‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 43 sur 74 · LA TRINITÉ DES KABALISTES · texte numérisé non relu

LA TRINITÉ DES KABALISTES

€ Ayant divisé son corps en deux parties le souverain maître devint moitié mâle et moitié femelle, et s’unissant à cette partie femelle il engendra Viradj le fils. »

(Manou, sloca 34, liv. PL)

« C’est moi, Viradj, qui, désirant donner naissance au genre humain, après avoir pratiqué les plus pénibles austérités, ai produit d’abord les dix pradjapatis, seigneurs des créatures, »

(Manou, sloca 34, liv. Pr.)

C’est dans ces termes : que le vieux législateur des Indous fait naître la primitive triade, de laquelle sont issus les dix premiers esprits supérieurs qui vont se manifester par la création.

Nous avons vu, dans quel langage maghifique le livre des pitris parle de l’amour de l’époux pour l’épouse, et comment de cette union céleste naît l’univers. Dans toutes les pagodes de l’Inde, cette trinité symbolique est représentée par trois têtes sculptées dans le même bloc de granit ou de marbre, n’en formant qu’une seule.

Il est extraordinaire de voir avec quelle servilité cette con-

ception des bords du Gange a passé dans les croyances des kabalistes juifs.

Ce n’est pas, nous ne faisons nulle difficulté de l’avouer, une étude de notre propre fond que nous faisons sur la kabale, tous nos documents hébraïques sont empruntés par nous à M. Franck, de l’Institut, et nos lecteurs doivent comprendre que là est toute la force de nos comparaisons.

Nous poursuivons une preuve mathématique. Nous voulons démontrer que la kabale hébraïque est issue des temples de rinde ; le meilleur moyen dont nous puissions user, pour élucider ce problème si intéressant à tous les points de vue ethnographiques, est donc de placer simplement en regard de la doctrine des pitris, que nous avons exposée, et des textes indous que nous avons donnés, les textes hébraïqu es eux-mêmes, ainsi que les appréciations d’un illustre écrivain, qui certainement ne songeait pas à l’Inde, lorsqu’il exposait les mystères du Zohar et du Sepher letzirah ; et se dem andait, lui aussi, quel pouvait bien être le berceau de ces étranges doctrines qui, malgré certains points de contact, n’étaient pas issues des philosophies- grecque et arabe.

Voici dans quels termes notre auteur donne et commente les textes du Zohar qui conduisent l’unité à la dyade et la dyade à la triade, par les mêmes chemins qu’avaient déjà parcourus les rêveurs des pagodes de l’Indoustan.

« Le premier ! c’est l’ancien. Vu face à face il est la tête suprême, la source- de toute lumière, le principe de toute sagesse, et ne peut être déûni autrement que par l’unité. »

Du sein de cette unité absolue, mais distinguée de la variété et de toute unité relative, sortent parallèlement deux principes opposés en apparence, mais en réalité inséparables, Fun mâlCj ou actif, s’appelle la sagesse, l’autre passif, ou fe-

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melle, désigné par un mot qu’on a coutume de traduire par celui d’intelligence .

« Tout ce qui existe, dit le Zohar, tout ce qui a été formé par Vancienj dont le nom soit sanctifié, ne peut subsister que par un mâle et par une femelle. »

De leur éternelle et mystérieuse union sort un fik qui, selon l’expression originale, prenant à la fois les traits de son père et de sa mère, leur rend témoignage à tous deux.

Ce fils de la sagesse et de l’intelligence, appelé aussi, à cause de son double héritage, le fils aîné de Dieu, c’est la connaissance ou la science. Ces trois renferment et

réunissent tout ce qui est, mais elles sont réunies à leur tour dans la tête blanche, dans l’ancien des anciens, car tout est lui et lui est tout.

Tantôt on le représente avec trois têtes qui n’en forment qu’une seule, et tantôt on le compare au cerveau qui, sans perdre son unité, se partage en trois parties et au moyen de trente-deux paires de nerfs se répand dans tout le corps ; comme à l’aide des trente-deux voies de la sagesse, la divinité se répand dans l’univers.

« L’ancien, dit le Zohar, dont le nom soit sanctifié, existe avec trois têtes qui n’en forment qu’une seule, et cette tête est ce qu’il y a de plus élevé parmi les choses élevées, et parce que l’ancien est représenté par le nombre trois, toutes les autres lumières, c’est-à-dire les dix Zephiroth, sont également comprises dans le nombre trois. «

On lit dans un autre passage du même ouvrage :

« Il y a trois têtes spulptées Tune dans l’autre, et l’une audessus de l’autre. Dans ce nombre comptons d’abord la sa-

gesse mystérieuse, la sagesse cachée, et qui n’est jamais sans voile. Cette sagesse mystérieuse c’est le principe suprême de toute autre sagesse. Au-dessus de cette première tête est l’ancien,, ce qu’il y a de plus mystérieux parmi les mystères. Enfin vient la tête qui domine toutes les autres, une tête qui n’en est pas une. Ce qu’elle renferme, nul ne le sait, ni ne peut le savoir ; car elle échappe également à notre science et à notre ignorance. C’est pour cela que l’ancien est appelé le nonêtre.

Quelquefois les termes, ou, si l’on veut, les personnes de cette trinité, sont représentées comme trois phases successives et absolument nécessaires dans l’existence, aussi bien que dans la pensée, comme une déduction qui constitue en même temps la génération du monde. Quelque étonnement que ce fait puisse exciter, on n’en doutera pas quand on aura lu les lignes suivantes empruntées au Zohar.

« Venez et voyez ; la pensée est le principe de tout ce qui est; mais elle est d’abord ignorée et renfermée en elle-même ; quand la pensée arrive à se répandre, elle arrive à ce degré où elle devient l’esprit; parvenue à ce point elle prend le nom d’intelligence, et n’est plus comme auparavant renfermée en elle- même. L’esprit à son tour se développe, au sein même des mystères dont il est entouré, et il en sort une voix qui est la réunion de tous les chœurs célestes; une voix qui se répand en paroles distinctes, et en mots articulés, car elle vient de l’esprit. Mais en réfléchissant à tous ces degrés, on voit que la pensée, l’intelligence, cette voix et cette parole sont une seule chose, que la pensée est le principe de tout ce qui est, et que nulle interruption ne peut exister en elle. La pensée elle-même se lie au non-être et ne s’en sépare jamais. Tel est le sens de ces mots : Jeovah est un et son nom est un...

« Le nom qui signifie je suis nous indique la réunion de

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tout ce qui est, le degré où toutes les voies de la sagesse sont encore cachées et remises ensemble sans pouvoir se distinguer les unes des autres. Mais quand il s’établit une ligne de démarcation , quand on veut distinguer la mère 'portant dans son sein toute chose et sur le point de les mettre au jour pour révéler le nom suprême ; alors Dieu dit en parlant de lui : Moi' qui suis. Enfin quand tout est bien formé et sorti du sein maternel lorsque toute chose est à sa place, et qu’on veut à la fois désigner le particulier et l’existence, Dieu s’appelle Jeovah, ou je suis celui qui est... »

Nous allons terminer ces aperçus par un des rapprochements les plus extraordinaires qu’on puisse faire entre la doctrine des pitris de l’Inde et celle des kabalistes hébraïques.

Nous avons vu dans le système indou que trois trinités étaient successivement issues de Swayambhouva, VÉtre existant par lui-même^ et se confondaient en lui, dans une union suprême.

Ce sont :

i ° La trinité initiale, celle qui fait éclore la pensée divine :

Nara, l’esprit producteur,

Nari, la mère,

Viradj, le fils.

2“ La trinité manifestée, de laquelle naissent les éléments primitifs qui vont concourir à former l’univers :

Agni,

Vaya,

Sourya.

3“ La trinité créatrice :

Brahma,

Vischnou,

' Si va.

Écoutons Franck, exposant d’après le Zohar des kabalistes une conception identique :

« Les dix zephiroth se partagent en trois classes, dont chacune nous présente la divinité sous un aspect différent, mais toujours sous l’aspect d’une trinité indivisible.

« Les trois premières zephiroth sont purement, intellectuelles en métaphysique, elles expriment l’identité absolue de l’existence et de la pensée, et forment ce que les kabalistes modernes ont appelé le monde intelligible — c’est la première manifestation de Dieu.

«Les trois qui les suivent ont un caractère moral d’une part, elles nous font concevoir Dieu comme l’identité de la bonté et de la sagesse; de l’autre, elles nous montrent dans le bien suprême l’origine de la beauté et de la magnificence [dans la création). Aussi les a-t-on nommées les vertus ou le monde sensible.

« Enfin nous apprenons, par les trois dernières zephiroth, que la Providence universelle, que l’artiste suprême est aussi la force absolue, la. cause toute-puissante, et que cette cause est en même temps V élément générateur de tout ce qui est. Ce sont ces dernières zephiroth qui constituent le monde naturel ou la nature dans son essence et dans son principe actif. Natura naturans. »

N’est-ce pas d’un enseignement fécond, pour l’étude de l’origine des idées philosophiques dans le monde, que de voir les trois termes trinitaires brahmaniques et kabalistiques se réunir dans la même conception ?

1“ Un dieu irrévélé, germe primordial et universel, l’ancien des jours, comme disent les Indous, l’ancien des anciens, suivant les philosophes de la kabale;

2® Une première trinité qui est l’éclosion de ia pensée et de la volonté ;

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3" Une seconde ■trinilé qui est l’origine des éléments, des vertus, des forces du monde sensible ;

4° Une troisième trinité qui, d’après les Indous, est chargée de l’œuvre de la création, et d’après les kabalistes, représente V élément générateur de tout ce qui est.

Enfin, dans les deux doctrines, l’élément générateur actif, par une union constante avec l’élément passif-mère, lance sans cesse dans l’espace les rayons de vie, d’où s’échappent des âmes qui accomplissent leurs destinées progressives dans l’univers et graduellement, remontent s’absorber dans la source immortelle d’où elles sont descendues, c’est-à-dire dans l’unité.

Pour nous faire comprendre celte fiction du grand tout à la double nature, engendrant sans cesse tout ce qui existe ; et l’univers qui est le produit, le fils, remontant perpétuellement à l’unité comme les anneaux d’une chaîne sans fin, ou une flamme qui s’alimente elle-même, le Zohar nous donne la comparaison suivante :

a Pour posséder la science de l’unité sainte, il faut regarder la flamme qui s’élève d'un brasier, ou d’une lampe allumée : on y voit d’abord deux lumières, l’une éclatante de blancheur, l’autre noire ou bleue ; la lumière blanche est au-dessus et s’élève en ligne droite, la lumière noire est au-desèous et semble être le siège de la première ; elles sont cependant si étroitement unies l’une à l’autre qu’elles ne forment qu’une seule flamme. Mais le siège formé par la lumière bleue ou noire s’attache à son tour à la matière enflammée qui est encore au-dessous d’elle. Il faut savoir que la lumière blanche ne change pas, elle conserve toujours la couleur qui lui est propre ; mais on distingue plusieurs nuances dans celle qui est au-dessous ;• cette dernière prend en outre deux directions opposées ; elle s’attache en haut à la lumière blanche et en bas

à la lumière enflammée, mais cette matière est sans cesse ab sorbée dans son sein, et elle remonte constamment vers la lumière supérieure. Cesl ainsi que tout rentre dans l’unité.

En face de l’identité complète des doctrines indoues et de celle des kabalistes juifs, que deviennent les prétentions de certains sémitologues, qui, sur les traces de Renan, veulent quand même créer des conceptions sémitiques, indépendantes de celles des autres peuples de l’Orient et de l’Asie.

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