SA PHOTOGRAPHIE A L’AIDE DE LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE
Ayant pris une part active aux dernières séances de M Uo Cook, et ayant t^ès bien réussi à prendre de nombreuses photographies deKatie King à l’aide de la lumière électrique, j’ai pensé que la publication de quelques détails serait intéressante pour les spiritualistes.
Durant la semaine qui a précédé le départ de Katie, elle a donné des séances chez moi, presque tous les soirs, afin de me permettre delà photographier à la lumière artificielle. Cinq appareils complets de photographie furent donc préparés à cet effet. Ils consistaient en cinq chambres noires, une de la grandeur de plaque entière, une de demi-plaque, une de quart, et de deux chambres stéréoscopiques binoculaires, qui devaient toutes être dirigées sur Katie en même temps chaque fois qu’elle poserait pour obtenir son portrait. Cinq bains sensibilisateurs et fixaleurs furent employés et nombre de glaces furent nettoyées à l'avance, prêtes à servir, afin qu’il n’y eût ni hésitation ni retard pendant les opérations photographiques que j’exécutai moi-même, assisté d’un aide.
Ma bibliothèque servit de cabinet noir : elle avait une porte à deux battants qui s’ouvrait sur le laboratoire, un de ces battants fut enlevé de ses gonds et un rideau fut suspendu à sa place pour permettre à Katie d’entrer et de sortir facilement. Ceux de nos amis qui étaient présents étaient assis dans le laboratoire en face du rideau, et les chambres noires étaient placées un peu derrière eux, prêtes à photographier Katie quand elle sortirait et à prendre également l’intérieur du cabinet, chaque fois que le rideau serait soulevé dans ce but. Chaque soir il y avait trois ou quatre expositions de glaces dans les cinq chambres noires, ce qui donnait au moins quinze épreuves par séance. Quelques-unes se gâtèrent au développement, d’autres en réglant la lumière. Malgré tout, j’ai quarante-quatre négatifs, quelques-uns médiocres, quelques-uns ni bons ni mauvais, 1 et d’autres excellents.
Katie donna pour instruction à tous les assistants de rester assis et d’observer cette condition; seul, je ne fus pas compris dans cette mesure, car, depuis quelque temps, elle m’avait donné la permission de faire ce que je voudrais, de la toucher, d’entrer dans le cabinet et d’en sortir, presque chaque fois qu'il me plairait. Je l’ai souvent suivie dans le cabinet et l’ai vue quelquefois, elle et son médium, en même temps ; mais le plus généralement, je ne trouvais que le médium en léthargie et reposant sur le parquet; Katie et son costume blanc avaient instantanément disparu.
Durant ces six derniers mois, M Ue Cook a fait chez
moi de nomnreuses visites, et y est demeurée quelquefois une semaine entière. Elle n’apportait avec elle qu’un petit sac de nuit ne fermant pas à clef; pendant le jour elle était constamment en compagnie de M mo Grookes, de moi-même, ou de quelque autre membre de ma famille, et ne dormant pas seule, il y a eu manque absolu d’occasions de rien préparer, même d’un caractère moins achevé, qui fût apte à jouer le rôle de Katie King. J’ai préparé et disposé moi-même ma bibliothèque ainsi que le cabinet noir, et d’habitude, après que M n ° Cook avait dîné et causé avec nous, elle se dirigeait droit au cabinet, et à sa demande je fermais à clef la seconde porte, gardant la clef sur moi pendant toute la séance : alors on baissait le gaz et on laissait M lle Cook dans l’obscurité.
En entrant dans le cabinet, M 110 Cook s’étendait sur le plancher, sa tête sur un coussin, et bientôt elle était en léthargie. Pendant les séances photographiques, Katie enveloppait la tête de son médium avec un châle, pour empêcher que la lumière ne tombât sur son visage. Fréquemment, j’ai soulevé un côté du rideau lorsque Katie était debout tout auprès, et alors il n’était pas rare que les sept ou huit personnes qui étaient dans le laboratoire pussent voir en même temps M lle Cook et Katie, sous le plein éclat de la lumière électrique. Nous ne pouvions pas, alors, voir le visage du médium à cause du châle, mais nous apercevions ses mains et ses pieds ; nous la voyions se remuer péniblement sous l’influence de
cette lumière intense, et par moments nous entendions ses plaintes. J’ai une épreuve de Katie et de son médium photographiés ensemble ; mais Katie est placée devant la tête de M 110 Cook.
Pendant que je prenais une part active à ces séances, la*confiance qu’avait en moi Katie s’accroissait graduellement, au point qu’elle ne voulait plus donner de séance à moins que je ne me chargeasse des dispositions à prendre, disant qu’elle voulait toujours m’avoir près d’elle et près du cabinet. Dès que cette confiance fut établie, et quand elle eut la satisfaction d’être sûre que je tiendrais les promesses que je pouvais lui faire, les phénomènes augmentèrent beaucoup en puissance, et des preuves me furent données qu’il m’eût été impossible d’obtenir si je m’étais approché du sujet d’une manière différente.
Elle m’interrogeait souvent au sujet des personnes présentes aux séances et sur la manière dont elles seraient placées, car, dans les derniers temps, elle était devenue très nerveuse à la suite de certaines suggestions malavisées, qui conseillaient d’employer la force pour aider à des modes de recherches plus scientifiques.
Une des photographies les plus intéressantes est celle où je suis debout à côté de Katie; elle a son pied nu sur un point particulier du plancher. J’habillai ensuite M Uo Cook comme Katie ; elle et moi nous nous plaçâmes dans la même position et nous fûmes photographiés par les mêmes objectifs placés absolument comme dans l’autre expérience et éclairés par
la même lumière. Lorsque ces deux dessins sont placés l’un sur l’autre, les deux photographies de moi coïncident parfaitement quant à la taille, etc., mais Katie est plus grande d’une demi-tête que M Ile Cook, et auprès d’elle elle semble une grosse femme. Dans beaucoup d’épreuves, la largeur de son visage et- la grosseur de son corps différent essentiellement de son médium et les photographies font voir plusieurs autres points de dissemblance.
Mais la photographie est aussi impuissante à dépeindre la beauté parfaite du visage de Katie, que les mots le sont eux-mêmes à décrire le charme de ses manières. La photographie peut, il est vrai, donner un dessin de sa pose ; mais comment pourrait-elle reproduire la pureté brillante de son teint, ou l’expression sans cesse changeante de ses traits si mobiles, tantôt voilés de tristesse lorsqu’elle racontait quelque amer événement de sa vie passée, tantôt souriants avec toute l’innocence d’une jeune fille lorsqu’elle avait réuni mes enfants autour d’elle et qu’elle les amusait en leur racontant des épisodes de ses aventures dans l’Inde.
J’ai si bien vu Katie récemment, lorsqu’elle était éclairée par la lumière électrique, qu’il m’est possible d’ajouter quelques traits aux différences que, dans un précédent article, j’ai établies entre elle et son médium. J’ai la certitude la plus absolue que M 118 Cook et Katie sont deux individualités distinctes, du moins en ce qui concerne leurs corps. Plusieurs petites ^ marques qui se trouvent sur le visage de M 118 Cook
font défaut sur celui de Katie. La chevelure de M 11 * Cook est d’un brun si foncé qu’elle paraît presque noire ; une boucle de celle de Katie, qui est là sous mes yeux et qu’elle m’avait permis de couper au milieu de ses tresses luxuriantes après l'avoir suivie de mes propres doigts jusque sur le haut de sa tête et m’être assuré qu’elle y avait bien poussé, est d’un riche châtain doré.
Un soir, je comptai les pulsations de Katie : son pouls battait régulièrement 75, tandis que celui de M lla Cook peu d’instants après atteignait 90, son chiffre habituel. En appuyant mon oreille sur la poitrine de Katie, je pouvais entendre un cœur battre à l’intérieur, et ses pulsations étaient encore plus régulières que celles du cœur de M lle Cook, lorsque après la séance elle me permettait la même expérience. Eprouvés de la même manière, les poumons de Katie se montrèrent plus sains que ceux de son médium, car, au moment où je fis mon expérience, M lle Cook suivait un traitement médical pour un gros rhume.
Vos lecteurs trouveront sans doute intéressant qu’à vos récits et à ceux de M. Ross Church, au sujet de la dernière apparition de Katie, viennent s’ajouter les miens, du moins ceux que je puis publier. Lorsque le moment de nous dire adieu fut arrivé pour Katie, je lui demandai la faveur d’être le dernier à la voir. En conséquence, quand elle eut appelé à elle chaque personne de la société et qu’elle leur eut dit quelques mots en particulier, elle donna des instructions générales pour notre direction future et la
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protection à donner à M 118 Cook. De ces instructions qui furent sténographiées, je cite la suivante : « M. Crookes a très bien agi constamment, et c’est avec la plus grande confiance que je laisse Florence entre ses mains, parfaitement sûre que je sais qu’il ne trompera pas la foi que j’ai en lui. Dans toutes les circonstances imprévues, il pourra faire mieux que moi-même, car il a plus de force ».
Ayant terminé ses instructions, Katie m’engagea à entrer dans le cabinet avec elle, et me permit d’y demeurer jusqu’à la fin.
Après avoir fermé le rideau, elle causa avec moi pendant quelque temps, puis elle traversa la charpbre pour aller à M lle Cook, qui gisait inanimée sur le plancher. Se penchant sur elle, Katie la toucha et lui dit : « Eveillez-vous, Florence, éveillez-vous! Il faut que je vous quitte maintenant ! »
M n ° Cook s’éveilla tout en larmes, elle supplia Katie de rester quelque temps encore. « Ma chère, je ne le puis pas ; ma mission est accomplie. Que Dieu vous bénisse! » répondit Katie, et elle continua à parler àM lle Cook. Pendant quelques minutes, elles causèrent ensemble, jusqu’à ce qu’enfin les larmes de M 118 Cook l’empêchèrent de parler. Suivant les instructions de Katie, je m’élançai pour soutenir M 118 Cook qui allait tomber sur le plancher et qui sanglotait convulsivement. Je regardai autour de moi, mais Katie et sa robe blanche avaient disparu. Dès que M Ue Cook fut assez calmée, on apporta une lumière, et je la conduisis hors du cabinet.
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Les séances presque journalières dont M llG Cook m’a favorisé dernièrement ont beaucoup éprouvé ses forces, et je désire faire connaître le plus possible les obligations que je lui dois pour son empressement à m’assister dans mes expériences. Quelque épreuve que j’aie proposée, elle a accepté de s’y soumettre avec la plus grande bonne volonté; sa parole est franche et va droit au but, et je n ai jamais rien vu qui pût en rien ressemblera la plus légère apparence du désir de tromper. Vraiment, je ne crois pas qu’elle pût mener une fraude à bonne fin, si elle venait à l'essayer ; et si elle le tentait, elle serait très promptement découverte, car une telle manière de faire est tout à fait étrangère à sa nature. Et quant à imaginer qu’une innocente écolière de quinze ans ait été capable de concevoir et de mener pendant trois ans avec un plein succès une aussi gigantesque imposture que celle-ci, etque, pendant ce temps, elle se soit soumise à toutes les conditions qu’on a exigées d’elle ; qu’elle ait supporté les recherches les plus minutieuses ; qu’elle ait voulu être inspectée à n’importe quel moment, soit avant, soit après les séances ; qu’elle ait obtenu encore plus de succès dans ma propre maison que chez ses parents, sachant qu’elle y venait expressément pour se soumettre à de rigoureux essais scientifiques, quant à imaginer, dis-je, que la Katie King des trois dernières années est le résultat d’une imposture, cela fait plus de violence à la raison et au bon sens que de croire qu’elle est ce qu’elle affirme elle-même.
Il ne serait pas convenable à moi de clore cet article sans remercier également M. et M me Cook pour les grandes facilités qu’ils m’ont données de poursuivre mes observations et mes expériences.
Mes remerciements et ceux de tous les spiritualistes sont dus aussi à M. Charles Blackburn pour sa générosité, qui a permis à M lle Cook de consacrer tout son temps au développement de ces manifestations, et, en dernier lieu, à leur examen scientifique.
Les photogravures qui suivent ont été faites sans aucune retouche manuelle d'après les photographies deKatie King obtenues par M. Crookes — au moins celles représentées dans les figures 17 et 18. La figure 19 représente, suivant l’honorable M. William Crookes, de qui nous tenons personnellement ce renseignement, le D r Gully tenant «Katie King » par la main. Cette photographie a été faite par M. Harrison. Quant aux deux dernières (fig. 20 et 21), M. Crookes dit, à leur sujet, que Tune est trop peu distincte (fig. 20), et que l’autre, bien qu’elle porte le visage ressemblant de Katie, n’est pas restée dans son souvenir. Mais, dans la lettre dont il a bien voulu nous honorer, l’affirmation de M. William Crookes en ce qui a trait aux deux premières photographies (fig. 17 et 18) est absolue : c’est bien lui qui les a obtenues, et la personne
qu’elles représentent est bien Katie King, c’està-dire un personnage qui se formait de toutes
Photographie de Katie King (à la lumière électrique).
Reproduction par la photogravure sans aucune retouche manuelle.
Cette photographie a été obtenue dans lè laboratoire de M. William Crookcs, membre de la Société royale de Londres ; elle représente une personne qui s’est formée de toutes pièces devant le savant expérimentateur. Suivant l’expression des spirites, Katie King serait un esprit matérialisé momen* tapement.
pièces devant ses yeux et disparaissait avec autant de facilité !
cette épreuve a été prise chez M. Crookes et ces flacons sont ceux de son laboratoire de photographie.
La photographie, reproduite au moyen de la photogravure sur la figure 19, se vend en Angleterre et en Amérique dans les librairies spéciales. L’exemplaire que nous avons sous les yeux porte au verso la mention suivante., que nous traduisons littéralement :