PARTIE EXPERIMENTALE
même ». Alors, répondîmes-nous, tu n’es pas Fauteur de cette phrase. Réponse : «Non ». Nous demandâmes donc le nom du livre où se trouvait la phrase en question, et ce nom nous fut donné (l’ouvrage se trouvait par hasard dans la bibliothèque ^eM. B...) ainsi que le numéro du chapitre, où se trouvait le passage. Néanmoins, le numéro exact du chapitre ne fut donné qu’à la troisième reprise après qu’on eût rapidement feuilleté le livre çà et là. La phrase fut retrouvée et correspondait à peu près textuellement à celle donnée par la table. En terminant, on demande à F «esprit» de se faire connaître, et il nous dicte en quelques minutes le quatrain suivant :
« Je suis au paradis ainsi qu’un déclassé,
« Je me môle, démon, à la foule des anges,
« Je souille leurs blancheurs au contact de mes fanges; • « Près des amphores d’or, je suis un pot cassé! »
a Satan.»
Oh! oh! dit-on aussitôt, messire Satan, nous te soupçonnons encore d’avoir chipé cela à quelqu’un.
Satan fut, du reste, très bon garçon : il nous dit qu’il était le Satan dont parle Victor Hugo 1 et qu’il devait bientôt reprendre son rang au
1 La fin de Satan . Œuvres posthumes.
séjour des élus; puis il nous dit bonsoir, diaboliquement, ep faisant faire à la table une gracieuse révérence pour chacun de nous.
Telles sont, à peu près, la plupart des séances données par les tables ; on comprend après cela que les plus acharnés des premiers jours aient renoncé à cet exercice — car il n’apprend pas grand’chose de nouveau, — on comprend aussi que les bouddhistes et les théosophes réprouvent les « évocations » de cette nature, car, 'disent-ils, les esprits inféjieurs seuls consentent \ à se manifester, et leur contact est impur...
Pour nous, nous confirmons l’avis de la Société dialectique de Londres, concluant, de ses propres expériences, que «si les communications sont en grande partie d’un caractère banal, elles donnent souvent des renseignements qui ne sont connus que d’une personne présente ». Lorsqu’un renseignement n’est connu justement que de la personne sceptique qui expérimente, toute idée de simulation ou de supercherie doit être écartée. Ce qu’il fallait démontrer.
L’expérience de la table est rudimentaire, peu décisive pour le vulgaire, mais pour l’observateur sérieux pouvant se convaincre de sa réalité, son importance est considérable. En tout cas, c’est la plus facile à exécuter, puisque trois ou quatre personnes prises au hasard peuvent, par
EXPÉRIENCES AVEC M. SLADE
ia simple imposition des mains, réussir sept fois sur dix à la faire mouvoir et à en obtenir des communications intelligentes au bout d’un temps variable.
§ Il
EXPÉRIENCES AVEC M. SLADE
Avant d’exposer les expériences que nous avons faites avec M. Slade, il ne sera sans doute pas sans intérêt de dire, en quelques lignes, ce qu’est celui qu’on appelle en ce moment, dans les journaux, « le fameux médium américain ».
D’après les documents qu’il nous a communiqués, M. Slade est né, en 1836, à Shatynia, comté de Fradonia (Amérique du Nord); il a, par conséquent, cinquante ans. Dès sa naissance, sa propriété neuro-psychique se serait manifestée.
« Étant enfant, pendant mon séjour à l’école, nous écrit Slade, les « raps » se faisaient entendre de tous côtés et jusque dans mon pupitre, ce qui souvent m’attirait de sévères punitions, parce que j’étais accusé de faire le bruit avec mes pieds, chose dont on m’accuse encore aujourd’hui ! » Il n’obtint Vécriture directe que vers 1800, Depuis
ce temps, il a parcouru l’Amérique, l’Europe et l’Australie. A Londres, en 1876, il a failli être condamné pour ses expériences, qui étaient qualifiées de magie, en vertu d’une vieille loi non abrogée; il fut même emprisonné préventivement; mais, en fin de compte, il fut acquitté.
En avril 18 78, il fit ses expériences avec Zôllner, à Leipzig, au retour de Saint-Pétersbourg, puis il alla à Sydney (Australie). « Partout, dit-il luimême, j’ai trouvé des gens qui m’accusèrent d’imposture, et ceci eut pour résultat de provoquer l’examen de personnes sérieuses. »
En quittant l’Australie, au commencement de 1879, M. Slade eut une attaque d’apoplexie. Cette attaque lui laissa une hémiplégie droite, qui demeura complète pendant plusieurs mois.
En 1881, la paralysie avait disparu, lorsqu’une deuxième attaque amena une nouvelle paralysie dont le « sujet » n’est pas encore remis aujourd’hui. En effet, nous avons pu observer M. Slade un grand nombre de fois, et il traîne légèrement la jambe droite en fauchant . Quant à son membre supérieur droit, il s’en sert assez maladroitement, et nous ne doutons pas que s’il voulait « tricher » dans ses expériences, on ne s'en aperçût tout de .suite, car il est mal organisé pour faire de la prestidigitation.
Nous avons examiné, comparativement, la
EXPÉRIENCES AVEC M. SLADE
force musculaire de ses deux bras à l’aide du dijncimomètre de la maison Colin et Charrière, et cet examen nous a donné les résultats suivants :
Main droite : 27 k os de pression;
Main gauche : 35 k os —
Comme l’a écrit Zôllner, « l’impression personnelle de Slade est favorable, son maintien est modeste »; il est de haute taille et a plutôt l’air d’un Français que d’un Anglo-Saxon. Du reste, sa mère était d’origine française. Il ne parle et ne comprend d’autre langue que l’anglaise.
C’est principalement à titre de médecin que nous avons fait la connaissance de Slade : nous l’avons vu, dans un cas, en proie à une sorte de prostration nerveuse accompagnée de délire; cet état dura près de cinq jours.
Par suite de son habitus nerveux spécial et aussi, sans doute, en raison de son hémiplégie, Slade est soumis à des mouvements réflexes, à des gestes involontaires assez fréquents, qui donnent peut-être la raison des accusations dont il a été l’objet. Nous devons dire, tout d’abord, que, connaissant ces accusations, nous avons toujours été, mais surtout au début, très circonspect, disons le mot, très méfiant à son égard, mais que, malgré notre attention soutenue, nos précautions infinies et soupçonneuses et le bon état de nos sens d’ob-
servatîon, nous n’avons pu surprendre chez Slade rien qui ressemblât à des velléités de fraude. En ce qui nous concerne, nous n’avons qu’à nous louer de la bonne volonté qu’il a mise à se prêter à tous les examens que nous avons voulu faire lorsqu’il eût su le but de nos investigations. Dans les principales expériences que nous avons faites avec lui, nous avons commencé par examiner la pièce où elles avaient lieu (quand ce n'était pas dans notre propre appartement). Nous lui faisions quitter ses souliers pour les examiner comme nous examinions ses pieds. Nous visitions l’intérieur de ses manches et le dessous de son habit, etc. C’est à tel point qu’aujourd’hui, nous sommes tenté de lui présenter nos excuses pour tant d’injurieux examens.
À part quelques séances qui eurent lieu dans la salle à manger ou dans le salon de notre appartement, les expériences principales se firent dans le jour, en pleine lumière, devant une fenêtre donnant sur une grande avenue du quartier de l’Étoile, et sur une table en bois noirci, simple, et que nous avons retournée et examinée, chaque fois, dans tous les sens. Cette table mesure 0 m 74 de hauteur et l m 08 sur l m 02 de superficie.
Dans la description que nous allons faire, nous