‹ Le spiritisme dans l'Antiquité et dans les temps modernesChapitre 19 sur 39 · LA PLUS ANCIENNE EELIGION CONNUE · texte numérisé non relu

LA PLUS ANCIENNE EELIGION CONNUE

Si Ton étudie les religions d’une manière chronologique succincte, mais la plus complète possible ; et surtout si on se livre à cette étude d’une manière philosophique, c’est-à-dire en écartant, autant qu il est humainement possible de le faire, tout parti pris et toute idée préconçue, on ne tarde pas à s’apercevoir que certaines religions, qu’en général on s’est efforcé d’isoler de

celles qui les ont précédées, n’ont été pour ainsi dire que le développement des premières, accommodé aux temps," ainsi qu’aux diverses modifications subies par l’humanité terrestre.

Et en continuant ses investigations, on en arrive à se convaincre que la doctrine spirite actuelle ne peut être considérée que comme une sorte de but que devaient atteindre toutes les doctrines religieuses antérieures

Avant de commencer à parler de la plus ancienne religion connue, celle qui a pour base les Vf'das (livres sacrés des Indous), je crois devoir rectifier une erreur accréditée parmi tous les Orientalistes ; erreur qui consiste à donner aux Indous primitifs le noni d'arijas ou d'aryens.

Il est à remarquer que dans la plupart des cas, les hommes honorables et savants qui passent de longues années à étudier, sans sortir de France^ les langues Orientales, feraient. faire des progrès plus sûrs et plus rapides à la connaissance de ces langues et des civilisations anciennes, et ne s’exposeraient pas à vulgariser des erreurs, si pendant quelques années, ils vivaient au milieu des populations dont ils veulent décrire la langue, la religion, l’histoire, les mœurs, etc., et s’ils travaillaient sérieusement à s’approprier les langues et les idiomes de ces pays.

Pour rectifier l’erreur dont je parle, je m’appuierai sur le témoignage de M. Louis J acolliot, savant magistrat qui pendant de longues

Années a été président du tribunal de Chandernagor, de Pondichéry, etc., et qui a consacré tous les loisirs que lui laissaient ses fonctions, à l’étude du Sanscrit et du Tamoul; qui surtout n’a négligé aucune occasion de se lier avec de savants Iiidous, et avec des Brahmes des Pagodes les plus consir dérables. Causant un jour avec un Brahme très versé dans la théologie Indoue, M. Jacolliot lui exposa les idées et les croyances judaïques et chrétiennes. Le théologien Indou lui présenta les Védas en lui disant: « Tout cela est enseigné par nos livres sacrés.» Ce fut alors que M. Jacolliot lut attentivement et prit la résolution de traduire et de publier ce qu’il avait lu.

Ce n’est donc qu’après des études longues et suivies que M. Jacolliot, de retour en France, a successivement publié une fort intéressante série d’ouvrages sur l’Iride (La Bible dans Chide^ Les Fils de Dieu, etc.).

Je sais que M. Jacolliot n’est pas pris au sérieux à Paris dans le monde des Orientalistes. Mais il ne faut jamais oublier deux choses :

Les Orientalistes de Paris, c’est-à-dire les hommes très savants qui jamais ne se sont aventurés jusque dans l’Inde, ont de tout temps pris leurs r V seignements chez les pi êties des Missions Étrangères et chez les jésuites Ces saints hommes leur ont raconté que les Chinois sont athées (ils sont monothéistes, ainsi que je le prouverai); que les Indous sont athées (je prouverai qu’eux aussi

sont monothéistes). On sait qu’au dire des jésuites tout ce qui n’est pas catholique romain ou jésuite, •st athée !

Ils leur ont raconté aussi que les Védas ont été mpiés de la sainte Bible de Moïse. Or, les Védas Bont de plus de dix mille ans antérieurs à la dite Bible.

2® M. Jacolliot s’est montré hostile aux jésuites et aux missionnaires, en racontant dans son livre : La Bible dans ülnde^ que depuis deux cents ans les jésuites et autres missionnaires qui vont dans j 'Iücle, ont un mot d’ordre : « tâcher de se procurer Ki plus possible de manuscrits sanscrits et autres^ contenant des matières littéraires, philosophiques et religieuses, et les détruire »

C(8 gens là ne reculent devant rien, pour prouver que leur Bible de[;Moïse a été copiée par les auteurs des Védas et autres livres sacrés de rinde.

Et voilà pourquoi M. Jacolliot est décrié et présenté comme un romancier et non comme un fidèle historien.

Je n’ai pas l’honneur de connaître M. Jacolliot, et je suis tout-à-faittdésintéressé dans la question, mais recherchant la vérité en toutes choses, mon simple bon sens me porte à préférer aux assertions des Orient;^ listes de Paris intrà-muros les dires de MM. Jacolliot, Dubois deJJancigny, Halhed, Cicé, etc.; c’est-à-dire ce queyacontent des hommes considérables, qui ont vécu dans Plnde pendant

vingt ou trente ans, et qui en ont appris les langues au milieu des populations.

D ailleurs, ces messieurs ne sont pas les seuls qui aient fouillé dans les anciens livres Indous, et «n ce moment la Société des Théosophes y fouille largement.

Tout est curieux et digne d’intérêt dans les livres de M. Jacolliot, mais surtout certains chapitres dont je donnerai plus loin quelques extraits, qui fourniront la preuve que les traditions Indoues ont été le point de départ des récits contenus dans la Bible des Hébreux et dans les Évangiles.

A l’appui de ce que j’ai dit plus haut des erreurs involontaires que commettent parfois les plus savants Orientalistes, je citerai M. Jacolliot (Bible dans Vlîide, page 16).

« Malheureusement, il est presque impossible » de remonter aux origines de ce mystérieux pays, » sans l’habiter, se pénétrer de ses mœurs, de ses » usages, et surtout sans une connaissance appro- » fondie du Sanscrit, la langue ancienne, et du » Tamoul, la langue savante actuelle, qui, seules, » peuvent vous guider dans ce dédale obscur et » vous mettre à même de travailler avec fruit.

« Un reproche que je ferai à beaucoup detra- » ducteurs et d’orientalistes, tout en admirant » leur profonde science, c’est, n’ayant point vécu » dans l’Inde, de manquer de justesse dans l’ex- » pression, de ne connaître pas le sens symbo-

» lique des chants poétiques, des prières et des n cérémonies, et d'arriver ainsi trop souvent à t» des erreurs matérielles, soit de traduction, soit n d’appréciation. »

M. Jacolliot cite à ce propos l'opinion de M. Cicé, le savant orientaliste de Pondichéry, qui parle le sanscrit et huit à dix dialectes de Pliide, et qui a consacré trente ans de sa vie à l’étude du passé de ce pays.

Cette opinion, la voici : « Les croyances relin gieuses de la primitive époque des Védas ne » peuvent être ni étudiées, ni comprises ailleurs «que dans l’Inde; la poésie et les grossières » légendes les ont par trop défigurées ; il y a trop » de manuscrits à traduire, de monuments à intern roger pour qu’une restitution de ce passé gran- « diose, soit possible de loin, quels que soient la n science et le dévouement de ceux qui pourraient n ia tenter, n (Jacolliot, Les Fils de Dieu^ page 27.)

Revenant à Terreur qui a généralement cours en Europe, je donnerai encore la parole à M. Jacolliot.

« Le qualificatif d’ A 7^/05 (en sanscrit : pt'udentSy excellents^ vertueux,) appliqué aux Brahmes, nous donne l’occasion de relever en passant une des plus curieuses erreurs de l’Orientalisme officiel, qui a la prétention de substituer ses idées personnelles aux travaux des Indous sur leur propre histoire. Suivant les théories d’écoles, les Aryas

seraient d’anciennes populations qui s’établirent dans rinde après avoir soumis cette contrée par la force des armes. Cette opinion, nous le disons sans hésiter, a la même valeur que celle qui verrait dans les 'prudents {jurisconsultes romains) des conquérants de Rome. Toujours des inventions à la place de la réalité ; on se répand en systèmes, en hypothèses, comme si l’on se trouvait en face d’une civilisation qui se fût éteinte sans laisser d’autres traces que des lambeaux d’inscriptions sur des tronçons de colonnes; on cherche à se signaler par d’ingénieux aperçus, on ne recule devant rien, et comme ce personnage qui prenait le nom du Pirée pour celui d’un homme, on prend un adjectif qualificatif, une classe d’individus, pour le nom d’un peuple; et pour ne point s’arrêter en un chemin aussi facile, on va jusqu’à faire V histoire imaginaire de ce peuple supposé, n

« Arya Brachmanaa signifie en sanscrit : illustre ou excellent brahme ; Arya Gourou^ illus&e maître^ Le mot de Arya est un simple qualificatif qui s’appliquait dans l’Inde, avant l’introduction des Castes, aux hommes distingués par ileur science, leur vertu, et leur position. Si l’on veut se faire une idée exacte de l’acception de ce mot, on n’a qu’à le prendre dans le sens que les Anglais donnent à leur mot d'honorable appliqué à un membre du Parlement ou de l’aristocratie. Il n’y a donc pas plusd’An/as que d'Anjens au début de

l’histoire de PInde, et nous défions les inventeurs de ce peuple fabuleux, de baser leur opinion sur un seul texte sérieux intelligemment traduit ».

En conséquence de ce qu’affirme avec tant d’autorité M. Jacolliot, je remplacerai le mot : A^'ya par: Indous primitifs dans les citations que j’aurai occasion d’emprunter aux divers auteurs auxquels j’aurai recours.

Je reprends maintenant mon sujet.

La première religion en date est évidemment «elle des Indous primitifs, car il semble prouvé par les savants travaux de M. Burnouf ( Essai sur le Véda^ Paris 1863) que les Dasyiis, autochtones des contrées de l’Inde dans lesquelles les documents historiques placent le centre des établissements Indous primitifs, n étaient autres que les peuples de race ïhibétaine ou Chinoise (de race jaune) et n’avaient à cette époque point de culte organisé. Les Indous primitifs refoulant peu à peu les Dasyus^ s’emparèrent des territoires occupés par eux, et c’est de cette époque reculée, que date la première religion connue, qui est celle dont parlent les Védas^ livres sacrés des Indous, qui remontent à la plus haute antiquité.

Et M. Jacolliot dans La Bible dans Vlnde^ dit: « Sur la vieille terre de l’Inde, l’humanité après s’être élancée jusqu’aux régions les plus élevées de la critique philosophique et de la libre raison, a été asservie et étouffée par l’autel, qui a substitué à la vie intelligente, Pabrutissement, Pim-

puissance et le rêve. Le peuple Indou fut grand le premier entre tous, par sa civilisation, ses lois, sa morale; puis il est tombé, car les prêtres du Brahmanisme ont creusé son tombeau, et depuis longtemps il n’est plus que l’ombre de lui-même. »

Le livre de M. Jacolliot nous démontre qu’en remontant à la source, nous retrouvons dans rinde toutes les traditions poétiques et religieuses des peuples anciens et modernes ; le culte de Zoroastre et celui des Egyptiens ; les mystères d’Eleusis et les prêtresses de Vesta; la Genèse Biblique et les prophéties ; la morale de Pythagore et les enseignements du philosophe de Bethléem.

Dans une conférence faite en 1867 à l’Athénée de Paris, feu M. Chavée a étudié la question : « de l’idée que la philosophie peut se faire de Dieu dans l’état actuel des sciences physique et biologique, n et il a prouvé par des citations des livres des Brahmanes qui remontent à l’an 13,901 avant notre ère : “ que le principe d’unité universelle apparaît dans toute sa pureté dans les monuments littéraires qui nous restent d’une civilisasation antérieure à celle de Moïse. »

Bien antérieure, en effet, puisque Moise ne paraît que 1725 ans avant notre ère et que Manou- Vena, qui devint sous le nom de Manès ou Menés le premier roi de l’Egypte, colonisa ce pays avec une troupe d’Indous, 7,000 ans avant notre ère. Ce Manou-Vena était un Brahme qui tenta de

révolutionner l’Inde à son profit. Vaincu par les autres Brahmcs, il s’enfuit avec ses adhérents, et traversant les régions comprenant actuellement la Perse et l’Arabie, il alla se fixer dans le pays du Masra (du Nii). Abraham, qui fut le fondateur de la nation Juive, naquit 1996 ans avant notre ère. Il y avait donc 5,000 ans que l’Egypte était colonisée, lorsque la nationalité Israélite fut formée. (Ces indications sont tirées de l’intéressant livre de M. Jacolliot: Les Fils de Dieu^ page 323).

Mais revenons à M. Chavée.

» Cette date de l’an 13,901 avant notre ère, a » dit M. Chavée, est celle de Li promulgation de la )) dernière rédaction du Code de Manou, et il sera » facile à tout le monde de la vérifier à l’aide des » calculs astronomiques si savamment établis par » M. Rodier. » {^Antiquités des Races humaines, un vol. in-8®, Paris 1862).

Et en efiet, tous ceux qui voudront se donner la peine de lire le livre si intéressant de M. Rodier, trouveront dans son chapitre Vil (chronologie des Indous) des preuves irréfutables de l’antiquité des livres sacrés de l’Inde.

Feu M. Chavée, dont peu de personnes ont sans doute conservé le souvenir, n’était pas le premier venu, et l’autorité de ses assertions en tout ce qui concerne l’Inde était d’autant plus grande, qu’il avait passé la plus grande partie de sa vie à étudier les langues anciennes et modernes ; et entre

autres parmi les langues anciennes: le sanscrit, le syriaque et Thébreu. Le but de ses incessantes études était celui-ci: prouver Tunité des races humaines {l’Adam de la Genèse) par l’identité primitive de toutes les langues ; ou bien, au contraire : constater la pluralité originelle des systèmes de pai-ole et des races. Etant professeur au College Stanislas à Paris, il publia en 1849 un ouvrage dans lequel se trouvent les preuves de la réalité de cette dernière proposition. Cet ouvrage a pour titre : Lexicologie Indo-Européenne ou Essai sur la science des mots sanscrits, grecs, latins, français, lithuaniens, russes, etc. Plus tard, en 1855, M. Chavée publia un livre intitulé : ^Moïse et les langues, ou Démonstration par la linguistique, de la pluralité originelle des races humaines. J’aurai, au surplus, encore occasion de citer M. Chavée.

Longtemps avant la promulgation du Code de Manou, les Rischis (les sages) du Saptasindhou (bassin moyen de l’Indus, limites des régions Védiques) avaient nettement posé les termes de la question des rapports de Dieu avec PUnivers. Je me contenterai de citer ici quelques Slokas de l’hymne 129 du 10®*" mandala du Rig-Véda :

Alors rien n’existait ; ni être vivant ; ni être n inanimé ; point de ciel, point de firmament. n Qu’est-ce qui enveloppait tout ? Quel était le » réceptacle de ceci? Etait-ce l’eau, le profond T) abîme ? Il n’y avait point de mort et partant, n pas d’immortalité. Le jour n’était pas annoncé

» par la nuit. Seul, le Un respirait en lui-même » sans souffle, et il n’y avait rien d’autre au-delà n de lui. L’oLscurité, au commencement, était I» entourée d’obscurité ; c'était comme un Océan » sans lumière.... Qui sait, qui peut affirmer d’où » a été produite cette création ? Les dieux eux- D mêmes ne sont venus qu’après ; qui donc peut » savoir doù elle a surgi ; d’où ce monde est émané » et s’il a été créé ou non ( Yadi va dadhé^ lyadi va » na)2 C’est ce qu’il sait, lui qui est au haut des » cieux; le Directeur suprême; et peut-être encore » ne le sait-il pas ? {yadi va nu véda)! »

M. Louis Jacolliot recherchant si les premiers ludous ont été monothéistes, dit que l’Inde des Védas et de Manou, c’est-à-dire de l’époque la plus reculée, a été monothéiste. Et il cite à i’aopui de cette assertion plusieurs passages du Manava- Dharma-Sastra. Il cite aussi l’indou Collouca, qui dans rinde est un des commentateurs les plus estimés, des Védas et de Manou. — Collouca s’exprime ainsi : Les anciens pandits (initiés), tout en divinisant les forces multiples de la nature, n'ont jamais cru qu’à un Dieu, auteur et principe de toutes choses, éternel, immatériel, présent partout, indépendant, infiniment heureux, exempt de peines et de soucis ; la vérité pure, la source de toute justice ; celui qui gouverne tout, qui dispose de tout, qui règle tout ; infiniment éclairé, parfaitement sage ; sans forme, sans figure, sans étendue, sans nature, sans nom, sans

caste, sans parenté ; d’une pureté qui exclut toute passion, toute inclination, toute composition. (Louis Jacolliot, Christna et le Christ^ 1876, page 33).

Et à la même page, on trouve ceci : « D’après un texte qui nous a été conservé par Urihaspati, le Brahmatma, chef religieux de tous les Brahmes (pape Indou) en recevant l’initié du second degré, c’est-à-dire Vofficiant^ qui par !a nature de ses fonctions était constamment en rapport avec la foule, prononçait les paroles suivantes : “ Souviens-toi, mon fils, qu’il n’y a qu’un seul Dieu, maître souverain et principe de toutes choses, et que tout Brahme doit l’adorer en secret. Mais sache aussi que c’est un mystère qui ne doit jamais être révélé au stupide vulgaire. Si tu le faisais, il t’arriverait de grands malheurs. »

On voit clairement par là, que le monothéisme était réservé aux initiés ; et que les masses étaient polythéistes. Des populations grossières et ignorantes auraient eu de la peine à comprendre un Dieu unique et pur Esprit,

La prière suivante que le Védanta — ouvrage d’une haute antiquité — ordonne aux Brahmes de prononcer une heure avant le lever du soleil, est du plus pur monothéisme : “ Dieu qui êtes un » pur Esprit, le principe de toutes choses, le n maître du monde, c’est par vos ordres que je D me lève et que je vais m’engager dans les em- » barras du monde.... O Dieu, je vous offre mes

n adorations; détruisez mes péchés et faites que » je conserve toujours la dignité de Brahme. Je » t'ai adressé ma prière pour obtenir la rémission » de mes péchés, pardonne-les moi et fais qu’après » ma mort j’aille jouir des délices du Veikouta.... n Fais que je sois heureux en ce monde.... et n qu après ma mort je jouisse d’un sort plus heu« n reux et plus durable. ïu es un pur Esprit; tu » es la lumière par excellence ; tu n’es pas sujet » aux passions des créatures mortelles ; tu es » éternel ; tu es tout-puissant ; tu es la vertu » même; tu es le refuge des hommes et leur salut, ff etc. n (L. Jacolliot, Christna et le Christ, 1876, » page 37).

Cette prière était usitée parmi les Christnéens, (sectateurs de Christna, duquel je parlerai plus tard); elle portait le nom de Gaïatry.

M. Jacolliot fait remarquer que l’Inde a passé par trois phases :

1® L’époque des patriarches et de l’unité de Dieu.

2® L’époque des prêtres Brahmes et de la trinité (trimourti).

3® L’époque du polythéisme et de Balliance des prêtres et des rois.

Il dit : que l’Inde primitive avec sa religion familiale ou patriarcale, était hütoriqxiement monothéiste. Que ce ne fut que lors de l’établissèment du clergé Brahmanique et des castes, que les Brahmes conservant pour eux le monothéisme,

poussèrent au développement du polythéisme, résultat des symboles multipliés, et s’en servirent comme d’un moyen de domination des masses. De là, l’abrutissement auquel est arrivée dans ses classes inférieures, l’Inde actuelle. Les réalités historiques, philosophiques et scientifiques étaient le partage des prêtres et des initiés. Les allégories et les symboles superstitieux étaient sciemment composés pour le peuple, dans le but de le maintenir dans une ignorance qui facilitait la domination. Et M. Jacolliot ajoute: que c’est pour cela que l’Inde ne se peut étudier avec cet esprit de système qui distingue certains anthropologistes et la plupart des catholiques, (et je dirai: tous les chrétiens).

Chaque parti, dit M. Jacolliot, a son lit de Procuste dans lequel il prétend faire tout rentrer. Les uns, ceux qui font partir l’homme du singe, ne veulent pas de l’Inde ancienne : brillante, civilisée, philosophique, spiritualiste et monothéiste. Ce passé extraordinaire les gêne par comparaison. Que deviennent leurs théories d’un perfectibilisme matériel et mathématique, lorsqu’on leur prouve que l’Inde d’il y a vingt-cinq mille ans, avait déjà agité toutes les questions qui nous intéresieni et essayé de toutes les solutions que nous expérimentons à notre tour. >

Les autres, ceux qui puisent leur mot d’ordre dans ia révélation, ne veulent admettre de l’Inde que les superstitions abandonnées à la plèbe, afin

de pouvoir soutenir : que jusqu’à Moïse et au Christ, toutes les nations du globe étaient plongées dans les superstitions les plus grossières. Nous prions simplement les exagérés de ces deux écoles, de relire avec nous le Sloca 92 du livre VI de Manou, et de nous dire si toute philosophie et toute religion ne sont pas contenues dans ces quelques lignes, et s’il leur paraît que nous ayons fait de grands progrès moraux depuis que le grand législateur Indou les a écrites :

« La résignation ; l’action de rendre le bien 9 pour le mal ; la tempérance ; la probité ; la » pureté ; la répression des sens ; la connaissance n des Sastras (livres sacrés); celle de l’Ame su- » prême ; la véracité et l’abstinence de la colère ; 9 telles sont les dix vertus en quoi consiste le 9 devoir. «

Et Manou a enseigné aussi, bien des milliers d’années avant Moïse et l'ère chrétienne: “ L’unité 9 de Dieu ; l’immortalité de l’âme ; le mérite et le 9 démérite fondés sur la liberté humaine ; la 9 récompense et le châtiment. »

M. Jacoiliot cite à propos du monothéisme de rinde, la secte des Djeinas. Cette secte qui compte dans l’Inde de nombreux adeptes, fut composée à son origine, de tous les ludous qui, professant le monothéisme, religion des ludous primitifs, ne voulurent pas courber la tête sous le joug sacerdotal des Drahmes, lorsque ceux-ci imaginèrent la trimourti (trinité). Le mot Djeina signifie : les

jtmr.ç, ceux qui n’ont pas adopté les nouveautés religieuses.

Les Djeinas luttèrent longtemps, même par les armes, contre le Brahmanisme qui envahissait rinde, mais ils finirent par avoir le des- BOUS. Ils sont encore aujourd’hui le preuve vivante que la religion primitive des peuples de Tlnde, était le monothéisme basé sur l’ Unitarisme.

Les Djeinas croient à l’immortalité de l’âme ; au mérite et au démérite, et par conséquent à la récompense et au châtiment. Ils croient à une renaissance heureuse pour les bons et à une renaissance mauvaise pour les méchants.

Les Djeinas n’ont jamais accepté la division par castes,

M. Jacolliot dit que les Djeinas sont aujourd’hui peu nombreux. D’après un article relatif aux Djeinas que je trouve dans le Magasin Pittoresque^ année 1839, il paraîtrait que ce serait l’abbé Dubois, qui fut missionnaire dans l’Inde et qui a publié un livre intitulé: Mœurs des Indes^ qui a contribué à répandre cette erreur.

Dans l’article dont je parle, il est dit que, d’après des renseignements de date récente, Pinfluence politique et religieuse des Djeinas est encore très considérable* On cite le pontife d’une des branches de cette religion (monothéisme unitarien) qui, à lui seul, a onze mille disciples prédicants répandus dans toute l’Inde. Une simple communauté de Djeinas, VOsivall, se compose de

cent mille familles. Plus de la moitié du commerce de rinde est fait par les Djeioas, et c’est parmi eux que se trouvent le plus de banquiers et de receveurs des impôts publics.

Ce sera sans doute parmi les Djeinas, en raison de leurs croyances religieuses, que la doctrine spirite recrutera le plus d’adhérents dans Tlnde.

Il paraît que dans ces derniers temps les christnéens (les disciples de Ghristna) se sont rapprochés des Djeinas par suite de leurs communes croyances monothéistes.

A l’appui des assertions de M. Jacolliot en ce qui concerne le Rig-Véda, je citerai M. Burnout.

« Les hymnes du Rig-Véda, dit-il, offrent une sorte d’esquisse des relations sociales chez les Indous primitifs. Ceux-ci semblent çà et là réunis en bourgades, mais il n’y avait nulle administration, nul trésor public, nulle organisation judiciaire. La commune n’existait pas: il n’y avait que des familles et le chef de la famille était le prêtre. »

On voit d’après ceci que l’époque dite des Hymnes (des Védas) a précédé de beaucoup de siècles, celle de l’organisation des brahmes ou prêtres officiels.

Ce qui prouve, pour le dire en passant, que bien des choses que l’on croit de date relativement moderne, remontent à une haute antiquité, c’est qu’au nombre des usages répandus chez les Indou» Védiques, on trouve: les fêtes avec des jeux, des

exercices du corps, des spectacles de mariounettes sur de petits théâtres. Le jeu de dés y était aussi connu.

Voici encore un fragment d’hymne, tiré de la Bhagavad-Gitâ, qui atteste le monothéisme des Indous primitifs :

« Vous êtes le Dieu suprême, l’Esprit éternel et céleste ; c’est ce que confessent tous les Rischü (les sages) ; c’est aussi ce que tu m’annonces ; je crois en la vérité de ta parole, mais je ne sais comment tu te rends visible. Toi seul tu te connais toi même, être des êtres, prince des vivants, Dieu des Dieux, seigneur des créatures.... Je vois dans ton unité tout TUnivers avec les choses mobiles et immobiles. Tu brilles comme le feu et comme le soleil dans ton immensité, montagne de lumière de tous côtés resplendissante, sans commencement, sans milieu, sans fin.... tu remplis à toi seul toute rétendue du cieletde la terre.... raconte-moi donc qui tu es : sois-moi propice; louange à toi. Je désire te connaître, essence primitive, car je ne puis saisir la marche de ton action. »

Le Rig- Véda définit Dieu ainsi : « Celui qui existe par lui-même, et qui est dans tout, parce que tout est en lui. »

Manou commentant ce passage du Rig-V éda, dit : « Celui qui existe par lui-même ; que l’esprit seul peut percevoir; qui échappe aux organes des sens ; qui est sans parties visibles ; éternel ; l’âme de tous les êtres et que nul ne peut comprendre. »

Le Maha^Barada en donne aussi la définition suivante! « Dieu est un, immuable, dénué de parties et de formes, infini, omniscient, omnipi ésent et omnipotent. C’est lui qui a fait sortir les cieux et les mondes de l’abîme du néant, et les a lancés dans les espaces infinis ; il est le divin moteur, la grande essence originaire, la cause efi&ciente et matérielle de tout. »

L’hymne est la première forme littéraire que la pensée ait revêtue danslarace Indoue. Le Véda est l’unique monument que cette race possède de sa plus ancienne littérature. Langue, religion, relations sociales, conceptions philosophiques, forme littéraire, tout est original dans le Véda. Rien n’y est emprunté à une civilisation antérieure ou à des peuples étrangers. L’âge qui précède les hymnes et auquel se reportent souvent les auteurs de ces hymnes, est tout Indou. Ces hymnes ne laissent supposer aucune tradition, aucune idée venue du dehors. Toute influence étrangère aux Indous, date des temps postérieurs, souvent même des temps histoiiques. (Burnouf. Essai sur le Véda).

Le Véda est composé de quatre livres : le Rig- Véda, le Sâma-Véda, le Yajur-Véda, VAtarva- Véda. C’est ce qu’on appelle les livres Védiques, •U les livres des Hymnes. Ce sont les livres sacrés et historiques de l’Inde la plus ancienne ; ils sont écrit en une langue spéciale que l’on nomme la langue Védique et qui est antérieure à la langue des livres brahmaniques.

Le Rig-Véda nous fait assister à la formation des premières doctrines religieuses de notre race- Je dis notre race, car les travaux modernes ont fourni la preuve que les Indous sont la souche des nations Européennes actuelles. Un grand courant d’émigration vers le Nord, venant de l’Asie par la Perse et la Russie d’Europe, est venu peupler tout le Nord de PEurope. Un autre courant descendu par rOuest do l’Asie, traversant le Sud-Ouest de la Perse, a pénétré dans le Sud de l’Europe par la Grèce, laissant la race sémite (Arabes, Hébreux, Phéniciens, Chaldéeùs, Syriens) peupler le Sud-Ouest de l’Asie et une partie de l’Afrique. Et ce sont ces deux grands courants qui sont l’origine de toutes les nationalités Européennes actuelles, lesquelles ont remplacé les très-anciens autochtones d’Europe. Les Indous du Nord ont donné naissance aux Slaves, aux Scandinaves, aux Germains et très probablement aux Gaulois; les Indous du Sud, aux Persans, aux Egyptiens, aux Grecs, aux Latins.

Je continue maintenant à m’inspirer des travaux de MM. Burnouf et Jacolliot.

Dans les Védas, les doctrines religieuses des Indous primitifs sont des plus simples. La cause première est nommée Zyaiis ou Zeus, ce qui signifie: essence pure et irrévélée. Le mot : Brahman dans le Véda désigne la prière qui accompagne le sacrifice, lequel était offert par le père de famille et par la mère de famille (Dévi).

Ce ne fut que beaucoup plus tard que s’organisa le culte officiel et la hiérarchie sacerdotale. Ce ne fut qu’alors, que se développa la religion Brahmanique constituée par la conception métaphysique de Brahme, principe neutre éternel et inactif, d^où procèdent les trois personnes : Brahma- Vüchnou- Siva, ou les trois attributs de Brahme ; savoir : la ciéation, la conservation, la transformation. Cette trimourti (trinité) n'existe en aucune manière dans le Rig-Véda.

« Toute la période pastorale dans Tlnde, dit M. Jacolliot, (Christna et le Chmt) n’a été qu’un long cantique en l’honneur du Grand Tout, auquel on rendait hommage sans chercher à surprendre l’insaisissable secret de son existence. Le Zeus calme, irrévélé, sans manifestations visibles, n’est accessible qu’à la conscience ; les subtilités du raisonnement ne peuvent rien ni pour, ni contre lui... »

« Mais du jour où le prêtre vint prendre possession du monde, tout changea. Dieu, divisé à l’infini, fut soustrait à la connaissance du vulgaire, et un nouveau personnage : le Diable, fit son apparition dans la comédie sacerdotale, avec la mission de terroriser les peuples. »

Le rôle des ancêtres se confond aux yeux des Indous Védiques, au moins dans une certaine mesure, avec celui des dieux. Les mêmes êtres puissants qui dans l’origine ont produitles mondes, sont aussi les pères des animaux et des hommes

et les auteurs de la vie. Une mystique profonde et qui ne se cache pas, préside à c^ s conceptions et les anime. Entre l’œavre de la génération primordiale des êtres vivants et l’œuvre sainte du sacrifice, une relation étroite existe dans le Véda. Un même mot, ou plutôt une même racine exprime ces deux choses : Karman est l’œuvre, et Af atUy le sacrifice ; tous deux se rapportent à la racine Indoue : Kri qui signifie produire, qui est identique au latin creare et qui se retrouve probablement dans le nom de Kronos, Saturne.

L’œuvre de la reproduction du monde se perpétue avec celle du sacrifice et ne saurait s en séparer ; de même que les fils continuent la vie des pères, de même le sacrifice est engendré par le sacrifice et se perpétue à travers les siècles. Les ancêtres sont la source primordiale des sacrifices et des générations.

La tradition Indoue, par les hymnes védiques, raftache à certains nomsrinvention des cérémonies sacrées. Chacun de ces noms a une signification. Ainsi, Buda, le savoir, est fils de Sôma, qui est fils diAtri, né de VEtre éternel. lia, l’inYOcation, est fille de Manu, personnification de laj'ace humaine, issue de Vivaswat et par lui de l’Être éternel. Ces généalogiesfondéessur les textes du Veda^ expliquent dans le Brahmanisme l’origine de toutes choses.

On voit donc que les Brahmanes, de même que les Indous de l’époque Védique, reconnaissent un

Dieu suprême et éternel. Ainsi, l’on trouve dans le grand hymne du poëfce Dirgatamas, cette phrase :

« Le Seigneur, maître de PUnivers et rempli de sagesse, est entré en moi faible et ignorant, etc. »

Ainsi que le ditM. Burnouf : il serait d’autant plus digne d’intérêt d’extraire du Rig-Véda, tous les traits qui concernentlescérémonies, qu’ils peuvent fournir, sinon le point de départ historique, du moins Pexplication de beaucoup de traits analogues dans les religions anciennes et modernes de l’Occident. Ainsi, par exemple, les sacrifices consistaient en une offrande liquide, le soma^ liqueur fermentée provenant du sucre, de Vasclé^ piade acide des botanistes, et en une ofirande solide, gâteaux faits de farine et de beurre. Ces deux offrandes étaient jetées par les prêtres dans le feu qui les consumait.

La seule cérémonie mentionnée dans le Rig- Véda où un être vivant fut immolé, est Vaçwaméiay le sacrifice du cheval ; les princes seuls l’ofiraient, et c’était un grand mérite pour un prince aux yeux de ses sujets, d’avoir açwaméda. MaisPobla-

tion d’un animal était un fait très-rare dans la période des hymnes (période Védique), et les sacrifices habituels étaient non sanglants. Plus tard même, le corps de l’ofifrande put se réduire à si peu de chose, qu’il disparaissait pour ainsi dire devant l’offrande spirituelle d’un cœur pur et d’un esprit élevé vers Dieu.

Les hommages rendus aux ancêtres dans les

temps Védiques ont continué à l’être dans tous les siècles suivants et le sont encore aujourd’hui. La croyance à Vimmortalité de Vâme non pas niœ et inactive^ mais vivante et revêtue d'un corps glorieux^ ne s’est pas interrompue un seul instant, puisqu’elle est encore dans l’Inde, ce qu’elle y était autrefois, et qu’elle s’y rencontre avec les mêmes caractères et le même fond métaphysique. L’idée de la transmigration a. seule pris à cet é^ard un développement considérable. Dans le Véda, elle n’est qu’en germe, tandis qu’elle paraît avec toute son étendue dans les lois de Manou. L’âme du mort, du père de famille devenu ancêtre à son tour (ce feu divin et inépuisable des générations), continue de vivre en vertu de la puissance qui à l’origine des choses, l’animait.

Une chose, qui dans l’ouvrage de M. Burnoui présente un grand intérêt, c’est ce qu’il dit de la composition et du fonctionnement de la famille au temps des Indous Védiques, et en particulier du rôle de la femme, qui, à l’inverse de ce qui eut lieu plus tard chez les Hébreux et chez beaucoup d’autres, nations, remplit un rôle égal à celui de l’homme ; prend part au sacerdoce familial, etc. Dansles cérémonies du culte Indou primitif, l’é oo ax quand il présente l’offrande aux dieux, est appelé Déva comme les dieux eux-mêmes, et ne diffère deux que par la mortalité. Le mot Déva vient du radical Div^ briller (d’où est sans doute venu le mot divin). L’épouse, qui assiste l’époux au sacrifice, est appelée Dévi,

Comme maîtresse de la famille, la femme porte le nom de Dam qui signifie maîtresse et provient d’un radical exprimant la force physique qui dompte, et la force morale qui commande.

Chez les Indous Védiques, les castes n’existaient pas encore ; ce ne fut que plus tard et lors de l’institution Brahmanique qu elles se formèrent. Plus tard encore, lorsque parut le Bouddha Çakia- Mouni, il opéra par ses prédications une réforme dont je parlerai ultérieurement, mais en dépit du Bouddhisme, le Brahmanisme a toujours maintenu les castes. L’origine divine des castes ; le droit divin qui assigne à chacune d’elles ses fonctions, sont des articles de foi dans la civilisation Brahmanique.

A propos de la croyance des Indous Védiques à la continuité de l’existence de l’âme et de son enveloppe éthérée, M. Burnouf dit (page 434) : « Üu reste, l’âme détachée de son enveloppe mortelle, n’abandonnait pas entièrement tout corps, autrement elle serait rentrée et se serait'perdue dans la grande âme du monde. Mais ce corps est glorieux comme celui des dieux et procède lui-mêmed’A^/it (le feu). Ce couple mystique, d’un corps presque idéal et d’une âme qui est comme une étincelle ou un rayon de feu divin, est toujours là, prêt à s’unir de nouveau à une forme visible, quand la loi uni-, verselle de l’Être suprême amènera son tour. Ici, l’idée des réincarnations est évidente.

J e montrerai plus tard combientoutes les croyan-

ces Védiques ont d’analogie avec la doctrine spi*» rite ou spiritualiste comme on voudra l’appeler ^ et l’on pourra s'assurer que certaines intuitions religieuses n’ont pas manqué à nos ancêtres les Indous.

Je rappellerai à ce propos, que l’apôtre Paul dans sa P® épître aux Corinthiens (xv, 39 à 54) parle du corps animal et du corps spmtuel ; il dit que le corps est semé corps animal et qu’il ressuscitera coiys spirituel.

Il est fort probable que par suite des rapports qui au temps de Salomon (1020 ans avant notre ère) s’étaient établis entre les peuples sémites — les Hébreux surtout — et les Indous alors habitant les bouches de l’Indus, les doctrines Védiques ont pénétré en Judée. Si l’on s’en rapporte à la Bible, des échanges commerciaux étaient établis à l’époque de Salomon, entre les Hébnmx et les Indous. Pourquoi des échanges intellectuels n’auraient-ils pas eu également lieu ? C’est là au surplus une question sur laquelle je reviendrai. Je sais qu’elle est du nombre de celles qui dérangent les petites combinaisons des théologiens ; mais peu m'importe.

M. Burnous dit (page 447) : « Du temps de Salomon, il se faisait de tels voyages dans les Indes (de la mer Rouge à Geylan), car plusieurs objets d’origine in doue et portant des noms sanscrits se trouvent mentionnés au 3® Livre des Rois. »

« La métaphysique s’est élevée dans l’Inde

Brahmanique, dit ailleurs M. Burnouf, à une hauteur qu’aucun autre peuple de la famille Indoue n’a dépassée, soit en Grèce, soit dans l’Occident. C’est ce que reconnaîtra tout esprit indépendant, préférant la vérité au système, et ne reculant pas devant les clartés qui lui peuvent venir du dehors. Les Grecs, soit dans l’école d’Aristote, soit dans celle de Platon, qui procédait des anciennes doctrines des sages et surtout de l’enseignement Pythagoricien, les Grecs ont égalé les Indous par leur hardiesse philosophique, mais non dans la compréhension des grands problèmes du monde et de la nature humaine. On a lieu de penser, d’après leurs propres traditions, qu’à diverses époques, mais surtout au temps qui a précédé les guerres médiques, et plus tard dans Alexandrie, la science Orientale ne fut pas étrangère au développement de l’esprit philosophique des peuples méditerranéens. On sait enfin, que les modernes, sans exception, ont philosophé d’après les Grecs et reproduit dans les conditions nouvelles, les systèmes que ces derniers nous avaient légué. Au contraire, l’Inde Brahmanique ne semble avoir rien reçu du dehors en matière de philosophie, car les grandes solutions étaient données, les principaux systèmes étaient fondés à la fin de la période d’institution des Brahmanes (création de la hiérarchie sacerdotale) qui fut le moyen-âge de cette contrée, c’est-à-dire, dans un temps où l’esprit philosophique des Hellènes né

songeait nullement à se dégager des symboles religieux (si tant est qu’à cette époque, les Hellènes existassent comme nation). Or, tout le mouvement philosophique de l’Inde procède du Véda. Il y a donc eu dans le monde Indou tout entier, pour ainsi dire, un courant d’idées qui traversant les conceptions originales defchaque peuple, s y est mêlé presque sans cesse, et y a laissé çà et là, des traces profondes. La source d’où il est sorti est dans le livre des hymnes Védiques. Cette source est primordiale et n’en suppose aucune autre au-dessus d’elle, car en lisant ces poésies blement rangées dans leur 01 dre de succession, par la philologie, et d’après les données nombreuses et variées quelles renfermeiii, on assiste à la naissance de cette antique philosophie et à ses premiers progrès ; on voit se dégager peu à peu, du symbole agrandi, la notion pure et métaphysique qu’il renferme, comme on avait vu naître et se former le symbole lui-même. Enfin, Ton voit les grands problèmes posés tour à tour par des esprits supérieurs qui s’émeuvent en les découvrant et se remplissent d’un enthousiasme vraiment philosophique, en entrevoyant les premières solutions. A ce titre, l’étude des hymnes est d’un intérêt majeur pour les historiens de la philosophie. »

Et plus loin (page 410) M. Burnouf dit: « Il est incontestable que la race des Indous a toujours montré une forte tendance vers l’unité métaphy-

sique 'principe supérieur. L’unité substantielle de Dieu est aujourd’hui la croyance universelle des Indous issus de la race primitive ; croyance professée ouvertement par les Brahmanes et malheureusement cachée, dans le peuple, sous les apparences d’un polythéisme -quelquefois grossier. L’unité métaphysique de l’Être suprême est sans cesse et partout proclamée dans les écrits brahmaniques de tous les genres et de tous les temps, depuis les derniers faits jusqu’aux Brahmanes Védiques les plus anciens et les plus authentiques?

Ici M. Burnouf entre dans des considérations qu’il serait trop long de reproduire et dont l’analyse serait difficile à faire.

Ces considérations ont pour but de prouver — en écartant tout ce qui est symbole — que les poètes qui ont écrit les Hymnes Védiques en étaient arrivés à établir d’une manière éndente, l’existence de la grande âme,, de Vabsolu neutre^ premier principe de TUnivers.

On trouve à la page 422, dans un hymne Védique du poète Prajapati^ la théorie du Verbe ou de Vlntelligence (du Logos) et celle de l’amour. Or, le système biblique de la création et le dogme chrétien de la Trinité se rapprochent beaucoup de cette théorie Indoue. Et comme le fait très-bien remarquer M. Burnouf, il serait fort possible que l’interprétation psychologique donnée par plusieurs docteurs chrétiens et en dernier lieu par Bossuet, tirât son origine de l’Inde Védique ; que

de là elle fût arrivée par les philosophes voyageurs (Anaxagoras, Pythagore?) jusqu’en Grèce, ecplus tard par Alexandrie jusqu’aux docteurs chrétiens. Je me propose de démontrer plus tard que ce ne sont pas là les seuls emprunts faits à l’Inde ancienne par le Christianisme.

Plus loin (page 430) nous trouvons la notion de la distinction de l’âme et du corps, et celle de Vimmortalitê Nous trouvons aussi la demeure des piéux{ et dans un hymne de Damara iv, 157, il est dit à propos de la séparation du corps et de l’âme, lorsque la période de leur union est terminée : « Mais il est une partie immortelle;... O Jatavedas, dans le corps glorieux formé par toi, transporte-là au monde des pieux . »

Or, ce monde, cette demeure des pieux, c’est le paradeça (paradis) ou .région lointaine, située au-delà du grand courant de l’atmosphère et qui est, à proprement parler, la province où commande le “ Roi des deux. »

Cacyapa, iv, 128, dit dans un hymne sous forme d’in vocation :

(( Dans ces lieux où siège la lumière éternelle, la félicité; dans ces lieux d’immortelle durée place^moi, O pur ! «

)) Dans ces lieux où règne le fils de Vivaswat ; où est le palais du lumineux ; où sont les grandes eaux, donne-moi l’immortalité ! «

» Dans ces lieux où s’ouvre à nos désirs la triple demeure, le triple ciel du lumineux; où brillent

les mondes radieux, donne-moi l’immortalité 1 «

» Dans ces lieux où les désirs sont satisfaits ; où repose la base de tout; où sont la swad et le plaisir, donne-moi l’immortalité ! «

» Dans ces lieux où siègent le bonheur, la joie, la félicité, la jouissance, où la satisfaction naît avec le désir, donne-moi l’immortalité ! »

D’après M. Burnouf, la constitution Brahmanique suppose une assez longue période d’élaboration ; il en est de même de la langue sanscrite, qui est le résultat d’un long travail antérieur. Cette période forme le passage de l’idiome Védique à la langue sanscrite. C’est le vrai moyenâge de rindec En réunissant tous les documentsqui peuvent fournir quelques renseignements relatifs à l'ancienneté de l’établissement des Indous dans le Delta du Gange, et en cotant au plus bas, on arrive à un chiffre de 1500 ans avant notre ère. Or, les hymnes du Véda indiquent clairement que le berceau des Indous primitifs est le Pandjab, c’est-à-dire l’extrémité Nord-Ouest de l’Inde, les vallées de l’Indus supérieur. Et par ces mêmes hymnes, qui décrivent successivement les diverses contrées traversées par les Indous dans leurs migrations s’étendant du Pandjab vers> le Gange d’une part, et vers l’île de Ceylan d’autre part, on peut s’assurer que ces migrations ont demandé bien des siècles.

Il s’ensuit donc que Tensemble des traditions Védiques signale une période primitive (an té-

rieure au moyen-âge de l’Inde) d’une longueur absolument indéterminée : période à laquelle les chantres du Véda (les auteurs des hymnes) ont toujours soin de rapporter leur origine et celle de leurs cérémonies. Et c’est cette période fort longue qu’il faut ajouter aux 1500 ans susmentionnés, si l’on veut se faire une idée approximative de Pancienneté de la famille Indoue.

Que l’on se reporte à ce qu’a dit feu M. ühavée, à propos des livres des Brahmanes remontant à 13,901 ans avant notre ère, et l’on verra que la période primitive signalée par les traditions Védiques est plus lointaine qu’on ne l’avait cru jusqu’à présent. Je me réserve, au surplus, à propos de la légende Indoue de Christna, de parler de la chronologie historique des Brahmes, basée sur des zodiaques.

On trouve dans le Dictionnaire scientifique de Géographie de Domeny de Rienzi, page 548, à propos de l’Inde : « Trente siècles avant J. -G. » l’Oudjayani, le Bengale et d’autres Etats de )) l’Inde étaient déjà gouvernés par des Radjahs )) (Princes). »

Cette assertion est parfaitement admissible, si l’on se reporte à la Table chronologique donnée parle même auteur (page 378) de tous les souverains qui ont régné en Chine depuis l’empereur Hoang-Ti (l’empereur jaune).

Or, les Indous primitifs, ceux dont il est question dans les hymnes Védiques, avaient pour

ennemis les Dasyus, qui ainsi que je lai dit en commençant ce chapitre, étaient à ce qu^il paraît les autochtones de l’Asie centrale, occupant une grande partie des versants sud des monts Himalaya et Hiyidu-Kuch, et que les Indous refoulèrent pendant des siècles, en s’avançant peu à peu de rOuest vers l’Est et vers le Sud. En se reportant à la description de ces Dafiyus que l’on trouve dans les hymnes, on reconnaît les hommes de la race jaune: Chinois, Mongols, Thibetains. Donc, les Indous remontent au moins aussi loin que les Chinois, qui, ne .l’oublions pas, avaient un empereur (Hoang-Ti) à sa 61“® année de règne, 2637 ans avant notre ère. Et rien ne prouve que cet empereur ait été le premier.

D’un autre côté, M. Burnouf dit : « Qu’on ne cite pas dans le Véda un seul prince, même local, ayant des ministres et exerçant son autorité par des employés ou des subalternes. » Il dit aussi : « que les Indous semblent ça et là réunis en bourgades, mais que nulle part il n’est dit que ces réunions de familles fussent administrées par un chef quelconque représentant la communauté. «

On voit donc par ce que dit Kienzi, qui parle de Fadjahs gouvernant au Bengale et ailleurs, trente siècles avant notre ère, à quelle haute antiquité doit remonter la période des Hymnes Védiques.

En terminant son appréciation de la philosophie Védique, M. Burnouf dit: «Quand on aura pu

faire une histoire suivie, véridique, impartiale, des doctrines de l’Inde depuis le Véda jusqu’à nos jours ; quand on saura comment de cette source antique et presque inépuisable, est ne le Brahmanisme ; comment une école ou une tendance d’esprit dans le Brahmanisme a suscite le Bouddha et sa doctrine ; comment après 1 expulsion du Bouddhisme, les anciennes croyances ont repris vigueur ; lorsqu’enfin l’on aura la raison suivie de ces grandes transformations, nous sommes persuadés que l’Inde, bien loin de paraître immobile comme un navire a l’horizon, nous présentera le tableau du plus vaste ^ et du plus régulier développement d’idées quait encore produit une même suite de générations

humaines . car la même force d’esprit qui chez

les ancêtres a produit une première fois les dogmes religieux, se retrouve chez les descendants pour discuter et agrandir au besoin l’œuvre des pères ; c’est ce que l’on voit s’être produit dans rinde avant et après le Bouddhisme.

Et l’on peut ajouter après M. Burnouf : que c’est ce que l’on voit se produire encore aujourd’hui, si l’on tient compte, ainsi qu’on le doit, du mouvement intellectuel qui a lieu dans rinde — à Bombay et dans l’ile de Ceylan - où Blavatsky et le colonel Olcott ont groupé toutes les notabilités brahmanes, bouddhiques, parses, musulmanes, chrétiennes ; toutes les âmes éclairées, qui dans un but de fraternité

universelle, veulent le relèvement intellectuel de 500 millions d’habitants. De savants prêtres dea cultes brahmaniques et bouddhiques concourent surtout à cette œuvre si humanitaire, en traduisant et publiant d’anciens et importants ouvrages philosophiques qui jusqu’à cette heure, avaient été tenus secrets par les disciples du Bouddha Sakia-Mouny,

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