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CHAPITRE XI ET DERNIER

PEEUVES DES EÉINCAENATIONS.

Les trois meilleures preuves que l’on puisse donner des réincarnations et de leur nécessité absolue, sont :

La différence de durée des existences humaines terrestres.

2® L inégalité des conditions physiques et sociales de ces existences.

3® La précocité intellectuelle si remarquable de certains individus.

L’humain terrestre meurt à tout âge. L’enfant meurt souvent en naissant ou peu de temps après sa naissance; mais parfois aussi la vie de l’homme se prolonge jusqu’à cent ans et quelquefois plus. Et entre l’âge d’un an et l’âge de cent ans, chaque jour il meurt des milliers d’individus.

Quant à l’inégalité des conditions physiques et sociales, elle est très marquée aussi, et souvent bien bizarre. Chercher un être humain beau au physique ; plein de santé et de vigueur et en même temps beau au moral, c’est à dire, honnête, affectueux, désireux de rendre tout le monde heureux autour de lui, et avec cela, riche ; chercher un pareil être sur la terre, ce serait s’imposer une corvée d autant plus rude, qu’on ne serait nullement sûr de le trouver.

Donc, la plus grande inégalité règne parmi les hommes ; les uns ont la santé sans la fortune ; les autres possèdent la richesse, mais ils sont plus ou moins en proie à la maladie. D’autres ont d’immenses richesses, une bonne santé ; mais leurs enfants sont maladifs ou estropiés, ou fort laids. D autres encore, ont ce qu’on est convenu d’appeler un beau nom; ils sont Comtes, ils sont Marquis,

ils descendent en droite ligne des Croisés , mais voici qu’il leur arrive un fils, unique héritier du nom, et ce fils est idiot, ou bien il est contrefait.

Cherchons bien autour de nous, et nous pourrons nous assurer que la plus nombreuse partie des humains terrestres a un côté mauvais, ou malheureux, ou désagréable.

Quant à la question de l'inégalité de durée des existences humaines terrestres, comment expliquer pourquoi tel enfant meurt, soit en naissant, soit après n’avoir vécu que quelques mois, quelques années ; et pourquoi tel autre continue à vivre pendant 10, 20, 50, 60 années et plus.

Pourquoi tel homme qui, depuis l’âge de raison jusqu’à l’âge de 30 ans, a constamment fait le mal, a constamment violé toutes les lois de Dieu, meurt à 30 ans sans avoir pu se repentir, modifier sa manière d’être et réparer, par un certain nombre d’années employées à faire le bien, le tort qu’il s’est fait à lui-même et qu’il a fait aux autres par sa mauvaise conduite.

Pourquoi ce jeune homme qui a mené une vie exemplaire; qui a employé tout son temps à acquérir des connaissances pouvant le mettre en état de gagner honorablement sa vie et de venir en aide à sa mère restée veuve ou à ses sœurs restées orphelines; pourquoi ce jeune homme meurt-il à 25 ans, après avoir traversé les phases d’une longue et cruelle maladie ?

Pourquoi ce père de famille, seul soutien par sa

science, son industrie ou son travail manuel, d une femme et de plusieurs jeunes enfants, meurt-

Pourquoi cette jeune mère, restée veuve et sans fortune, succombe-t-elle aux atteintes de la phtbisie, à 30 ans, laissant dans le monde, deux

jeunes filles sans parents, sans fortune, sans soutien ?

■Cit les exemples pourraient être ainsi multipliés, car chacun de nous, habitants de cette triste planète, en est témoin presque chaque ioude sa vie.

Où donc est le Théologien, qu’il soit Hindou, Musulman, Juif ou Chrétien, qui nous donnera une réponse satisfaisante ?

Tous, ils nous diront que ces choses fâcheuses arrivent par la volonté de Dieu; qu’il faut nous resigner aux décrets de Dieu.

Oui, sans doute, ces choses et tant d’autres encore arrivent par suite de la volonté de Dieumais il serait à désirer cependant que l’homme n’en tut pas réduit à murmurer contre Dieu ; à dire que Dieu est injuste; à sentir son âme révoltée à 1 idee des infortunes qui découlent de la volonté de Dieu,

Hé bien, ce que tous les Théologiens, même les plus retors, sont impuissants à expliquer, la doctrine spirite : par la pluralité des mondes habités ; par la pluralité des existences de l'âme,

1 explique de la manière la plus logique, la plus naturelle, la seule satisfaisante.

Cet enfant, qui meurt en naissant ou au bout de peu de temps d’existence terrestre, n’avait plus besoin de subir toutes les vicissitudes d’une longue vie terrestre ; mais ses parents avaient mérité une expiation. Son père peut-être, avait acquis une fortune considérable par des moyens malhonnêtes ; cette fortune, il se réj'>uissait de la laisser à son fils, son unique héritier. Sa mère avait sans doute, elle aussi, contrevenu à la loi de Dieu, soit dans son existence actuelle, soit dans une précédente. Et de toutes les douleurs morales qui peuvent étreindre le cœur d’un père et d’une mère, d’une mère surtout, en trouvera-t-on une plus horriblement poignante que la perte d’un bel enfant de deux ou trois ans, dont les incessantes caresses font si facilement oublier le mal et les fatigues qu’il a occasionnés. La mort de cet enfant est donc une rude expiation.

Cet homme, qui meurt à 30 ans, après avoir accumulé crimes sur désordres, aurait continué à être d’un triste exemple pour ceux qui l’entouraient, et plus il aurait vécu, plus il en eût entraîné dans la voie du mal. Il meurt donc, mais c’est pour aller bientôt forcément s’incarner, par punition, sur un globe moins avancé que la terre, où la vie lui sera plus rude et où cependant sïl donne entrée dans son âme à l’idée de la résignation, il pourra servir d’exemple à des peuplades plus sauvages que ne le sont nos Australiens, par son intelligence qui, bien que peu développée, sera cependant moins inférieure que la leur.

Ce jeune homme, qui meurt à 25 ans d’une longue et cruelle maladie, après une jeunesse entièrement consacrée à acquérir des connaissances, au prix d’un incessant et pénible labeur, avait besoin d’expier des fautes commises dans une précédente incarnation et de s’améliorer avant de passer sur une planète supérieure à la terre. Non seulement il expie par les douleurs physiques de la maladie, mais il expie encore par les tortures morales que lui fait éprouver pendant tout le temps de sa maladie, l’idee de laisser sa mère ou ses soeurs sans appui, sans ressources. Quant à sa mère ou à ses sœurs, pour elles aussi il y a sans doute expiation, ou épreuve.

Ce père de famille, seul soutien de sa femme et de ses enfants, qui meurt à quarante ans; cette jeune mère mourant à trente ans, laissant deux jeunes filles sans parents et sans fortune, sont encore des exemples d’épreuves et d’expiation.

Si la doctrine spirite était bien comprise, on ne rencontrerait pas tant de gens accusant Dieu de cruauté et d’injustice lorsqu’il leur arrive de voir mourir un des leurs ; surtout quand la personne qui meurt est jeune encore et semble indispensable. Lorsque, par exemple, c’est un mari qui meurt à la fleur de l’âge; une jeune mère laissant un enfant au berceau, etc. Ceux qui dans ces circonstances s’en prennent ainsi à Dieu, oublient de se demander à eux-mêmes, si dans leur présente existence — ou dans des vies plané-

taires antérieures, peut-être — ils n’ont pas mérité un châtiment quelconque. Car, ces morts prématurées qui ne sont presque jamais un châtiment pour ceux qui nous quittent pour rentrer dans la vie erratique, et qui indiquent seulement que leur temps d’épreuves était terminé sur terre, est toujours ou une expiation ou une épreuve pour ceux qui restent. L’on dit vulgairement « que les bons meurent jeunes et que les 7néchants vivent longtemps ». Il est évident que ceux qui meurent jeunes n’avaient plus qu’un peu d'enfer terrestres subir. Il n’y a donc dans tout cela ni cruauté ni injustice de la part de Dieu ; il y a équité.

Il est assez remarquable aussi, que les maladies qui en général se terminent par la mort dans le jeune âge ou dans la jeunesse, sont des maladies qui produisent chez le malade une sorte de trouble de l’Esprit qui fait qu’il perd la conscience de son état et qu’il ne subit pas les angoisses de la mort. Chez les enfants, c’est la méningite ; chez les adultes jeunes, c’est la fièvre typhoïde. Un certain nombre de ces derniers est emporté par la phthisie, mais bien que dans cette maladie l’on conserve ordinairement sa connaissance jusqu’au dernier moment, cependant les personnes qui en sont atteintes ne se sentent pas mourir et conservent jusqu’à leur dernier soupir des espérances illusoires. J’ai même vu des médecins mourir phthisiques en se fesant illusion sur leur état. Tandis qu’au contraire et en général, les individus

plus avancés en âge succombent à des maladies plus ou moins douloureuses et à la fin desquellesils voient venir la mort, laquelle chez beaucoup, est précédée de souifrances morales et aocom-pagnée de rudes angoisses.

Quant à la question de Vinégalité des conditionif physiques et sociales, la doctrine spirite seule, peut également en donner l’explication. Pourquoi tel individu naît-il fils d’un père riche et occupant do hautes positions sociales ? C’est qu’il a demandé à s’incarner dans ces conditions, afin d’employer la richesse à développer son intelligence et à être utile à ses semblables ; et afin d’acquérir ainsi la possibilité de quitter bientôt l’humanité terrestre pour faire partie d’une humanité peuplant une planète supérieure à celle que nous habitons. S il fait comme tant de jeunes gens appartenant à ce que 1 on est convenu d’appeler des grandes' familles, s il ne se donne pas la peine d’étudier,' d’acquérir des connaissances, de développer son intelligence pendant sa jeunesse, mû par la pensée qu’il n’a nul besoin de travailler et d’être instruit, puisqu’un jour il pourra disposer d’une immense fortune, il se fourvoie. Si indépendamment ûe la paresse, il se laisse encore aller à une vie dissolue, il viole complètement la loi de Dieu, et après avoir passé une vie matérielle terrestre inutile pour lui et nuisible à ceux qui l’entourent, il se réincarnera peut-être sur cette terre comme mendiant ou dans quelque situation équivalente.

Pourquoi tel homme travaille-t-il péniblement pendant toute sa vie sans jamais pouvoir acquérir même ce qu’il faut pour vivre ? Pourquoi, dès qu’il a pu amasser une petite somme d’argent la • perd-il par quelque accident imprévu ? Pourquoi sa vie se passe-t-elle ainsi dans la gêne, et sa trop longue vieillesse, dans la misère et les infirmités? Sans doute, parce que dans une précédente incarnation, il jouissait d’une grande fortune et qu’il Pamal employée.

Pourquoi tel individu naît-il aveugle, sourdmuet, infirme, maladif? Parce que précédemment il a fait mauvais usage des dons de la nature et qu’il les a fait servir au mal pour lui et pour ses contemporains.

Et cette femme, qui, vieille et flétrie avant râge, est couverte de haillons et se trouve obligée, pour gagner un morceau de pain noir, de balayer les rues ou de se livrer à quelque travail du même genre, n’a-t-elle pas trôné, peut-être, dans quelque précédente incarnation, entourée d’hommes et de femmes soumis à ses moindres caprices, et ne s’est-elle pas servi du prestige de son nom, de sa beauté, de ses richesses, pour mener une vie immorale à tous égards ?

Aussi, quand on voit ces femmes à qui il faut le monde et ses plaisirs, ses enivrements, ses éblouissements, l’on peut se dire : « dans quel- » ques années, lorsque la carapace ayant été » laissée sur quelque point du globe, V Esprit sera

» libre, combien il jugera ce monde autrement » qu’il ne le juge aujourd’hui, et combien il » regrettera une phase d’existence aussi mal n employée. »

Et lorsqu’on voit des hommes qui usent leur enveloppe matérielle à courir après l’or, après les honneurs, en employant tous les moyens, même les plus détestables. Ton peut se dire : « Quelle cruelle désillusion subiront ces hommes » qui font maintenant si bon marché de Vhonneur » et de la probité, pour acquérir des honneurs et » de l’or ! »

D’après ce qui précède on pourra, si Pon jette un regard autour de soi, rester convaincu que la doctrine spirite donne l’explication de tout ce qui se passe parmi les humains terrestres, et l’on comprendra alors V Equité de ce Dieu que tant d’hommes accusent chaque jour : de partialité, d’injustice.

Le Spiritisme donne ainsi la clé de bien des choses que beaucoup considèrent comme des mystères^ et d’autres comme les effets du hasard ; et il fait clairement voir qu’il n’y a dans la nature, ni mystères^ ni hasard.

Au surplus, la Terre est sous tous les rapports un monde tellement inférieur, qu’on dirait que la majeure partie des êtres doués de raison qui l’habitent, y a été jetée pour s’y essayer à la vie humaine, et que c’est la première fois que beaucoup de ces Esprits, venus de planètes plus infé-

rieures encore, s’incarnent sur notre globe. Ceux-là n’ont pas l’intuition d’existences préférables à celle de la Terre, car ils n’ont jamais rien connu d’aussi beau ; aussi ils s'y cramponnent : ils y vivent en donnant la plus grande partie de leur être aux jouissances de l’animalité, et ils cherchent le plus possible à acquérir des richesses, qui seules peuvent les mettre à même de se procurer l’espèce de jouissance qu’ils préfèrent.

Quant à ceux qui, sans doute, y ont été envoyés en punition, venant de mondes meilleurs ; ceuxlà comprennent des existences plus complètes, parce que déjà ils en ont traversé et ce n est pas une médiocre expiation de fautes commises sur des globes plus avancés, qu’une incarnation sur un monde arriéré tel que la Terre, où TEsprit, qui auparavant a connu le bonheur de 1 havifiouie, se trouve forcé de passer un laps de temps plus ou moins long, entouré de toutes sortes de choses désharmoniques, et d’humains qui ne le sont pas moins.

Sur la Terre, la science et l’art ne sont point encore complètement naturalisés, beaucoup s’en faut. L’homme qui, sur ce globe, souffre le moins sous tous les rapports, est sans contredit celui qui se rapproche le plus de 1 animalité. Celui-là a moins de besoins, moins de soucis ; et puis rien ne le choque, tandis que l’homme instruit souffre à chaque instant, parce qu’il n’est pas compris et

parce que, quand éclairé par les données de la science, il veut faire le bien, il en est empêché par la barrière de l’ignorance qui s’élève autour de lui.

Et de même pour les arts. Sans une sorte d’éducation de l’Esprit, il est impossible de comprendre le beau; mais la masse, acceptant pour beau ce qui lui est parfois présenté comme tel par des hommes intéressés à la tromper, pour récolter beaucoup d’or, et qui savent flatter ses vilains penchants et ses vilains goûts, la masse froisse à chaque instant l’humain qui comprend l’art, qui sait apprécier le vraï beau parce qu’il a appris à le connaître sur des planètes supérieures.

Et c’est ici encore, que la doctrine spirite présente une idée consolante, car elle nous dit que ceux d’entre nous qui souffrent de froissements continuels parce qu’ils sont instruits ou parce qu’ils sont artistes, expient sur cette terre des existences mal employées; mais que s’ils supportent avec une douce résignation leur existence actuelle , ils seront bientôt dédommagés en remontant sur un de ces globes plus avancés, où déjà ils ont passé d’heureux jours, et où ils goûteront de nouveau d’une manière complète, le bonheur et les jouissances attachés aux manifestations de la science et de l’art ; en fesant partie d’une humanité dont tous les membres seront assez avancés pour en avoir la véritable compréhension.

Améliorons-nous donc, tous tant que nous sommes ; et nous surtout, qui pouvons comprendre des existences meilleures et moins entachées d’animalité, parce que nous nous sentons de la race de ceux qui déjà en ont traversé. Tâchons de nous dépouiller de nos imperfections morales, et que la pensée incessante d’incarnations sur des planètes de plus haut titre, ne cesse de nous soutenir dans nos luttes contre le mal moral au milieu duquel nous sommes plongés, puisque nous savons que sur notre amélioration morale doit reposer tout notre espoir d’existences meilleures.

Certaines personnes ont peine à comprendre que l’Esprit vivant dans l’erraticité, demande à s’incarner sur terre en vue d’une expiation à accomplir. Ces personnes disent : que si l’Esprit sait qu’il a une dette à payer à l’équité divine, qui ne lui fera pas grâce, il n’a qu’à se laisser réincarner lorsque Dieu le jugera à propos, et qu’aller, dans ce cas, au devant d’une réincarnation douloureuse, c’est imiter l’enfant qui, sachant qu’il doit irrévocablement subir une punition, irait au devant de cette punition ; chose pour laquelle on ne lui attribuerait aucun mérite, puisqu’il sait ne pouvoir échapper à la correction.

C’est ne pas comprendre la doctrine spirite que de raisonner ainsi, car on doit penser que l’Esprit xjui demande une expiation qu’il sait avoir méritée, est un Esprit disposé à s’amender et à s’amé-

liorer ; tandis que celui qui se contente d’attendre et d’accepter la punition, ne donne nullement la preuve qu’il soit disposé à la subir avec l’idée qu’elle pourra lui servir à progresser.

Keconnaître, quand on est désincarné, qu’on a mal employé sa précédente incarnation et qu’on a besoin de subir encore des épreuves et des expiations, c’est déjà un progrès.

La troisième preuve des réincarnations, c’est : ta précocité intellectuelle, si remarquable, de certains individus.

Je vais en donner ici quelques exemples.

En 1682 vint au monde le célèbre Saunderson* A l’âge d’un an, la petite vérole le priva complètement de la vue. Né à Pennistone, dans le Yorksbire, n’ayant suivi que l’école gratuite du village ; sans autre aide qu’un syllabaire et le peu de livres que son père, simple douanier, pouvait lui procurer, il avait trouvé moyen de se familiariser avec les classiques au point de pouvoir comprendre dans les originaux grecs et latins, les œuvres d’Euclide, d’Archimède, de Diophante, de Newton, et cela avant d’avoir atteint l’âge de vingt ans. A vingt-cinq ans, il était nommé professeur de mathématiques et de physique à l’Université de Cambridge; à trente ans, il était gradué docteur en sciences, il était membre de l’Académie et exposait avec une merveilleuse clarté, dans ses cours, les lois de la lumière, le spectre solaire et la théorie de l’arc-en-ciel, toutes choses qu’il

n’avait jamais contemplées que des yeux de l’esprit. Il mourut en 1739, à l’âge de 57 ans.

En 1721, naquit à Schwabach, Jean-Philippe Baratier, fils d’un pasteur français réfugié en Bavière à la suite de la révocation de l’Edit de Nantes. A l’âge de quatre ans, il parlait le français, l’allemand, le latin. A sept ans, il savait le grec et l’hébreu, et à onze ans, il avait terminé un dictionnaire des mots hébreux les plus difficiles^ Il publia en 1734, à l’âge de treize ans, une traduction de l’hébreu d’une Relation de voyage, du rabbin Benjamin de Tudela. Et à 19 ans — en 1740 — quelques mois avant sa mort, il publia son ouvrage intitulé : Disquisitio chronologica de siiC' cessione romanor : pontif.

Au mois de mars 1869 est mort à Eichland (Etat de New-York) le fameux ingénieur Suédois Ericson, né en 1803 et qui a dû une grande célébrité à l’impulsion qu’il a donnée au progrès dans la construction des locomotives.

Dès ses plus jeunes années, il montra un tel génie pour les sciences mécaniques, qu’à lâge de douze ans il était inspecteur au grand canal maritime de Suède et avait six cents ouvriers sous ses ordres. En 1826, il alla se perfectionner en Angleterre et il obtint en 1829 le prix pour la meilleure locomotive. (Il n’avait alors que 26 ans). C’est Ericson qui, le premier, dès 1833, a eu l’idée àhitüiser la chaleur solaire comme force motrice. Dans les dernières années de sa vie, vers

1866, il est revenu à son idée favorite et il a perfectionné sa machine à chaleur solaire.

M. Mouchot qui, en France, dans ces derniers temps, a imaginé des appareils pour utiliser la chaleur solaire, a-t-il été guidé par les précédents travaux d’Ericson, ou bien a-t-il eu une intuition analogue à celle qu eutEricson dès 1833?

Les trois citations qui précèdent, sont évidemment des exemples de réincarnations, et je mets n’importe qui, au défi de donner une explication satisfaisante et réellement valable, de la phénoménale précocité intellectuelle de Saunderson, de Baratier et d’Ericson. — Si ces hommes n’avaient pas déjà largement développé leur intellect, dans de précédentes incarnations, ils ne seraient point arrivés si jeunes, à des résultats que, de rares individus exceptionnellement doués, n’obtiennent qu’à un âge déjà avancé et après un grand nombre d’années de travail.

Les exemples qui suivent rentrent dans la même catégorie.

On trouve, dans une publication intitulée : Les musiciens célèbres, depuis le 16® siècle jusqu’à nos jours, par Félix Clément, Paris 1868, de bien grandes preuves à l’appui de la doctrine des réincarnations.

L’auteur cite 35 musiciens célèbres et parmi eux : Haydn, Haendel, Lulli, Sébastien Bach, Mozart, Beethoven, Paganini, Meyerbeer, etc., qui tous se sont montrés musiciens presque

consommés, dès l’âge le plus tendre. C’est entre Vâge de 5 à 16 ans que la plupart ont commencé à donner des preuves d’un véritable talent musical:

Comme instrumentiste précoce de notre époque, on peut citer entr’autres : Térésa Milanollo qui, dès l’âge de neuf ans, était un sujet d’admiration pour tous les grands maîtres, et dont le fameux violoniste Baillot disait : « on croirait qu'elle a joué du violon avant de naître, »

On dira peut-être qu’il y avait des idées innées chez ces musiciens, au point de vue de la composition ; mais comment expliquer la chose d’une manière tout à la fois rationnelle et plausible si l’on n’admet qu’une seule vie terrestre ^ Et comme plusieurs de ces musiciens sont venus apporter des données musicales nouvelles pour notre globe, ne pourrait-on pas dire que quelquesuns d’entr’eux s’étant instruits dans de précédentes incarnations sur des planètes plus avancées que la nôtre, ont demandé à s’incarner sur terre pour y semer des notions musicales nouvelles.

Quant aux matérialistes, ils diront sans doute que chez tous ces êtres, le cerveau sécrétait les pensées musicales et autres plutôt et mieux que chez le commun des hommes, parce que leur matière cérébrale était plus raffinée. Ils en diront peut-être autant à propos du fait qui suit et qui suffirait à lui seul à prouver les réincarnations.

Dans le Journal des Beaux-Arts ^ de Belgique^ du lo septembre 1874, M. A. Siret, membre de l’Académie des Sciences et Beaux-Arts de Belgique, a publié la biographie d’un jeune et déjà célèbre paysagiste mort le 12 août 1873 à l’âge de dix ans et onze mois. En voici quelques extraits :

« Frédéric Van der Kerckhove naquit à Bruges le 4 septembre 1862. Il naquit souffreteux de corps mais lucide et vaillant d’esprit. Du jour de sa naissance jusqu’à Pheure de sa mort ce fut une longue souffrance. Il n’eut peut-être pas une nuit de repos, et on ne le conserva qu’à force de soins et de tendresse. Vers l’âge de sept ans, son intelligence prit un rapide essor. Les choses exactes avaient peu d’empire sur lui. Ses pensées s’envolaient souvent au-delà de la vie terrestre ; il demandait des renseignements sur la vie future. Souvent il demandait s’il allait mourir. Cette préoccupation qui le dominait était pour ses malheureux parents un supplice atroce. Vainement il eut cherché à la dissimuler, elle planait sur lui et sa tendresse pour les siens s’en augmentait d’autant plus. Dans sa toute première enfance, dès qu’il sut parler et comprendre, il se préoccupait de Dieu, de ce Dieu qui avait fait le ciel, les arbres, la terre, l’eau et les fleurs. De bonne heure, comme toutes les âmes tendres et élevées, il aima les pauvres avec une force qui tenait de la passion. Très souvent en leur faveur, il dépouilla

d’autorité et à l’insu des domestiques, l’office de la maison paternelle, déjà très généreuse à l’endroit des malheureux. Le soir il s’en allait dans le voisinage voir ses pauvres, vivre et jouer avec eux dans l’adorable intention d’adoucir par ce contact des vies pénibles et restreintes. Il leur portait des petits tableaux faits par lui, en même temps que des vivres et des joujoux. Quand le cher et miséricordieux enfant entrait là, c’était comme un rayon de soleil et tout le monde se sentait réchauffé, n

“ Un jour Frédéric ne vint pas. Il était mort. Un épanchement au cerveau l’avait enlevé... La ville de Bruges tout entière qui connaissait et qui aimait l’enfant prodige, non à cause de son talent mais pour la beauté et la bonté de son caractère, lui fit des funérailles spontanées. »

« A sept ans, sans savoir dessiner^ Frédéric ébauchait des séries de petits paysages parfaitement caractérisés. De huit à neuf ans, il s’amusait à copier à l’huile des paysages gravés à l’eau forte. Jamais cela ne ressemblait à l’original. L’enfant y mettait son sentiment à lui, lequel se traduisait par un ton de coloration particulier. Tous les petits tableaux peints par lui sont d’une profondeur de mélancolie que jamais artiste ancien ni moderne n’a su obtenir. Tout paysage Pexaltait et l’attristait. Que voyait-il dans cette reproduction de la nature ? Quel chant de tristesse et de douleur venait donc emplir cette âme pour qu’elle

débordât ainsi en pleurs et en élégies ? — Son œuvre s’élève à plus de 350 petits panneaux. Il en fesait parfois plusieurs dans une journée ; sa famille en possède 150 environ. »

« Frédéric ne sut jamais faire autre chose que le paysage, qu’il jetait pour ainsi dire en une fois sur son panneau, ainsi que nous l’ont déclaré ceux qui l’ont vu travailler. Le 31 août 1874, Edouard Richter, le puissant coloriste français eut accidentellement l’occasion de voir une vingtaine de panneaux de Frédéric et il félicita le propriétaire de posséder des esquisses de Théodore Rousseau en si grande quantité. On eut toutes les peines du monde à détromper Richter et quand il connut la vérité, l’artiste ne put s’empêcher de verser

une larme sur tant d’avenir évanoui . Toutes

les études de Frédéric constituent pour les artistes qui pensent, une des plus profitables leçons qui se puissent donner, car on peut y voir ce qui ne s’est encore jamais produit : « la manifestation a d’une intelligence dans sa pureté native et » n’ayant subi l’influence d’aucun contact extéa rieur. »

M. A. Siret, l’auteur de l’article dont j’ai extrait ce qui précède, a fait en octobre 1874, à l’Académie de Belgique (classe des Beaux-Arts) une communication verbale au sujet du jeune Frédéric Van der Kerckhove. Il a présenté une vingtaine de ses panneaux qui ont provoqué dans l’assemblée une vive émotion et un enthousiasme

qu’elle a exprimé en émettant le vœu : « que les œuvres de ce génie si prématurément enlevé aux arts et à la patrie, soient exposées publiquement à Bruxelles. »

Peu de temps après la publication de ce qui précède, dans le Journal des Beaux- Arts ^ de Belgique, le Messager^ de Liège, fit ressortir dans son n® du 15 mars 1875, la lumière que la doctrine spirite projetait sur des faits aussi peu en harmonie avec les conditions ordinaires de la vie humaine, et avec quelle évidence des faits de ce genre venaient démontrer la vérité des réincarnations.

Une des plus belles manifestations de la charité humaine^ c’est le dévouement ; et les réincarnations peuvent fournir l’occasion de grands dévouements. Ainsi, par exemple, un Esprit déjà supérieur moralement et intellectuellement qui s’incarne sur la terre dans un pays arriéré sous ces rapports et qui y passe une phase d’existence plus oumoins longue à lutter contre l’ignorance et contre les passions mauvaises des êtres humains qui l’entourent, cet Esprit fait acte d’un dévouement qui certes lui sera ultérieurement compté.

Il en est de même d’un homme qui, né dans un pays arriéré en civilisation, va puiser de Pinstruction dans une contrée plus avancée scientifiquement, et qui au lieu de se laisser séduire par l’idée de passer plus agréablement sa vie au milieu d’une haute civilisation, retourne dans sa patrie

et se consacre à l’avancement de ses concitoyens.

Puisque je parle des réincarnations par dévouement^ je ne puis m’empêcher de citer un fait très remarquable sous ce rapport; ce fait a été raconté dans le temps par divers journaux.

Un incendie eut lieu le 19 août 1867, à neuf heures du matin, dans une petite ville de la Saxe (Johannerstadt) et détruisit en trois heures 320 habitations sur 380.

Un des épisodes de cet incendie présente un véritable intérêt si on l’étudie au point de vue spirite: Un crétin, qui considérait d’un œil hébété les progrès de l’incendie, entendit tout-à-coup les cris de désespoir d’une mère qui, dans le trouble où elle se trouvait, avait oublié, dans la maison déjà en feu, une charmante petite fille de trois ans. Les fiammes sortaient en bourdonnant, par la porte et jDar les fenêtres. La pauvre enfant poussait des cris déchirants, mais chacun devant penser à sa propre sûreté et à celle de sa famille, personne, hélas, ne s’avançait pour Iji porter secours. Le crétin se sent tout d’un coup ému de pitié; il se précipite courageusement dans la maison, saisit l’enfant dont les vêtements brûlaient déjà, s’avance au milieu des flammes et d’une épaisse fumée, jusqu’à l’embrasure d’une fenêtre et lance cette petite créature dans les bras de sa mère éplorée, qui dans le même moment pousse un cri d’effroi : une poutre enflammée brisait le crâne du sauveur de son enfant. On ne put retrouver le corps du brave crétin.

N’y a-t-il pag là, ample matière à réflexion ? La doctrine Spirite explique facilement cet admirable déYOuement d’un être considéré jusque là comme presque au niveau de la bête et comme ne jouissant d’aucune espèce d’intelligence. Pour nous, Spirites, les crétins sont des Esprits incarnés en expiation; c’est une âme humaine momentanément renfermée dans une enveloppe dont le cerveau fonctionne mal, et qui lui sert en quelque sorte de prison cellulaire. Chaque nuit, pendant le dégagement de l’Esprit, dégagement favorisé par le sommeil du corps, l’Esprit juge sa position d’incarné et en souffre horriblement ; mais chaque matin, quand cesse le sommeil, il lui faut rentrer dans ce corps de crétin, dans cette affreuse prison.

Le crétin mentionné ci-dessus était sans doute arrivé au terme de son expiation, mais peut-être avait-il demandé de terminer cette incarnation expiatoire par un acte de dévouement héroïque qui devait racheter bien des fautes antérieures.

Plus on examine la doctrine des réincarnations et pluson s’aperçoit qu’étantéminemment logique, elle rend compte de la manière la plus satisfaisante, d’une foule de choses dont on ne peut sans elle, comprendre la raison d’être.

Je trouve dans le beau livre de Samuel Smiles, intitulé : Self-Help^ traduit par M. A. Talandier en 1865, et qui a pour but de faire ressortir ce que peut chez l’homme l'énergie venant en

aide à l’intelligence, un passage qui vient à l’appui des idées Spirites que je viens d’énoncer.

Les grands savants, dit Samuel Smiles, les grands littérateurs, les grands artistes, ceux qui se dévouent à l’apostolat des plus hautes vérités, et ceux dont la noblesse est tout entière dans la vaillance de leur cœur, n’ont jamais appartenu en propre à aucune classe, à aucun degré de la hiérarchie sociale. Ils sont sortis indifféremment de toutes les classes, de tous les rangs, de l’atelier et de la ferme, de la chaumière et du château. Quelques-uns des plus grands apôtres de la Divinité sont venus des derniers rangs du peuple. Les plus pauvres ont quelquefois pris les places les plus élevées et il n’est pas de difficultés, quelques insurmontables qu’elles fussent en apparence, qui aient pu leur barrer le chemin. Ces difficultés mêmes, dans bien des cas, semblent avoir été leurs meilleurs auxiliaires, car elles les ont forcés de montrer tout ce dont ils étaient capables en fait de travail et d’endurance, et elles ont vivifié des facultés qui, sans cela, auraient pu rester pour toujours assoupies... ! !

Et l’auteur raconte la vie de beaucoup d’hommes célèbres partis de bas. Je me contenterai de citer ici les principaux ; de ce nombre furent: Copernic fils d’un boulanger ; Képler, fils d’un cabaretier ; d’Alembert, enfant trouvé élevé par un vitrier ; Newton, fils d’un petit propriétaire de Granthan, Angleterre; Laplace, fils d’un pauvre paysan nor-

mand; Gassendi, fils d’un pauvre paysan des Basses-Alpes; Hauy, fils d’un tisserand de la Picardie ; Vauquelin, fils d’un paysan normand; l’académicien Fourier, fils d’un tailleur d’Auxerre; Christophe Colomb, fils d’un cardeur de laine de Gênes ; Cook, garçon de boutique dans le Yorkshire; Livingstone, ouvrier filateur de coton; Haydn, ouvrier charron etc., etc.

Que prouvent les dires de Samuel Smiles, sinon la diversité des réincarnations, diversité qui semble avoir lieu précisément pour démontrer que les Esprits déjà élevés ne sont pas inféodés aux classes supérieures de la société, humainement parlant, mais qu’ils s’incarnent dans toutes les classes, pour moraliser et pour encourager surtout les rangs inférieurs de Phumanité, en leur montrant que d’au milieu d’eux, tout aussi bien que des rangs supérieurs, peuvent sortir des hommes éminents.

Il est probable aussi que ces incarnations d’êtres humains nés dans les classes sociales inférieures et qui sont devenus illustres, sont voulues pour démontrer que tous les humains terrestres étant également les enfants de Dieu, l’instruction doit être donnée libéralement à tous d’une manière égale, en ayant égard aux aptitudes, afin que si, au milieu du peuple il se trouve un enfant bien doué, il puisse prendre la place sociale à laquelle il a droit, et rendre les services que comporteront son développement intellectuel et son instruction.

Ces incarnations qui semblent disparates, sont sans doute voulues aussi, pour foire comprendre combien est ridicule et contraire à la loi de Dieu, l’aristocratie de naissance.

La doctrine des réincarnations, si l’on s’applique à l’étudier sérieusement, présente à chaque instant des aperçus nouveaux. Ainsi, par exemple, on entend parfois certaines personnes dire d’un ton railleur : que les enfants sont maintenant plus précoces qu’autrefois ; que si cela continue, on ne sait où cela s’arrêtera et que bientôt les enfants de douze ans, en sauront autant qu’en savaient il y a cinquante ans les jeunes gens de vingt.

En mettant toute exagération à part, il reste évident que beaucoup des Esprits qui se réincarnent aujourd’hui sur la terre, sont plus avancés que ceux qui se réincarnaient jadis. Il est évident aussi que plus on ira, plus la masse des incarnés terrestres sera composée d’Esprits avancés moralement et intellectuellement. N’en avons-nous pas déjà plusieurs preuves irrécusables. Qui donc, il y a cent ans, s’occupait des idées de solidarité et d'association f Aujourd’hui, elles sont généralement bien accueillies. Lorsqu’en 1738 Pabbé de St- Pierre émit Pidée de la paix perpétuelle^ à combien de sarcasmes ne fut-il pas en butte ? Combien de fois alors et depuis ne fut-il pas traité d'utopiste 1 Seulement, au sein de notre humanité, ainsi qne déjà j’ai eu occasion de le dire, l’utopie de la

veille, devient fort souvent là chose pratique du lendemain.

Aujourd’hui, l’idée d’un tribunal arbitral international destiné à empêcher les guerres, est parfaitement admise par un grand nombre d’hommes au cœur généreux, sur bien des points du globe.

11 y a encore une question, dont, seule jusqu’à présent, la doctrine spirite puisse donner une explication satisfaisante. C’est celle de la multiplicité des morts qui ont lieu parmi les humains terrestres, pendant les vingt premières années de leur existence.

Bien des philosophes ont cherché la cause de cette mortalité qui pèse si lourdement sur les enfants et sur les adolescents et ils n’ont rien trouvé qui pût exonérer Dieu du reproche d’agir par caprice, surtout en fesant souffrir et mourir des petits êtres incapables encore d’avoir commis aucune faute depuis leur naissance à la vie terrestre. Un des pères de l’Eglise qui jouit parmi les chrétiens de la plus grande réputation de science théologique, Augustin, a été fortement ému par l’examen de cette question, insoluble pour lui, et voici ce qu’il dit dans son Traité du libre arbitre :

« Lorsqu’on en vient aux souffrances des enfants, » croyez-moi, je suis dans de grandes angoisses t) et je ne sais absolument que répondre. Je ne » parle pas seulement des peines qui sont cau- » sées aux enfants après cette yie^par la damnation

» dom laquelle ils sont nécessairement entraînés s^ils « sont sortis de leur corps sans le sacrement du Christ » (le baptême), mais des peines que, dans cette » vie même, au milieu de nos lamentations, ils » subissent sous nos yeux ; et si je voulais énumé- » rer ces peines, le temps me manquerait plutôt n que les exemples. Ils languissent dans les » maladies ; ils sont déchirés par les douleurs ; n tourmentés par la soif et la faim ; affaiblis dans » leurs organes ,* privés de leurs sens ; agités par » les esprits immondes. Il faudrait donc démon- » trer comment ils peuvent souffrir justement de » telles choses, sans qu’il y ait aucune cause mau- » vaise de leur part, car on ne peut dire, ni que » ces choses ont lieu sans que Dieu le sache, ni » que Dieu ne peut résister à ceux qui les font, » ni que Dieu peut les taire ou les permettre sans » qu’elles soient justes. Lorsque les hommes faits » en souffrent autant, nous avons coutume de dire » que leurs mérites sont examinés, comme chez » Job; ou que leurs crimes sont punis, comme n chez Hérode. D’un petit nombre d’exemples » qu’il a plu à Dieu de nous rendre manifestes, n nous concluons par conjecture à ceux qui dejt meurent obscurs. Mais ceci ne se rapporte qu’aux n hommes faits. Pour les enfants, puisqu’il n n’existe en eux aucun péché qui mérite d’être n puni par de si grandes souffrances, expliquez- » moi donc ce que l’on peut répondre ? »

Et plus avancé dans la vie, Augustin dans une

lettre remarquable adressée à St Jérôme, mais que son étendue m'empêche de donner ici, montrt •encore la même perplexité sur le même sujet.

On voit donc que les plus éminents théologiens ne peuvent expliquer — d’après leurs do(îtrines — la mort prématurée chez les jeunes entants, ainsi que les souffrances qui bien souvent la précèdent.

La doctrine spirite seule, permet de comprendre les motifs de cette mortalité et de ces souffrances. On n’est enfant que par le corps ; les esprits n’ont pas d’âge, et ceux qui chaque jour s’incarnent sur terre par milliers, ont pu, dans de précédentes incarnations, prévariquer ; ils ont pu démériter. Ils se réincarnent donc pour expier, et souvent aussi, pour fournir en même temps à leurs parents une expiation ou une épreuve, par la douleur que leur occasionne les maladies et la mort de leurs enfants en bas âge. Tout ici se passe donc selon les règles de la plus stricte équité.

Peut-être aussi, dans certains cas, le fait en luimême de la réincarnation, est-il donné comme expiation à certains Esprits; car il est plus que probable que quand nous nous incarnons sur cette terre, en soupçonnant les épreuves et les souffrances qui peuvent nous y attendre, nous devons ressentir comme une sorte d’angoisse. Et puis, nous avions vécu pendant un temps plus ou moins long, de la vie de TEsprit, entourés d’Esprits

•ympathiques et amis, et il nous faut quitter tout cela. Cette situation doit offrir une grande analogie avec celle du départ, lors de la cessation de notre existence terrestre ; alors qu’entourés de nos parents et de nos amis, nous voyons leur désespoir et que nous-mêmes nous éprouvons tant de regrets de les quitter.

Pour les Esprits qui savent qu’ils ont encore beaucoup à expier, ce moment de la réincarnation doit être d’autant plus pénible, que dans bien des cas ils ignorent pur Quelles épveuves ils vontpassev.

Quand on examine la doctrine spirite avec tout le sérieux qu elle mérite, on se demande comment il peut se faire que les théologiens lui soient si hostiles, eux qui auraient dû être les premiers à l’étudier sous tontes ses faces et à l’accueillir sans réserve après l’avoir étudiée, puisqu’elle venait jeter une vive lumière là, où jusqu’alors, il n’y avait eu que ténèbres et conjectures.

Les prêtres de toutes les religions oe disent les ministres de Dieu. Cela peut passer pour une outrecuidante prétention ; mais ils devraient au moins tâcher de prouver qu’ils le sont réellement, en recherchant sans cesse les meilleurs moyens de moraliser les âmes humaines et de les porter vers Dieu. Ils devaient donc accepter avec empressement une doctrine qui venait dissiper les ténèbres théologiques. Une doctrine qui remplaçait une science conjecturale, par une certitude matérielle.

Leur hostilité si marquée, relativement à la

doctrine spirite, doit nous faire penser que tout ce qui se passe au sujet du spiritisme est providentiel. En eflet, si les prêtres des diverses branches du christianisme avaient accepté et accaparé la doctrine spirite, ils en auraient fait un spintisme chrétien. Or, c’est ce à quoi les spirites qui ont compris toute la portée de la doctrine, doivent s’opposer autant qu’ils le peuvent. Le but de la doctrine spirite est d'unir fraternellement tous les habitants de la terre, et l’on ne peut parvenir à ce but qu’en laissant de côté les diverses religions qui, aujourd’hui se partagent les populations du globe et qui la plupart du temps, les rendent hostiles les unes aux autres.

Les chrétiens des diverses branches accepteraient-ils un spiritisme Bouddhiste ou Musulman? Non, n’est-ce pas? Il y a plus. Les chrétiens greco-russes ou les chrétiens protestants accepteraient-ils un spiritisme catholique ayant le Pape à sa tête ? Pas davantage. Et les catholiques, eux non plus, n’accepteraient pas un spiritisme greco-russe ou protestant.

Il est donc logique, si Ton veut que tous les enfants de Dieu, tous les habitants du globe, se tendent une main fraternelle et ne fassent qu’une seule famille, que le spiritisme ne s’abrite derrière le drapeau d’aucune des religions actuellement existantes, tout en laissant à chacun toute latitude pour professer la religion dans laquelle il est né.

Pour ne parler ici que du Christianisme, les prêtres de toutes ses branches savent parfaitement que le nombre des adeptes de cette forme religieuse, diminue chaque jour en raison directe du progrès des sciences et de l’étendue de l’instruction. Ils savent aussi que ce qui retient au christianisme, faute de mieux, un certain nombre d’âmes, c’est le sentiment religieux qui pour elles, est un besoin ; sentiment religieux dont elles trouveront une bien plus réelle expansion dans la doctrine spirite. Et au lieu d’étudier cette science religieuse nouvelle, qui .seule peut lutter avec avantage contre le matérialisme envahissant l’humanité, il ont dit : Périsse l’humanité, plutôt qu’un principe ! Périsse l’humanité, plutôt que la domination sacerdotale !

Mais l’humanité, d’ici à peu de temps, répondra à leur outrecuidance despotique, en rendant inutiles les fonctions de ces intermédiaires parasites.

Je crois ne pouvoir mieux terminer ce que j’ai dit au sujet de la doctrine des réincarnations, qu’en citant un passage dans lequel Jean Keynaud {Terre et Ciel, 1854) bien que n’étant pas spirite avoué, a retracé d’une manière admirable, et les commencements de la vie de l’âme, et ses diverses transmigrations.

« Toute âme humaine fait sa première apparition dans la vie, au degré le plus bas de la hiérarchie... Par une opération spéciale du Créateur, au point du temps et de l’espace assigné par l’har-

monie de l’ensemble de l’Univers, l’âme, retenue jusqu’alors dans un demi -sommeil, reçoit le principe divin de sa perfectibilité, et du même coup s’éveillent en elle, les puissances nécessaires à l’accomplissement de ce principe: la raison brille, le cœur s’allume, la conscience s’ouvre, l’homme commence. C’est assez dire qu’il n’est pas encore développé. A peine dégagée, son intelligence tente ses premiers efforts pour s’élever à ses premières connaissances; son caractère est encore flottant ; sa volonté n’a contracté ni avec le bien ni avec le mal ; l’innocence règne en lui ; mais il n’y a jusque là en lui ni béatitude, ni sainteté. Il faut pour se fortifier : que l’âme s’éprouve; qu’elle déracine les forces de l’instinct ; qu’elle suscite à leur place celles de l’ordre moral ; en un mot, qu’elle se travaille elle-même. Et les conditions d’existence qui lui sont attribuées dans le cours de cet exercice, perpétuellement conformes à l’état de son développement, sont partout le juste efiet de l’emploi de sa liberté. De vie en vie, de monde en monde , disparaissant de l’un pour reparaître dans un autre, toujours portée par les tendances qu’elle a déterminées en elle, au centre de la société qui lui convient; toujours douée des forces plastiques nécessaires pour se former les organes dont elle a besoin, elle accomplit, avec plus ou moins de rectitude et de félicité, les phases successives de son perfectionnement infini; et née dans les bas-fonds de l’Univers, ballottée dans ses

i^gioDS moyennes, après une suite d^épreuves, plus ôu moins loùgues, elle en gagne les paisibles sublimités ; ineffable récompense des mérites qu’arec la grâce de Dieu, elle a su acquérir. Continuellement, par Topération incessante du Créateur, des âmes nouvelles sortent du néant, se préparent à l’humanité, et prennent leur essor, chacune à sa manière, à travers l’immensité des mondes. Nous ne sommes ici que sur un lieu de passage et l’on est dupe d’une illusion, si l’on s’imagine sur la foi des apparences, que la terre est, à notre égard, un théâtre de création quotidienne. »

« En quel temps donc, me dira-t-on, et sous quel soleil êtes- vous né ? Eh ! que m’importe ! C’est assez pour moi de pouvoir prendre, d’une manière générale, la mesure du temps depuis kquel j’existe, en voyant avec quel caractère déjà invétéré je suis entré dans cette vie ; en considérant avec quelle résolution mes passions et mes défauts ont éclaté en moi dès mon enfance ; en observant enfin la lassitude profonde — bien disproportionnée aux courts labeurs de notre étape actuelle — avec laquelle, depuis que je réfléchis sur moi-même, j’aspire à mon arrivée dans une phase meilleure. Et quant à mon lieu de

je sais que je suis né dans ce tourbil¬

lon ^Éî^al qui m’entoure. Qu’ai-je besoin de conffi^trè^Victement en quel point ? Que sont, en JEpnit^, tous ces astres auxquels se lie dans

Tombre notre histoire, sinon des gerbes d’étincelles, subordonnées à notre usage, dont nous enveloppons à volonté la multitude dans la capacité de notre esprit, et auxquelles nos personnes viennent tour à tour adhérer, selon le mouvement de notre vie, qui nous porte tantôt à l’une, tantôt à l’autre ? Que mon acte de naissance demeure couvert tant que Dieu le voudra, d’obscurités de ce genre, ce n’est pas un mal do^t je puisse raisonnablement m’affecter. Pour faire mon chemin, je n’ai pas besoin de voir si précisément de quelle contrée je viens. Un aperçu, quant au passé ; comme un pressentiment quant à l’avenir ; sont tout ce que demande le gouvernement de notre existence actuelle. Ne craignons donc pas de laisser notre sentiment de nousmêmes se prolonger dans le temps et dans l’espace, au delà des bornes de cette terre, autant qu’il le faut pour que le plan général de l’Univers nous devienne intelligible ; il n’en résultera dans notre conscience aucun trouble. »

Ici se termine la tâche que je m’étais imposée :

1® Prouver que les communications entre incarnés et désincarnés ne sont point une nouveauté, mais qu’elles ont existé de tout temps dans l’Univers : comme loi naturelle^ et par conséquent antérieurement à la formation de > notre

chétive planète et de son peuplement par une fraction de l’humanité universelle.

2® Prouver que toutes les religions découlent les unes des autres ; qu’elles ne sont que des modes divers d’adoration de la divinité, et que la base du sentiment religieux n’est autre chose que : « la croyance en l’existence de Dieu ; la n croyance en l’immortalité de l’âme ; et le lien » affectueux des êtres humains entre eux. »

3® Prouver que la doctrine spirite est la seule philosophie religieuse positive qui puisse réunir en une seule famille tous les habitants du globe terrestre, en faisant complètement abstraction de toutes les religions anciennes et modernes.

4® Enfin, prouver la solidarité qui existe — et qui a toujours existé — entre les hommes vivant sur la terre, revêtus de corps matériels, et les hommes qui, après la vie terrestre, vivent dans l’espace à l’état d’Esprits.

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