points dé la surface des hémisphères aux noyaux centraux, sont comparables à une roue dont les rayons relient la circonférence au centre, les autres ont une direc tion transversale et joignent deux parties semblablesde chaque hémisphère.
Snbitance corticale des hémisphères. — Tout le monde connaît Tapparence extérieure des lobe& du cerveau. U suffit de se rappeler les cervelles de mouton que Ton sert habituellement sur nos tables pour voir, au premier abord, que la substance grise corticale se présente sous Tapparence d'une lame grise, onduleuse, repliée un grand nombre de fois sur elle-même, et formant ainsi une série de sinuosités multiples qui n'ont d'autre but que d'agrandir sa sur* face. On a cru remarquer dans ces plis certaines dispositions générales ; mais le plus grand nombre aftec^ tent les formes les plus variées suivant les individus. Les hémisphères ne sont pas rigoureusement homo*» logues, c'est-à-dire n'ont pas absolument la môme conformation, mais les modifications entre les deux lo« bes sont de très, minime importance*
L'épaisseur de la couche cérébrale est en moyenne de deux à trois millimètres, en général elle est plut abondamment répartie dans les régions antérieure».
tB MATfittlALlSME l'uSlTlVISTE 5!-
que dans les postérieures. La masse varie suivant l^s âges et suivant les races : Gratiolet a remarqué que dans les espèces de petite taille la masse* de la substance corticale était peu abondante.
Lorsque Ton prend une tranche mince de cette ma-^ tière grise de Técorce du cerveau, qu'on te comprime entre deux lames de verre, on remarque qu*elle se partage en zones d'inégale transparence et que ces 7ones se disposent en une striation régulière et ùxe. Nou§ verrons tout à l'heure que ces apparences no sont que le résultat de la structure intime de la substance corticale. Tels sont les caractères que présente l'écorce cérébrale envisagée à l'œil nu et que tout le monde peut constater sur des cerveaux frais.
Pénétrons maintenant, à l'aide de verres grossissants, dans l'intérieur de cette substance mollasse, amorphe en apparence, et dont l'aspect homogène est loin de nous révéler les merveilleux détails.
Que trouve-t-on dans la substance cérébrale comme élément anatomique fixe, comme unité première? La cellule nerveuse, avec ses attributs variés, ses configurations définies, on voit aussi des fibres nerveuses, et un tissu qui joint tous ces' éléments, lequel est traversé par des vaisseaux sanguins très petits nommés capillaires.
C'est de l'étude de la cellule que dépend la science des propriétés du cerveau, puisqu'elle est l'unité primordiale du tissu cérébt'al, et lorsque nous connaîtrons les propriétés intimes de cet élément, nous aurons une idée exacte du rôle de la matière cervicale.
A la partie inférieure de cette couche des hémisphères, aous voyons le commencement de ces fibres çuijQignent la surface au centre. Elles sotnt d'abord
ramifiées à Tinfiai de manière à entrer en contact avec un grand nombre de cellules de la couche corticale, puis vont en se condensant jusqu'à leur sortie de Técorce des hémisphères, où elles ont la forme de fibres compactes.
Figures.
Coape et grossissement de l'écorce do cerveau.
. jL Petites eellolei.
B Grosses cellules.
C Commencemeot des fibres bl&Dcbes qui relient la couche corticale aux lobes optiques.
D Capillaire ameDUit le sang.
Si nous examinons les cellules nerveuses, nous verrons qu'elles ont , comme toute cellule,une forme déterminée par une membrane enveloppe, le plus souvent irrégulière, dont les contours simulent des sortes de bras s'allongeant dans divers sens ; puis à l'intérieur, un noyau portant un point brillant qu'on appelle nucléole.
Dans l'écorce du cerveau, les cellules les plus petites occupent les régions supérieures Aetles plus grosses les régions profondes B; ces dernières ont environ un volume double des premières,etle passage des petites aux grosses se faitpar transitions insensibles.
Il résulte des ramifications de toutes ces cel-
yGoogk
LE MATÉBÎALISME POSITIVISTE 53
Iules qu'elles lormenL un vériit^ble tissu,, dont toutes les molécules soQt aptes, en quelque sorte, à vibrer è| Tunisson.
- Pour se rendre compte du nombre immense de ces cellules nerveuses, il sufBt de savoir que sur un espace égal à un millimètre carré de substance corticale, ayant pour épaisseur un dixième de millimètre^ on compte à peu près cent à cent vingt cellules ner« veuscs de volume varié» Que Ton suppute mainte* nant par rimaginalion le nombre de fois que cette petite quantité est contenue dans l'ensemble, on arrivera à une évaluation de plusieurs millions.
L'imagination reste confondue quand on pénètre dans le monde de ces inûniment petits où Ton retrouve ces mêmes divisions infinies delà matière,» qui frappent si vivement l'esprit dans l'étude du monde sidéral.
^ Lorsqu'on examine la structure d'un élément anatomique, laquelle n'est visible qu*avec un grossissement de sept à huit cents diamètres, si Ton vient à penser que ce même élément se répète par millions dans l'épaisseur de la couche cérébrale on ne peut s'empêcher d'être saisi d'admiration. Si l'on songe que chacun de ces petits appareils a. son autonomie, son individualité, sa sensibilité orga? nique intime, qu'il est relié à ses congénères, qu'il participe à la vie commune, et qu'en définitive il est l'ouvrier silencieux et infatigable qui élabore discrète^ ment ces forces nerveuses nécessaires à ractivitô> psychique qui se dépense incessamment dans toutes les directions, on reconnaît la merveilleuse organisation qui préside au monde des infiniment pe^ tits. . : .
De ce qui précède, nous concluons que la substance corticale représente un immense appareil, formé par des éléments nerveux doués d'une sensibilité propre, il est vrai, et cependant solidarisés entre eux, caries séries de cellules disposées en étages, les rapports de ces différentes couches les unes avec les autres, impliquent l'idée que les activités nerveuses de chaque zone peuvent être isolément éveillées, qu'elles ont la faculté de s*associer ensemble, d'être modifiées d'une région à une autre, suivant la nature des cellules intermédiaires mises en émoi; qu'en un mot, les actions nerveuses, comme des on* dulations vibratoires, doivent se propager de proche en proche suivant la direction des cellules organiques, soit dans le sens horizontal, soit dans le sens vertical, ou des zones profondes aux zones superficielles et réciproquement.
Jusqu'ici, nous sommes sur le ferme terrainde l'observation ; mais il faut le quitter pour entrer dans les déductions physiologiques qui sont toujours plus ou moins sujettes à discussion.
Au point de vue de la signification physiologique de certaines zones, et du mode de répartition de la sensibilité et de la motilité (faculté de donner le mouvement), il est permis, en s'appuyant sur les lois de l'analogie, de supposer que les régions supérieures, occupées principalement par les petites cellules, doi« vent être surtout en rapport avec les manifestations de la sensibilité, tandis que les régions profondes, peuplées par les groupes de grosses cellules,, peuvent être principalement considérées comme centres d'émission du phénomène de la motricité^ c'est-à-dire des incitations qui déterminent le mouvement.
r Ces déductions s'appuient sur cefail d'observation 4iue,dans la moelle épinière, les nerfs sensitifs sont en 'apport avec les petites cellules de la moelle, et les jierfs moteurs, avec les grosses cellules dans lesquelles s'accomplissent les diverses actions de la motricité. Par analogie, on serait donc en droit d'envisager les cellules supérieures delà couche corticale, comme la sphère de diffusion de la sensibilité générale et spéciale, et par cela môme le grand réservoir commun fSensorium commune , de toutes les sensibilités de l'organisme ; d'un autre côté, on pourrait regarder les couches profondes comme le lieu d'émission des phénomènes du mouvement.
Substance blanche. — La substance blanche est composée en grande partie par des Qbres nerveuses blanches B (Qg. 1 et 2) formées essentiellement d'un filament central nommé cylinder axis, puis d'une gaine entourant cet axe. Entre le cylinder axis et cette gaine se trouve une substance oléo-phosphorée, transpa» rente pendant la vie que l'on nomme la myéline. Elle a pour but d'isoler le cylindre, absolument comme on entoure de caoutchouc les ûls destinés à conduire l'électricité. La comparaison est d'autant plus juste que les fibres blanches ne servent qu'à transmettre du centre à la périphérie ou réciproquement, les excita* tiens nerveuses.
L'examen des centres opto-striés terminera la revue des principales parties du cerveau, sans la* quelle nous n'aurions pu comprendre la théorie de M. Luys.
Concbesoptiqnes. — CVoir fig. 4.) Les couches optique%
et les corps striés sont en quelque sorte les pivots natu« rels autour desquels gravitent tous les éléments du sys«tème, elles se présentent sous la forme d'une masse de substance grise, dont la structure anatomique, les rap* ports généraux, étaient à peine connus jusque dans ce» derniers temps. Elles représentent un ovoïde, sorte d'œuf^ de couleur rougeâtre, occupant, ainsi qu'on peut le vérifier le compas à la main, le milieu môme du cerveau ; elles sont pour ainsi dire le centre d'attrac<r tion de toutes ces fibres dont elles commandent le groupement et la direction.
Une série de petits noyaux placés les uns à côté dea autres, dans une direction allant de l'arrière à l'avant du cerveau, sont les parties principales de la couche optique. Ces excroissances implantées dans la masse sont au nombre de quatre ; la plupart ont été décritei* par les anatomistes, par Arnold en particulier, sauf le noyau médian qui a été signalé par M. Luys ; ils forment à la surface de la couche des tubérosités qui donnent à ce corps un aspect mamelonné. •
Sur une série de coupes horizontales et verticales, . on peut s'assurer que ces noyaux forment de véritables petits centres, constitués par des cellules enchevêtrées, et communiquant isolément avec des groupes spéciaux de fibres nerveuses afTérentes. Voyons maintenant au point de vue physiologique l'importance de ces centres.
Jusque dans ces dernières années, les couches optiques étaient pour les auteurs un problème insoluble, une terre inconnue dont Fanatomie avait à peine" précisé la situation ; aussi comprend-on facilement que la fonction de chacun des noyaux était Io'd de Ipouvôir ôtre fixée. , ^
LK matekuliî^me positiviste fi
C'est en étudiant lui-môme, et en examinant les ramiQcations de chacun de ces centres avec la péri*» pbérie, que M. Luys est arrivé à considérer ces noyaux comme autant de petits foyers de concentra*^ tioD, isolés et indépendants, pour les différentes caté-* gories d'impressions sensorielles qui arrivent dans leur substance.
Ainsi le centre antérieur qui communique avec le nerf olfactif est celui qui doit transmettre les impressions, venant des régions périphériques affectées à cet organe ; c'est-à-dire du nez. Ce qui le prouve^ c'est que dans les espèces animales dont le flair est très développé, ce noyau est proportionnellement très gros. Il est donc bien le point où convergent toutes les sensations olfactives avant d'être irradiées vers la périphérie corticale.
C'est ainsi qu'on a déterminé pour les autres sens les fonctions suivantes :
1® Le noyau moyen est destiné à la condensation des sensations visuelles.
2* Le noyau médian est le point de concentration de la sensibilité générale.
3* Le noyau postérieur sert à condenser les sensation auditives.
Ces données, quoique nouvelles, sont, suivant M. Luys, confirmées par des expériences physiologiques et d'autre part, par Texamen des symptôme» cliniques qui sont, dans ces matières, le critérium iiréfragable de toute doctrine vraiment scientifique.
Si Ton admet les déductions précédemment exposées, on comprendra qu'on puisse envisage les couehes optiques comme des régions intermédiaires entre les incitations purement spinales, c*est-à-dire
venues de la moelle épinière, et les activités plus épurées de la vie psychique.
Par leurs noyaux isolés et indépendants, elles seiv vent de points de concentration à chaque ordre d*impressions sensorielles qui trouvent dans leurs réseaux de cellules, un lieu de passage et un champ de transformation. C'est là que celles-ci sont d'abord condensées, mises en dépôt et travaillées par l'action spéciale des éléments qu'elles ébranlent sur leur parcours. C'est de là, ainsi que d'une dernière étape, après avoir émergé de ganglion en ganglion à travers les conducteurs centripètes qui les transportent, qu'elles sont dardées dans les régions de la périphérie corticale, sous une forme nouvelle, et spiritualisées en quelque sorte, pour servir de matériaux incitateurs à l'activité des cellules de la substance corticale..
Ce sont les seules portes ouvertes par lesquelles passent toutes les incitations extérieures, destinées à être mises en œuvre par les cellules corticales, et les uniques conduits qui permettent à l'activité psychique de se manifester au dehors.
L'examen du cerveau nous montre que chacun des centres dont nous avons parlé est plus particulièrement en rapport avec certaines parties de la subs* tanc6 corticale.
On peut donc admettre aujourd'hui cette vérité autrefois si controversée des localisations cérébrales. 11 est aisé de comprendre maintenant, comment le développement périphérique de tel ou tel appareil sensoriel détermine dans les régions centrales un appareil réceplcur, en quoique sorte proportionnel, comment la richesse en éléments nerveux de la substance corticale elle-môcne, le degré de sensibilité propre, Té-
norgie spécifique de chacun d'eux, pourra, à uninoment donné, jouer un rôle prépondérant dans Tenscmble des facultés mentales, et déterminer ]e: tempérament et l'activité spécifique de telle ou telle organisation.
Enfin les expériences de Schiff établissent que les incitations de la vie organique pénètrent aussi jusqu^aux lobes optiques. C'est donc à un double point de vue que Ton peut considérer les lobes optiques comme le nœud de tout l'ensemble du système cérébral.
Le corps strié est à présent le dernier organe que nous devions étudier.
Corps strié. — L^amas de substance grise désigné sous le nom de corps strié, est avec la couche optique, la portion complémentaire de ces deux noyaux gris qui occupent la place centrale de chaque hémisphère et qui sont, ainsi que nous l'avons déjà plusieurs fois signalé, les pôles naturels autour des^ quels gravitent tous les éléments nerveux.
Les couches optiques semblent ôtr^ le prolongement des cellules sensitives de la moelle, tandis que le corps strié serait la continuation des cellules mo* trices de l'axe spinal.
La masse des corps striés se compose de grosses cellules semblables à celles de la région inférieure de Técorce corticale, et reliées entre elles de la môme manière. Ainsi que dans les couches optiques, il existe des fibres qui joignent le corps strié à la substance corticale.
Ces fibres représentent donc, à proprement parler, 4é3^ traits d'union naturels entre les régions corticales
d'où émergent les incitations volontaires, et les différents points du corps strié où elles se renforcent. Ce sont les expériences de Fristch et de Hitzig et plus tard de Fournier, qui ont démontré qu'il existe un ordre spécial de fibres nerveuses, irradiées des différents départements de la substance corticale, et allant se distribuer dans des territoires isolés de la substance grise des corps striés, laquelle se trouve ainsi associée d'une manière directe et instantanée à tous les ébranlements des régions de la substance cérébrale des hémisphères.
Il faut noter dans les corps striés la présence de petites particules jaunes qui sont mises en relation avec le cervelet par des fibres spéciales. Selon M. Luys, ces noyaux jaunes seraient les récepteurs de la force nerveuse dégagée par le cervelet, sous lé nom d'influx cérébelleux. Cette innervation, véritable force surnuméraire, sert à augmenter l'action du corps strié. C'est elle qui, semblable à un courant continu, déverse incessamment la force nerveuse qui charge les cellules du corps strié. C'est elle qui donne à noà mouvements leur force, leur régularité, leur continuité.
Dans l'intérieur des tissus du corps strié, les incitations parties des centres moteurs de Técorce cérébrale font une première halte dans leur course descendante ; elles entrent en relation plus intime avec* des éléments nouveaux qui renforcissent, matérialisent en quelque sorte les excitations si faibles, à leur début, des cellules motrices de l'écorce cérébrale.* L'influx de la volonté sort du corps strié, augmenté* pour ainsi dire, et se rend dans les diverses parties des pédoncules cérébraux, où il actionne à son toui*
LB MAIÉRIALISME FOSlTlVlSTfi 61
difTérenis groupes de cellules, dont il excite les propriétés dynamiques. Connaissant maintenant les élé* ments généraux du cerveau, examinons quelle est la, marche de la sensation à travers tous ces organes. Nous ne pouvons entrer dans tous les développements que l'auteur a donnés à cette étude. Nous^nous bornerons à nous rendre compte de la manière dont une excitation extérieure arrive au cerveau, et comment elle revient à la périphérie sous forme d'incitation motrice.
Mécanisme de la sensation. — Les nerfs qui s'épanouissent à la surlace du corps ne vibrent pas indifféremment sous toutes les impulsions, il faut que les tibrillos qui les composent puissent entrer en mouvement s:^ des incitations déterminées, par exemple les sensations lumineuses sont de nul effet sur le nerf auditit et réciproquement.
Supposons, pour plus de clarté, que nous n*ayons aff'aire qu'à des vibrations lumineuses. Lorsque la rétine est affectée par le mouvement ondulatoire de Téther, il faut un certain temps pour que cet ébranlement matériel détermine des vibrations dans le nerf optique, mais une fois produites, elles se propagent de proche en proche jusqu'aux couches optiques. Là, ces vibrations sont concentrées dans le premier noyau dont nous avons constaté l'existence; elles subissent de la part de ce petit centre une action qui a pour but de les spiritualiser^ ayant déjà été animalisées dans I0 trajet des nerfs.
Après un temps d'arrêt nécessaire à cette opération^ elles sont lancées vers le sensorium, c'est-à-dire vers, la partie périphérique du cerveau, où elles se répan-;
LE SPIRITISME DEVANT LA SCIENGli:
dent dans la couche des petites cellules et mettent en action toute une série d'éléments nerveux relatifs aux impressions visuelles.
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A Éeoree da eerTeaa.
B Fibre eommissurante qui joint l'éeorce
aux couches optiqnei.
€ Couches optiques.
D Corps strié.
E Noyaux médians.
F Oreille.
G OEil.
UéCAMISUB DB LA SBNSATIOM
Une sensation lumineuse arrire en I, là elle ébranle la rétine qui eoramnniqo» ton mouvement au centre J, par l'intermédiaire du nerf optique. De ce noyau J, la sensation est reoToyée dans la couche corticale en R. Arrivée là, elle ébranle le» cellules voisines telles que L, qui propagent le mouvement dans les zones profondes. L'action ondulatoire retouine transformée dans le noyau M du corps strié, et ensuite se distribue dans le corps au moyen du nerf N.
Chaque ordre d'incitation sensorielle est ainsi dispersé et cantonné dans un endroit spécial de Técorce du cerveau. L'anatomie montre d'ailleurs qu'il y a des localisations définies, des régions limi« tées, organiquement destinées à recevoir, & conden*
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ser, à transformer telle ou telle catégorie d'impres* sion venant des sens.
La physiologie expérimentale a prouvé de son côté que sur les animaux vivants, ainsi que les belles expé* riences de Flourens Font depuis longtemps montré» on pouvait, en enlevant méthodiquement des tranches de la substance cérébrale, faire perdre paraUèlement» à ces mêmes animaux, soit la faculté de percevoir les impressions visuelles, soit celle de percevoir les im* pressions auditives. Bien plus, SchifTa mis en évidence ce fait, que le cerveau d'un chien s'échauffait partiellement suivant la nature des excitations qui Taflectaient. Donc les impressions sensorielles pardonnent toutes, en dernier lieu, dans les réseaux do la substance corticale, elles y arrivent transformées par Taction des milieux intermédiaires qu'elles ont rencontrés sur leur parcours, enfin c'est là qu'elles s'amortissent, qu'elles s'éteignent pour revivre sous une forme nouvelle, en mettant enjeu les régions de l'activité psychique où elles sont définitivement reçues.
Ici se trouve le point délicat de la démonstration ; on peut se rendre compte jusqu'à présent de la marche évolutive des mouvements vibratoires , en faisant toutefois des réserves sur Vanimaltsation et la spirt' tudisation de ces vibrations matérielles, mais com^» ment comprendre qu'elles se transforment en idées?
Suivons l'auteur dans ses raisonnements.
Une fois que l'incitation sensorielle s'est distribuée au milieu du réseau de l'écorce cérébrale, quels sont les phénomènes nouveaux qui se déroulent ?
D'après M. Luys, ¥ analogie seule nous permet de penser que les cellules sensitives cérébrales se corn*» portent comme celles de la moelle épinière, et qu'en
él LE SPIRITISME DEVANT LA SCIENCE
présence des incitalions physiologiques qui leur sont propres, elles réagissent d'une façon similaire.
(On sait que dans l'action réflexe, les excitations des nerfs sensitifs transmettent aux petites cellules de la moelle épinière une irritation qui, se communiquant et se réfléchissant sur les grosses cellules delà moelle, ébranle les nerfs moteurs qui y correspondent, de sorte que l'excitation revient à son point de départ sous forme d'incitation motrice. C'est de cette manière qu'une grenouille à laquelle on a coupé la tête contracte encore la patte que l'on irrite avec un acide).
M. Luys admet donc, qu'au moment où la cellule corticale reçoit l'imprégnation de l'ébranlement extérieur, elle s'érige en quelque sorte, développe sa sensibilité propre, et dégage les énergies intimes qu'elle renferme. C'est ainsi que le mouvement se propage de proche en proche, éveillant les activités latentes de nouveaux groupes de cellules qui, àlourtour, deviennent des foyers d'activité pour leurs voisines.
Ce que nous venons de décrire s'opérant dans toutes les directions, ces excitations parties des cellules de la substance corticale se propagent dans sa profondeur et agissent sur les grosses cellules qui, à leur tour, transmettent ces ébranlements au corps strié, lequel les renforce et les lance dans l'organisme sous forme d'incitations motrices.
Telles sont, suivant M. Luys, la genèse et la marche d'un ordre de sensations quelconques, mais il ajoute qu'il ne faut pas confondre l'évolution des phénomènes de la sensibilité avec de simples actions réflexes comme celles de l'axe spinal ; et si l'on peut dire que la motricité volontaire n'est qu'un acte de sensibilité transformée, c'est toutefois la sensibilité doublée, tri*
LE MATERIALISME PO^TIVISÎK «'i
pîé«, multipliée par toute» les activités cérébrales mises en émoi, la personnalité sentante et vibrnnU qui entre en jeu sous une ibrme sommatique oi f| ir se révèle au dehors par une série de manifestations t^ fléchies et coordonnées.
Arrêtons^nous un instant et cherchons quelle est la pensée qui se dégage de toutes ces hypothèses. Nous^ avons bien compris comment Tébranlement nerveux arrivait jusqu'à la couche superficielle du ^orv»'.. mais, une fois là, M. Luys nous parle de cellules qui « s'érigent ». Nous avouons ne pas comprendre ce. que cela veut dire. Est-ce pour exprimer que les cel-: Iules dév^oppent toutes les énergies qu'elles contiennent, nous y consentons, mais quel rapport peut-il y avoir entre une action nerveuse, si érif^ée, qu'elle soit» 0t la pensée ? L'auteur sait que son argumentation n'est pas suffisante, il ajoute que la cellule dégage sa sensibilité propre, et parce mot, il laisse entendre que la cellule elle-même est capable de s'^ntir. oûuft verrons plus loin si son opinion est fondée. Enfin il iiKlîqne le mouvement de retojr de ces excitations, mais il oublie de noter qu'entre l'arrivée et le départ rje ees sensations,, il s'est produit un tait très important celui de la perception ; c'est-à-dire la connaissance par le moi, par la personnalité humaine dos actiocs qui se sont accomplies..
C'est ici qu'il est utile d'insister, car toutes les évolutions si savamment décrites des vibrations nerveuses, ne sont que les préliminaires de l'acte de la perception et il faut de toute nécessité que ces vibrations éveillent quelque chose, une force latente qui en prenne conaai8sance,s«Qsquoi, elles restent lettre morte pourl'en* tendenïeni.iCQQune le démontre le phénomène de ladia^
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traction dont nous avons parlé au chapitre précédent.
Ce qui prouve dans ce cas la nécessité de l'intervention d'un agent nouveau, c'est que M. Luys ditqu'ilne faut pas confondre ces actes du cerveau, avec de simples actions réflexes, il sent lui-même qu'il y a une différence, mais elle ne consiste, à son point de vue, que dans la multiplicité et l'intensité des forces qui se manifestent. Dans la moelle les opérations sont simples, dans le cerveau elles sont compliquées. Si. cela est justCj pourquoi ces actions qui sontinconscientes dans Taxe spinal deviennent-elles des faits de conscience au cerveau? Le savant physiologiste a été obligé d'adr mettre, pour appuyer sa théorie, qu'il existe une analogie complète entre les différents ordres de cellules du cerveau, et les différents ordres de cellules de la moelle épinière, il doit donc encore l'admettre lorsqu'il s'agit de la sensibilité, et cependant rien dans les cellules de l'écorce corticale ne dénote que la conscience -^ réside.
On a beau analyser toutes les forces « qui entrent enjeu sous une forme sommatique » elles sont impuissantes à faire comprendre la nature ou la génération d'une idée, tant que l'on s'obstine à nier l'âme.
§. III. Conséquences des théories précédentes*'
Le chapitre précédent a fait dérouler sous nos yeux le panorama des opérations mystérieuses qui s'accom* plissent dans le sein de la masse cérébrale. Nous avons suivi le fonctionnement de chacun des organes du cerveau et nous avons pu admettre, théoriquement, que les choses se passent ainsi que l'enseigne M. Luys. Mais
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LE MATKHIAIJSMK POSITIVISTE «7
dans la réalité, les actes multiples de la vie n'ont pas a simplicité initiale que nous avions supposée.
Un exemple nous le fera comprendre.
Lorsque nous assistons à une représentation théâtrale, les yeux et les oreilles sont affectés en ipéme temps, et il surgit un monde d'idées déterminét^s par les milliers de sensations qui arrivent instantanément au cerveau. Si Ton joint à ces deux causes les ipapressions produites par la .décoration de la salle, la chaleur, le débit des acteurs, la musique, etc, on arrivera à un total énorme d'actions sensitives perçues par le cerveau.
- Comment toutes ces vibrations si diverses arriventelles à s'harmoniser ? Comment les mouvements vibratoires se concertent-ils pour produire chez le spectateur le sentiment de plaisir ou de malaise qui en résulte ? On a beau nous montrer que chacun des sens aune place réservée dans Técorce cérébrale, que les excitations extérieures qui y correspondent se; rendent directement dans les parties qui leur sont affectées, nous avons peine à comprendre coûiment le? ébranlements de ces différents territoires de; cellules vont se* chercher les uns les autres, se fondre entre 0UX, pour produire une idée.
- Pour arriver à saisir ce qui a lieu, il faudrait sup« poser que les cellules nerveuses sont capables, dô sentir, et encore il ne serait pas aisé de se figurer quelle serait la résultante des Sensations de chacune d'elles.
Si nous admettons au contraire Texistence de me, alors tout devient compréhensible. Nous avouo uii lîentre où se réunissent toutes l^s sensations, et.pa^r suite toutes les idées à compax^a^^- Cofitlui qui emma«
hH Lt SPIKITISMK DEVANT LA SCIENCK
gasiaaat les multiples impressions qu'il reçoit, le» ana.yse, les pèse, les compare à celles qu'il possédait anlurieuremenl et le résultai de toutes ces opérations est le jugement.
M. Luys prétend qu'il n'est pas nécessaire de recourir à rintervention de l'Ame pour expliquer toutes lesa«tfons de l'esprit, qu'on peut en rendre compte au moyen des trois propriétés fondamentales suivantes qu'à attribue au système nerveux :
1* La sensibilité.
2^ La phosphorescence organique.
3* L'automatisme.
Ce sont ces propriétés générales que M. Luys étutiie dans la seconde partie do son travail. Une fois t]u'il les a connues et définies, il aborde l'étude des diverses combinaisons auxquelles elles se prêtent, et veut établir que toutes les opérations de l'esprit ne sont que des sensations transformées au moyen d'ao» lions réflexes multiples.
S'il en est du cerveau comme des centres de la tnoelle épinière, à cette différence près que les processus sont plus compliqués, nous ne sommes, au point de vue physiologique, que des automates dont les excitations extérieures font mouvoir les ressorts» soit directement, en suscitant des réactions immédia* tes, soit indirectement après une traversée plus ou moins longue dans les centres nerveux.
Telles sont les opinions d'un certain nombre de savants, qui représentent à notre époque l'école positive. n est facile de constater que leur philosophie n'est que. la forme scientifique des théories de Hume, et qu'eÙes n'ont pas gagné en valeur, en passant sur ce terrain nouveau.
' Malgré les déclarations et le ton doctoral qu'ils affectent^ ils ne peuvent nous en imposer ; ainsi par rapport à la volonté, M. Luys écrit ce qui suit :
<c Les controverses des philosophes et des méta- -physiciens se sont exercées de longue date pour n^ar* river qu'à une chose : h exprimer en phraséologie «onore leur ignorance plus ou moins absolue des conditions de la vie psychique ».
Nous ne savons jusqu'à quel point ces paroles sont fondées, mais ce que nous allons démontrer, c'est que le savant professeur ne fait que des hypothèses très contestables pour expliquer les phénomènes de l'esprit et pour un positiviste pour un homme qui le prend de si haut avec la philosophie, il eût été prudent de ne pas s'exposer à se faire démentir par les faits.
De la sensibiUtè des éléments nerveux.
Toute Targumentation de M. Luys porte sur une équivoque de mots ; pour lui, la sensibilité, c'est-à-dire h faculté de sentir, appartient à la cellule nerveuse; c'est un fait qu'il énonce sans d'ailleurs en donner la moindre preuve ; il la définit ainsi :
«La sensibilité est cette propriété fondamentale qui caractérise la vie des cellules ; c'est grâce à elle que les cellules vivantes entrent en conflit avec le milieu qui les environne, qu'ellesrôagissentmo^w /îro/^rio en vertu deleurs affinités intimes mises en émoi, et témoignent de Yappétence pour les incitations qui les flattent et de ]9l répulsion ^our celles qui lescontrarienL L'attraction pour les choses qui sont agréables, la répulsion pour les choses désagréables sont donc les corollaire& ios
70 LE SPIRITISME DEVAiNT LA SCIENCE
dispensables de toute organisation apte à vivre, et la manifestation apparente de toute sensibilité ».
C'est en admettant que les cellules sont capable^ d'éprouver de l'attraction et de la répulsion, c'est-àdire en les supposant douées de la faculté de disceiv ner,. que M. Luys montre qu'à mesure que l'on s'éleva sur l'échelle des êtres, cette propriété se spécialisa dans certaines cellules seulement; il fait voir le déver loppement de la sensibilité marchant de pair avea l'extension de plus en plus grande du système ner^ veux pour arriver, dans l'homme, à son maximum de pouvoir.
Raisonner ainsi n'est pas difficile et n'exige pas da grands frais d'imagination, puisque l'on supposé dé* montrée la question en litige. Admettre que la cellule choisit entre les divers éléments avec lesquels elle se trouve en rapport, est aussi rationnel que supposer que dans une combinaison chimique, Toxygèna choisît le corps avec lequel il s'allie.
Mais, dira-t-on, les cellules sont vivantes, elles ont un degré de capacité et de propriété plus grand que les corps inorganiques, elles peuvent donc ne pas être soumises seulement aux lois qui régissent les corps simples , et posséder un rudiment de conscience. Voici ce que répond Claude Bernard l'illustre physiologiste , dans ses : Leçons sur les tissus vivants,^ page 63 :
« Puisqu'il n'y a que les éléments anatomiques qui soient vivants, ce sont eux seuls qui pourront nous donner les caractères de la vie. Or chaque tissu présente des propriétés différentes, et Ton serait ainsi tenté de dire qu'il n'y a pas de caractère vital essen* tiel. Cependant les physiologistes ont essayé de déter»
. LE MATEaiALISaiE POSITIVISTE 71
miner ce caractère vital essentiel' au milieu des variations de propriétés dès tissus, et ils l'ont appelé rimtabîlité, c'est-à-dire l'aptitude à réagir physiologiquement contre l'influence des circonstances extérieures, comme l'indique le mot lui-même. Cette propriété n'appartient ni aux matières minérales, ni aux matières organiques, c'iBst le privilège exclusif de la matière organisée et vivante; c'est-à-dire, des élé^ ments anatomiques vivants, qui sont par conséquent les seules parties irritables de l'organisme. Tous les êtres vivants sont donc irritables par les éléments histologiques qu'ils comprennent et ils perdent cette propriété au moment de la mort! La propriété d'être irritable distingue donc la matière organisée de celle qui ne Test pas ; et de plus parmi les matières organisées, elle fait- reconnaître celle qui est vivante de celle qui ne Test plus, en un mot l'irritabilité caractérise la vie.
» La matière par elle-même est inerte, même LA MATIÈRE VIVANTE, cu cc scus qu^cllc doit être considérée comme dépourvue de spontanéité. Mais cette même matière est irritable et elle peut ainsi entrer en activité pour manifester ses propriétés particulières, ce qui serait impossible si elle était à la fois dépourvue de spontanéité et d'irritabilité. L'irritabilité est donc la propriété fondamentale de la vie. »
Ce passage est très explicite, la matière, même vi^ Vante, est inerte, il lui faut un excitant pour la faire agir, et lorsqu'elle manifeste les caractères de la vie, c'est simplement à la manière des corps inorganiques, sans aucune participation volontaire, elle ne peut donc réagir, ainsi que le veut M. Luys, motù proprio. Une cellule nerveuse ne peut montrer de la
72 LE SPIRITISME DEVANT LA SCiENCE
répulsion, car il lui est impossible de choisir entre les différents corps avec lesquels elle est en cootacL
Claude Bernard enseigne qu'il y a trois catégories d'irritants : les irritants physiques, les irritants chimiques et les irritants vitaux. Si la cellule est mise en présence d'un de ces irritants, elle ne peut choisir ou manifester de la répulsion; elle réagit parce qu'elle y est obligée. Si on la met en contact avec un corps qui ne rentre pas dans une des classes indiquées plus haut, elle reste inerte, absolument comme deux gaz qui n'ont pas d'afûnités l'un pour l'autre ne se combinent pas.
La physiologie est donc en opposition formelle avec M. Luys ; elle n'admet pas que dans les phénomènes manifestés par la vie des cellules, il puisse y avoir intervention d'une volonté quelconque, si inflme qu'on puisse la supposer. Nous pouvons légitimement nier que la sensibilité, c'est-à-dire cette faculté de ressentir ce qui se passe en nous, soit une propriété des cellules nerveuses du corps, il faut donc l'attribuera l'Ame.
Voici encore l'avis d'un autre savant, Rosenthal, exposé dans : Les muscles et les nerfs.
« Pour que la perception des sensations se produise, il paraît absolument indispensable que Texcitation arrive jusqu'au cerveau. Il est très douteux, et encore moins prouvé, qu'une autre partie de l'encéphale, et surtout la moelle, puisse produire des sensations. Lorsque les irritations parviennent au cerveau, il ne s'y produit pas seulement des sensations, maïs encore des perceptions précises sur Vespèce d'irritation^ sur sa cause et sur le point où elle a été pratiquée. Quelquefois cependant ces phénomènes n'ont pas
lieu, et l'excitation passe inaperçue. C'est ce qui arrive, par exemple, lorsque notre attention est fortement appelée autre part...
» Mais on ne peut donner la moindre explication sur la manière dont se forme cette perception.
» Il est possible qu'il y ait production de phénomène? moléculaires dans l'intérieur des cellules nerveuses ; mais ces phénomènes ne peuvent être que des mouvements. Or nous pouvons bien comprendre comment des mouvements engendrent d'autres mouvements, mais nous ne savons pas du tout comment ces mouvements pourraient produire une perception, »
D est donc bien établi que c'est faire une hypothèse non justifiée que d'admettre la perception, autrement dit la connaissance des phénomènes de la sensibilité» comme appartenant à la cellule nerveuse. La science positive de M. Luys est prise en flagrant délit de corw ceptions nullement démontrées, imaginées en vue du but à atteindre ; absolument comme les vibrations qui sanimaltsent et ensuite se spiritualisent n'ont été ainsi présentées que pour écarter l'âme de l'explication de la pensée.
n est au moins singulier de voir traiter de rêveurs «t de gens peu scientifiques, les spiritualistes qui croient à l'esprit, alors que les représentants de la science ofBcielle veulent nous persuader qu'il existe des vibrations spirituelles, en contestant l'existenco d'^n principe immatériel.
Deuxième hypothèse de Fauteur, hasdrdi'e pour expliquer la mémoire.
Phosphorescence organique des éléments nerveux.
M. Luys est le premierqui ait proposé d'assimiler la faculté de la mémoire à une action physique. En supposant que les cellules nerveuses soientcomme certains corps capables d'emmagasiner, en quelque sorte, les vibrations qui leur parviennent, comme les substances phosphorescentes qui continuent de briller, lorsque la source lumineuse a disparu, de même les cellules nerveuses pourraient vibrer encore après que la cause excitante a cessé d'agir.
Grâce aux travaux des physiciens modernes, il est certain que les vibrations de Téther, sous forme d'ondulations lumineuses, sont susceptibles pour les corps phosphorescents, de se prolonger un temps plus ou moins long, et de survivre à la cause qui les a produites.
Niepce de Saint- Victor, dans ses recherches sur les propriétés dynamiques de la lumière, est arrivé à montrer que les vibrations lumineuses pouvaient s^emmagasiner sur une feuille de papier, à l'état de vibrations silencieuses, pendant un temps pius ou moins long, prêtes à reparaître à l'appel d'une substance révélatrice. C'est ainsi qu'ayant conservé dans l'obscurité des gravures exposées précédemment aux rayons solaires, il a pu, plusieurs mois après l'insolation, à Vaide de réactifs spéciaux, révéler les traces persistantes de Faction photographique du soleil sur leur surface.
Que fait-on, en effet, lorsqu'on expose au soleil une plaque de coUodion sec et que plusieurs semaines
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LE MATÉRIALISME POSITIVISTE If
après, on développe Titoage latente qu'elle contient ?
On fait surgir des ébranlements persistants, on rd» cueille un souvenir du soleil absent, et cela est si vrai, il s'agit si bien de la persistance d*un mouvement vibratoir^e qui n*a qu'une durée limitée, que si l'on dé» passe les limites voulues, si Ton attend trop longtemps, le mouvement va en s^affaiblissant, comme une source de chaleur qui se refroidit et cesse de manifester son existence.
Cette curieuse propriété de certains corps inorga» niques se retrouve sous des formes nouvelles, avec des apparences appropriées,il est vrai^ mais calquées et similaires, dans l'étude de la vie des éléments nerveux. A Tappui de sa théorie, M. Luys cite des exem» pies de phosphorescence organique empruntés au fonctionnement des organes des sens.
Qui ne sait, dit-il, que les cellules de la rétine continuent à être ébranlées lorsque les incitations ont déjà disparu ? On a calculé que cette persistance des impressions pouvait être évaluée de trente-deux à trente-cinq secondes, d'après Plateau. C'est grâce à elle que deux impressions, successives et rapides, se confondent et arrivent à donner une impression continue ; qu'un charbon incandescent qu'on fait tourner au bout d'une corde produit Tillusion d'un cercle de feu ; qu'un disque en rotation, sur lequel sont peintes les couleurs du spectre, ne nous procure que la sensation de lumière blanche, parce que toutes ses couleurs se confondent et forment une résultante unique qui est la notion du blanc.
Tous ceux qui s'occupent d'études microscopiques savent qu'après un travail prolongé, les images vues au foyer de l'instrument, soat en quelque sorte pho«
lographiées au fond de l'œil et qu'il suffît parfois, -après quelques heures d'études, de fermer les yeux pour les voir apparaître avec une grande netteté. Il en est de môme pour les impressions auditives, les nerfs conservent pendant un temps prolongé la trace des vibrations qui les ont excités. Lorsqu'on voyage «n chemin de fer on entend encore, plusieurs heures après l'arrivée, le bruit des trépidations du wagon ; un air de musique, certains refrains favoris résonnent involontairement dans les oreilles, et cela quelquefois d'une façon désagréable, très longtemps après qu'on !es a entendus. Le docteur Moos de Heidelberg, rapporte le cas d'un sujet chez lequel les sensations mu- "sicales persistaient pendant quinze jours.
Les deux appareils sensoriels de la vue et de l'ouïe sonl les seuls où les sensations paraissent laisser une impression de quelque durée. Les réseaux gustatils ae semblent pas dépourvus de cette qualité, mais ne la présentent pas avec une intensité suffisante.
Poursuivant son étude, l'auteur attribue à la phosphorescence organique les actions qui dérivent de l'habitude, tels que les exercices du corps, la danse, l'escrime, le jeu des instruments de musique, etc. Ensuite il rattache à cette phosphorescence tous les phénomènes de la mémoire.
Cette explication ne peut nous satisfaire pour plusieurs raisons : c'est que la phosphorescence des éléments nerveux n'est démontrée que pour un temps très court ; de plus, aucune expérience n'a établi qu'elle existait dans le cerveau.
" On a vu, par les exemples cités plus haut, quela durée des impressions persistant quand la cause a cessé d'agir, est très limitée, leur plus longue influence
s'est bornée à une réminiscence de quelques semaines. C'est donc déjà se hasarder sur un terrain inconnu de supposer aux cellules centrales une semblable pro* priété, et même à un degré plus fort
Ce qui contredit cette manière de voir, c'est que, dans les substances inorganiques, il ne faut pas dé-^ passer une certaine limite, siFon veut obtenir les faits relatifs à la phosphorescence. Dans Torganisme humain, soumis à tant d'excitations diverses, dans un appareil aussi compliqué que le cerveau, il est certain que les vibrations si différentes des cellules nerveuses ne peuvent avoir qu'une durée très limitée.
La seconde raison que nous avons à fidre valoir» détruit radicalement la supposition d'un emmagasine^ ment de la vibration.
M. Luys dit textuellement :
« Cette aptitude merveilleuse (phosphorescence organique) de la cellule cérébrale, incessamment entretenue par les conditions favorables du milieu où eUe "vit, se maintient incessamment à l'état de verdeur, tant que les conditions physiques de son agrégat matériel sont respectées^ tant qu'elle est associée aux phénomènes vitaux de l'organisme. »
Nous avons vu que Moleschott prétend que le corps se renouvelle tous lestrentejours; sans aller aussi loin que ce savant, on peut admettre que toutes les mole* cules du corps sont reiùplacées par d'autres au bout de sept ans comme lèvent Flourens ^ Ce naturaliste, en opérant sur des lapins, a montré que dans un laps de temps déterminé, les os avaient été entièrement chan-