‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 66 sur 74 · DES PHENOMENES APPELES SPIRITES · texte numérisé non relu

DES PHENOMENES APPELES SPIRITES

PAR W. GROOKES

Membre de la Société royale de Londres.

a ... Comme un voyageur- explorant une contrée lointaine, merveilleuse , connue seulement par des rapports vagues ou inexacts, depuis quatre ans, je poursuis des recherches dans un domaine des sciences naturelles qui offre encore un sol presque vierge à l’homme de science.

Comme un voyageur voit dans un phénomène naturel, il peut aussi pénétrer l’action des forces gouvernées par les lois de la nature où d’autres ne voient que l’intervention capricieuse des dieux offensés ; c’est ainsi que je me suis fait l’obligation de tracer l'opération des lois, et des forces naturelles où d’autres chercheurs n’ont vu que l’intervention d’êtres surnaturels, ne possédant aucune loi, n’obéissant à aucune autre force que celle de leur libre droit.

De même que tous les intérêts d’un voyageur, pendant son excursion chez les peuples parmi lesquels il se trouve, dépendent entièrement du bon vouloir et de l’amitié des chefs et des

hommes de science de ce pays, en m’adressant aux personnes qui suivent attentivement les phénomènes qui me préoccupent, non-seulement j’ai été aidé dans mes recherches, à un certain degré, par ceux qui possèdent le pouvoir que je cherchais"à examiner, mais encore j’ai pu, parmi les chefs d’opinion, contracter de profondes et sérieuses amitiés et recevoir leur hospitalité.

En deux occasions, j’ai réuni et publié quelques faits qui, selon moi, sont frappants et définitifs; mais, ayant omis de décrire les préliminaires indispensables, propres à diriger l’esprit du lecteur vers l’appréciation du phénomène, de lui ‘ montrer combien ils étaient en rapport avec d’autres faits déjà observés, ces faits rencontrèrent l’incrédulité, et malheureusement ils occasionnèrent beaucoup d’abus.

Comme le voyageur cité plus haut, quand mes recherches furent terminées, je dus revenir auprès des miens, et alors j’ai réuni toutes mes notes éparses; après leur mise en ordre, elles sont offertes aux chercheurs comme étant la narration d’une enquête rigoureuse ; mes observations peuvent ainsi être présentées au public sous la forme d’une brochure.

Les phénomènes que je viens attester sont extraordinaires ; ils sont si directement opposés aux articles de croyances scientifiques les plus accrédités — (entre autres l’ubiquitaire et invariable action de la loi de gravitation) — que, même en me rappelant les détails de ce que j’atteste, dans mon esprit il y a une lutte entre ma raison, qui prononce que c’est scientifiquement impossible, et ma conscience qui me dit : que mes sens, ma vue et mon toucher (d’accord comme ils l’étaient avec les sens des personnes présentes) ne sont point un témoignage mensonger, même quand ils protestent contre mes préjugés.

Supposer qu’une espèce de folie soit venue, tout à coup, rapper une grande réunion de personnes intelligentes, qui

NOTES SUR DES RECHERCHES

^ s’accordent jusque dans les plus petits détails du fait dentelles sonfles témoins, semble encore beaucoup plus inadmissible que le fait qu’elles attestent; et puis, le sujet est beaucoup plus difficile et plus vaste qu’il ne paraît au premier abord. Il y a quatre ans, je résolus de consacrer un ou deux mois à l’étude de certains phénomènes dont j’avais entendu beaucoup parler, et qui pouvaient soutenir un examen sérieux. J.’arrivai bientôt à celte conclusion de tout examinateur impartial : « Là, il y a quelque chose. » Je ne pouvais, en ma qualité d’étudiant des lois de la nature, ne pas continuer mes recherches, quoique ne sachant point où elles pouvaient me conduire; les mois que je devais y consacrer devinrent quelques années, et si mon temps m’appartenait complètement, il est probable que cela durerait encore. D’autres sujets d’intérêts scientifiques et pratiques demandant mon attention, je me vois obligé de suspendre mes investigations, car, outre l’impossibilité de donner à mes recherches le temps nécessaire, j’ai la certitude que, d’ici à peu de temps, ce sujet sera sérieusement étudié par des hommes de science.

Les bonnes occasions que j’avais il y a quelque temps ont disparu : M. D. D. Home n’est plus en bonne santé et miss Kate Fox (maintenant Jencken) est prise par les occupations domestiques et maternelles.

Pour obtenir accès auprès des personnes qui possèdent le mieux le sujet qui est l’objectif de mes recherches, il me fal- , lait plus de crédit qu’un investigateur scientifique ne pouvait en espérer; le spiritisme, parmi les adeptes dévoués, étant considéré comme une religion, les médiums, dans beaucoup de cas, sont les jeunes membres des familles ; ils sont gardés de telle façon que, pour une personne étrangère, il est trèsdifficile de les voir ; enfin, les adeptes étant convaincus que le fond de certaines doctrines repose justement dans les manifestations qui leur paraissent merveilleuses, considèrent comme,

une profanation toute recherche scientifique. Aussi n’est-ce qu’à titre de faveur toute personnelle que j’obtins plusieurs fois d’être admis à des réunions présentant plutôt l’aspect de cérémonies religieuses que de séances de spiritisme, comme l’était autrefois un étranger à pénétrer les mystères d’Eleusis ou comme un païen qui vient considérer le Saint des saints ; ce n’est pas là le moyen de s’assurer des faits et de découvrir les lois. Une recherche systématique est tout autre chose qu’une simple satisfaction de curiosité. Dans quelques occasions, il me fut permis d’appliquer des preuves et d’imposer des conditions ; une ou deux fois seulement, il m’a été donné de déplacer la prêtesse de son autel, de jouir au milieu de ma famille des phénomènes que j’avais observés autre part dans des conditions bien moins concluantes; mes observations, à ce sujet, trouveront leur place dans l’ouvrage que je publie.

D’après un plan que j’avais adopté d’abord — plan qui, tout en donnant matière à bien des critiques, était, à mon avis, très-acceptable par les lecteurs du « Quarterly, journal of Science, » j’avais l’intention de résumer les résultats de mon travail sous la forme d’un ou deux articles pour ce journal. Mais, en repassant mes notes, je me suis trouvé possesseur d’une telle richesse de faits dont on ne peut nier l’évidence, d’une telle masse accablante de témoignages que, pour classer mon trésor, il me faudrait des numéros entiers et nombreux du Quarterly. Aussi, me contenterai-je d’une simple esquisse de mes labeurs, laissant les preuves et les détails circonstanciés pour une autre occasion.

Mon but principal sera d’enregistrer une série de manifestations qui ont eu lieu dans ma maison, en présence de témoins sincères et sous le contrôle le plus sévère possible ; de plus, chaque fait que j’ai observé a été enregistré, par différents observateurs, comme ayant eu lieu à des époques et en des endroits différents; on remarquera que ces faits ont leca-

NOTES SUR DES RECHERCHES

ractère le plus étonnant et semblent complètement inconciliables avec toutes les théories connues de la science moderne. Étant convaincu de leur vérité, ce serait une lâcheté moralede leur refuser mon témoignage, et, parce que mes publications précédentes ont été ridiculisées par dès critiques qui ne savaient rien du sujet, qui étaient trop esclaves des préjugés pour voir et s’assurer par eux-mêmes si, dans ces, phénomènes, il y avait oui ou non de la vérité, je dirai simplement ce que j’ai vu à l’aide d’expériences et d’épreuves réitérées ; de plus, j’avouerai : « Que j’ai encore à éprouver qu’il est insensé d’essayer de découvrir les causes d’un phénomène qui n’est pas expliqué. •»

Je dois d’abord signaler une ou deux erreurs qui se sont emparées de l’esprit public. L’une d’elles est que Vobscurité est indispensable au phénomène. Ce qu’il y a de certain, c’est que, excepté plusieurs cas où l’obscurité fut nécessaire, par exemple pour des phénomènes d’apparences lumineuses et quelques autres, chaque manifestation dont j’ai été le témoin a eu lieu avec la lumière; dans les quelques cas où le phénomène relaté s’est passé dans l’obscurité, j’ai toujours eu soin de le mentionner. De plus, quand des raisons spéciales ont demandé l’exclusion de la lumière, le contrôle s’est opéréd’une façon si parfaite, que la suppression d’un dè nos sens n’a pu réellement nuire à l’évidence. Une autre erreur, trèscommune, consiste à dire : que la manifestation ne peut avoir lieu qu’à certaines époques et dans certains endroits — dan& les appartements des médiums ou à des heures convenues à l’avance — et, d’après cette erreur, on conclut qu’il y a analogie entre ces phénomènes, appelés spirituels, et ces tours de passe-passe accomplis par des sorciers et des escamoteurs, opérant chez eux, entourés de tous les moyens propres à leur art.

Pour montrer combien ces objections sont loin de la vérité,.

je n’ai besoin que de dire que, à de rares exceptions près, plusieurs centaines de faits, que je suis disposé à attester (faits qui, pour être imités par des moyens mécaniques ou physiques connus, confondraient l’habileté d’un Houdin, d’un Bosco, d’un Anderson, appuyés sur toutes les ressources des machines imaginables et sur leur pratique de tant d’années), ont eu lieu chez moi, à des époques fixées par moi, et dans des circonstances et conditions qui excluaient l’aide du plus simple instrument.

Il est une troisième erreur : c’est que le médium choisit son propre cercle d’amis pour donner sa séance ; que ces amis doivent croire, quoi qu’il en soit, la doctrine que le médium professe, et que la condition de se dispenser de toute investigation ou recherche est imposée à chaque personne, afin d’éviter toute observation et faciliter la supercherie.

En réponse à tout cela, je puis attester que, à l’exception de très-peu de cas dont j’ai parlé dans un paragraphe précédent, où le motif de l’exclusion ne servait certainement pas de voile à la supercherie, j’ai choisi mon cercle d’amis, j’ai introduit tous les incrédules qu’il m’a plu d’introduire, et j’ai généralement pris toutes les précautions nécessaires pour éviter toute espèce de fraude. Ayant graduellement remarqué les conditions indispensables qui facilitaient le phénomène, je me suis servi de mes remarques et, grâce à elles, j’ai obtenu souvent plus de succès en certaines circonstances qu’on n’en avait obtenu précédemment dans les mêmes cas où, par des idées fausses sur l’importance de quelques observations insignifiantes, les conditions imposées pouvaient rendre moins aisée la découverte de la fraude.

J’ai dit que l’obscurité n’est pas essentielle. Il est cependant bien reconnu que, quand la force est faible, une brillante lumière peut nuire à l’apparition de quelques phénomènes. La puissance de M. Home est suffisamment forte pour n’avoir

NOTES SUR DES RECHERCHES

point à redouter cette influence; aussi, refuse-t-il toujours l’obscurilé pour ses séances. Tous les faits que j’ai vus s’accomplir avec son aide ont toujours eu lieu avec la lumière, et nous avons essayé toute espèce de lumière : lumière du soleil, crépuscule, clair de lune, gaz, bougie, lumière électrique, etc., etc., etc.

Je vais maintenant faire la classification des phénomènes dont j’ai été témoin, en procédant des plus simples aux plus compliqués, et en donnant, dans chaque chapitre, une esquiSvSe des faits que je me prépare à développer dans un volume où je donnerai tous les détails, tous les contrôles que j’ai adoptés, toutes les précautions que j’ai prises, les noms des témoins, etc., etc. Mes lecteurs ne doivent pas oublier que, à l’exception de quelques faits déjà mentionnés, toutes les manifestations ont eu lieu dans ma propre maisoUy à la lumière et en présence de quelques-uns de mes amis et du médium.

MOUVEMENTS DE CORPS PESANTS AVEC CONTACT , MAIS SANS INTERRUPTION MÉCANIQUE.

C’est une des plus simples formes observées dans ces phénomènes. Elle varie en degrés depuis le tremblement de la chambre jusqu’à un simple mouvement ; mais elle consiste principalement à élever dans l’air des corps lourds quand la main est placée dessus. L’objection très-vraisemblable qu’on peut faire à cela est que, quand des personnes touchent une chose en mouvement, elles peuvent la pousser, la tirer, ou l’élever. J’ai prouvé par expérience que cela n’est pas pos-

sible dans beaucoup de cas ; mais, pour’ moi-même, je n’attache qu’une très-petite importance à celte classe de phénomènes, et je ne la mentionne que pour servir de préliminaires à d’autres mouvements de la même espèce, mais sans contact.

Ces mouvements (et même on peut dire tous les phénomènes de la même nature) sont généralement précédés par un rafraîchissement de l’air, s’élevant quelquefois jusqu’à produire du vent. J’ai vu des feuilles de papier dispersées par ce vent, et j’ai remarqué qu’un thermomètre avait baissé de plusieurs degrés. Dans quelques autres circonstances, je n’ai observé aucun mouvement de l’air, mais le froid est devenu si intense, que je ne puis mieux comparer ce que son inten sité nous faisait ressentir qu’à la sensation qu’on éprouve en plongeant la main dans quelques pouces de mercure gelé.

Page 1