PSYCHOLOGIE DU LIVRE DES PITRIS
Les leçons du gourou supérieur, à l’initié qui vient d’entrer dans le troisième degré de son ordre, débutent par les aphorismes suivants :
La première de toutes les sciences est celle de l’homme; l’homme c’est l’âme , le corps n’est qu’un moyen de communication avec la matière terrestre; l’étude de l’âme conduit à la connaissance de toutes les forces visibles et invisibles de la nature, à celle du grand Tout.
Ceci posé, le vieil initié dévoile à ses auditeurs, dans un langage majestueux et poétique, les mystères de l’âme. Nous regrettons de ne pas le suivre dans tous les développements dont il accompagne sa doctrine, ce livre n’y suflirait pas, nous ne pouvons donner que la substance de son enseignement. L’âme ou le moi est une réalité qui se manifeste par des phénomènes dont elle est la cause ; ces phénomènes sont révélés à l’homme par cette lumière intérieure que les livres saints nomment ahancara, conscience.
L’ahay-icara est un fait universel que tous les êtres doués de vie possèdent, et qui atteint un degré supérieur chez l’homme ; c’est par cette lumière souveraine que le Moi est éclairé et qu’il se conduit.
En passant, suivant l’expression du divin Manou, de la
plante où il végète et semble sommeiller, dans les animaux et l’homme, Vahancara se dégage peu à peu de la matière, la domine, lui commande, jusqu’à la transformation suprême qui rend à l’ame sa liberté et lui permet de continuer dans l’inlini ses évolutions progressives.
Débarrassée de ses liens , Tàme ne se désintéresse pas de la terre où elle a vécu ; elle continue à être un rouage actif du grand Tout, et comme dit l'immortel législateur :
« Les esprits des ancêtres à l’état invisible accompagnent les brahraes invités au sraddha funéraire; sous une forme aérienne, ils les suivent et prennent place à côté d’eux lorsqu’ils s’asseyent. »
(Manou, liv. III.)
A mesure que l’âme se rapproche de sa dernière transformation, elle acquiert des facultés infinies, et arrive à n’avoir pour gourou, que les pitris ou esprits qui l’ont devancée dans les mondes supérieurs. Au moyen du fluide pur (agasa), elle entre en communication avec eux, reçoit leurs leçons, et, selon ses mérites, acquiert la faculté de faire mouvoir les forces secrètes de la nature.
Après cet exposé, le gourou commence sa seconde leçon en déclarant que par la logique seule on peut arriver à bien connaître l’âme et le corps.
La logique est l’ensemble des lois à l’aide desquelles, en dirigeant bien son esprit, on peut arriver à la connaissance parfaite :
De l’âme;
2° De la raison ;
3° De l’intelligence;
7° Du jugement;
DOCTRINE philosophique.
8° De raclivilé ;
9'" De la privation;
10° Du fruit des actions;
11° De la peine;
12° De la souffrance;
13° De la délivrance;
14° De la transmigration ou metempsychose ;
15° Du corps ;
16° Des organes delà sensation;
17° Des objets des sens.
Les divers modes employés par la logique pour arriver à la connaissance de la vérité , sont ensuite étudiés dans seize leçons dont voici les titres :
1° La preuve;
2° Ce qu’il faut étudier et prouver, c’est-à-dire la cause,
3° Le doute scientifique ;
4° Le motif ;
5° L’exemple;
6° La vérité démontrée ;
7° Le syllogisme ;
8° La démonstration par l’absurde;
9° La détermination de l’objet ;
10° La thèse ;
11° La controverse ;
12° L’objection ;
13° Les arguments vicieux ;
14° La perversion ;
1S° La futilité;
16° La réfutation.
Il est inutile de faire remarquer combien est considérable
LE SPllUTISiME DANS LE MONDE.
riiérilage que la philosophie de la Grèce et de l’Europe moderne a reçu des Indous.
Nous n’insisterons pas sur chacun de ces points dont l’énoncialialion seule sulïit à faire comprendre les développements dont ils sont capables, qu’il nous suffise de dire qu'ils sont traités de main de maître par ces vieux philosophes des bords du Gange dont toute la vie s’écoulait dans ces spéculations élevées.
La preuve, en général, se fait de quatre manières :
1° Par perception;
2° Par induction ;
3° Par comparaison ;
4° Par témoignage.
L’induction est à son tour divisée :
1° En antécédent qui sépare l’effet de la cause;
2° En conséquent qui déduit la cause de l’elïet;
3° En analogue qui conclut des semblables connus, aux semblables inconnus.
Après avoir analysé l’âme et le corps, les avoir passés dans toutes leurs manifestations au creuset de la logique, le livre des pitris, par la bouche du gourou, dresse la liste de leurs facultés et qualités.
Facultés de Vdme.
1° Sensibilité;
2° Intelligence;
3° Volonté.
Facultés de V intelligence.
1° Gonscience (organe de perception interne); 2“ Sens (organe de perception externe) ;
3° Mémoire;
4“ Imagination;
DOCTRINE PHILOSOPHIQUE
Raison (organe des notions absolues ou axiomes).
Qualités du corps.
1® La couleur (la vue) ;
2° La saveur (le goût) ;
3° L’odeur (l’odorat);
4“ Les sens de l’ouïe et du toucher;
5° Le nombre ;
6° La quantité ;
7® L’individualité;
8® La conjonction ;
9® La disjonction;
10® La priorité ;
11® La postériorité ;
12® La gravité ou pesanteur ;
13® La fluidité;
14° La viscidité;
15° Le son.
Tout ce qui procède de l’âme, n’ayant rien de matériel, aucune étude si approfondie qu^elle soit, ne pouvant faire tomber sous les sens les facultés qui émanent de Vahancara, — lumière intérieure — et de Vagasa — fluide pur — il s’en suit que le but final de la science doit être de délivrer le plus promptement possible l’esprit des entraves matérielles, des passions et de toutes les influences mauvaises qui s’opposent à ce qu’il gagne les sphères célestes, peuplées d’êtres aériens arrivés au terme de leurs transmigrations.
Le corps, au contraire, uniquement composé de molécules matérielles, se désagrège et retourne à la terre.
Si Tàme cependant n’a pas été jugée digne de recevoir ce corps fluidique dont parle Manou, elle est obligée de recommencer une nouvelle série de transmigrations en ce monde,
jusqu’à ce qu’elle puisse atteindre le degré de perfection obligatoire, pour abandonner à jamais la forme humaine.
On ne saurait nier les extraordinaires aflinités de ce système de philosophie avec ceux des anciens philosophes grecs, et notamment de Pythagore, qui, après avoir admis lamétempsychose, prétendait également que la fin de toute philosophie était de débarrasser l’âme de son enveloppe mortelle et de la conduire- dans le monde des esprits. Malgré toutes les traditions qui nous montrent lephilosophe .de Stagyre arrivant à l’Indus, à la suite d’Alexandre, et Pythagore voyageant dans l’Inde, et en rapportant le système, que de tous les sophistes anciens il fut le seul à préconiser ; certaines gens qui voient du grec partout, veulent à toute force faire initier l’Inde à la philosophie par la patrie de Socrate. Nous leur répondrons par cette phrase de l’illustre Colebrook qui pendant trente ans a étudié la question sous toutes ses faces, et dans l’Inde:
« En philosophie, les Indous ont été les maîtres des Grecs et non leurs disciples. »
Pythagore croyait aux esprits supérieurs classés hiérarchiquement, et exerçant des influences différentes sur les affaires de ce monde. C’est la base même des sciences occultes. Cette croyance suppose nécessairement la connaissance des formules magiques d’évocation, et si le philosophe ne laisse que supposer son accession aux sciences surnaturelles, on doit croire qu’il était sur ce point lié par le terrible serment des initiés.
Le gourou termine son examen de l’âme et de ses facultés, par l’étude de la raison.
Comme toute la force logique du spiritisme indou, repose sur cette faculté, nous allons donner, dans un chapitre spécial, en conservant la forme dialoguée de l’introduction seulement, la leçon du gourou supérieur sur cet intéressant sujet.
Nous employons cette expression toute moderne de spiritisme^ pour dé.signer la croyance aux pitris des Indous, parce
DOCTRINE PHILOSOPHIQUE
qu’il n’existe dans notre langue aucun autre mot pour caractériser cette philosophie.
La croyance aux pitris c’est la croyance formelle aux esprits se manifestant et dirigeant les hommes. Peu importe donc que le mot n’ait pas cette autorité qu’on pourrait appeler scientifique s’il rend parfaitement l’idée.