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CHAPITRE VII

LA CROYANCE AUX ESPRITS INSPIRATEURS ET MÉDIATEURS CHEZ LES KABALISTES HÉBRAÏQUES.

« Tout le monde inférieur a été fait à la ressemblance du monde supérieur. Tout ce qui existe dans le monde supérieur apparaît ici-bas comme le reflet d’une image ; et tout cela n’est cependant qu’une seule chose.

{Le Zohar.)

cc II faut que tu saches qu’entre le monde corporel et le monde spirituel il y a le même rapport qu’entre notre ombre et notre corps.

Al Gazali, écrivain de la kabale.

L’extraordinaire similitude qui existe entre les conceptions des pagodes de l’Inde et les doctrines de la kabale hébraïque ne s’arrête pas aux conceptions philosophiques. Les kabalistes, nous allons le démontrer, ont cru aux esprits inspirateurs et médiateurs, et cette croyance ne fut qu’une conséquence logique des principes qu’ils avaient admis.

Toute la création, l’univers entier, n’étant qu’un rayonnement de la nature divine, les espaces infinis sont peuplés d’esprits qui, d’un côté, s’échappent du Grand Tout à l’état d’étirT-

celles, d’atomes doués de vie et, de l’autre côté, remontent jusqu’à lui par une série de transformations progressives.

Voici cette situation exprimée dans le Zohar sous la forme d’allégorie poétique.

« Les esprits^ les âmes des justes, dit ce célèbre ouvrage de la kabale, sont au-dessus de toutes les puissances... Et si tu demandes pourquoi, d’une place aussi élevée, elles descendent dans ce monde et s’éloignent de leur source, voici ce que je répondrai : c’est à l’exemple d’un roi à qui il vient de naître un fils et qui l’emmène à la campagne pour y être nourri et élevé jusqu’à ce qu’il ait grandi, et soit préparé aux usages du palais de son père. Quand on annonce à ce roi que l’éducation de son fils est tout à fait terminée, que fait-il dans son amour pour lui? Il envoie chercher, pour célébrer son retour, la reine sa mère, il l’introduit dans son palais et se réjouit avec lui tout le jour. Le saint, que son nom soit béni, a aussi un fils de la reine, ce fils, c’est l’âme supérieure et sainte. Il l’envoie à la campagne, c’est-à-dire dans ce monde, pour y grandir et être initié aux usages que l’on suit dans le palais du roi. Quand il arrive à la connaissance de Vancien des anciens, que son fils a achevé de grandir et que le temps est venu de l’introduire auprès de lui, que fait-il alors dans son amour pour lui? 11 envoie en son honneur chercher la reine et fait entrer son fils dans son palais. L’âme, en effet, ne quitte pas la terre que la reine ne soit venue se joindre à elle pour l’introduire dans le palais du roi où elle demeurera éternellement. Et cependant, les habitants de la campagne ont coutume de pleurer quand le fils du roi se sépare d’eux. Mais s’il y a là un homme éclairé, il leur dit : Pourquoi pleurez-vous, n’est-ce pas le fils du roi? n’est-il pas juste qu’il nous ait quittés pour aller demeurer dans le palais de son père?... Si tous les justes pouvaient savoir ces choses, ils accueilleraient

LA DOCTRINE DES PITRIS

avec joie le jour où ils doivent quitter ce monde. Et n’est-ce pas le comble de la gloire que la reine (la scheinah ou la présence divine) descende au milieu d’eux, qu’ils soient admis dans le palais du roi‘, et qu’ils fassent ses délices dans l’éternité . * ’

Dans le passage suivant, le Zohar constate que l’univers est peuplé d’esprits.

a Dieu anima d’un esprit particulier chaque partie du firmament, aussitôt toutes les armées célestes furent formées e se trouvèrent devant lui.. . Avec le souffle de sa bouche, il créa toutes les armées. Les esprit saints sont les messagers , du Seigneur. 5)

Pour démontrer victorieusement que les kabalistes, , ni plus ni moins que les sectateurs indous des pitris, ont cru aux esprits médiateurs, directeurs, inspirateurs, ainsi qu’aux esprits mauvais, nous allons faire un dernier emprunt, à l’éminent traducteur et commentateur de la kabale, que noüs avons déjà si souvent cité.

« Nous comprendrons mieux encore ce qu’on a voulu dire par ces esprits qui animent tous les corps célestes et tous les éléments de la terre, si nous prenons garde aux noms et aux fonctions qui leur sont donnés. Avant tout, il faut écarter les personnifications purement poétiques dont le caractère peut exciter le moindre doute ; et tels sont tous les anges qui portent le nom, soit d’une qualité morale, soit d’une abstraction métaphysique, par exemple, le bon et le mauvais désir que l’on fait agir sous nos yeux comme des personnes réelles : Tahariel, l’esprit de la pureté, Rachmiel, l’esprit de la miséricorde, Tsadkiel, l’esprit de la justice, Padaël, l’esprit de la

délivrance, et le fameux Raziel, l’esprit des secrets qui veille d’un œil jaloux sur les mystères de la sagesse kabalistique. D’ailleurs, c’est un principe reconnu par tous les kabalistes, et qui tient au système général des êtres que la hiérarchie angélique ne commence que dans le troisième monde, c’elui qu’on apTpeWe le monde delà /brmaiion, c’est-à-dire dans l’espace occupé par les planètes et les corps célestes... Le chef de cette milice invisible, c’est l’ange Metatrône, ainsi appelé parce qu’il se trouve immédiatement au-dessous du trône de Dieu, qui forme à lui seul le monde de la création ou des purs esprits. Sa tâche, c’est de maintenir l’unité, l’harmonie et le mouvement de toutes les sphères ; c’est exactement celle de cette force aveugle et infinie qu’on a voulu quelquefois substituer à Dieu sous le nom de nature . Il a sous ses ordres des myriades de sujets qu’on a divisés en dix catégories, sans doute en l’honneur des dix Zephiroth. Ces esprits subalternes sont aux diverses parties de la nature ce qu’est leur chef à l’univers entier. Ainsi l’un préside aux mouvements de la terre, l’autre à ceux de la lune, et la même chose a lieu pour tous les autres corps célestes. Celui-ci s’appelle l’esprit du feu — Nouriel, — celui-là l’esprit de la lumière — Ouriel, — untroisième préside à la distribution des saisons, un quatrième à la végétation. Enfin toutes les productions, toutes les forces et tous les phénomènes de la nature sont représentés de la même manière. »

Quant aux esprits mauvais que les kabalistes admettent également, ils les considèrent comme les ^formes les plus grossières^ les plus imparfaites de l'existence. Dans les ténèbres et l’impureté où ils s’agitent, ils sont divisés ainsi que les esprits supérieurs en dix catégories, personnifient le mal dans tous ses degrés.

Comme on le voit, la même idée a inspiré sur tous ces

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points, le livre des pitris indous, et le Zohar hébraïque ; mêmes bases métaphysiques, mêmes croyances aux esprits bons et mauvais, même système sur la composition de l’univers.

Bien que nous ne possédions rien de précis sur les évocations d'esprits par les kabalistes qui, sans doute, ne se transmettaient les formules que de vive voix; la tradition hébraïque est tellement surchargée de phénomènes d’évocation et de manifestations occultes, complément nécessaire des croyances métaphysiques que nous venons d’exposer, qu’il serait puéril de se demander si les anciens kabalistes se sont, comme les initiés indous, attribué la puissance surnaturelle.

Qu’on se rappelle la pythonisse d’Endor évoquant devant Saül, la veille de la bataille de Gelboë, l’ombre du prophète Samuel ; Daniel expliquant devant Balthazar les paroles magiques que la main d'un invisible avait tracées sur les murs de son palais au milieu d’une orgie :

Mané — Thécel — Pharès

Et la pythonisse Holda, dont le grand prêtre Helkiah, sous Josias, se servait pour influencer le peuple! et cent autres faits semblables qui ne sont que des manifestations extérieures du pouvoir occulte I

On ne saurait nous objecter que la kabale hébraïque ne peut revendiquer une pareille antiquité. L’avis unanime de tous les kabalistes est que cette philosophie mystérieuse a son origine dans l’initiation primitive des lévites, et qu’elle est née du besoin de ces derniers, de s’attribuer des croyances plus élevées que celle qu’ils abandonnaient à la plèbe.

Le rôle sacerdotal a été le même dans toute l’antiquité !

Terminons par la légende suivante empruntée aux traditions kabalistiques ^ :

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