‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 30 sur 74 · LA RAISON · texte numérisé non relu

LA RAISON

23» DIALOGUE DU 2» LIVRE DE l’aGROUCHADA-PARIKCHAI.

VATOU 1 (Le Disciple).

Nos ablutions ont été faites selon le mode prescrit. Les sacrifices ordonnés ont été accomplis, le feu se repose dans Pâtre, le pilon ne retentit plus sous la main des jeunes filles qui préparent la nourriture du soir, les éléphants sacrés viennent de frapper sur les gongs de cuivre, les coups qui partagent la nuit — minuit — c’est l’heure de commencer tes sublimes leçons.

LE GOUROU

Enfants, que voulez-voustde moi?

VATOU.

O toi qui es orné de toutes les vertus, qui es grand comme le mont Hymavat (Himalaya), qui possèdes une connaissance parfaite des quatre védas, et de tout ce qui doit être expliqué sous la parole sacrée ; toi qui possèdes tous les mentrams — formules d’évocation — qui tiens les mânes et les esprits supé-

1. Cette expression signifie en sanscrit, novice, élève; elle s’applique, quelle que soit son 'âge, à tout homme qui étudie sous la direction d’un gourou.

DOCTRINE PHILOSOPHIQUE

rieurs attachés à ta parole, qui par l’éclat de tes vertus brilles comme le soleil, dont la réputation est répandue partout, et qui es loué dans les quatorze cieux, par les quatorze catégories d’esprits qui communiquent avec les hommes, laisse couler ta science sur nous qui embrassons tes pieds sacrés, comme le Gange laisse couler ses eaux dans les plaines qu’il féconde.

LE GOUROU

Ecoutez ! Pendant que le vil soudra se repose ni plus ni moins que le chien qui dort sous le poyal de sa demeure, pendant que le vaysia rêve aux richesses de la terre qu’il accumule, et que le xchatria — roi — s’endort dans l’appartement des femmes, lassé de plaisirs, mais jamais assouvi, C’est le moment pour les hommes justes, qui ne veulent pas se laisser dominer par leur enveloppe impure, d’étudier la science.

VATOU.

Maître, nous t’écoutons!

I,E GOUROU

Enfanls, les ans ont affaibli ma vue, c’est à peine si ce faible corps peut apporter ma pensée au milieu de vous, mon enveloppe craque de toutes parts, et déjà j’entrevois l’heure de la transfiguration. Que vous avais-je promis pour ce soir?

VATOU.

Maître, vous nous avez dit : Je vous ferai connaître l’immortel flambeau qui met l’homme en communication avec l’infini et dirige sa transformation sur la terre.

LE GOUROU

Vous allez entendre une voix, et cette voix sera la mienne, mais la pensée née dans mon cerveau ne m’appartiendra pas. Écoutez!., je me livre aux esprits supérieurs qui m’inspirent...

Le gourou fait alors une évocation aux marilchis ou esprits primordiaux, et voici le résumé de sa leçon :

Tout homme rencontre en lui des notions absolues, qui existent en dehors de la matière et des sens, qu’aucune éducation ne peut lui avoir données, et que sa raison a reçues de Swayambhouva, l’être existant par lui-même, comme un signe de son immortelle origine.

Ces notions sont les principes :

De cause;

D’identité;

.De contradiction;

D’harmonie.

Par le principe de cause, la raison formule que tout ce qui existe est le produit d’une cause, et bien que cette dernière nous échappe souvent, nous n’admettons pas sa non existence, en présence d’un fait.

Toute science est née de là, on n’étudie les réalités que pour remonter au Producteur.

Ce n’est pas tout de formuler la loi d’un fait, il faut savoir d’où procède cette loi et ce qui maintient la nature dans cet harmonieux respect.

Par l’identité et la contradiction, l’homme affirme que son moi n’est pas celui du voisin; que deux faits contraires ne sont pas régis par la même loi ; que le bien n’est pas le mal ; que deux contraires simultanés ne peuvent pas exister sur le même fait.

Par le principe d’harmonie, la raison nous révèle que tout dans l’univers est soumis à des lois immuables, et le principe de cause nous force à donner un auteur et un conservateur à ces lois.

Aucune faculté de l’âme ne peut se mouvoir, s’exercer sans se soumettre à ces principes, qui règlent la vie intérieure et extérieure, la nature spirituelle et la nature matérielle. Sans

DOCTRINE PHILOSOPHIQUE

ces principes , auxquels chacun est soumis d’une manière fatale, qui se trouvent affirmés par la raison de tous les hommes et de tous les peuples ; sans ces principes, qui sont les lois suprêmes, des observations, des études, des sciences, nul ne pourrait profiter par tradition des conquêtes de ses devanciers; le fait scientifique n’ayant plus d’axiome, la science ne pourrait plus se constituer, car deux hommes ne verraient pas, ne penseraient pas, ne jugeraient pas de la même manière.

La raison de tous, la raison universelle guidée par des principes absolus, voilà le grand flambeau qui guide l’humaiiilé et unit tous les hommes, dans un travail commun profitable à tous.

Tel est le résumé des plus succincts de ce dialogue, dont la matière couvre au moins cinquante feuilles de palmier dans le-livre des pitris.

Nous ne pouvons, on le conçoit, dans cet ouvrage, qui est l’histoire rapide des pratiques des initiés, et qui, pour accomplir sa lâche, est obligé de donner l’essence de plus de cinquante volumes, accorder à chaque sujet une importance qui ne serait. pas en harmonie avec le cadre que nous nous sommes imposé.

A l’aide des axiomes que le gourou vient de formuler , la raison conduit l’homme à la connaissance ;

1° De l’Être suprême;

2° De la constitution de l’univers ;

3° Des esprits supérieurs et inférieurs ;

4“ De l’homme.

Nous allons voir quelles sont les opinions des initiés | sur chacune de ces matières.

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