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CHAPITRE

DE l’interprétation DES LIVRES SACRÉS d’aPRÈS LES KABALISTES HÉBRAÏQUES.

Pour nous montrer qu’il ne faut pas s’en tenir à la lettre des principes, et qu’il est nécessaire d’extraire de ces derniers, toutes les vérités cachée^ qui y sont contenues en germe, le Zohar nous donne l’allégorie suivante :

« Qu’on se figure un homme demeurant seul dans les montagnes et ne connaissant pas les usages de la ville. Il ensemence du blé et ne se nourrit qu’avec du blé à l’état naturel.

Un jour, cet homme se rend à la ville, on lui présente du pain d’une bonne qualité et il demande :

— A quoi sert ceci ?

On lui répond :

— C’est du pain pour manger.

Il le prend et en goûte avec plaisir, puis il demande de nouveau :

— Et de quoi cela est-il fait ?

On lui répond :

— C’est avec du blé.

Quelque temps après, on lui offre des gâteaux pétris dans Thuile. Il en goûte, puis il demande :

— Et ceci, de quoi cela est-il fait ?

LA a30CTRlNE DES PITIUS.

On lui répond :

— C’est avec du blé.

Plus tard, on met devant lui de la pâtisserie royale pétrie avec de Phuile et du miel.

Il adresse la même question que les premières fois :

— Qu’est cela?

Et on lui répond :

— Ce sônt des gâteaux faits avec du blé.

Alors il dit :

— Moi, je suis le maître de toutes ces choses, je les goûte dans leur racine, puisque je me nourris du blé dont elles sont faites.

Dans cette pensée, il restait étranger aux délices qu’on en tire et ces délices étaient perdues pour lui. Il en est de même de celui qui s’arrête aux principes généraux de la science, car il ignore les délices que l’on tire de ces principes. »

Et, conclut le Zohar, « il faut dégager de la lettre de la loi les délices de sagesse qui y sont cachées. »

On trouve aussi dans le même ouvrage les aphorismes suivants : V

a Malheur à l’homme qui ne voit dans les récits de la loi que de simples récits et des paroles ordinaires.

« Les récits de la loi sont les vêtements de la loi, malheur à celui qui prend ce vêtement de la loi pour la*loi elle-même.

<£ Il y a des insensés qui, apercevant un homme couvert d’un beau vêtement, ne portent pas plus loin leurs regards et prennent ce vêtement pour le corps, taudis qu’il existe une chose plus précieuse qui est l’âme.

« La loi a aussi son corps, il y a des commandements qu’on pourrait appeler le corps de la loi, les récits ordinaires qui s’y mêlent, sont les vêtements dont ce corps est couvert.

a Les simples ne prennent garde qu’aux vêtements ou aux récits de la loi, ils ne connaissent pas autre chose, et ne voient pas ce qui est caché sous ce vêtement. Les hommes plus instruits ne font pas attention au vêtement, mais au corps qu’il enveloppe.

« Les serviteurs du roi suprême, ceux qui habitent sur les hauteurs du Sinaï, ne sont occupés que de l’ame qui est la base de tout le reste, qui est la loi elle-même, et dans les temps futurs ils seront préparés à contempler l’âme de cette âme qui respire dans la loi... »

C’est en créant de cette façon l’allégorie dans les livres sacrés, que les kabalistes, sans rompre avec la tradition et la Bible, firent entrer dans la loi religieuse les vieilles conceptions des initiés de l’Orient.

Ces dernières stances, semblent un commentaire du livre des pitris sur l^s mêmes matières que nous venons d’étudier.

Nous nous bornons, sans insister, à constater ces similitudes dans la méthode d’interprétation adoptée par les deux doctrines.

Rappelons-nous que VAgrouchada-Parikchai a dit :

« De même que l’âme est enfermée dans le corps,

« Que l’amande est cachée par son enveloppe.

LA DOCTRINE DES PITRIS. 18.j

« Que les nuages voilent le soleil,

.« Que les vêtements dérobent la vue du corps,

« Que l’œuf est comprimé dans sa coque,

« Et que le germe se repose dans l’intérieur de la graine,

« De même la loi sacrée a son corps, son enveloppe, ses nuages, ses vêtements, sa coque, qui la dérobent à la connaissancfe de la foule. »

C’est cette opinion, que les récits de la loi n’étaient que des vêtements destinés à cacher au vulgaire les vérités contenues dans la loi, qui conduisit les kabalistes à imaginer cet alphabet dit kabalistique, à l’aide duquel ils empêchaient la lecture même matérielle de leurs mystères.

D’après Reuchlin, De artecabalislic., et Wolf, Bibliogr. hebr., les moyens employés par cet alphabet occulte, pour faire de la simple lecture l’objet d’une initiation spéciale, seraient au nombre de trois.

Le premier consiste à remplacer un mot par un autre qui a .a même valeur numérique.

L’autre faity de chaque finale d’un mot, l’initiale d’un autre mot.

Le troisième change la valeur des lettres, en mettant, par exemple, la première à la place de la dernière, et réciproquement.

Nous avons vu que les sectateurs des pitris s’adonnaient également à ces puériles pratiques.

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