ORIGINE DE LA. KABALE
A côté de la Bible, et comme une réaction contre lès pratiques extérieures, dont le livre de la loi Judaïqiie encombrait ses prescriptions, écrasant ainsi toute intelligence, tout libre arbitre, s’éleva peu à peu, par besoin d’indépendance et de philosophie, une doctrine mystérieuse connue sous le nom de kabale hébraïque.
Les partisans de cette doctrine, qui avait pour but de dévoiler les secrets de la nature divine et de la création, comme les initiés de l’Inde s’enveloppaient de silence et de mystères. « De loin en loin, dit l’illustre Franck, dans son beau livre sur eette philosophie mystique (1), après mille précautions, ils ouvraient à demi les portes de leur sanctuaire à quelque nouvel adepte, toujours choisi dans l’élite de l’intelligence et
i. La kabale ou la philosophie religieuse des Hébreux.
dont l’âge avancé devait offrir une preuve de discrétion et de sagesse. »
Lorsqu’un nouvel initié était introduit à la kabale, un des anciens lui murmurait à l’oreille les paroles suivantes :
« O toi, qui vas puiser les bénédictions' à leur source, garde-toi, quand on viendra te tenter pour cela, de révéler la croyance de l’émanation, qui est un grand mystère dans la bouche de tous les kabalistes; un autre mystère est enfermé \ dans ces paroles de la loi : Vous ne tenterez pas le Seigneur.» |
La nécessité d’une initiation particulière, à laquelle on ne j
pouvait atteindre qu’en approchant de la vieillesse , et le secret absolu que devait garder l’initié sur tout ce qui était révélé : sont les deux points de discipline extérieure qui rap- . prochent les sectateurs des pitris de l’Inde et ceux de la kab- ^ ^
baie hébraïque. Sur le terrain même des croyances, nous ,
allons les voir unis par des liens plus étroits encore. ,
De* tous temps, la science s’est inquiétée de l’origine de cette philosophie des Hébreux, qui offre de nombreux points de contact avec certains systèmes grecs d’Alexandrie, et les croyances mystiques des Arabes.
La kabale étant manifestement plus ancienne que l’école d’Alexandrie, on ne saurait soutenir si l’une est tille de l’autre, que ce soit la philosophie hébraïque qui ait subi l’influence, tout au plus pourrait-on prétendre que les deux systèmes ont puisé à la même source. Quant aux rapports étroits qu’elle parait entretenir avec la philosophie mystique des Arabes, nous pouvons dire avec MM. Franck et Tholuck qui ont retourné la question sous toutes ses faces :
Que' conclure de ces analogies?
LA DOCTRINE DES PITRIS. 179
0 — Peu de chose, car ce que les deux systèmes ont de semblable, on le trouverait ailleurs dans des doctrines plus anciennes, dans des livres des Sabéens et des Perses, et aussi chez les néoplatoniciens. Au contraire, la forme extraordinaire sous laquelle ces idées nous apparaissent dans la kabale est tout à fait étrangère aux mystiques arabes. D’ailleurs, pour s’assurer que la kabale est réellement sortie du commerce de ces derniers, il faudrait avant tout rechercher parmi eux la doctrine des Zephiroth. Mais c’est de quoi ils ne nous offrent pas le moindre vestige, car ils ne connaissent qu’un seul mode sous lequel Dieu se révèle à lui-même. Sur ce point, la kabale se rapproche bien davantage de la doctrine des sabéens et du gnosticisme.
« On ne trouve chez les. Arabes aucune trace de la mé tempsycose, qui tient une si grande place dans le système hébraïque. Vainement aussi vous chercherez dans leurs œuvres ces allégories continuelles que l’on rencontre dans le Zohar, cet appel constant à la tradition, ces 'personnifications hardies se multipliant par des généalogies sans fin, et ces métaphores gigantesques et bizarres qui s’accordent si bien avec l’esprit du vieil Orient. »
Les personnifications hardies qui se multiplient par des généalogies sans fin, c’est-à-dire les hommes s’élevant jusqu’à l’infini par le perfectionnement de leur nature spirituelle, la croyance à la métempsycose et la doctrine des dix Zephiroth ou qualité créatrice de la divinité, telles sont les bases reconnues de la philosophie kabalistique.
Nous avons vu que c'est également sur ces principes que reposent les croyances des sectateurs des pitris. Les dix Zéphiroth hébraïques ne sont autres que les dix pradjapatis de l’Inde à qui toutes les créatures doivent leur existence.
Le Zohar, qui est le principal ouvrage de la kabale, dit
de la philosophie qu’il enseigne, qu’elle n’est autre a que cette sagesse que les enfants de l'Orient connaissent depuis les premiers jours. »
a Évidemment, dit Franck, il ne peut être ici question des Arabes que les écrivains hébreux appellent invariablement les enfants d’Isma'él oi\ les enfants d’Arabie; ce n’est pas dans ces termes que l’on parlerait d’une philosophie contemporaine étrangère... Le Zohar ne la ferait pas remonter aux premiers âges du monde. »
Si les origines de la kabale, ne se peuvent rencontrer ni dans les différente systèmes de la Grèce, ni dans les doctrines de l’école d’Alexandrie, malgré certaines croyances communes, ni dans la philosophie mystique des Arabes ; si d’un autre côté le Zohar, en les faisant remonter aux premiers jours ^ leur donne l’Orient pour berceau, ne sommes-nous pas fondés, en présence de l’antiquité de l’Inde et de la similitude des principes des deux systèmes, de dire que la doctrine de la kabale est issue de la doctrine des pitris.
N’oublions pas que l’Inde, cet immense centre lumineux des temps anciens, en outre qu’il avait fait, dès les premiers âges, rayonner ses idées par voie d’émigration dans tout l’Orient, était restée en communication permanente avec tous les peuples de l’Asie, et que c'était là que tous les philosophes et tous les sages de l’antiquité allaient étudier la science de la vie. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce qu’aux époques de captivité, les anciens des Hébreux aient été initiés par les mages de la Perse aux vieilles conceptions brahmaniques.
Quelques extraits du Sepher leszireh et du Zohar, les deux ouvrage.s les plus estimés de la kabale, sur la nature de Dieu, la création et l’âme humaine,vont donner à celte opinion l’autorité d’une vérité historique*.
LA DOCTRINE DES PITRIS
Nous serons bref, car si nous avons céJé au désir d’accorder quelques pages à ces comparaisons, nous n’oublierons pas que nous ne pourrions les développer qu’au détriment de notre principal sujet.