‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 36 sur 74 · I. Histoire des Vierges · texte numérisé non relu

I. Histoire des Vierges

du2 LE SPIRITISME DANS LE MONDE.

contre des troupes de devins et de sorciers, débitant à tout venant leurs oracles, et qui, moyennant salaire, déroulent aux yeux du riche comme du pauvre le prétendu secret de leur destinée.

Ces gens-là ne sont point très-redoutés.

Mais il en est d’autres, dont l’art diabolique passe pour ne pas connaître de bornes, et posséder tous les secrets de la magie.

Inspirer l’amour et la haine, envoyer le diable dans le corps de quelqu’un ou l’en chasser, faire mourir subitement, procurer une infii’mité incurable, faire naître des maladies contagieuses parmi les bestiaux ou les en garantir, découvrir les choses les plus secrètes, les objets volés ou perdus... tout cela n’est qu’un jeu pour eux.

La vue seule d’un homme qui passe pour être doué d’une si vaste puissance, inspire la plus profonde terreur aux Indous.

Ces docteurs en magie, sont souvent consultés par les personnes qui ont des ennemis dont elles désirent se venger, en employant la voie des maléfices : d’un autre côté, tel qui attribue à une cause de cette nature, la maladie dont il est affecté, va invoquer le secours de leur art pour qu’ils les en délivrent par un contre-charme, et fassent retomber son mal sur ceux qui le lui ont si méchamment causé.

Le livre annexe de V Agrouchacla-Parikcliai, qui s’occupe de ces pratiques de magie vulgaire, ne paraît pas les mettre en doute, il les attribue seulement à l’influence des malins esprits.

Suivant lui, le pouvoir du magicien est immense, mais il ne l’emploie que pour faire le mal.

Rien ne lui est plus facile que d’envoyer au premier venu la fièvre, l’hydropisie, l’épilepsie, la folie, un tremblement nerveux continuel, tous les maux enfin. Mais ce n’est rien encore, son art peut aller jusqu’à causer la destruction entière

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d’une armée qui assiège une ville, ou la mort soudaine du commandant d^’une ville assiégée et de tous les habitants.

Mais si la magie enseigne les moyens de faire le mal, elle enseigne aussi ceux d’y remédier. 11 n’est pas de magicien si madré qui n’en trouve un plus habile encore, qui détruit les effets de ses charmes, et en fait retomber tout le poids sur lui ou sur ses clients.

Indépendamment de leur intervention directe, les magiciens ont une ample collection d’amulettes, de talismans, préservatifs efficaces contre les sortilèges et les maléfices, et dont ils font sous lucre, un fort grand débit.

Ce sont des grains de verre enchantés par des mentrams, des racines et des herbes aromatiques desséchées, des feuilles de cuivre sur lesquelles sont gravés des caractères cabalistiques, des mots baroques, des figures bizarres.

Les Indous des basse.s castes en portent toujours sur eux et, munis de telles reliques, ils se croient à l’abri de tous les maux.

Les secrets pour inspirer l’amour, rallumer les passions qui menacent de s’éteindre, rendre la vigueur aux affaiblis, sont aussi du ressort des adeptes de la magie, et ce n’est pas la branche la moins lucrative de leurs opérations.

C^est surtout à eux que s’adresse une femme qui veut ramener son mari infidèle, ou empêcher qu’il ne le devienne.

C’est à l’aide de philtres qu’ils composent, qu’un jeune libertin ou une femme galante, cherchent à séduire ou à captiver l’objet de leur passion.

L’Agrouchada parle aussi des incubes; ces démons de l’Inde, dit Dubois ,

« Sont beaucoup plus diables encore que ceux dont parle le jésuite Delrio, dans ses Disquisiliones magicæ. Par la violence et la continuité de leurs étreintes, ils fatiguent tellement les femmes, qu’ils visitent la nuit sous la forme d’un chien, d’un

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tigre OU de quelque autre animal, que ces malheureuses meurent de lassitude et d’épuisement. »

Il est parlé ensuite longuement des moyens propres à enchanter les armes.

Les effets que ces armes, sur lesquelles ont été prononcées les menlrams magiques , ont la vertu de produire , ne le cèdent en rien à la fameuse épée Durandal , et à la lance d’Argail qui jadis mirent à mal tant de mécréants.

Les dieux indous et les géants, dans les guerres qu’ils soutiennent entre eux, ne se servent que de ces armes enchantées.

Rien ne saurait se comparer, par exemple, à la flèche de Brahma, qui ne fut jamais décochée sans détruire une armée entière; à la flèche du serpent Capel qui, lancée au milieu des ennemis, a la vertu de les faire tomber tous en léthargie, ce qui, comme on le pense bien, contribue singulièrement à ce qu’on ait bon marché d’eux.

Il n’est point de secret que la magie n’enseigne; il y en a pour acquérir des richesses et des honneurs ; pour rendre fécondes les femmes stériles; pour découvrir, en se frottant les mains et les yeux avec certaines mixtions enchantées, les trésors enfouis dans la terremu cachés en quelque lieu que ce soit; pour se rendre invulnérable et même invincible dans les combats.

La seule chose qu’on n’y trouve pas exposée aussi clairement que les autres, c’est le moyen de ne pas mourir; et cependant qui sait combien d’alchimistes ont pâli dans les cryptes des pagodes, et combien de philtres étranges ils ont composés, pour arriver à surprendre le secret de se rendre immortels !

Pour devenir expert en magie, il suffit d’apprendre d'un professeur magicien lui-même, que les sorciers nomment leur

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gourou, ni plus ni moins que les adeptes de la doctrine philosophique des pitris, les formules d’évocation qui mettent en notre pouvoir, les esprits malins et leur puissance.

Il y a de ces esprits que le magicien évoque de préférence, sans doute à cause de leur bonne volonté à se charger de toutes les besognes qu’on leur demande.

Au premier rang sont les esprits de certaines planètes; le nom de Grahas, sous lequel on les désigne, signifie l’action de saisir, c’est-à-dire de s’emparer de ceux qu’une conjuration magique leur enjoint d’aller tourmenter.

Viennent ensuite les boutams ou démons des enfers qui représentent chacun un principe de destruction, les pisatchas, rakchasas, nagas et autres esprits malfaisants;

Les chaktys, génies femelles qui violentent les hommes qu’ils rencontrent la nuit;

Kaly, déesse du sang ;

Marana-Devy, déesse de la mort ;

Et tous les esprits mauvais dont nous avons donné la liste.

Pour mettre tous ces esprits en action, le magicien a recours à diverses opérations mystérieuses, à des mentrams, à des sacrifices et à des formules différentes. Il doit être nu s’il s’adresse aux déesses, et vêtu modestement s’il s’adresse aux esprits mâles.

Les fleurs qu’il offre aux esprits qu’il évoque, doivent être rouges, le riz bouilli teint du sang d’une jeune fille vierge ou d’un enfant, lorsqu’il s’agit de causer la mort.

Les mentrams ou prières ont, en matière magique, une telle efficacité, elles exercent un tel ascendant sur les esprits supérieurs mêmes, que ceux-ci ne sauraient se dispenser de faire dans le ciel , dans l’air et sur la terre tout ce que le magicien ordonne.

Mais ceux dont l’effet est décisif et irrésistible, ce sont les mentrams dits fondamentaux, et qui consistent en divers

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monosyllabes baroques, d’un son étrange, diiïiciles à prononcer, dans le genre de ceux que nous avons donnés à propos des formules des initiés.

Quelquefois le magicien récite ses mentrams d’un Ion respectueux, terminant toutes ses évocations par le mot Namaha — salut respectueux — et comblant d’éloges l’esprit qu’il évoque. D’autres fois, il lui parle d’un ton impérieux et s’écris avec l’accent de la colère :

— Si tu es disposé à faire ce que je te demande, cela suffit; sinon je te l’ordonne au nom de tel dieu !

Sur quoi l’esprit est obligé de s’exécuter.

On ne saurait énumérer les drogues, les ingrédients et les ustensiles qui composent l’attirail d’un magicien.

Il y a tels maléfices, pour lesquels il faut employer des ossements de soixante-quatre espèces d’animaux différents, ni plus ni moins ; et parmi ces os d’animaux sont compris ceux d’un homme né le premier jour d’une nouvelle lune, ou d’une femme, ou d’une vierge, ou d’un enfant ou d’un pariah, etc.

Si tous ces ossements mêlés ensemble, enchantés par des mentrams et consacrés par des sacrifices, sont enterrés dans la maison ou à la porte de son ennemi, une nuit propice pour cela, d’après l’inspection des étoiles, la mort de cet ennemi s’ensuivra infailliblement.

De même, si le magicien, dans le silence de la nuit, enfouit ces os aux quatre points cardinaux d’un camp ennemi, et, se retirant ensuite à distance, prononce sept fois le mentram de la déroute^ toutes les troupes que le camp renferme périront entièrement ou se dissiperont d’elles-mêmes, avant que sept jours se soient écoulés.

Trente-deux armes enchantées, auxquelles on a offert en sacrifice une victime humaine, jettent dans une armée assié-

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geanle une terreur telle que cent assiégés lui paraissent comme mille.

En pétrissant de la terre, tirée des soixante quatre endroits les plus sales — nous nous dispensons de suivre l’auteur indou dans réniiméralion à laquelle il se livre à ce sujet — avec des cheveux et des rognures d’ongles de son ennemi, on fait de petites figurines sur la poitrine desquelles on écrit le nom de celui dont on veut se venger, on prononce sur elles des paroles et des mentrams magiques, on les consacre par des sacrifices, et tout cela n’est pas achevé que les grahas ou mauvais génies des planètes vont saisir la personne à qui l’on en veut et lui font subir mille maux.

On perce quelquefois ces figures d’outre en outre avec une alêne, ou on les estropie de diverses manières, dans l’intention de tuer ou d’estropier en réalité celui qui est l’objet de la vengeance.

Soixante-quatre racines de diverses plantes des espèces les plus malfaisantes, sont connues des magiciens, et à l’aide de leurs préparations deviennent des armes puissantes pour porter, à la sourdine, des coups funestes aux personnes que l’on hait.

Cependant, il s’en faut de beaucoup que le métier de magicien soit sans danger; les dieux et les mauvais génies sont vindicatifs, et ils n’obéissent pas sans une certaine mauvaise humeur, aux injonctions qu’un misérable mortel leur fait; il arrive souvent qu’ils le punissent fort cruellement des manières brutales dont il use en les commandant.

Malheur à lui s’il commet la plus petite erreur, la plus légère omission dans les innombrables cérémonies qu’il est obligé de faire. Il voit sur-le-champ pleuvoir sur lui tout le mal qu’il prétendait faire aux autres.

Il doit aussi redouter sans cesse, paraît-il, que des confrères plus habiles que lui , ne parviennent par des contre-charmes

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à faire retomber sur sa tête ou sur celle de ses clients tout le poids de ses propres malédictions.

Toutes ces croyances superstitieuses, existent encore dans rinde, et la plupart des pagodes du culte vulgaire possèdent, en dehors des initiés supérieurs qu’elles sont obligés de loger et de nourrir, des magiciens dont elles louent les services aux castes infimes, ni plus ni moins que ceux des fakirs.

Tantôt il s’agit de débarrasser une femme, des embrassements nocturnes d’un incube, tantôt il faut rendre à un homme, la puissance virile, qu’un sort jeté par un magicien ennemi lui a fait perdre.

D’autres fois, ce sont les troupeaux décimés par les maléfices qu’il faut mettre à l’abri de ces funestes influences.

De temps à autre, de pagodes à pagodes, pour entretenir le public dans ces mines croyances, on voit ces jongleurs se porter des défis et entrer en lice en présence de témoins et d’arbitres appelés à décider lequel des deux champions est le plus habile dans son art.

La lutte consiste à s’emparer d’un fétu de paille, d’une petite baguette ou d’une pièce de monnaie enchantés.

Les antagonistes, placés tous deux à égale distance de l’objet, font mine de s’en rapprocher, mais les raenlrams qu’ils prononcent, les évocations qu’ils font, les poussières enchantées qu’ils se jettent réciproquement, les évocations qu’ils font ont la vertu de les arrêter l’un et l’autre, une force invisible et irrésistible semble les repousser; ils essayent de nouveau d’avancer, mais ils reculent... Ils redoublent d’efforts... des mouvements convulsifs les agitent... ils suent à grosses gouttes, crachent le. sang. Enfin l’un des deux parvient h se saisir de la chose enchantée et il est déclaré vainqueur.

Quelquefois aussi, il arrive que l’un des combattants est renversé par la force des mentrams de son adversaire. Alors il se roule par terre comme un démoniaque et reste ensuite

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quelque temps immobile , paraissant avoir perdu connaissance.

A la fin , il recouvre l’usage de ses sens, se lève dans un état apparent de fatigue et d’épuisement, et semble se retirer couvert de confusion et de honte. Il rentre à la pagode et ne reparaît pas de quelque temps; une grave maladie est censée être la suite des efforts incroyables quoique impuissants qu’il a faits.

Il est certain que ces pitoyables farces, dans lesquelles les véritables initiés du culte des pitris ne sont pour rien, sont concertées d’avance entre les prêtres du culte vulgaire de deux pagodes rivales et les charlatans qui les jouent, et que les victoires sont attribuées aux uns et aux autres à tour de rôle. Mais la foule qui assiste à ces spectacles et les paye grassement, remplie de crainte et d’admiration pour ces sorciers, est fermement persuadée que leurs grimaces sont dues à des causes surnaturelles.

s II est un fait qu’il faut constater, c’est que ces hommes remplissent leur rôle avec une vérité d’expression extraordinaire, et que sur le terrain du magnétisme pur, ils sont arrivés à produire réellement des phénomènes dont on ne se doute même pas en Europe. Us sont cependant moins forts que les fakirs qui, eux, appartiennent à la première classe des initiés.

Quand nous étudierons les manifestations extérieures, par lesquelles les sectateurs des pitris font connaître leur puissance, nous ne nous occuperons pas des faits et gestes des magiciens, qui ne sont évidemment pour nous que le résultat du plus grossier des charlatanismes. Ce chapitre que nous leur consacrons est plus que suffisant, pour rendre compte de leurs pratiques.

Il existe aussi dans l’Inde un autre genre d’ensorcellement appelé drichty-dotcha, ou sort jeté par les yeux. Tous les êtres

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animés, toutes les plantes, tous les fruits y sont sujets. C’est pour l’éloigner, qu’on a coutume de dresser dans les jardins et dans les champs cultivés, une perche, à la cime de laquelle on attache un grand vase de terre, bien blanchi à l’extérieur avec de la chaux. Cet appareil a pour but d’attirer, comme l’objet le plus apparent, les regards de tout passant malintentionné, et d’empêcher par là qu’il ne les porte sur les productions de la terre, qui en ressentiraient à coup sûr quelque méchant effet.

Nous avons vu peu de champs de riz à Ceylan, et dans l’Indoustan, qui ne possédassent un ou deux deces contre-charmes.

Les Indous sont, sur ce point, d’une telle crédulité, qu’ils s’imaginent à chaque acte de leur vie, même le plus indifférent, à chaque pas qu’ils font, avoir reçu d’un voisin, d’un passant, d’un parent même, le drichty-clotcha . Rien en apparence ne fait connaître les gens qui possèdent ce don funeste du mauvais œil, ceux qui l’ont, ‘souvent ne s’en doutent même pas; aussi tout Indou fait-il accomplir sur lui, sur sa famille, sur ses champs et sa maison, plusieurs fois par jour, la cérémonie de Varratty qui a été inventée pour déjouer tous les maléfices provenant de la fascination des yeux.

Varratly est une des pratiques publiques et privées les plus usuelles, on peut l’élever à la hauteur d’une coutume nationale, tellement elle est particulière à toutes les provinces. Ce sont les femmes qui l’accomplissent, et toutes y sont aptes, excepté les veuves qui ne sont jamais admises dans aucunes cérémonies domestiques ; leur seule présence porte malheur.

Voici comment se fait cette cérémonie :

Dans un plat de métal, on place une lampe garnie avec de l’huile parfumée de sandal, on l’allume, et une des femmes de la maison, lorsque son père, son mari, ou tout autre membre de sa famille rentre de dehors, prend le plat, l’élève à la hauteur de la tête de celui qui est l’objet de la cérémonie et décrit

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ave® ce plat trois ou sept cercles, suivant l’âge ou la qualité de la personne .

Au lieu d’une lampe allumée, on se sert aussi souvent, d’un vase contenant de l’eau parfumée avec du safran et du sandal, rougie avec du vermillon, et consacrée par l’immersion de quelques tiges de l’herbe divine du cousa.

Varratty se fait publiquement et plusieurs fois par jour sur les personnes de distinction, telles que lés rajahs, les gouverneurs des provinces, les généraux d’armée et d’autres personnes d’un rang élevé; c’est une cérémonie à laquelle les courtisans sont conviés comme à l’ancien lever des monarques. Les deux coutumes se valent par le ridicule, et d’après ce que nous en avons pu voir dans certaines provinces du Deccan, où les Anglais laissent encore subsister quelques fantômes de rajahs , les courtisans de ce pays sont aussi bas, aussi rampants que les nôtres. Cette caste qui paye son parasitisme et les faveurs dont elle jouit’ par'' le sacrifice de toute conscience et de toute dignité, est la même partout... Nous devons cependant dire, en l’honneur des courtisans indous, qu’ils n’ont jamais fait de leurs femmés ni de leurs filles les maîtresses de leurs rajahs.

En général, tout Indou de caste rougirait de devoir sa fortune au déshonneur de sa femme...

Toutes les fois que les gens de condition princière ont été obligés de se présenter en public ou de parler à des étrangers, ils ne manquent jamais, en rentrant dans leurs palais, d’appeler leurs femmes, ou les devadassi — bayadères — du temple voisin pour faire accomplir cette cérémonie sur eux, et prévenir par là les suites dangereuses des funestes coups d’œil auxquels ils se sont trouvés exposés. Souvent même ils ont à leurs gages des filles spécialement affectées à cet emploi.

Lorsque vous entrez dans une maison indoue, si vous y êtes considéré comme une personne de distinction, le chef de fait

mille vous fait faire Varrally par les jeunes filles. Cette cérémonie se fait aussi pour les statues des dieux.

Lorsque les danseuses des temples ont terminé leurs autres cérémonies, elles ne manquent jamais de faire deux ou trois fois Yœpraüy^ sur les dieux au service desquels elles sont consacrées.

Gela se pratique aussi avec plus de solennité, lorsque ces statues ont été portées en procession par les rues, afin de détourner les malignes influences des regards, aux atteintes des' quelles les dieux ne peuvent pas plus se soustraire que les simples mortels. Enfin on fait généralement Varratty sur les éléphants, les chevaux, les animaux domestiques, et surtout sur les taureaux sacrés, parfois même sur les champs de riz en vert.

La magie vulgaire dans l’Inde, est venue se placer à côté des croyances élevées des sectateurs des pitris, comme une infiltration dégénérée. Ce fut une œuvre du bas sacerdoce, destinée à tenir le populaire dans un perpétuel état de crainte. C’est ainsi que dans tous les temps et sous toutes les latitudes, à côté des spéculations philosophiques les plus élevées, on trouve toujours la religion du peuple...

Nous nous sommes un peu étendu sur ces pratiques de magie et de sorcellerie dans l’Inde, bien qu’elles n’aient rien de commun avec le culte élevé, que les hrahmes initiés rendent aux mânes des ancêtres et aux esprits supérieurs, car rien ne saurait mieux prouver l’origine asiatique de la plupart des nations de l'Europe, que le détail de ces bizarres coutumes, identiques à celles que nous rencontrons sur notre sol, et que nos traditions historiques furent impuissantes à nous expliquer, jusqu’au jour où nous avons découvert notre filiation indoue.

Tout le moyen âge a cru aux succubes et aux incubes, au pouvoir des formules magiques, aux sorciers et au mauvais œil. Et plus près de nous, qui ne se souvient de ces fanatiques

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ligueurs qui poussèrent la superstition jusqu’à faire de petites images de cire qur représentaient Henri III' et le roi de Navarre? Ils perçaient ces images en différents endroits pendant quarante jours, et le quarantième ils les frappaient au cœur, se persuadant que par là ils feraient mourir les 'princes dont elles étaient le simulacre , Ce genre de pratique était si peu isolé qu’en 1571 un prétendu sorcier, du nom de Trois- Échelles, qui fut exécuté en place de Grève, avait déclaré dans ses interrogatoires qu’il existait en' France plus de trois cent mille personnes qui faisaient le même métier, et qu’il iTétait femme de cour, de bourgeois et de manant qui n’eût recours aux magiciens, surtout pour affaires d’amour..

Le supplice du curé Gauffredy et d’Urbain Grandier, ordonné par Richelieu , est là pour démontrer que les plus grands esprits de ce temps’ ne s'étaient pas soustraits aux superstitions de leur époque.

Saint Augustin n’avait-il pas dit dans son livre de la Cité de Dieu :

« Que, ne pas croire au pouvoir des malins esprits, c’était refuser de croire à l’Écriture sainte. »

La Bible, ce vulgaire extrait des livres sacrés de l’antiquité, croyait au sorcier, et le sorcier ne pouvait tomber qu’avec l’autorité de la Bible.

11 n’y a guère plus d’un siècle que l’on brûlait encore les gens convaincus de magie, et Ton reste confondu devant certaines sentences rendues par des magistrats, dont la France s’honore, sentences qui, sur de simples- accusations de sorcellerie, vouaient au supplice du feu de pauvres diables de charlatans, coupables tout au' plus d’avoir escroqué quelques sols avec leur manœuvres plus ridicules que nuisibles.

Ces arrêts ne se comprennent que par la croyance des magistrats eux-mêmes au pouvoir occulte des sorciers.

m LE SPIRITISME DANS LE MONDE.

17S0, le jésuite Girard faillit monter sur le bûcher par arrêt du parlement de Provence, pour avoir jeté un sort à la belle Gadière. Il ne fut sauvé que par le partage égal des voix dont bénéficient les accusés.

Gne religieuse du chapitre noble de Wurtzbourg était brûlée la même année, pour s’être rendue coupable de pratiques magiques.

Nous avons fait heureusement quelques progrès depuis.

Du jour où nous avons secoué le joug du prêtre romain, le bon sens, la conscience et la raison ont retrouvé leur empire. Et alors que notre ancêtre indou, encore livré aux brahmes et aux charmeurs, s’endort dans son immobilité et sa décrépitude, nous marchons, nous, à grands pas dans la voie du progrès scientifique et de la liberté intellectuelle.

Le prêtre et le sorcier se rencontrent toujours dans la même couche de charlatanisme social, produits tous deux par les mêmes causes superstitieuses.

Il n’est pas sans intérêt, au point de vue ethnographique, de constater que les Piomains tenaient également de leurs ancêtres îndous des croyances semblables.

On sait ce qu’Ovide dit de Médée, la magicienne :

Per tumulos errât passis discincta capillis,

Certaque de tepidis colligit ossa rogis,

Devovet absentes, simulacraque cerea fingit Et miserum tenues in jecur urget acus.

Horace parle également de deux magiciennes, Canidie et Sagana , qui avaient également dans leur appareil magique deux figures, l’une de laine, l’autre de cire.

Major

Lanea, quæ pœnis compesceret inferiorem :

Cerea suppliciter stabat : servilibus, utque Jam peritura, modis.

' Seulement, on doit avouer que le chantre de Lydie ne pre-

DOCTRINE PPIILOSOPHIQUE.

nail guère au sérieux ces charmeresses, quand on songe à Faide de quel bruit... Proh pudort... il les fait mettre en fuite par le Dieu des jardins qu’elles ennuyaient de leurs enchantements.

Horace n’aurait certainement pas envoyé ses deux sorcières au bûcher.

Les idées sur les influences visuelles existaient aussi chez les RomainS;, comme l'atteste, entre autres, ce vers de Virgile :

Nescio quis teneros oculus mihi fascinai agnos.

Ils avaient leur dieu Fascinus et des amulettes du même nom, destinées à préserver les enfants des maléfices de ce genre ; la statue de ceimême dieu, suspendue sur le char des triomphateurs, les protégeait contre les atteintes du mauvais œil de l’envie...

Cet ouvrage n’a point pour but d’étudier la magie dans l'antiquité, mais bien des croyances plus élevées, qui conduisent l’atome vital de transformations en transformations progressives jusqu’au Grand Tout, qui ne voient dans le monde des âmes qu’une succession de fils et d’ancêtres qui ne perdent jamais le souvenir les uns des autres, croyances que l’on peut ne pas partager, mais qui sont dignes du respect de tous, dans leur mystérieux et consolant symbole.

Le 'présent chapitre sur la magie des Indous n’est qu’une sorte d’épisode que nous ne pouvons étendre plus que de raison, sans cela nous verrions les traditions vulgaires de TInde sur la sorcellerie s’imposer également à la Grèce, à l’Égypte et à l’ancienne Chaldée.

Un mot cependant sur cette dernière contrée que Bérose, Eschyle et Hérodote représentent comme ayant été colonisée par une foule de menus peuples, de tribus mêlées parlant des langages différents.

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L’Inde seule, à ces époques anliques, avec ses cent vingtcinq dialectes et ses nombreuses castes si différentes les unes des autres, émigrant constamment sous les persécutions sacerdotales, a pu coloniser les contrées du Tigre et de l’Euphrate.

A tous les caractères ethnographiques qui font une vérité historique de cette opinion, il faut ajouter la similitude complète des pratiques et croyances magiques des Indous et des Ghaldéens .

Voici quelques-unes des inscriptions assyriennes sur les conjurations magiques publiées dernièrement par MM. Rawlinson et Norris, qui montrent à quel point la Chaldée fut tributaire de TInde.

Nous en empruntons la traduction à M. Lenormant :

« La forme 'des conjurations chaldèennes contre les esprits malfaisants, dit V éminent ussyriologue^ est très-monotone; elles sont toutes jetées dans le même -moule,; nn commence par énumérer les démons que doit vaincre la conjuration, par qualifier leur pouvoir et en décrire les ejfets,. Vient ensuite le vœu de les voir repoussés ou d’en être piréservés, lequel est souvent présenté sous une forme affirmative. jEnün la formule se termine par l’invocation mystérieuse qui lui doimera son efficacité : « Esprit du ciel, souviens-^t’en ! Esprit de la terre, souviens-t’en ! » Celle-là seule est nécessaire, et jamais elle ne manque; mais on y joint .aussi quelquefois des invocations semblables à d’autres esprits divins.

« Je citerai comme un exemple une .deces conjurations destinée à combattre différents démons, maladies et actions funestes telles que le mauvais .œil .

— « La peste et la fièvre qui déracinent le pays. La maladie qui dévaste le pays, mauvaises pour Je corps, funestes pour les entrailles,

DOCTRINE PHILOSOPHIQUE. 167

— « Le démon mauvais , le Alal mauvais, le Gigim mauvais.

— « L’homme malfaisant, l'œil malfaisant^ la bouche malfaisante, la langue malfaisante.

De l’homme fils de son Dieu, qu’ils sortent de son corps, qu’ils sortent de ses entrailles.

— « De mon corps jamais ils n’entreront en possession.

' — « Devant moi jamais ils ne feront de mal, à

ma suite jamais ils ne marcheront.

— « Dans ma maison jamais ils n’entreront.

— « Ma charpente jamais ils ne franchiront.

— a Dans la maison de mon habitation, jamais

ils n’entreront. ^

— « Esprit du ciel, souviens-t-en î Esprit de la terre, souviens-t-en!

— « Esprit de Moul-ge, seigneur des contrées, souviens-t-en!

— Esprit de Nin-gelal, dame des contrées, souviens-t-en !

— Esprit de Nin-dar , guerrier puissant de Moul-ge, souviens-t-en !

— Esprit de Pakou, intelligence sublime de Moul-ge, souviens-t-en !

— Esprit de En-Zouna, fils aîné de Moul-ge , ^souviens-t-en !

— Esprit de Tiskou,dame des armées, souvienst-en' 1

— Esprit delm,roi dont l’impéluosité est bien- faisante, souviens-t-en !

— Esprit de Oud, roi de justice, souviens-t-en !

En voici une autre où l’énumération finale est moins développée : ■

— Le soir de mauvais augure, la région du ciel qui produit le malheur.

— Le jour funeste, la région du ciel mauvaise à l’observation.

— Le jour funeste, la région du ciel mauvaise qui s’avance.

— Messagers de la peste.

— Ravageurs de Nin-ki-gal.

— La foudre qui fait rage dans le pays.

— Les sept dieux du vaste ciel.

— Les sept dieux de la vaste terre .

— Les sept dieux des sphères ignées.

— Les sept dieux des légions célestes.

— Les sept dieux malfaisants.

— Les sept fantômes mauvais.

— Les sept fantômes de flammes malfaisants. — Les sept dieux du ciel.

— Les sept dieux de la terre.

— Le démon mauvais.

— Le alal mauvais. ^

— Le gigim mauvais.

— Le tilol mauvais.

— Le dieu mauvais, le maskim mauvais.

— Esprit du ciel, souviens-t-en !

— Esprit de la terre, souviens-t-en!

— Esprit de Moulge, roi des contrées, souviens-t-en !

— • Esprit de Nin-gelal, dame des contrées, souviens-t-en î

— Esprit de Nin-dar, fils du Zenith, souvienst-en!

— Esprit de Tiskhou, dame des contrées, qui brille dans la nuit, souviens-t-en I

DOCTRINE PHILOSOPHIQUE

« Mais plus ordinairement, il n’y a pas à la fin de semblables énumérations mythologiques. Comme type des formules les plus simples, je citerai une conjuration contre les sept démons souterrains appelés maskim, qui étaient comptés au nombre des esprits les plus redoutables.

— I Les sept ! les sept !

— Au plus profond de l’abîme, les sept!

— Abomination du ciel, les sept!

— Se cachant au plus profond du ciel et de la terre.

— Ni mâles' ni familles.

— Eau, captifs étendus.

— N’ayant pas d’épouses ne produisant pas d’enfants.

— Ne connaissant ni l’ordre ni le bien.

— N’écoutant pas la prière.

— Vermine qui se cache dans la montagne.

— Ennemis du dieu Ea I

— Ravageurs .des dieux!

— Fauteurs de troubles.

— Tout-puissants par violence.

— Les agents d’inimitié !

— Esprit du ciel, souviens-t-en.

— Esprit de la terre, souviens-t-en. »

Nous n’irons pas plus loin sur ce terrain; cette citation des inscriptions des anciens Chaldéens suffit pour démontrer surabondamment que ces peuples ne s’élevèrent pas au-dessus des pratiques de magie vulgaire qu’ils tenaient de leurs ancêtres, les émigrés indous des castes infimes, des classes mêlées, comme les appelait Bérose.

Les pures doctrines de l’initiation, le culte des pitris et des

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esprits supérieurs n’edirent pas d’écho sur les rives de l’EuphraLe. Les nomades et les pétrisseurs de briques du pays de Sennai’ vécurent dans la crainte des sorciers et des magiciens, sans soupçonner môme l’existence des sublimes conceptions du brahmanisme.

Les inscriptions que l’on confie au granit, au marbre, à la pierre, à la terre cuite, sont toujours ce qu’il y a de plus élevé dans la croyance d’un peuple; on ne va pas chercher les superstitions de la foule .pour les léguer aux âges futurs, et, en quelque sorte, les immortaliser.

Je suis tout et dans tout!

dit l’inscription trinitaire d’Eléphanta, dans l’Inde ;

J’ai enfanté le monde^!

disait l’inscription de la statue d’Isis, emblème de la mère nature, en Égypte ;

Connais-toi toi-même 1

lisait-on au fronton du temple de Delphes;

Et la colonne élevée sur l’Agora d’Athènes disait :

Au Dieu inconnu î

Confondant dans leurs inscriptions leurs dieux, les esprits mauvais, les gigim, lesmaskins, les démons; sans cesse frémissant de peur devant les monstres sans sexe, sans épouses, sans enfants, devant ces telals, ravageurs du ciel, ennemis d’Ea, le roi des dieux, qui a l’air de trembler, lui aussi, devant eux.., les Chaldéens n’ont gravé sur leurs terres cuites que les expressions des plus grossières superstitions, que parce qu’ils n’avaient rien de mieux à y mettre... Et s’il est une .chose qui doive nous étonner, c’est de voir certains assyriologues prendre thème de toutes ces ridicules conceptions, pour nous

DOCTRINE PHILOSOPHIQUE

présenter les primitifs Chaldéens comme les initiateurs des peuples anciens.

V Agrouchada-Parikchai, en rendant compte, dans un quatrième livre dont nous venons de parler, de ces pratiques magiques qui mettent en mouvement les esprits mauvais, et jamais les pitris, les esprits supérieurs, [et Swayambhouva, l’Être suprême, quatrième livre, entièrement séparé des trois autres consacrés aux pures doctrines des esprits, ne dissimule pas que la magie et la sorcellerie n’avaient d’autorité qu’auprès des impurs soudras, c’est-à-dire de la plèbe et destchandalas ou classes mêlées. La conception chaldéenne ne se meut au contraire que'dans le cercle de ces superstitions...

Avant de passer à l’étude des phénomènes et des manifestations extérieures, produits par les différentes classes d’initiés des temples de l’Inde, il nous paraît utile de comparer à la doctrine des pitris que nous avons exposée, les croyances des cabalistes hébraïques, ^et de plusieurs autres philosophes de l’antiquité, qui nous paraissent avoir puisé à la même source .

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