AVANT PROPOS
Depuis l’année 1847, époque des premières manifestations des Esprits aux Etats-Unis, de combien de railleries n’a-t on pas accablé les niais^ l^s idiotSy les fous, qui donnaient tête baissée dans ces choses de l’autre monde et qui partaient de ià pour croire à la possibilité des communications entre vivants et morts.
Combien de fois, les journaux n’ont-ils pas ridiculisé le spiritisme et ceux qui y croyaient parce que, comme Thomas, ils avaient vu. — Combien de fois, des journaux, sérieux quant aux questions politiques, littéraires et autres, n’ont-ils pas inséré les attaques contre le spiritisme, sans avoir assez de bonne foi pour insérer ensuite les réponses à ces attaques, ce qui, cependant, pour toutes les questions quelles qu’elles soient, n’est que de stricte équité? Combien ont cru tuer par
le ridicule qu’ils ont essayé dy attacher, une doctrine qui s’élevait à l’horizon, apportant un peu de consolation à la pauvre humanité terrestre? Ils n’avaient oublié qu’une chose: c’est que le ridicule ne tue que les choses ridicules, et que la doctrine spirite n’est point une de ces choses. Qu’elle est, au contraire, chose éminemment sérieuse. — Trop oérieuse sans doute pour une foule d’esprits légers qui ne recherchent et qui ne produisent que ce qui peut amuser. Amuser Ja foule ; faire rire la foule ; tout est là.
Certa ns hommes qui se posent en hommes sérieux et protonds, ont affecté pour la doctrine spirite un dédain qui couvrait leur ignorance de la question, et par conséquent l’impossibilité d’une véritable réfutation. D’autres ont dit: que Spiritisme^ Mysticisme et Catholicisme étaient choses équivalentes. Et ceux-là cependant n’admettent pas que la foi et la raison soient choses équivalentes.
Qu’ils soient donc détrompés; la doctrine spirite n’a aucun côté mystique ; elle est tout justement l’antipode du mysticisme; Cest: Vidée religieuse basée sur la raison. C’est l’idée religieuse présentée comme elle ne l’a point encore été : comme une des lois de la nature. Nous avons été faits pour nous perfectionner indéfiniment ; pour monter sans cesse. Mais pour monter il faut nous épurer moralement et nous perfectionner intellectuellement. Et pour cela, il n’est nullement
besoin, ni de mysticisme, ni de catholicisme, deux choses qui entraveraient nos progrès moraux et intellectuels.
Malgré les railleries, malgré les anathèmes aussi — car ceux qui se disent les ministres du Dieu de paix, dont le soi-disant Vicaire trône au Vatican, ont anathématisé et anathématisent encore chaque jour, ceux qui, au moyen des
tables ont des conversations suivies avec .
Satan ! — malgré tout cela, la doctrine spirite a fait et continue à faire une foule d’adeptes. Et de récentes statistiques ont prouvé que leur nombre s’accroissait chaque jour.
Les personnes directement intéressées à ce que la doctrine spirite ne prit pas de développement, ont employé toutes sortes de moyens pour y mettre obstacle. Elles n’ont pas réussi, parce que les manifestations spirites, de même que les phénomènes magnétiques, sont choses naturelles. L’on aura beau faire, on n’empêchera jamais ni la puissance magnétique, ni la faculté médianimique d’exister et de se développer dans les conditions qui leur sont favorables. Il faut donc bien se résoudre à les accepter ou du moins à les laisser passer.
Ces mêmes personnes intéressées à l’anéantissement de Vidée spirite, Tont combattue par des écrits, par des livres dans lesquels elles ont dit que cette nouveauté ait aucune consistance ; que ce n’était qu’une illusion des sens, ou: 'iin artifice
iu démon! — Mais, si cette doctrine a en réalité, si peu de fondement, pourquoi prendre la peine de la réfuter, de la combattre ? Pourquoi ne pas la laisser s’éteindre delle-même, comme disparaissent les choses sans consistance V Combattre une idée, une doctrine, c’est implicitement avouer qu’elle est à craindre. Et cependant les antagonistes dont je parle, proclament hautement chaque jour Timpuisiance du démon. S’ils en sont réellement persuadés, pourquoi se donnent-ils la peine de combattre une doctrine qu’ils disent émanée de lui?
Le catholicisme, qui depuis longtemps s'est rendu ridicu^le par ses dogmes, par ses pompes théâtrales, par ses cérémonies imitées du paganisme et aussi par ses incréments dont l’invention remonte à l’Inde ancienne, c’est-à-dire à dos milliers d'années avant notre ère, ainsi que je le prouverai dans ce livre, le catholicisme, dis-je, s’est rendu plus ridicule encore, et a surtout été plus maladroit, par son ardeur à lutter contre la science et contre le progrès. Aussi, ces agissements ont tellement blessé certains hommes, qu’ils les ont conduits au matérialisme et à l’athéisme.
Il faut aujourd’hui presque du courage pour déclarer qu’on croit en Dieu — en un Dieu, un — t à l’immortalité de l’âme. Parce que ceux qui t une pareille déclaration, sont presque toususpects de catholicisme et par conséquent ‘■isme.
Quant à la croyance aux communications que nous pouvons avoir avec les Esprits, c’est-à-dirc avec les âmes de ceux qui nous ont précédé dans la tombe, il faut également presque du courage pour avouer qu’on a adopté cette doctrine, qui cependant n’est nouvelle que pour ceux qui n’ont pas un peu fouillé l’antiquité.
Et pourtant c’est chez las deux peuples les plus positil's et les plus sérieux — les Anglais et les Anglo- Américains — que la doctrine spirite a tout d’abord, fait le plus de prosélytes. Et pourtant aussi, à l'inverse de ce qui se passe généralement, c’est parmi les hommes instruits que cette philosophie religieuse a été acceptée avec le plus d’empressement et de conviction - Et il y a aujourd.’hui des hommes de position sociale élevée et de remarquable intelligence; des hommes qur ont un nom dans la science et dans les lettres, qui après s’être donné la peine d’étudier, sans idée préconçue^ les phénomènes spirites, ont acquiescé à la doctrine.
On peut citer en France; MM. Flammarion; Charles Lomon; Eugène Nus; Fauvety; auxquels on peut ajouter d’illustres morts: Alexandre Dumas père; Eugène Sue; Georges Sand; Delphine Gay (M“® de Girardin) ; et aussi Jean Eaynaud, car Maurice Lachâtre dans son dictionnaire, nous apprend qu’il s’était rallié à la doctrine spirite.
En Angleterre, MM. Varlay, membre de la
Société Royale de Londres; William Crookes, membre de la même Société, qui récemment a découvert Vetat radiant de la matière, et qui, par son livre: Recherches sur le Spiritualisme, a donné Ja preuve absolue de la possibilité des apparitions d’Esprits; Wallace, le célèbre naturaliste; Morgon, président de la Société mathématique de Londres; Barret, professeur de pliysique au Collège Royal des Sciences de Dublip; Robert Chambers, un des publicistes les plus renommés d'Angleterre ; Cox, le jurisconsulte éminent ; Huggins, de la Société Royale d’Angleterre,
En Allemagne, le célèbre astronome Zôllner.
En Espagne, feu Ramon de la Sagra, membre correspondant de l’Institut de France, savant naturaliste, auteur de nombreuses publications scientifiques et entre autres du magnifique ouvrage sur rile de Cuba, imprimé aux frais du gouvernement. Ce savant s’était adonné d'une manière toute spéciale à l’étude de la doctrine spirite.
Les Journaux et Revues Spirites étaient au janvier 1884, au nombre de quatre-vingt sept ^ dont les principaux sont publiés en France, en Italie, en Belgique, en Angleterre, aux Etats- Unis, en Allemagne, au Brésil, à Buenos-Ayres, en Espagne et dans plusieurs dès anciennes colonies espagnoles de l’Amérique du Sud. Il paraît même un journal spirite en Australie (Melbourne). Partout s’organisent des groupes spirites ; et des conférenciers dévoués vont répandant la doctrine nouvelle.
Victor Hago, qu’on peut mettre au nombre de ceux qui ont adopté les idées spirites, a écrit ce qui suit :
« La table tournante et parlante a été fort J) raillée Parlons net, cette raillerie est sans » portée. Remplacer l’examen par la moquerie,
» c’est commode, mais peu scientifique. Quant à » nous, nous estimons que le devoir étroit de la » science est de sonder tous les phénomènes; la )\ science est ignorante et n’a pas le droit de rire;
)) un savant qui rit du possible est bien près d’être » un idiot. L’inattendu doit toujours être attendu )) par la science. Elle a pour fonction de l’arrêter » au passage et de le fouiller, rejetant le chimé- )) rique, constatant le réel. La science n’a sur les î) faits que son droit de visa. Elle doit vérifier et » distinguer. Toute la connaissance humaine n’est » que triage. Le faux compliquant le vrai, n’excuse » pas le rejet en bloc. Depuis quand l’ivraie est- » elle prétexte à refuser le froment? Sarclez la J) mauvais herbe, l’erreur; mais moissonnez le fait » et liez-le aux autres. La conscience est la gerbe » des faits. »
» Mission de la science : tout étudier, tout » sonder. Tous, qui que nous soyons, nous sommes » les créanciers de rexamen ; nous sommes » ses débiteurs aussi. On nous le doit et nous le » devons. Étudier un phénomène, lui refuser le » paiement d’attention auquel il a droit, Pécon- » duire, le mettre à la porte, lui tourner le dos en
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» riant, c’est faire banqueroute à la vérité c’e^t )» laisser protester la signature de la science. Le » phénomène du trépied antique et de la table » moderne a droit comme un autre à l’observation. » La science psychologique y gagnera sans nul >) doute. Ajoutons ceci : qu’abandonner les phéno- » mènes à la crédulité, c’est faire une trahison à » la raison humaine. Du reste, comme on le voit, » le phénomène toujours rejeté et toujours repa- » raissant, n’est pas d’hier. »
Victor Hugo dit plus haut: « Un savant qui rit du possible est bien près d’être un idiot. » Mais ne pourrait-on pas en dire autant du savant qui rit de ce qu'il croit être l’impossible V Et dans le siècle actuel surtout, combien de choses jugées impossibles la veille, ne sont-elles pas devenues les choses possibles du lendemain ?
M'étant depuis une vingtaine d’années beaucoup occupé de la doctrine spirite, que comme tant d’autres, j’avais d’abord ridiculisée et que je croyais être une nouveauté sans importance, j’ai été naturellement amener à rechercher si, à dés époques plus ou moins éloignées, je trouverais des traces d’idées ou de croyances analogues. J’ai pu ainsi m’assurer que ces idées et ces croyatîces étaient aussi anciennes que les plus anciennes Sociétés humaines. Seulement, dans les temps anciens : ou bien les phénomènes spirites ont été mal observés ; ou bien ils ont été accaparés par des hommes intéressés à s’en servir sans en vul-
gariser la connaissance. Aujourd’hui, grâce à la généralisation de l’instruction, ils se vulgarisent. Voilà tout.
Mais en recherchant dans l’antiquité les origines de la doctrine spirite, j’ai été également amené à rechercher les origines des diverses religions, et en étudiant ces origines j’ai trouvé des preuves évidentes que toutes les religions dérivaient les unes des autres, et que ravant-dernière — le christianisme — n’avait inventé ni la solidarité, ni \sL charité humaine, nila morale humaine, ni l'immortalité de Vâme, ni le dogme de la Trinité, etc. etc. idées que les chrétiens primitifs ou leurs chefs ont confisquées au profit de leurs doctrines, sans daigner faire connaître où ils les avaient puisées.
Dans ces dernières années, plusieurs chrétien» (catholiques ou protestants) ont accepté la doctrine spirite, mais ils ont cherché dans leurs écrits à donner le christianisme pour base au spiritisme. Ces personnes qui ne comprennent la doctrine spirite qu’enchevêtrée dans le christianisme, la prennent pour une confirmation de la doctrine de Jésus, ou pour mieux dire : de la doctrine prêtée à J ésus par ceux de ses adeptes qui ont fondé en son nom une religion, à la fondation de laquelle il n’avait jamais songé. Elles ignorent que le spiritisme existait dans l’Inde, des milliers d’années avant que le christianisme parut, ainsi que je le prouverai dans le cours de cet ouvrage.
Je suis bien fâché de me trouver eu désacord avec ces personnes, mais je crois devoir faire remarquer que le spiritisme ne peut en aucune manière être rattaché au christianisme, car au lieu de devenir le lien qui unira tous les humains terrestres, sans distinction de race ni de reiigion, la doctrine spirite ne serait que la continuation de l’exclusivisme chrétien. Alors les spirites ii’ac- -cepteraient comme frèj es, ni les Bouddhistes ni les sectateurs de Brahma, ni les musulmans, ni les juifs, c’est-à-dire neuf cent soixante-cinq millions d’êtres humains, sur treize cent millions d'habitants de la Terre.
Il y a plus ; les spirites catholiques ne fraterniseraient pas avec les spirites protestants, et ceuxci ainsi que les catholiques ne considéreraient pas les Unitariens comme de vrais spirites.
En îésumé, chacune des branches, chacune des •sectes du Chritianisrae, aurait la prétention de posséder le vrai spiritisme. Et la douce et consolante doctrine dont l’essence est de pacifier^ d’zmifiei\ ne ferait que continuer les dissensions religieuses.
Non! Il n’est pas possible que Dieu ait permis de nos jours la diffusion du spiritisme, pour que cette doctrine ne serve qu’à diviser au lieu d’unir.
Que les personnes qui travaillent à souder le spiritisme au christianisme, prennent la peine que j’ai prise. Qu’elles fouillent l’antiquité en remontant plus haut, beaucoup plus haut, que
Moïse, et elles pourront se convaincre qu’elles ont fait fausse route en prenant pour point de départ la Bible juive.
En général, les chrétiens sont intimement persuadés que la Bible et les Evangiles forment la base de toute idée religieuse et de toute moralité. La plupart s’imaginent aussi, qu’avant Jésus, rien n’avait été dit au sujet de la charité et de l’amour des hommes entre eux.
Je crois avoir complètement démontré dans ce livre, l’erreur dans laquelle tant d’hommes de bonne foi sont tombés à cet égard jusqu’à présent, faute d’avoir étudié la chronologie des religions qui ont successivement paru sur la terre.
Quant à la croyance à l’existence des Esprits (ou âmes des morts) et à la possibilité de leurs diverses influences sur les vivants, elle a pu être à bien des époques, défigurée, entourée d’absurdités, mais elle n’en existait pas moins. Or, une doctrine dont les bases traversent des milliers de générations humaines, et des milliers de siècles, et qui reparaît toujours, bien que sous des formes diverses, prend évidemment son point d’appui sur quelque chose de réel et de positif.
11 semble que le travail de démolition du 18* siècle a duré assez longtemps et qu’il empiète même un peu trop sur le 19* siècle. Il semble qu’il serait temps de sortir de cette stérile critique et de chercher à construire (non pas à l’^construire). L’avènement de la doctrine spirite mieux
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comprise qu’elle ne l’avait été jusqu’à présent, fait comprendre que le christianisme a fait son temps. Et ce n’est pas se montrer hostile à son égard, que de démontrer qu’il est depuis longtemps en période décroissante, bien qu’il ait eu depuis Luther et Calvin, comme un regain de jeunesse.
Huet a dit avec beaucoup de justesse : « Après avoir bercé la jeune imagination du genre humain, les conceptions surnaturelles et légendaires ont perdu leur sens pour une raison plus mûre, et le rôle des vieilles institutions religieuses est terminé. Les services rendus dans d’autres âges, ne sauraient suppléer à l’impuissance de satisfaire les besoins du nôtre. » (Huet, La Révolution religieuse au 19^ siècle. Paris, 1868.)
J’ai voulu faire participer à mes études sur un sujet d’un si haut intérêt, les hommes de bon vouloir ; c’est pour cela que je publie ce travail, que j’ai tâché autant que possible, de rendre accessible à toutes les intelligences.
Pour se faire une idée bien nette des phases religieuses par lesquelles a passé l’humanité terrestre, et de ses croyances relatives :
1® Au monothéisme et au polythéisme ;
2® A la persistance de la vie après ce qu’on appelle communément la mort ;
3® A V existence des Esprits ;
4® A la possibilité des communications entre eux et nous ;
5* Aux réincarnations.
Il faut étudier :
1® Les diverses religions, par ordre chronologique ;
2® Les croyances relatives aux Esprits, chez les peuples anciens et modernes.
Nous commencerons par l’étude chronologique des religions.
En publiant ce volume, j’ai été guidé par la pensée d’être utile non seulement aux spirites, mais encore aux personnes désireuses de se rendre compte de la doctrine spirite et qui ne la connaissent que par ouï dire et par conséquent fort imparfaitement.
DANS L’ANTIQUITÉ ET DANS LES TEfflPS MODERNES
i^rküiiêre:
Exposé chronologique des diveises religiom