‹ Le spiritisme dans le mondeChapitre 8 sur 74 · La Genese de l’humanité · texte numérisé non relu

La Genese de l’humanité

« Un avenir prochain fera table rase de toutes ces élucubrations issues du cerveau des Allemands, dans un but facile à dévoiler. JNos voisins ne font pas de la recherche de la vcriié absolue l’objectif de leur science, ils n’ont en vue que l’intérêt de leur race, qui selon eux est destinée à dominer le monde.

« Faire aller des peuples blonds à cheveux dorés. de l’est de la Mer Caspienne dans l’Inde, créer des espèces de Germains sur l’Oxus pour les envoyer conquérir le Gange, attribuer les Vedas et Manou aux races du Nord en les enlevant aux races du Sud... Tout cela sert admirablement leurs projets. Leurs ancêtres auraient ainsi dominé tout l’Orient, toutes les civilisations anciennes seraient sorties d’eux.. . à leur tour ils vont dominer le monde moderne, et préparer les civilisations de l’avenir... Que l’on ne croie pas à un rêve, à un parti pris de notre part, cela s’enseigne dans toutes les Universités d’Allemagne : la jeunesse écoute avec enthousiasme ces leçons dans lesquelles on nomme les Aryas-Indous, les vieux Germains de VOxus et du Gange, et on la prépare ainsi à jouer le même rôle de conquête en Europe.

« La lutte contre la France désarmée et surprise a grisé à un tel point nos voisins des bords du Rhin qu’ils se croient poussés en avant par une sorte de fatalisme naturaliste que leurs professeurs extraient à grands renforts du syllogisme, du jeu des forces physiques, seul dieu qui domine le monde dans cette science 'prétendue nouvelle.

« On leur dit à ces jeunes gens que l’homme se développe parles seules forces matérielles..., qu’il y a fatalementdes races supérieures qui ont le droit de dominer le monde ; que les Germains descendant des Aryas sont à tous les points de vue physiologiques et scientifiques supérieurs aux autres peuples, et qu’ils ont le droit par conséquent d’imposer par la force leur direction... déjà ils disent leur domination.

LA DOCTRINE DES PITRIS

« Et tout le monde répète en Allemagne avec le professeur Schopenhauer :

« Dans le monde de l’homme comme dans le règne animal^ et qui règne c'est la force et non le droit. Le droit n’est que la mesure de la puissance de chacun. »

C’est donc pour les besoins des Germains, pour montrer qu’ils ont toujours été la race supérieure que les savants des bords de la Sprée font venir les brahmes des bords de l’Oxus.

La seconde opinion qui fait naître les Brahmes dans les plaines centrales de l’Indoustan, a pour elle les réalités historiques et géographiques, l’autorité de tous les savants Pundits et de Manou dont on connaît le texte célèbre.

« Couroukchetra, Malsya, et le pays de Boutchala qui recevra aussi le nom de Canya-Cobja (montagne de la vierge), Souraswaea, aussi appelé Malhoura, forment la contrée voisine de celle de Brahmavarta, pays des hommes vertueux^ c’est-à-dire des Brahmes. »

Ces contrées sont enfermées dans le quadrilatère formé par les quatre fleuves que nous venons de nommer. Nous n’insistons pas, aussi bien n^avons-nous pas l’intention de discuter dans cet ouvrage des problèmes d’ethnographie, mais bien d’exposer des conceptions religieuses.

Manou le législateur, issu des temples de l’Inde, donne aux Brahmes une origine divine :

« Pour la propagation de la race humaine, de sa bouche^ de son bras, de sa cuisse, de son pied, le souverain Maître produisit le brahme prêtre, — le Xchatrya roi, — le Yaysia marchand, — le Soudra esclave.

« Par son origine qu’il tire du membre le plus noble, parce

qu’il est né le premier, parce qu’il possède la Sainte Écriture, le Brahme est de droit seigneur de toute la création.

« Tout ce que le monde renferme est la propriété du Brahme ; par sa primogéniture et sa naissance éminente, il a droit â tout ce qui existe.

« Le brahme ne mange que ce qui lui appartient, ne reçoit, comme vêtement, que ce qui est déjà à lui, en faisant Taumône, avec la chose d’autrui, il ne donne que ce qui lui appartient. C’est par la générosité des brahmes que les autres hommes jouissent des biens de ce monde. »

Manou, liv. 1".

Le droit divin est né de là.

Pendant plusieurs milliers d’années, les Brahmes-prêtres gouvernèrent l’Inde sans conteste. Les rois, ou pour mieux dire les chefs, n’étaient que leurs mandataires, la masse du peuple qu’un troupeau docile, dont le produit entretenait le luxe et l’oisiveté des hautes classes. Dans les temples, immenses dépôts sacerdotaux de richesses qu’accumulait le travail des déshérités, les prêtres apparaissaient aux yeux de la foule éblouie, couverts de vêtements magnifiques, ils se prosternaient devant les idoles de bois, de granit et de bronze qu’ils avaient inventées, donnant eux-mêmes, en riant sous cape, l’exemple de la soumission aux plus ridicules superstitions. Ces sacrifices accomplis dans un intérêt de domination temporelle, le Vaysia et le Soudra retournaient à la terre, les chefs à leurs plaisirs; et les prêtres rentraient dans leurs mystérieuses demeures, où ils se livraient à l’étude des sciences et des plus hautes spéculations philosophiques et religieuses,

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L’heure vint où lés xchalrias ou rois, se servirent du peuple pour secouer le joug' théocratique, mais dès qu’ils eurent vaincu le prêtre, et pris le titre de seigneurs de la terre^ ils abandonnèrent leurs alliés de la veille, et dirent aux Brahmes :

« Prêchez aux peuples que nous sommes les élus de Dieu et nous vous comblerons de richesses et de privilèges. »

L’alliance se fit sur cette base... et depuis vingt mille ans et plus, le soudra,le servuin pecus, le peuple n’est pas encore parvenu à la rompre.

Réduits à un rôle purement religieux, les brahmes employèrent toute leur puissance à maintenir la foule dans l’ignorance et le respect , et se défiant même de l’ambition qui pourrait porter, un jour ou l’autre, quelque membre de leur propre caste à soulever les classes serviles à son profit ; ils mirent le secret de leurs croyances, de leurs principes, de leurs sciences sous la sauvegarde de V initiation.) n’admettant aux révélations suprêmes, que ceux qui pouvaient réaliser quarante ans de noviciat et d’obéissance passive.

L’initiation comportait trois degrés.

Dans le premier étaient formés tous les brahmes du culte vulgaire, et les desservants des pagodes chargés d’exploiter la crédulité de la foule. On leur apprenait à commenter les trois premiers livres des védas, à diriger les cérémonies, à accomplir les sacrifices ; ces brahmes du premier degré étaient en communion constante avec le peuple, ils étaient ses directeurs immédiats, ses gourous.

Le second degré comprenait les exorcistes, les devins, les prophètes, les évocateurs d’esprits qui, à de certains moments difficiles, étaient chargés d’agir sur l’imagination des masses, par des phénomènes surnaturels. Ils lisaient et commentaient l’Alharva-Veda, recueil de conjurations magiques. ■ j

Dans le troisième degré, les brahmes n’avaient plus de relations directes avec la foule, l’étude de toutes les forces physiques et surnaturelles de l’univers était leur seule occupation, et quand ils se manifestaient au dehors, c’était toujours par des phénomènes terrifiants et de loin. Suivant le célèbre sorite sanscrit, les dieux et les esprits étaient à leur disposition.

Dêvadinam djagat sarvam Mantradinam ta dêvata Tan mantram brahmanadinam Brahmana marna dévala.

Tout ce qui existe, est au pouvoir des dieux.

Les dieux, sont au pouvoir des conjurations magiques.

Les conjurations magiques, sont au pouvoir des brahmes.

Donc les dieux, sont au pouvoir des brahmes.

On ne pouvait parvenir au degré supérieur, sans avoir passé par les deux premiers, ou se faisait un travail d’épuration d’après la valeur et l’intelligence des sujets.

Jamais machine de défense sociale ne fut mieux combinée, ce serait à rendre jaloux nos doctrinaires modernes les plus libres de préjugés

Tout ce qui était trop intelligent, sans souplesse de caractère, restait noyé au milieu des fanatiques du premier degré, où nul excès d’ambition ne pouvait être à craindre. Go bas clergé, si nous pouvons employer cette expression, n’était pas beaucoup au-dessus du niveau des autres Indous, dont il partageait les superstitions, qu’il enseignait peut-être de bonne foi. Cantonnés dans les pratiques ordinaires du culte, on n’avait pas à redouter de lui de ces indépendances de pensée qui n’arrivent d’ordinaire qu’avec la science. Ce n’était qu’au

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bout de vingt ans que Ton pouvait, par le choix, sortir de cet ordre pour passer dans le second, où le voile des sciences occultes commençait à se soulever ; et le même laps de temps était nécessaire, pour franchir les mystérieuses barrières du troisième. Les initiés de cette classe étudiaient l’Agrouchada- Parikchai ou Livre des esprits.

Au-dessus de ce dernier degré d’inüiation se trouvait encore un conseil supérieur, présidé par le Brahmatma, chef suprême de tous les initiés.

Ce pontificat ne pouvait être exercé que par un brahme ayant dépassé quatre-vingts ans. Il était seul gardien de la formule élevée, résumé de toute science, contenue dans les trois lettres mystiques ,

Qui signifiaient création., conservation, transformation. Seul il la commentait en présence des initiés. '

Enfermé dans un immense palais, entouré de vingt et une enceintes, le brahmatma ne,se montrait à la foule qu’une fois l’an, avec un tel cérémonial et une telle pompe, que ceux qui parvenaient à l’apercevoir, s’en retournaient l’imagination frappée, comme s’ils avaient été en présence d’un Dieu.

Le vulgaire le croyait immortel.

Et de fait, pour conserver cette croyance dans l’esprit des masses, ni la mort du brahmatma, ni l’élection du nouveau, n'étaient jamais connues d’elles. Tout se passait dans le silence des temples, les seuls initiés du troisième degré concouraient à cette nomination, et l’élu ne pouvait être choisi que parmi les membres du conseil suprême.

1 a Quiconque parmi les initiés du troisième degré révélait à un profane une seule des vérités, un seul des secrets confiés à sa garde était mis à mort. Celui qui avait reçu la confidence subissait le même sort.

Enfin pour couronner cet habile système, il existait un mot supérieur encore au monosyllabe mystérieux — A U M — qui rendait celui qui en possédait la clef presqu’égal à Brahma. Le brahmatma seul la possédait, et la transmettait dans un coffre scellé à son successeur.

Ce mot inconnu, dont aucun pouvoir humain ne pourrait, encore aujourd’hui que l’autorité brahmanique est tombée sous les invasions mogoles et européennes, aujourd’hui que chaque pagode a son brahmatma, obtenir la révélation, était gravé dans un triangle d’or et conservé dans un sanctuaire du temple d’Asgartha, dont le brahmatma avait seul les clefs. Aussi portait-il sur sa tiare deux clefs croisées, soutenues par deux brahmes agenouillés, signe du précieux dépôt dont il avait la garde.

Ce mot et ce triangle étaient gravés sur le chaton de la bague que portait ce chef religieux comme un des signes de sa dignité ; il était également encadré dans un soleil d’or sur l’autel, où chaque matin le pontife suprême offrait le sacrifice dusarvameda ou sacrifice à toutes les forces de la nature. »

A la mort du brahmatma, son corps était.brùlé sur un trépied d’or, et ses cendres secrètement jetées dans le Gange. Si, malgré toutes les précautions, le bruit s’en accréditait au dehors, les prêtres répandaient habilement le bruit que le chef suprême était monté pour quelque temps au swarga-ciel, dans la fumée des sacrifices, mais qu’il ne tarderait pas à revenir sur la terre.

Sous les nombreuses révolutions qui ont si profondément

1, Les Fils de Dieu.

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troublé la situation sociale et religieuse de l’Inde, le brahmanisme ne possède plus de chef suprême ; chaque pagode a ses îniîies des trois degrés, et son brahmatma particulier ; et les chefs de ces temples sont souvent en hostilités ouvertes les uns avec les autres; cette décomposition n’a cependant pas atteint les croyances, et nous allons voir, en étudiant les différents modes en usage dans les trois classes d’initiation, que les brahmes indous, sont restés observateurs immuables de leurs vieilles prescriptions religieuses.

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